Un compromis et s'y tenir c'est comme marcher sur un chemin de crête entre les deux abîmes de la compromission...

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Et le compromis qui promettait, notamment le grand retour de la race laitière normande dans nos prairies est tombé à l'eau parce que l'INAO a cru bon d'élargir le... chemin de crête pourqu'il soit plus pratiquable pour tout le monde. Sauf que par principe, un chemin de crête n'est pas une autoroute...

Lire l'article paru ce 31 janvier 2020 dans l'édition caennaise de Ouest-France:

https://www.ouest-france.fr/economie/agriculture/camembert-aop-la-bataille-est-relancee-6714362

À une courte majorité (53 %), les membres de l’ODG (organisme de défense et de gestion) Camembert de Normandie ont voté contre la révision du cahier des charges de l’appellation d’origine protégée (AOP).

Un compromis trouvé en février 2018

Un compromis avait pourtant été trouvé, en février 2018, pour mettre un terme à la « guerre du camembert » qui sévissait entre les producteurs du camembert AOP de Normandie au lait cru (moulé à la louche) et les opérateurs du « fabriqué en Normandie », au lait pasteurisé, sans réel cahier des charges.

Une grande appellation devait mettre fin, en 2021, à la confusion pour le consommateur. Avec deux niveaux de qualité (cœur de gamme et premium) et des exigences de production renforcées (lait sans OGM et issu de l’aire d’appellation, six mois de pâturage, vaches normandes).

L’accord permettait de faire passer 40 000 des 60 000 tonnes de « fabriqué en » vers le camembert AOP de Normandie (6 000 tonnes actuellement). C’était la garantie d’un lait payé plus cher aux producteurs normands.

Mais, après deux ans de travaux, le nouveau cahier des charges n’a pas entraîné l’adhésion des industriels. « Il y avait un risque d’affaiblir l’AOP actuel », disent-ils. L’interdiction de techniques de fabrication (filtration, double pasteurisation) qui occasionnait une « perte de 30 à 40 % de rendement » aurait pesé lourd. Les transformateurs étaient aussi hostiles à l’étiquetage, pas assez distinctif.

La Mayenne dans l’aire géographique

« Il fallait peut-être cet accident de parcours pour pouvoir rebondir », analyse Marie Guittard, directrice générale de l’Inao, l’institut de l’origine et de la qualité qui proposait une extension de l’aire géographique à la Mayenne. « Sinon, cela sera la fermeture du dossier mais l’homonymie (entre camembert de Normandie et fabriqué en Normandie, NDLR) est un vrai problème », remarque-t-elle.

« C’est la victoire du goût », se réjouit Véronique Richez-Lerouge, la présidente de l’association Fromage de terroirs et défenseur du lait cru. « Il faut maintenant que la mention « Normandie » ne figure plus sur les camemberts industriels. » La solution d’une IGP (indication géographique protégée) Normandie est désormais évoquée.


 

Pour plus de détails:

https://actu.fr/societe/camembert-projet-grande-aop-rejete-apres-plus-deux-ans-concertation_31151322.html

Camembert : le projet de grande AOP rejeté après plus de deux ans de concertation

Après pourtant plus de deux ans de travail, les professionnels de l’ODG Camembert de Normandie ont rejeté à 53% le projet de "grande AOP" Camembert, mercredi 29 janvier 2020.

Mercredi 29 janvier 2020 à Caen, l’ensemble des professionnels de l’ODG (Organisme de défense et de gestion) Camembert de Normandie avait rendez-vous pour valider en assemblée générale extraordinaire « les deux années de travail et de concertation préparant la nouvelle dimension de l’AOP Camembert de Normandie ». Ses contours avaient été dessinés dans l’accord du 21 février 2018, signé entre l‘ensemble des acteurs à l’Inao (Institut national de l’origine et de la qualité).

Lire aussi : En Normandie, la guerre du camembert est terminée

Coup de théâtre

Coup de théâtre, l’ODG explique dans un communiqué transmis jeudi 30 janvier en fin d’après-midi :

L’assemblée générale a rejeté à 53 % le nouveau cahier des charges avec un Camembert de Normandie à deux gammes. Ce projet, qui consistait à accueillir le plus grand nombre de marques faisant référence à la Normandie sous un signe officiel commun mais avec des différences en termes de productions laitières et en termes de fabrication, est donc remis en cause. 

« C’est dur à avaler »

Pascal Orvain, éleveur de vaches de race normande dans le Sud-Manche et désormais président de l’organisme de sélection de la race au niveau national, contacté par téléphone jeudi soir, explique pourtant que le vote de mercredi ne portait que sur « la modification du cahier des charges producteurs » et non pas sur le cahier des charges des transformateurs, ni sur l’éventuelle extension de l’aire géographique qui aurait dû faire l’objet « d’un prochain rendez-vous ».

L’éleveur manchois est très déçu de ce vote où « il nous manquait 8 points car en assemblée générale extraordinaire, il fallait 55 % de votes favorables » :

Le travail qui avait abouti le 21 février 2018 avait débuté 4 mois avant. Depuis, tout avait été très largement débattu, travaillé.

Lire aussi : Et si le camembert de Normandie AOP était fabriqué avec le lait des vaches bretonnes ?

Il poursuit et déplore la situation après tant de travail :

C’est frustrant, c’est dur à avaler. Grosso modo, c’est le cahier des charges transformateurs qui les bloque. Pour l’Inao, il fallait interdire la concentration du lait avant fabrication. Du coup, les industriels ne valident pas. Ils considèrent que c’est une remise en cause de l’accord du 21 février 2018. Ils ont fait le choix de bloquer le dossier plutôt que d’investir pour rentrer dans la démarche.

Encore une dernière chance…

Dans le communiqué de l’ODG, le président Patrick Mercier, producteur emblématique dans l’Orne, tente de calmer la crise :

J’appelle à une poursuite des discussions incluant l’Inao pour trouver une solution et éviter l’interdiction du « fabriqué en Normandie » par une procédure juridique. En effet, l’application de la loi attendue serait le retrait de la confusion par la suppression totale et définitive de toute référence à la Normandie pour tout Camembert ne répondant pas aux conditions de production de l’AOP Camembert de Normandie ».

… avant une nouvelle guerre

De son côté, Pascal Orvain prévient :

Le communiqué est hyperlissé car il va être tenté de refaire une énième réunion et voir si le dossier est définitivement enterré ou pas. Ce serait la dernière chance. Sinon, il faudrait que le « fabriqué en Normandie » n’existe plus. Soit les industriels retirent d’eux-mêmes le mot Normandie, soit ça ira devant la justice »

On reviendrait à la même bataille d’avant l’accord du 21 février 2018.


 

Commentaire de Florestan:

Par principe, les industriels ne connaissent l'intérêt général que sous la menace d'une contrainte. Exceptionnellement, ils avaient fait preuve de bonne volonté en permettant un compromis historique pour l'avenir du camembert de Normandie en acceptant d'abandonner l'appelation commerciale fallacieuse "fabriqué en Normandie" en contre partie de l'entrée dans l'AOC de certains de leurs procédés. L'objectif étant de tirer toute la filière laitière normande vers la qualité et de permettre de relancer la race normande. Malheureusement, il a fallu une exigence, légitime, de l'INAO pour que les industriels retournent à leurs errements...

On espère que de tous côtés, les hommes et femmes de bonne volonté vont se mobiliser pour éviter le retour de la guerre judiciaire du camembert