Billet de Florestan

On vous conseille, vivement, la lecture du dernier opus d'Emmanuel Todd, "la lutte de classes en France au XXIe siècle" (Fayard) qui offre, à partir d'une étude rigoureuse et lucide des sources statistiques, des conclusions pour le moins décoiffantes et toniques nous permettant d'expliquer nos langueurs françaises...

http://www.seuil.com/ouvrage/les-luttes-de-classes-en-france-au-xxie-siecle-emmanuel-todd/9782021426823

Notamment celle d'un chômage de masse persistant bien au delà des fameux 5% perçus comme incompressibles par les experts de l'OCDE. Todd nous explique cette évidence: la tertiarisation de l'économie dans les grandes nations démocratiques occidentales développées voire "post-industrielles" est une illusion. Car pour qu'il y ait une véritable tertiarisation qualitative et durable des emplois, il faut qu'elle puisse se développer à partir d'une base industrielle stable sous peine de couper, en quelque sorte, la branche sur laquelle nous sommes confortablement assis.

La comparaison France / Allemagne est inévitable: l'Allemagne a gardé 20% de son PIB dans l'industrie tandis que la France en est seulement à 14% (comme l'Espagne). Le Royaume-uni (que l'on doit cesser de confondre avec la City de Londres) est tombé à 11% de part industrielle dans le PIB: voilà une donnée qui explique bien des choses dans le vote pour le Brexit!

Préserver le socle industriel qui est la base même de l'économie réelle est une urgence absolue pour éviter que la tertiairisation des emplois ne soit que celle des petits boulots peu qualifiés et mal payés, nous informe avec lucidité Emmanuel Todd.

C'est la raison pour laquelle il est impératif que les régions françaises qui sont au dessus de la moyenne nationale en terme de part industrielle dans le PIB, aient la conscience de mettre en oeuvre des politiques d'intelligence économiques actives sinon volontaristes quitte à être iconoclaste depuis la "niche régionale" ou d'avoir le courage de naviguer à contre courant du dogme ordo-libéral financier post-industriel prôné par les experts médiatiquement dominants du "consensus de Lisbonne" (convergence des pays membres de la zone euro mise en musique par les "lettres de cadrage" de la commission dite de Bruxelles dans le cadre du traité européen de Lisbonne).

La marge de manoeuvre est étroite mais au niveau régional, depuis trois ans, le conseil régional de Normandie démontre qu'il est possible de mener une politique de relance industrielle protectrice du présent (prise en charge des risques) et de l'avenir (soutien à la formation professionnelle et à l'innovation technique et scientifique pour renouveler l'appareil industriel):

Ce girondisme industriel voulu par Hervé Morin et mis concrètement en oeuvre a permis de sauver quelques 12000 emplois industriels normands et contribue au fait que la Normandie est la dernière région de France pour le nombre d'entreprises défaillantes.

En garantissant de façon active le présent et l'avenir de ses emplois industriels, la région Normandie est, plus que jamais, le bouclier social des Normands!

Dernier exemple en date:

https://www.ouest-france.fr/normandie/bayeux-14400/normandie-la-region-vole-au-secours-de-l-entreprise-frial-6735434

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Normandie. La Région vole au secours de l’entreprise Frial

Jadis leader européen des plats surgelés, l’entreprise basée à Bayeux (Calvados) était dans la tourmente jusqu’à l’été 2019. Après le retour du PDG historique en septembre, la Région vient d’accorder un prêt de 2,8 millions d’euros, pour sauver la société

Spécialiste du plat préparé surgelé distribué par les grandes enseignes, comme Picard ou Thiriet, l’entreprise Frial cultive volontiers la discrétion. Considérée au milieu des années 2010 comme le leader européen dans ce domaine, la société était pourtant en proie à d’importantes difficultés depuis plusieurs mois.

À l’été 2019, le nouvel actionnaire avait rappelé le capitaine historique. À la tête de Frial jusqu’en 2013, Jean-Marie Piranda redevenait le PDG de la société, à 65 ans. « L’actionnaire a pris le risque de reprendre la dette et de recapitaliser, explique Jean-Marie Piranda. Ces dernières années ont été compliquées et les derniers mois très difficiles. »

Entré dans cette entreprise de distribution de produits de la mer en 1989, comme directeur général, il avait investi le marché du surgelé haut de gamme, en proposant notamment à Picard de créer des plats allant au micro-ondes, dès 1995.Le PDG ne le cache pas, le site de production Frial est devenu vétuste. « Le fonds d’investissement précédent avait purgé l’entreprise, sans réaliser d’investissement depuis des années. Alors qu’une usine se dégrade jour après jour si on ne la modernise pas. »

Un prêt de la Région de 2,8 millions d’euros

Dès l’automne, le PDG a été rejoint par son ancienne garde rapprochée et a été accueilli en sauveur, par les salariés « contents de retrouver un patron ».

Pourtant, la partie était loin d’être gagnée, même si les anciens cadres étaient de retour. « Dès octobre, Jean-Marie Piranda m’a contacté et a demandé l’aide de la Région, en m’expliquant que Frial était au bord de la fermeture, confie Hervé Morin, le président du conseil régional. Nous lui accordons un prêt à taux zéro de 2 800 000 €. Le plus important jamais attribué à une entreprise en difficulté. » Soit le quart de l’investissement que Frial envisage de réaliser, sur ses deux sites de Bayeux et Falaise (Calvados).

« Avant, les banquiers partaient tous en courant. Maintenant, ils commencent à m’appeler », note Jean-Marie Piranda. Le PDG s’est donné deux à trois ans pour redresser la barre. « Les principaux clients nous font confiance et le carnet de commandes est bon aujourd’hui, précise le patron de cette entreprise de 430 salariés. Maintenant, il faut remettre l’usine à niveau et retrouver de la croissance en direction de l’Europe et des États-Unis. »