Voilà! c'est confirmé, et ce, au lendemain d'un salon international de l'Agriculture de Paris où les productions normandes ont brillé dans un salon grignoté par le Coronavirus chinois.

Mais il n'y a pas que le Covide19...

http://www.agriculteur-normand.com/actualites/aop-camembert-le-projet-de-grande-aire-aop-liquide&ca=J7RC0XFM9026TNVGVJ1V&cn=2UQ00T90:5BZ8DFSO.html

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AOP Camembert : le projet de grande aire AOP liquidé

A Caen, mardi 3 mars, après des négociations qui auront duré plus de deux ans, l’ODG Camembert vote finalement contre le nouveau cahier des charges et abandonne le projet de grande aire du camembert normand. Les producteurs veulent désormais obtenir l’interdiction effective du camembert « fabriqué en Normandie ».

aoccamembert

« Je pense qu’on rate quelque chose », résume Patrick Mercier, président de l’organisme de défense et de gestion (ODG) Camembert de Normandie à la sortie de l’assemblée générale mardi 3 mars à Caen. Comme le 29 janvier, le cahier des charges a été rejeté (53% pour, 47% contre. 55% des voix étaient requises). Dans la foulée, l’abandon du projet de grande aire AOP camembert est acté à 97% des voix. Le projet d’extension de l’aire, pour lequel les producteurs ont été sollicités, « tombe avec le projet ».

« Chacun a ses raisons, indique, amer, Patrick Mercier, et chacun a davantage regardé ce qui n’allait pas pour lui que ce que ça apportait ». Le président, « très déçu » regrette : « la race normande devait se trouver renforcée dans son berceau, il n’y aura pas cet essor ». Le président est inquiet pour l’AOP. Sur les 96 000 tonnes de camembert produits, seuls 6 000 le sont en AOP*. « Nous sommes très fragiles et devons nous inquiéter de notre petite taille ».

Les industriels membres de l’ODG (Lactalis, Réo, Gillot, la coopérative Isigny-Sainte-Mère et la fromagerie du Val-de-Saire), ont majoritairement voté contre le cahier des charges. Emilie Fléchard, de la fromagerie Gillot, émue, se dit « désemparée » après le vote. « On a beaucoup travaillé et on a essayé de trouver des solutions tous ensemble ». Egalement « déçue », elle estime que le cahier des charges présenté « n’était pas un projet de filière. Des fabricants et une partie de notre production au lait cru en étaient exclus, parce que non moulé à la louche ». Elle souhaite « poursuivre le travail, mais avec une autre solution que la grande aire AOP » et milite pour une labellisation du lait.

Fin du dialogue ?
De leur côté, les producteurs appellent « les services de l’Etat à mettre en œuvre la loi, non appliquée depuis 25 ans » et d’interdire la mention « fabriqué en Normandie », affirme Patrick Mercier. Il annonce la multiplication d’actions et de communiqués dans ce sens pour sensibiliser le consommateur et envisage que des actions en justice puissent être menées     « contre ceux qui fabriquent et aussi ceux qui vendent, à titre de recel ». Pour Jocelyn Pesqueux, vice-président du Criel, le dialogue pourrait ne reprendre qu’après.

* dont 60 000 tonnes « fabriqué en Normandie », 30 000 tonnes en-dehors de la région


 Commentaire de Florestan:

Le diable niche dans les détails. L'enfer est toujours pavé de bonnes intentions. Quand on veut tuer son chien on l'accuse de la rage...

Le principe de compromis qui devait présider aux destinées nouvelles du camembert de Normandie dans le cadre d'une AOC élargie était pourtant d'intérêt général puisqu'il s'agissait d'assouplir le cahier des charges en acceptant l'entrée du lait pasteurisé ou thermisé dans l'AOC aux côtés du lait cru ainsi que d'aggrandir le périmètre géographique de l'AOC avec pour deux contreparties importantes, notamment pour les industriels: l'abandon de l'appellation commercialement falacieuse "camembert fabriqué en Normandie" et l'obligation, à terme, de faire pâturer à l'herbe et au foin un cheptel comportant au moins 50% de vaches de race normande.

Enfin, pour tenir compte de la diversité des méthodes de fabrication au sein d'une AOC enfin pensée comme une maison commune du lait normand, le projet devait créer deux niveaux de qualité en réservant la mention "véritable camembert de Normandie" pour ceux qui prennent la peine de mettre en oeuvre le cahier des charges maximal: camembert moulé à la louche manuellement au lait cru bio de vache de  race normande ayant mangé l'herbe ou le foin de son pré.

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Mais, comme d'habitude, (les hommes étant ce qu'ils sont...) certains, notamment du côté des industriels, ont voulu pousser trop loin leur avantage en voulant transformer un chemin de crête en autoroute, en exigeant un plus grand assouplissement du cahier des charges notamment sur la question du moulage manuel à la louche, une opération essentielle qui donne toute son identité au camembert de Normandie.

On peut, hélas, aussi soupçonner, toujours du côté des industriels, des pressions venant de l'extérieur du périmètre d'une nouvelle AOC normande même aggrandie.

En effet, le projet  assorti de la disparition de la mention illégale "camembert fabriqué EN Normandie" avait pour but de valoriser la production laitière normande en réservant à cette dernière le monopole de la fabrication du camembert AOC de Normandie avec pour conséquence, l'exclusion des éleveurs laitiers bretons du "pays gallo" (Ille-et-Vilaine) et manceaux (Mayenne et Sarthe) qui travaillent avec des cheptels de vaches de race normande.

D'ailleurs, forts de ce prétexte, les Bretons ont tenté d'entrer, en vain, dans le périmètre élargie proposé par le projet de nouvelle AOC. Mais il faut, aussi et surtout, soupçonner les pressions des industriels laitiers qui peuvent encore aujourd'hui valoriser à bon compte dans une laiterie normande un lait de qualité plutôt moyenne venant de l'extérieur de la Normandie et parfois venant de fort loin (Pologne, Nouvelle-Zélande):

Il y avait donc un risque réel pour eux ainsi que pour les éleveurs laitiers rémunérés par ces industriels d'une perte importante de revenus car l'accès de la marque très valorisante de "Normandie" devait leur être interdit...

C'est, de notre point de vue, l'écueil essentiel mais masqué sur lequel est venu se briser ce beau projet d'intérêt général normand.

Alors, comme disait l'autre, que faire?

1) Repartir dans une guérilla juridique et judiciaire qui sera aussi longue et épuisante que la première pour faire interdire la mention illégale de "camembert fabriqué EN Normandie" et en informer les consommateurs.

2) Solliciter la Région Normandie pour garantir le plan de re-normandisation du cheptel des vaches laitières en Normandie.

3) Déposer le projet de créer une AOC "lait de Normandie" qui permettrait de sécuriser de façon fondamentale la filière laitière normande au moment où l'agriculture française doit prendre sérieusement le virage de la qualité alimentaire et environnementale pour s'installer durablement dans la niche du luxe alimentaire dans le cadre d'un marché mondial de plus en plus incertain...


 

Voir aussi ce qu'en dit  aussi sur le site de Paris-Normandie:

https://www.paris-normandie.fr/actualites/economie/guerre-du-camembert-normand-le-projet-d-une-grande-aop-une-nouvelle-fois-rejete-MF16463258?utm_source=newsletter_mediego&mediego_euid=7b65029da2&mediego_ruuid=557f7820-cc49-4cb5-aa76-b9d2f7fbcd1e_1&mediego_campaign=20200305_news_actu&utm_content=20200305&utm_campaign=newsactu&utm_medium=email

«Tout est mort ! On n’a pas réussi. » À la sortie de l’assemblée générale, lundi 2 mars 2020 à Caen, Patrick Mercier, le président de l’ODG (Organisme de défense et de gestion) camembert, est sonné. Artisan d’un nouveau cahier des charges en faveur d’une grande appellation AOP (Appellation d’origine protégée) depuis deux ans, le petit producteur et fabricant de camembert au lait cru dans l’Orne est même abattu.

« C’est une grande déception. Tout le travail que nous menions est aujourd’hui rejeté. On rate quelque chose, les éleveurs en attendaient beaucoup. Or, les principaux industriels ont voté contre », constate-t-il, la gorge serrée. En peu de temps, la seconde tentative vient d’échouer. Déjà, le 29 janvier dernier (nos éditions du 3 février 2020), un premier vote en faveur de cette réforme avait abouti au même résultat (53 % contre le nouveau texte, 47 % pour). Cette fois, le combat s’achève définitivement.

Depuis deux ans, Patrick Mercier se battait pour mettre fin, dans la concertation et le dialogue, à la guerre entre deux produits, d’un côté, le « camembert de Normandie AOP » (au lait cru et moulé à la louche), et de l’autre, le « camembert fabriqué en Normandie » (avec principalement des laits pasteurisés ou microfiltrés), produit par des industriels. Le 22 février 2018, sous l’égide de l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO), le gendarme français des appellations, un compromis était pourtant adopté entre petits producteurs et industriels pour « une issue au manque de lisibilité pour les consommateurs qu’entraîne la coexistence des deux produits. »

Le retrait du « Fabriqué en »

Désormais, la guerre pourrait reprendre entre les étiquettes. « Le retrait du “Fabriqué en” s’impose. Il suffit seulement appliquer la loi. Que l’administration fasse son travail et que le consommateur se détourne de ces produits », demande Patrick Mercier qui ajoute : « Moi, jusqu’à mon dernier souffle, je le ferai. »

En effet, seul le camembert « de Normandie » peut bénéficier de l’AOP. Toléré de 1992 à 2002, c’est le « Fabriqué en » qui est l’origine du combat mené depuis plus de quinze ans par les producteurs AOP. « Je suis très déterminé à ce que cette mention qui entraîne de la confusion soit supprimée. C’est une usurpation de notoriété », soulignait, il y a quelques années, Patrick Mercier.

En sa faveur, l’article 13 du règlement européen de 1992 vient en aide à ces produits contre toute utilisation commerciale, usurpation, imitation ou évocation, « dans la mesure où cette utilisation permet de profiter de la réputation de la dénomination protégée. »

Que fera l’Inao après ce vote négatif ? Sollicité mardi après-midi, l’organisme national, dépendant du ministère de l’Agriculture n’a pas souhaité réagir. « C’est un rêve qui s’arrête pour les producteurs », constate, déçu et amer, Jocelyn Pesqueux, président de l’interprofession laitière normande et producteur de lait.


 

Commentaire de Florestan:

A notre liste de proverbes et locutions françaises pouvant décrire cette consternante situation, on a oublié ceci:

Vouloir le beurre et l'argent du beurre et... le cul de la crémière!

Autre dommage collatéral de cet échec d'une AOP camembert de Normandie avec un périmètre territorial plus élargi: les producteurs de camembert réalisé à partir du lait de vaches de race normande situés dans le Pays de Caux en Seine-Maritime resteront en dehors de l'AOC camembert de Normandie. Un comble!