Billet de Florestan:

Rassurons nos lecteurs même si ce qui suit n'est guère agréable à lire... Il ne s'agit pas d'un poisson du 1er avril retardé au lendeman ou d'une "infox" complotiste. Il s'agit simplement de projeter dans le temps et l'espace, sur les semaines à venir, quelques remarques de bon sens logique!

Première évidence:

Le déconfinement va durer plus longtemps que la mise en place, plutôt brutale, du confinement total ou presque de la société française. Il s'agit d'éviter un second pic de contamination au Covid-19 si le confinement était levé aussi vite qu'il avait été imposé. Le problème c'est que les autorités publiques sanitaires et, au delà, le gouvernement, pilotent dans le brouillard en gérant, "en même temps" la dynamique de l'épidémie et le manque de moyens techniques (masques et tests de dépistage) qui nous permettraient d'y faire face beaucoup plus efficacement. Le problème c'est que pour instaurer un déconfinement progressif il faudrait avoir à disposition les outils de protection et de sélection nécessaires: on en revient à la pénurie actuelle de masques et de tests de dépistage au point que l'on peut certainement se dire que le confinement actuel durera tant que nous n'aurons pas réussi à acquérir le nombre de masques et de tests en quantité suffisante pour organiser un déconfinement progressif...

Or, nous l'avons vu dans un billet précédent, l'acquisition à l'international de masques et de tests de dépistage fait l'objet de véritables actes de piraterie!

Seconde évidence:

Le déconfinement progressif pourrait se faire en suivant le maillage territorial des actuelles treize régions métropolitaines et en suivant les tranches d'âge: les régions qui furent les premières à être durement touchées par l'épidémie pourraient être déconfinées les premières. Il s'agit essentiellement des régions dites du "Grand Est", "Rhône-alpes Auvergne", "Bourgogne-Franche-Comté", l'Ile-de-France, la Corse et la région dite "Sud" (Provence-Alpes-Côte d'Azur).

En conséquence, les régions les plus situées à l'Ouest et actuellement les moins contaminées par le Covid-19 telles que la Bretagne, la Normandie, les Pays-de-la-Loire et la région dite "Nouvelle-Aquitaine", pourraient être déconfinées en dernier.

On rappellera qu'à l'exception des départements "foyers" de l'épidémie confinés dès le mois de février (on pensera à l'Oise autour de Crépy-en-Valois et au Haut-Rhin autour de Mulhouse ainsi que certaines communes telle que la commune savoyarde de la Balme-de-Sillingy), l'ensemble du territoire français métropolitain et d'outremer avait basculé dans un confinement général en l'espace d'un week-end à partir du 16 mars 2020: pour les régions de l'Ouest de la France, notamment la nôtre, le confinement va donc durer plus longtemps avec ses effets lourdement négatifs sur l'économie et la société civile régionale.

Troisième évidence:

Bien entendu, à l'heure où nous écrivons ces réflexions, le gouvernement n'a pas encore tranché précisément les modalités de ce déconfinement progressif  "régionalisé", mais compte-tenu des réalités concrètes dans la diffusion de l'épidémie qui peuvent être très différentes d'un territoire à l'autre (avec une forte opposition entre territoires urbains métropolisés très exposés et territoires ruraux plus protégés), il serait judicieux de planifier ce déconfinement progressif à partir du maillage départemental plus fin et finalement plus utile que celui des grands machins néo-régionaux issus de la réforme de 2015...

En effet, là encore, l'épidémie du coronavirus est un formidable révélateur de ce qui marche et de ce qui ne marche pas. Le vrais territoires, clairement identifiés, qui sont à taille humaine fonctionnent plutôt correctement dans la mise en place des solidarités nécessaires face à l'urgence: la Normandie montre, une fois encore, qu'elle fait exception si l'on compare à la situation dramatique en cours, par exemple, dans la région dite "Grand Est" où l'intensité de l'épidémie s'est concentrée sur les deux départements alsaciens et sur celui de la Moselle (Metz). Là-bas, le désarroi et le dévouement sont grands et, comble d'ironie, la néo-région "Grand Est" est présidée par un médecin de formation, l'alsacien Jean Rottner qui fait preuve, à son poste, d'admirables qualités humaines en ce moment de crise historique.

alsace

Mais le grand machin néo-régional "Grand Est" survivra-t-il en tant que tel à cette épreuve?

Les élus Alsaciens qui se sont sentis abandonnés pendant un certain temps et qui étaient, avant la crise, dans la démarche de créer une collectivité territoriale unique au sein de la région dite "Grand Est" risquent d'être plus que jamais tentés de refaire l'Alsace en dehors du "Grand Est". Et du côté des Champenois (Reims et Troyes), le sentiment d'être relégué dans une périphérie bien éloignée d'une métropole régionale "européenne" mais surtout alsacienne, accaparée par les assauts du Covid-19 ne doit pas être moins fort...

Conclusion:

La crise en cours révèle que nous avons toujours besoin de la souveraineté nationale et d'un état central régalien assurant en dernier ressort nos quatre souverainetés fondamentales (santé, alimentation, éducation et sécurité).

La crise révèle aussi qu'un pilotage "girondin" Etat central/ collectivités territoriales (notamment régionales) est efficace... A condition d'avoir de vraies régions!

19h_panneaux_entree_communes_autocollant_im_elsass-00_00_09_02

C'est le cas de la Normandie dont les politiques régionales en matière d'intelligence territoriale économique avaient largement anticipé les urgences actuelles.

L'épreuve du confinement va donc durer plus longtemps en Normandie que dans un grand machin néo-régional artificiel situé dans l'Est de la France:

La Normandie est solide. Elle existe depuis plus de onze siècles.

Castles_Fortress_France_Mont_Saint-Michel_Normandy_526138_2048x1536

Nous sommes prêts!


 

Voir aussi:

https://www.nouvelobs.com/coronavirus-de-wuhan/20200402.OBS26961/par-region-par-personnes-testees-a-quoi-pourrait-ressembler-le-deconfinement-progressif.html