La crise exceptionnelle du coronavirus nous accapare par sa gravité.

Mais nous suivons sur l'Etoile de Normandie les grands dossiers structurants de notre région. Par exemple, celui de l'aménagement de la vallée de la Seine, épine dorsale de la Normandie se déployant entre la mer et la région parisienne, première région urbaine d'Europe et capitale de la France, 5ème PIB mondial. C'était avant l'actuelle crise sanitaire et sa récession économique d'ores-et-déjà perçue comme la plus grave depuis 1945 après seulement trois semaines de confinement: dans quel état serons-nous en juin prochain, date la plus probable pour la fin du confinement et du déconfinement?

Ce sera l'heure des révisions déchirantes et l'occasion d'écouter enfin les prophètes qui n'avaient plus de pays pour se faire entendre. Pour la Normandie, la révision générale qui ne manquera pas d'avoir lieu, va forcément concerner la vallée de la Seine, coeur maritime, logistique, industriel et urbain de la Normandie et qui a, de par ses activités, un intérêt national qu'il va falloir, enfin ! cesser de confondre avec le seul intérêt parisien.

Le projet comme la façon de le conduire va devoir être repensé: le pilotage bureaucratique de la complexité administrativo-techno-politique n'est plus suffisant surtout s'il s'agit d'administrer l'administration sur fond d'absence de volonté politique réelle qui, seule, permet d'arbitrer les moyens financiers réels sans lesquels rien de concret ne peut se faire.

Le copilotage de tout et de rien est efficace surtout lorsqu'il s'agit de gérer pour digérer.

Mais la crise et le "monde d'après" déjà chanté par certains (pour se rassurer et, surtout, pour tenter d'échapper à l'inévitable épreuve d'introspection, d'examen critique qui ne manquera pas de venir) imposent de reprendre totalement en mains les grands sujets stratégiques pour que la Normandie ait un avenir et qu'un avenir normand intérêt national participe à la reconstruction d'une souveraineté française résiliente, efficace pour les grands défis du XXIe siècle qui sera un siècle de crises.

N'allons pas par quatre chemins.

De notre point de vue, l'aménagement de la vallée de la Seine doit être une affaire 100% NORMANDE, une nouvelle étape expérimentale de la décentralisation consistant pour l'Etat central et ses haut-fonctionnaires (qui s'y opposent encore farouchement) à confier le développement d'un intérêt national à la collectivité territoriale régionale concernée.

Depuis 2012, le pilotage depuis un bureau de Matignon par un grand commis d'Etat aussi intelligent, raffiné et cultivé soit-il (lire, ci-après, le portrait du préfet François Philizot, délégué interministériel à l'aménagement de la vallée de la Seine) n'a pas permis de faire sortir de terre les projets et les aménagements dont nous avons besoin avec une urgence que la crise actuelle va accentuer.

En outre, la perspective du projet pensée dans un schéma stratégique très techno est obsolète sinon étroite puisqu'il s'agit encore d'une vision axiale de la vallée de la Seine aspirée par le puissant amont parisien étriquée et limitée à une Normandie dominée jouant les utilités pour la région parisienne préparant, à terme, la fusion future entre le Grand-Paris et la Normandie selon le cauchemar déjà mis en branle dans les années 1960 par Paul Delouvrier et ressuscité par l'urbaniste Antoine Grumbach en 2010: rien de nouveau sous le soleil! Puisque cette conception "corridorienne" de la Vallée de la Seine normande tel un pipe-line serpentant entre Paris et la Mer, a justifié la division normande au risque  de faire crever les deux rives normandes sans lesquelles il ne saurait y avoir un intérêt national de la vallée de la Seine en aval de Paris.

La vallée de la Seine doit redevenir totalement l'affaire des acteurs normands qui la font vivre: il faut reconstruire une culture politique de la souveraineté régionale normande qui, par son développement même, contribuera plus utilement et plus efficacement à l'intérêt national de la France qu'une confiscation intellectuellement desséchante et infantilisante par des haut-fonctionnaires parisiens qui n'ont, au mieux, qu'un rapport abstrait aux réalités que l'Etat central leur confie.

Concrètement: c'est de responsabiliser les décideurs de la métropole de Rouen pour qu'elle soit enfin une vraie métropole régionale d'intérêt national.

C'est de sortir nos élus locaux normands d'un localisme de confort intellectuel et politique biberonné au jacobinisme d'un Etat qui demeure infantilisant mais qui a perdu sa toute puissance pour enfin construire un réseau normand capable de "chasser en meute"...

On doit reconnaître qu'il ne sera pas facile de sortir de cette culture politique inadaptée aux défis de l'heure puisqu'il s'agit de l'héritage de soixante années passées dans un trou normand reconstruit, modernisé, nationalisé, divisé, sous-administré et sous-financé par l'Etat central (1956-2016).

La crise en cours doit être aussi l'occasion d'une profonde régénération de certaines "élites" régionales: celles et ceux qui n'auront pas eu assez le réflexe d'une solidarité normande ou la vision suffisamment claire de la défense d'un intérêt général normand pourront, sans peine, candidater pour le grand... "dégagement"!

Bref! sur la question de l'aménagement de la vallée de la Seine, le temps d'un "laissez-nous faire" normand d'esprit girondin est venu, forcément plus efficace qu'un "laissez-moi faire" qui fait du sur place depuis... huit ans!

C'est donc à nous Normands de mettre en oeuvre une gouvernance enfin efficace de la vallée de la Seine car charité bien ordonnée commence par soi-même!

L'Etat central organise une préfiguration pour la fusion des grands ports maritimes normands et du port fluvial de Paris pour le 1er janvier 2021. Il est à craindre que la crise actuelle et ses conséquences ne rebattent totalement les cartes.

Il faut faire autrement:  confier, par exemple, à une région Normandie la gestion et le développement de deux grands ports maritimes d'intérêt national sinon d'un seul.

Nonobstant... Le préfet François Philizot est une bien belle personnalité comme on le lira après. Il fait bien le décor: la vallée de la Seine descendu à vélo sur ses berges de Paris au Havre, c'est sympathique. Le Nivernais et le canal latéral à la Loire offrent aussi de superbes balades durant lesquelles le cadre supérieur en vacances peut méditer sur le sens de la vie.

Avenir du commerce maritime mondial, avenir du raffinage, avenir de l'énergie, avenir de l'industrie automobile, avenir de la logistique face aux enjeux de la révolution numérique en cours, face aux enjeux de la transition énergétique et écologique, face aux urgences de la plus grave crise économique mondiale depuis celle des années 1930...

Vous conviendrez que pour les Normands que nous sommes, l'essentiel est ailleurs!


 

(Source: Le journal de la Seine, 10 février 2019... Avant la crise!)

https://www.lejournaldelaxeseine.fr/francois-philizot-classique-assume/

François Philizot – Classique assumé

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Avant d’être chargé du développement de la Vallée de la Seine, François Philizot a suivi un parcours classique entre les postes en préfecture et à la Datar. Traditionnel, mais pas seulement.

Enarque « de modèle courant », qui n’a « pas cherché à faire carrière » et estimant avoir suivi « un cheminement très normé », le délégué interministériel au développement de la Vallée de la Seine ne fait pas de vague. Mais ses sorties sur les Frères Jacques en réunion ou son discours de clôture, volontairement peu disruptif, lors de l’annonce des lauréats de « Réinventer la Seine » trahissent un personnage riche de savoirs et assumant avec panache son classicisme. Féru des résultats des élections depuis ses 10 ans, intéressé par l’aménagement depuis ses 14 ans, c’est pour lui comme un aboutissement de devenir adjoint au chef du bureau des élections au ministère de l’Intérieur, et de participer à la définition du scrutin des premières régionales en 1985 ou au redécoupage des circonscriptions en 1986.

Ce préfet typique, né en banlieue parisienne mais familialement ancré dans la Nièvre, est aussi passionné de vélo. Il en possède d’ailleurs cinq, dont celui de son grand-père, qui date d’avant la guerre de 14. Pour arpenter les routes franciliennes avec sa grande carrure dégingandée, il préfère le modèle plus récent avec un cadre léger en carbone. Parfait aussi pour la Véloroute de la Seine qu’il aura participé à faire aboutir ces dernières années.

Son expérience l’a toutefois plus confronté à l’industrie qu’au tourisme, notamment comme sous-préfet de Saint-Dié, dans les Vosges, à la fin des années 1980. « J’ai géré des dépôts de bilan et les suppressions d’effectifs. » Puis François Philizot est allé « surveiller le volcan » et se confronter aux enjeux sociaux à La Réunion. Ensuite la Datar l’appelle une première fois, au moment où Charles Pasqua, ministre de l’Intérieur, fait de l’aménagement une priorité. Il y retournera comme directeur, de 2000 à 2005, grande époque des comités interministériels d’aménagement et de développement du territoire (Ciadt). « J’ai eu la chance de pouvoir travailler dans le champ de mes passions de jeunesse », reconnaît-il.

Empilement des parapheurs

Entre les deux, il aura été secrétaire général des préfectures du Finistère et du Nord, poste pour lequel « un des grands défis est d’éviter l’empilement des parapheurs », lâche-t-il de son ton posé, qui masque toute éventuelle ironie. Puis, de 2005 à 2013, il vit au rythme des « appels du mardi soir », veille de Conseil des ministres, synonyme de mutation. Et fait découvrir à sa femme et ses quatre enfants l’Indre, le Tarn, le Morbihan et la Saône-et-Loire, comme préfet de département. Dans le Sud-Ouest, l’ancien troisième ligne aile cultive son goût du rugby en allant assister à des matchs d’Albi ou de Castres.

Un soir de 2013, il reçoit un appel inhabituel : « Matignon veut un préfet pour la Vallée de la Seine : c’est toi. » Retour à Paris à un poste pour lequel tout est à créer. Fort de sa réputation de préfet « plutôt aménageur », il s’attelle à la tâche, avouant sa faible connaissance des acteurs de ce territoire.

En juin 2015, son travail aboutit à la signature du contrat de plan interrégional le plus largement doté de France. Depuis six ans, il découvre les bénéfices de travailler sur le temps long. François Philizot évoque aussi les missions pour lesquelles il est régulièrement sollicité et qui dépassent la Vallée de la Seine. Le temps manque alors pour parler de ses lectures piochées dans la littérature classique, de son goût pour le cinéma américain de 1930 à 1960… ou de sa maison de Corbigny dans la Nièvre, une « jolie campagne loin de tout ». La terre de ses aïeux qu’il rejoindra quand il en aura fini de la préfectorale.