Billet de Florestan

Certains ici citent Léon Bloy. On pourrait aussi citer Georges Bernanos, extrait de son quasi dernier livre au titre étrange mais si prémonitoire, "la France contre les robots" (1945): "la modernité est une conspiration contre toute vie intérieure".

L'obligation au confinement qui s'impose à tous ou presque (celles et ceux qui doivent continuer à travailler pour nous nourrir et nous soigner, sont les véritables héros de l'heure) révèle le pire comme le meilleur de la société humaine et, on en conviendra tous, la nature humaine n'a guère fait de progrès depuis 10000 ans.

Le confinement des uns n'est, évidemment pas le confinement des autres: c'est une épreuve qui révèle toutes les fragilités humaines et ce d'une façon d'autant plus cruelle que nous vivons une grande première historique dans la longue histoire de notre pays.

En effet, c'est la première fois qu'une grande épreuve nationale nous affectant tous est gérée, partagée, portée sans les secours symboliques et spirituels d'une quelconque foi religieuse: le confinement peut s'apparenter comme la révélation du vide, pour ne pas dire du néant (nihiliste quand il est idéologiquement professé et propagé) sur lequel est bâti notre vie sociale, culturelle, économique, politique.

Que peut-il advenir d'une nation qui ne croit plus en rien, à commencer par elle-même?

L'élan actuel d'altruisme, de générosité notamment à l'égard du dévouement des personnels de santé, sera-t-il assez fort pour nous permettre de refonder quelque chose?

Voilà un beau sujet de méditation.

Ici on croit en un destin normand marié au destin français. Et nous assumons la possibilité et l'utilité pour un être humain de croire en davantage.


 

On vous laisse avec les moines bénédictins de la plus vieille abbaye normande, celle qui fonda celle du Mont-Saint-Michel en 966. Une abbaye millénaire toujours vivante, nichée dans un méandre de la vallée de la Seine...

Un reportage signé Stéphane Siret, de la rédaction de Paris-Normandie.

St-Wandrille-abbaye-2©SMT-E

https://www.paris-normandie.fr/actualites/societe/coronavirus-comment-les-moines-benedictins-de-saint-wandrille-concilient-confinement-et-recueillement-JH16661383

Coronavirus. Comment les moines bénédictins de Saint-Wandrille concilient confinement et recueillement

Près de Caudebec-en-Caux, à Saint-Wandrille-Rançon, les trente moines prennent le confinement comme une chance pour se concentrer davantage encore sur leur vocation de prière. Toutefois, avec l’arrêt des visites, des ventes et de la production de bière, l’abbaye pourrait connaître des difficultés financières.

Plus rien ne peut venir rompre le silence des lieux, derrière ces hauts murs de pierre. Pas un visiteur, pas un client dans la boutique, pas un homme ou une femme en quête de spiritualité qui aurait choisi la sérénité des lieux pour une semaine de retraite sur lui-même ou sur elle-même. Juste le silence, entrecoupé par le rythme régulier des sept offices de la journée, des Vigiles de 5 h 25 aux Complies de 20 h 35, en passant par les Laudes (7 h 30), la messe de 9 h 30, l’office de Sexte (12 h 45), None (14 h 15) et les Vêpres (17 h 30).

Un lieu de calme absolu

Depuis la mi-mars 2020, l’abbaye de Saint-Wandrille, près de Caudebec-en-Caux, nichée dans son écrin de verdure, est devenue un lieu de calme absolu, où confinement rime avec recueillement. « C’est une situation que l’on apprécie », confie le frère Frédéric Peruta, père sous-prieur de cette abbaye créée au VIIe siècle par saint Wandrille.

Trente moines vivent ici. En temps normal, la journée s’organise autour des offices bien sûr, mais aussi du travail, qui ne manque pas. L’accueil des clients à la boutique où les amateurs trouvent de nombreux produits d’abbayes, les visites guidées, la réception des clients de la partie « hôtellerie » ou encore la production de bière qui, depuis 2016, a remplacé la numérisation de documents industriels.

« Un peu anxieux » mais « privilégiés »

« Nous sommes un peu anxieux comme tout le monde, mais nous nous sentons quand même un peu privilégiés. Tout le monde est présent », souligne le frère Peruta. La majeure partie de la communauté est en bonne santé, à l’exception de deux frères très âgés, qui ne quittent plus l’infirmerie. Sur place, tous les gestes barrières sont scrupuleusement respectés. Et si les aides extérieures ne viennent plus pour le moment, hormis le médecin en cas de nécessité, ce sont le père abbé et le père hôtelier qui se chargent de prodiguer les soins à ceux qui en ont besoin. « C’est la règle de Saint-Benoît, explique le frère Peruta. Quand il n’y a pas de travail dans un endroit, comme pour notre hôtellerie en ce moment, il faut aider ailleurs. » C’est donc cette règle-là que suivent les moines bénédictins de Saint-Wandrille.

Si l’hôtellerie, qui dispose d’une capacité d’accueil pour une trentaine de personnes environ, est à l’arrêt, une autre activité importante pour la vie de l’abbaye est elle aussi stoppée : la production de bière. « En moyenne, nous pouvons produire environ deux mille litres de bière par semaine, explique le frère Peruta. Mais nous avons suspendu la production pour une raison simple : nous ne disposons pas des capacités de stockage des produits finis. »

Les ventes se font en ligne

Généralement très fréquentée, notamment le dimanche après-midi par les visiteurs et les randonneurs à pied, la boutique est également fermée. « Les ventes se font en ligne. Les gens de la région nous connaissent et passent commande de produits des abbayes », souligne le frère Peruta.

(lire la suite sur le site de Paris-Normandie)