L'Etoile de Normandie a repéré pour vous cet entretien de François Hollande que ce dernier vient de donner à Régions magazine.

On partagera l'essentiel du propos de l'ancien président de la République (d'origine rouennaise et normande) sauf sur un point... essentiel justement!

La carte des régions de la réforme de 2015 est une catastrophe géographique sauf pour la Normandie: l'autosatisfaction affichée ci-dessous par François Hollande semble bien téméraire car les nouvelles aggravées par la crise sanitaire et économique historique que nous vivons actuellement en provenance des grands machins néo-régionaux du Grand Est ou d'Occitanie ne sont pas bonnes.

A n'en pas douter, la décentralisation régionale est un processus institutionnel qui n'est pas achevé: il s'insère dans la longue histoire avec des prémices qui peuvent remonter à l'époque gaullienne et post-gaullienne (création des préfectures régionales, référendum de 1969, création des établissements publics régionaux en 1972). Après le grand élan des années 1980 avec la création d'une démocratie représentative régionale (1986) et un premier grand transfert de compétences, le mouvement décentralisateur a semblé marqué le pas ces dernières années car la haute-fonction publique de l'Etat centrale et le localisme départementaliste ou communal se sont parfois associés pour freiner l'émergence des régions. Le "millefeuille territorial" s'est compliqué et la décentralisation s'est surtout avérée n'être qu'une déconcentration arbitrée par un Etat central parisien toujours aussi jacobin et infantilisant.

La réforme de 2015 est donc une nouvelle avancée de la décentralisation et de l'idée régionale. Mais une une avancée mal pensée et mal construite, réalisée dans l'urgence de la menace d'une sanction de la Commission européenne et dans la perspective intellectuellement étroite sinon mesquine d'une réforme comptable: sur ce dernier point, justement, la réforme de 2015 est un échec alors qu'il s'agissait de son objectif officiel principal.

La vérité est la suivante:

A Paris, tout le monde se contrefiche de l'idée régionale. Elle n'a jamais été vraiment prise au sérieux.

C'est la raison pour laquelle, la réunification régionale de la Normandie qui a été présentée comme LE cas d'école pour valider l'efficience de la méthode de fusion entre régions adjacentes par le gouvernement Hollande-Valls (pour des questions de confort politique vis-à-vis des grands barons socialistes de l'époque) est aussi et surtout l'exception qui confirme la règle:

Pour une seule nouvelle région réussie (la Normandie) la réforme a massacré la géographie régionale française.

La bonne méthode que nous avions d'ailleurs nous mêmes présentés en mai 2014 à Alain Rousset, à l'époque le président de l'association des régions de France (avec son retour très intéressé et positif) consistait, au contraire, à rebâtir une carte de quinze ou seize ensembles régionaux cohérents sur la base de la trame départementale  qui conserve depuis 1790 la mémoire géo-historique de la France.

Pour mémoire, on vous donne à voir ce projet de carte régionale proposée par l'Etoile de Normandie au printemps 2014:

Une carte avec quinze régions permettant, dans la plupart des cas, de restituer les cohérences géo-historiques sous-jacentes.

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Lire ci-après, l'intégralité de l'entretien de François Hollande dans "Régions magazine":

Pas un mot sur la Normandie ne serait-ce que pour plaider pour une réforme réussie. La Corrèze passe avant tous les Zambèze normands... En revanche, on appréciera l'alerte sur le blocage néo-jacobin actuel qui s'apparente à une voie sans issue, un combat d'arrière garde. La crise historique actuelle est l'occasion de procéder à une vigoureuse reprise en mains politiques de nos affaires publiques: il est, désormais, urgent de prendre l'idée régionale au sérieux en France!

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