Avoir eu si longtemps, trop longtemps, une conception absolument trop "ricardienne" de la mondialisation a eu pour effet de couper la branche sur laquelle nous nous étions crus bien solidement installés... A force de confier aux autres ce que nous ne souhaitions plus faire ici nous mêmes sous prétexte que c'est sale, que ça pue, ou que ce n'est plus assez rentable car là-bas ils le feraient mieux que nous pour trois fois rien, à force de croire que nous pourrions nous contenter de n'être que la partie la plus sublimée dans la matière grise d'une industrie totalement mondialisée avec des chaînes de valeur faisant dix fois le tour de la planète, nous avons entretenu l'illusion que nous pouvions garder puissance, influence et richesse en n'étant qu'un pays de services avec une base industrielle résiduelle.

La crise actuelle du coronavirus nous inflige avec brutalité la leçon de la réalité.

Avec moins de 14% de son PIB réalisé dans l'industrie, la France découvre soudain son état de faiblesse: le cerveau ne suffit pas. Il faut aussi un squelette et sa musculature.

La Mondialisation et son "doux commerce" à la Montesquieu a, certes, tissé des liens très serrés entre toutes les grandes économies nationales mais ce n'est pas parce que des liens existent avec des intérêts croisés que ces liens et ses intérêts croisés tissent comme par magie de l'amitié entre les peuples et les états. Cette moraline n'a rien à voir avec la réalité qui est celle de la permanence des rapports de force géopolitiques entre les diverses puissances nationales.

Il ne s'agit pas, bien entendu, d'en finir avec toute idée de coopération multilatérale et ses institutions au niveau mondial ou au niveau régional (pauvre Europe!) mais d'être lucide: les relations internationales demeurent ce qu'elles sont  avec son concert des nations telles qu'elles sont.

C'est ainsi que les élites dirigeantes françaises découvrent, un peu désemparées, le fil à couper le beurre de la souveraineté nationale et la nécessité de ne pas mettre tous ses oeufs dans un même panier... chinois.

Allons plus loin: Nous pensons ici que la reconstruction d'une souveraineté économique et stratégique de la France ne pourra pas se faire sans une coopération étroite entre l'Etat central et une action régionale forte et volontariste à condition d'avoir de vraies régions.

La Normandie a donc deux atouts pour servir dès à présent de laboratoire pour expérimenter la sortie de crise, la relance de l'économie française et surtout la reconstruction d'une souveraineté stratégique:

1) La Normandie est restée une grande région industrielle, c'est même par le nombre d'emploi et par le PIB, la première région industrielle française.

2) La Normandie est la seule vraie région-province sur la carte de la France continentale et son nom est connu et apprécié dans le monde entier.


 Retour donc sur la mission confiée par Hervé Morin  à Bernard Leroy, le président de la communauté d'agglomération Seine-Eure, dans le but de relocaliser en Normandie des industries stratégiques pour la France:

https://www.lejournaldelaxeseine.fr/b-leroy-on-ne-peut-pas-etre-un-pays-de-services-sans-industrie/

B. Leroy :

« On ne peut pas être un pays de services sans industrie »

Le président de la communauté de communes Seine-Eure, Bernard Leroy, s’est vu confier par le président de Région Hervé Morin une mission portant sur  la dynamisation de l’industrie en Normandie. Il devra rendre son rapport à l’automne 2020, avec en toile de fond la crise sanitaire comme révélateur des forces et des faiblesses de l’industrie régionale.

Quels enseignements peut-on déjà tirer des conséquences de la crise sanitaire sur l’économie normande ?

L’industrie représente 21 % du PIB régional, ce qui fait de la Normandie l’une des régions de France les plus industrielles. Dans des secteurs puissants tels que l’automobile, l’aéronautique, ou encore la pharmacie, nos entreprises sont des leaders mondiaux qui exportent. Mais malgré cela, la crise du coronavirus nous met face à une réalité insupportable : notre dépendance vis-à-vis de marchés extérieurs. En matière de santé, 80 % des principes actifs sont aujourd’hui fabriqués en Asie. Il y a 30 ans, ils étaient fabriqués en France ! On ne peut plus tolérer que la santé de nos concitoyens soit dépendante à ce point de l’étranger.

Pensez-vous qu’il soit possible, demain, d’inverser cette tendance ?

Depuis 20 ans, nous démontrons au niveau de la communauté de communes de Seine-Eure qu’un territoire fortement touché peut rebondir. L’idée, c’est qu’il faut amplifier nos positions déjà fortes dans des domaines stratégiques tels que la santé. Sanofi à Val-de-Reuil exporte 95 % de sa production dans le monde entier, de même que Hermès qui compte trois sites sur notre territoire. Tout l’enjeu consiste à passer d’une mondialisation effrénée à une mega-régionalisation par continent. Au final, la crise que nous traversons peut être salutaire pour l’Europe en créant un véritable sursaut.

Après l’incendie de Lubrizol à Rouen en septembre 2019, une certaine défiance vis-à-vis de l’industrie s’est exprimée dans la région. Comment juguler ces oppositions avec la redynamisation industrielle que vous appelez de vos vœux ?

Nous devons redorer le blason de l’industrie en pariant avant tout sur l’intelligence du citoyen. Si l’on prend l’exemple de l’industrie pharmaceutique, on n’entend plus beaucoup aujourd’hui les anti-vaccins… Dans tous les domaines, quand la poussière sera retombée, le bon sens et l’intelligence vont finir par l’emporter. Je me souviens encore de ces « esprits brillants » qui prédisaient il y a 20 ans la fin des usines en France. C’était une terrible erreur d’analyse qui m’a toujours révoltée, comme député et comme chef d’entreprise. On ne peut pas être un pays de services sans industrie.


 Commentaire de Florestan:

"Je me souviens encore de ces esprits brillants qui prédisaient il y a 20 ans la fin des usines en France..." dixit Bernard Leroy qui a bien raison! Mais à qui donc peut-il bien penser?

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Claude Bébéar, un nom encore bien connu sur la place rouennaise... (ici en compagnie d'un léopard normand dont il a fini par avoir la peau...) et qui fut considéré par les médias au tournant des années 1990/2000, comme l'éminence grise d'un capitalisme français débarrassé de ses usines (donc de ses ouvriers syndiqués...): un esprit brillant qui présidait, il y a vingt ans, à la fin des usines en France.

https://gw.geneanet.org/wikifrat?lang=fr&n=bebear&oc=0&p=claude

https://www.liberation.fr/france-archive/1995/06/09/a-rouen-la-zizanie-en-heritage-depuis-la-mort-de-lecanuet-gautier-cds-et-guez-pr-s-etripent_135166

https://www.lejdd.fr/Economie/la-saga-axa-racontee-par-ses-patrons-3529886

https://www.cairn.info/histoire-secrete-du-patronat-de-1945-a-nos-jours--9782707178930.htm

https://www.argusdelassurance.com/acteurs/axa-bebear-de-castries-et-buberl-reunis-pour-une-photo-historique.125269

Pas d'industries à assurer? Pas d'assureurs... Il faut les deux mon capitaine: Axa à Rouen en Normandie c'est bien... Mais il n'y pas que ça!