L'échange de courrier à lire ci-après n'a évidemment pas échappé à la curiosité de l'Etoile de Normandie car la polémique qui oppose, d'une part, Hubert Dejean de la Bâtie, le maire de Saint-Adresse et vice-président au conseil régional de Normandie en charge des questions de l'environnement et, d'autre part, le préfet honoraire Yves Bonnet en dit long tant sur la forme que sur le fond au sujet d'une question essentielle pour l'intérêt général normand et le rôle de premier plan que la Normandie, 3ème région française pour la production d'énergie et la première de France pour l'énergie électro-nucléaire, devra jouer, au plus vite, dans la mise en oeuvre de la nécessaire transition énergétique pour diminuer l'émission dans l'atmosphère des gaz à effet de serre qui sont à l'origine d'un changement climatique de plus en plus inquiétant...

Manifestement, ces deux-là ne sont pas d'accord et ce désaccord symbolise l'absence d'une authentique vision ou stratégie en France pour ce qui concerne la transition énergétique.

Concrètement, on peut raisonnablement douter que l'on puisse faire "en même temps" de l'électro-nucléaire et de l'éolien. Et l'on peut craindre tout aussi raisonnablement que le tout éolien pourrait avoir bien plus d'inconvénients que d'avantages au point de faire passer le nucléaire, actuellement remisé au purgatoire du politiquement correct, pour une source d'énergie vertueuse si l'on s'en tient à l'urgence écologique principale:

Stopper drastiquement les émissions des gaz à effet de serre dans l'atmosphère.

La Normandie a déjà été sévèrement aménagée depuis la fin des années 1960 pour développer le nucléaire selon l'idéologie d'un état central qui avait encore la capacité de planifier à trente ou quarante ans.

Pas sûr que la Normandie énergétique qui s'est déjà offerte au nucléaire (un pacte faustien échangeant le risque de la radio-activité contre des espèces sonnantes et trébuchantes) accepte de s'offrir tout aussi totalement à l'éolien qu'il soit terrestre ou marin selon une idéologie politique qui a réussi à s'imposer à l'état central qui ouvre de bien belles aubaines financières à quelques audacieux pas toujours très honnêtes...

On ne pourra donc pas embarrasser d'éoliennes une Normandie déjà chargée de quatre grands sites nucléaires (trois centrales et le site de retraitement de la Hague).

Il va donc falloir trancher en pesant le pour et le contre en mettant tous les inconvénients et tous les avantages sur le fléau de la balance et prendre, en conséquence, une décision non pas selon telle ou telle idéologie mais selon la réalité!


 

  • Lettre n°1: courrier d'Hubert Dejean de la Bâtie adressé à la ministre Elizabeth Borne en charge de l'environnement et des transports:

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  • Lettre n°2: texte du courrier d'Yves Bonnet, préfet de région honoraire, adressé à Hubert Dejean de la Bâtie:

 

Monsieur le Président,

 

Selon des informations en notre possession, il semblerait que vous soyez intervenu auprès de Madame Elisabeth Borne afin d’obtenir l’engagement des mesures préalables à l’implantation des parcs éoliens marins, sans attendre la conclusion du grand débat public ( sic ) qui ne mérite ni le nom de débat, puisque le postulat est posé de l’implantation en mer d’aérogénérateurs géants, ni le qualificatif de public puisque toutes dispositions sont prises pour en limiter l’accession et la contestation.

Votre initiative s’inscrit dans le cadre d’une politique dite de conversion énergétique qui ne vise, en réalité, qu’à réduire puis à exclure le recours au nucléaire civil pour la production d’électricité, alors que la France peut s’enorgueillir des résultats obtenus dans cette filière, tant au plan de la fiabilité de la production que de sa régularité, du coût de l’énergie produite ( la moins chère en Europe), du respect de l’environnement et enfin de l’absence de rejet de carbone. Que des gouvernements en quête de succès électoraux aient cru bon de s’associer au parti antinucléaire ( schématiquement les Verts ) pour inscrire dans le marbre de l’absurdité le ralliement à la politique allemande de l’énergie, la plus désastreuse en Europe, avec des rejets de carbone élevés et croissants et un prix de l’électricité culminant plusieurs fois au dessus de celui d’EDF, est déjà consternant. Que la France ferme un réacteur nucléaire à Fessenheim pour que l’Allemagne ouvre une centrale au charbon à Datteln en 2020 relève de l’imbécilité la plus effarante, mais vous n’y pouvez rien. En revanche, que la région de Normandie riche de trois centrales nucléaires en parfait état de marche fasse de la reconversion énergétique un de ses chevaux de bataille et que, cédant au groupe de pression éolien, vous vous fassiez le zélé serviteur de promoteurs an quête de profits faciles, me laisse pantois. Entendez-vous fermer Paluel, Penly ou Flamanville ? Ou les trois ?

Car la brèche que vous entendez ouvrir, dans tous les sens du terme, sur le littoral normand, outre qu’elle ne résout en rien le défi énergétique en termes de régularité et de constance de la production d’électricité - le vent souffle quand il le veut soit moins de 25% du temps - et de prix de revient, va condamner si, ce qu’à Dieu ne plaise, vous réussissez dans votre entreprise, un secteur important de notre économie normande, celui de la pêche, au déclin et à la disparition.

La profession unanime le dénonce. Le bon sens l’interdit. C’est déjà grave. Mais vous persistez démontrant ainsi votre méconnaissance du milieu maritime et de la Manche, en particulier.

Savez-vous où se situent les zones de frai et de reproduction de la coquille et de nombreuses espèces de poissons ? Savez-vous quelles sont les zones lesplus riches en poissons de la Normandie ? Avez-vous évalué les conséquences du Brexit sur la pêche côtière normande ?

Plus largement, savez-vous au moins, à quel environnement marin vous vous attaquez avec votre promoteur espagnol ?

Savez-vous que la Manche est la mer la plus fréquentée au monde, que le trafic des ports de Hambourg, Brême, Rotterdam, Anvers, Dunkerque et Le Havre, pour ne citer que les plus importants, transite par ce formidable canal naturel ? Savez-vous que le trafic transmanche ajoute aux aléas de la navigation ? Savez-vous que le fond de la mer de Manche constitue le plus grand réceptacle au monde de mines, d’autant plus dangereuses que se déplaçant sur des fonds sablonneux et très peu profonds ? Quand, inévitablement, un pétrolier géant ou un porte conteneur géant viendra se drosser sur une de vos éoliennes, en prendrez-vous votre part de responsabilité ?

Enfin, last but not least, pouvez-vous nous dire pourquoi le projet d’éoliennes au large du Touquet a été abandonné ?

Monsieur, le président de la région de Normandie, Hervé Morin, que je connais depuis plus de 25 ans, est intervenu ce soir sur les antennes de France 5 et a déclaré que, face à la crise du coronavirus, la France avait avant tout besoin de cohésion, précisant même : Il y a de la colère. Il a raison. Pensez-vous sincèrement que votre initiative intempestive aille dans le sens souhaité par votre propre président, qui est aussi le mien ? Pensez-vous que vous agissez pour la cohésion de notre région ?

Vous prenez une lourde responsabilité qu’il vous faudra assumer un jour, quand, las de payer 20% de supplément à leur facture d’électricité, au titre de la contribution au service public d’électricité qui permet de surrémunérer l’industrie éolienne, les braves gens de Normandie et d’ailleurs vous demanderont des comptes pour la disparition de la pêche côtière et la pollution au moins visuelle de sites exceptionnels ; que ce soient les paysages raffinés et choisis du Calvados, de l’Orne, de la Manche, de l’Eure et de la Seine-Maritime, que ce soient les villes martyrisées et reconstruites avec tant de soin et de justesse, que ce soient les plages chargées d’histoire, la mer théâtre de tant de batailles, ce patrimoine que nos ancêtres nous ont légué ne mérite-t-il pas que nous le transmettions en l’état aux générations futures ?

Je vous invite à vous reprendre au lieu de vous précipiter dans le pillage de ce qui ne vous appartient pas et l’irrémédiable aventure d’une fausse solution écologique et d’un désastre financier. Et si le courage vous manque de mettre un terme à la ruine de tous pour le profit de quelques-uns, ayez au moins celui de consulter par referendum les citoyennes et les citoyens de Normandie.

Je vous assure de ma considération distinguée.

 

Yves Bonnet

Administrateur de Belle Normandie Environnement

Préfet de région honoraire

Ancien député

Ancien rapporteur du budget de la Marine

Ancien conseiller général de la Manche

Président de la commission des finances


Commentaire de Florestan:

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Allons-y ! Mettons tout le dossier sur les plateaux de la balance!

ELECTRO-NUCLÉAIRE:

  • Inconvénients:

La pollution radio-active mortelle qui nécessite le confinement total du réacteur.

La radio-activité millénaire des déchets issus de la fission de l'uranium dans les centrales: le retraitement pour le remploi de l'uranium ne suffit pas (mox, plutonium) la question du stockage ultime est toujours en suspens.

Le prélèvement dangereux de l'uranium dans des mines souvent situées dans des pays sous-développés.

La nécessité d'une mise en sécurité, d'une inspection permanentes des installations contre tous les risques d'accident (catastrophes naturelles, crash aérien, attentat terroriste, erreur humaine).

La nécessité de développer l'électro-nucléaire dans des pays développés et démocratiques assurant le niveau technique suffisant pour la construction et l'entretien des centrales et assurant la transparence démocratique critique pour évaluer le risque nucléaire (accès aux informations).

Une acceptation sociale limitée au départ mais, ensuite, une source importante d'emplois et de qualification pour la population locale. (ex: le Nord-Cotentin des années 1970/1980).

La nécessité de développer une culture démocratique de la sécurité civile pour les habitants riverains d'installations nucléaires.

La nécessité d'une planification publique de très long terme (au moins trente ans).

Le coût très élevé de construction d'une centrale nucléaire (avec le cas extrême de l'EPR tête de série de Flamanville: 12 milliards au lieu des... 3 prévus au départ!)

 

  • Avantages?

Une production électrique qui n'émet aucun gaz à effet de serre dans l'atmosphère.

Une production électrique très concentrée, très abondante et permanente.

Un amortissement facile d'investissements au départ très élevés.

Une production électrique dont le coût final est peu onéreux et à partir de laquelle on pourrait envisager la décarbonisation massive du système des transports terrestres: mettre en oeuvre un plan national hydrogène pour baisser drastiquement le taux de CO2 mais aussi les autres polluants dans l'air liés au trafic routier (par ex: les particules fines) et développement du véhicule électrique.

Une technologie qui renforce la souveraineté énergétique nationale (quand elle est correctement maîtrisée) et qui convient parfaitement à l'idée d'un service public de l'électricité.


 

EOLIEN TERRESTRE:

  • Inconvénients:

Une production électrique fondamentalement intermittente avec une productivité faible: quand il n'y a pas de vent l'éolienne ne tourne pas mais aussi quand il y en a de trop.

Nécessité de compléter la production électrique éolienne intermittente avec celle de centrales nucléaires ou pire! des centrales thermiques au charbon ou aux hydrocarbures pour, soi-disant, "sortir du nucléaire" avec, au final, un bilan carbone catastrophique! (contre exemple allemand).

Nécessité aussi de coupler la production électrique éolienne avec une baisse drastique de la consommation énergétique (sobriété ou écologie punitive, comme on voudra!).

Un mode de production électrique fondamentalement incompatible avec un réseau de distribution de masse selon une logique de service public centralisé si l'on considère qu'il faut absolument remplacer par une centaine d'éoliennes la capacité de production électrique d'un seul réacteur nucléaire...

Une pollution esthétique par "mitage" des paysages et des sites patrimoniaux incompatible avec la valorisation touristique du territoire (notamment en Normandie, région de France qui possède le plus de bâtiments et sites classés au titre des Monuments Historiques).

Implantation possible d'éoliennes géantes pouvant culminer jusqu'à 250 mètres en bout de pale!

Une pollution visuelle et sonore forte pour les riverains (lumières clignotantes la nuit et bruit des pales).

Une pollution des sols irréversible (socle en béton pour le pied de l'éolienne).

Un impact avéré sur l'avifaune (heurts avec les oiseaux).

Une artificialisation et une industrialisation du foncier agricole.

Une baisse drastique de la valeur immobilière pour les propriétés riveraines.

Une opacité financière avec effets d'aubaine indésirables à partir de la subvention publique: possibilité pour certains de faire de l'argent facilement puisque l'opérateur historique public (EDF) est obligé par la loi d'acheter le kwh éolien bien plus cher que le prix moyen du kwh observé sur le marché.

Une spéculation immobilière et de la corruption pour obtenir les terrains à bâtir.

Une réduction des libertés démocratiques pour les citoyens qui contestent les projets éoliens (limiter les recours judiciaires qui ralentissent les projets, enquêtes et débats publics biaisés: le lobby éolien fait actuellement la même chose que ce qui était autrefois reproché par les écologistes au lobby nucléaire...)

Une production électrique très subventionnée par l'argent public prélevé sur chaque facture électrique payée en France mais qui n'est pas (encore?) rentable.

Une industrie qui n'est pas recyclable (par ex: on enterre les pales des anciennes éoliennes démantelées).

Une durée de vie limitée des aérogénérateurs et une relative fragilité de ces appareils face aux conditions météorologiques.

La nécessité d'utiliser les métaux des terres rares importées de pays sous-développés pour fabriquer le rotor de l'éolienne.

La chaîne de valeur pour la fabrication d'une éolienne est trop éclatée de part le monde: on a vu avec la crise du covid 19 que ce n'était pas forcément une bonne idée alors que la production électrique et son maintien relèvent de la sécurité nationale...

  • Avantages?

Aucune émission de gaz à effet de serre ou autres polluants dans le ciel ou le sol pendant le fonctionnement de l'éolienne.

Le vent est une énergie gratuite et disponible (enfin presque!).

Possibilité d'une autonomie énergétique individuelle ou locale.

Nécessité de faire des économies d'énergie (par ex: isolation des bâtiments) car l'électricité éolienne est plus rare donc plus chère.


 

EOLIEN MARIN:

  • Inconvénients:

Sur le fond, les mêmes inconvénients que l'éolien terrestre avec les nuisances riveraines en moins puisque ces éoliennes sont établies en pleine mer au large de nos côtes.

Mais il y a un impact négatif fort sur l'environnement marin et les ressources halieutiques: les poissons fuient les chantiers éoliens marins et les enquêtes scientifiques nous renseignent sur le fait que les espèces parties ne reviennent pas ou peu ou sont remplacées par d'autres moins valorisables pour la pêche dans un contexte d'une baisse de la bio-diversité observée (exemples anglais et danois).

Perturbation de la vie sous-marine pendant les travaux (bruits).

Prélèvement des granulats pour le béton des fondations des éoliennes marines fixes dans les fonds marins situés à proximité du chantier.

Turbidité de l'eau pendant les travaux.

Perturbations électro-magnétiques gênant les poissons quand les câbles sous-marins sont posés.

L'impact négatif est, en conséquence, très fort pour la pêche qui est, notamment en Normandie, une pêche artisanale qui a une approche qualitative de la ressource:

Création de vastes zones marines interdites à toute navigation rendant inaccessibles certaines ressources halieutiques de premier plan (ex: Le Tréport).

Le temps de parcours entre zones de pêche et port d'attache est augmenté (il faudra contourner le futur champ d'éoliennes marines) avec des dépenses supplémentaires en carburant pour les pêcheurs.

Risque d'accidents et de collisions maritimes accru: les futurs champs d'éoliennes marines au large des côtes normandes seront aussi implantés dans la mer la plus fréquenté du Monde, la Manche.

Le coût de la maintenance s'annonce très élevé (corrosion marine, tempêtes...)

En conséquence, nécessité pour le promoteur d'implanter en mer de nombreuses éoliennes (au moins 60 à 70 machines par champ) pour espérer une opération rentable.

Même situées à 10km des côtes l'impact visuel de ces éoliennes marines n'est pas à négliger surtout s'il s'agit de les installer dans l'horizon des plages du Débarquement de 1944 (ex: Courseulles-sur-Mer) au moment où l'UNESCO qui s'était déjà opposée à la pose de chapelets d'éoliennes sur les collines entourant la baie du Mont-Saint-Michel, instruit le classement de nos plages sur la prestigieuse liste du patrimoine mondial de l'Humanité!

Non! franchement! impossible d'avoir le beurre, l'argent du beurre et le... cul de la crémière!

  • Avantages?

Une ressource en vent plus fiable et de meilleure qualité en mer plutôt qu'à terre.

Une nuisance visuelle réduite (depuis le littoral) surtout par temps de brume...

Absence de riverains pouvant pratiquer le Nimbysme qui fait frémir tous les aménageurs et tous les promoteurs...

(Nimbysme, de l'acronyme anglais: Not In My Back Yard, "pas dans mon arrière-cour")

Possibilité de créer des récifs artificiels au pied des éoliennes pour attirer les poissons et reconstruire la bio-diversité...

Mais à condition de ne pas oublier les pêcheurs!