... Avec les collectivités territoriales et la société civile au niveau local et régional!

Aujourd'hui se tenait le "Ségur" (sic!) de la santé au ministère du même nom à Paris rue de Ségur parce qu'on ne peut pas faire un "Grenelle" sur tout, pour un oui ou pour un non sachant que le "Grenelle", le vrai (l'adresse du ministère du Travail) a consisté à négocier l'augmentation des salaires ouvriers de 30% après les grandes grèves de mai 1968.

https://www.lemonde.fr/societe/article/2020/05/25/en-france-lancement-du-segur-de-la-sante-pour-revaloriser-l-hopital_6040673_3224.html

Olivier Verran tenait à avoir l'ensemble des partenaires sociaux et décideurs du secteur essentiel de la santé autour de la table: on salue la démarche car il s'est passé quelque chose d'extraordinaire ces deux derniers mois: la crise sanitaire du covid 19 d'une ampleur historique jamais vue dans notre pays depuis l'épidémie de grippe espagnole des années 1918 /1919 amène à des révisions déchirantes pour les uns et à de solides prises de conscience pour les autres... Avoir ainsi cotoyé le tragique sinon la Mort (des centaines d'hommes et de femmes emportés dans la force de l'âge laissant des familles orphelines derrière eux) a profondément marqué les personnels soignants: s'il y a bien un lieu où il n'est pas galvaudé de dire qu'il y a un monde d'après la crise sanitaire qui ne doit surtout pas rassembler à ce qu'il était avant, c'est bien à l'hôpital!

Pour revenir plus directement à notre propos, le ministre de la Santé a découvert, non sans stupeur, une réalité nouvelle quasi révolutionnaire dans ses conséquences politiques:

Au plus fort de la crise (avril 2020) les grands hôpitaux français (les CHU) notamment dans les régions les plus impactées, ont été gérés directement par les équipes soignantes qui se sont constituées en collectifs réactifs et spécialisés dans telle ou telle urgence. Bref! il y eut une authentique expérience révolutionnaire auto-gestionnaire transcendant les statuts et les fonctions pour gérer l'accueil des patients atteints du covid 19 tout en gérant le reste de la patientèle.

Témoignage d'un chef de service d'un grand hôpital parisien entendu ce jour sur France info: "si nous avions dû respecter la procédure administrative habituelle et l'ensemble du code des appels d'offres publics, nos respirateurs seraient arrivés six ou douze mois après nos demandes..."

Bref! A l'hôpital public, ils ont découvert la liberté d'agir. Ils ont surtout découvert qu'ils pouvaient agir sans avoir recours à la tutelle administrative. Ils ont constaté que l'Etat central bureaucratique était, au mieux, inutile ou pire, inefficace voire nuisible... Ils ont donc appris à s'en passer.

Voilà une nouveauté politique radicale sinon historique!

Une révolution auto-gestionnaire de fait a eu lieu au sein des hôpitaux dans une logique collective et coopérative pour gérer, semble-t-il, avec efficacité une urgence sanitaire exceptionnelle: voilà qui mérite une médaille et surtout une augmentation de salaire! Mais ce serait faire une erreur tout aussi historique que de se contenter de cela car cette expérience auto-gestionnaire a eu lieu aussi ailleurs qu'à l'hôpital pour suppléer à la défaillance d'un Etat central qui, d'habitude, excerce sur l'ensemble de nos activités sociales et économiques un contrôle tatillon...

Du côté des collectivités territoriales, notamment régionales, on a aussi pris conscience qu'un moment historique passait et qu'il fallait se saisir de cette opportunité pour faire avancer l'idée que les temps ne sont plus à une infantilisation de la société civile par la bureaucratie descendante et parfois condescendante d'un état centralisé à Paris mais que les  citoyens électeurs et contribuables, les associations, les entreprises, les organisations et les collectivités territoriales, aspirent plus que jamais à une "subsidiarité démocratique ascendante" qui souhaite coopérer avec l'Etat central régalien dans la définition et la gestion de l'intérêt général plutôt que de subir les conséquences concrètes parfois absurdes de sa définition arbitraire et discrétionnaire depuis le cabinet parisien d'un ministre ou la visière d'une casquette préfectorale.

En Normandie, Hervé Morin a, semble-t-il, pris la mesure de ce moment historique en faisant un authentique moment girondin normand: les observateurs tous comme les premiers concernés (les commerçants, artisans, petits entrepreneurs) reconnaissent que la crise a plutôt bien été gérée en Normandie...

Bref! pour le dire d'un mot, pour toutes celles et tous ceux qui furent les "premiers de corvée" pendant les deux mois de la crise du covid-19, il y eut cette expérience qui restera inoubliable pour eux d'un "laissez nous faire" qui a sauvé des vies et qui a permis au pays de maintenir ses fonctions sociales et économiques vitales pendant les 55 jours du confinement.

Cette expérience auto-gestionnaire historique va laisser des traces, à l'hôpital et dans bien d'autres lieux. Du côté du pouvoir régional cette crise est donc une aubaine historique pour faire progresser l'idée qu'il faut aller vers un approfondissement de la décentralisation et que la relance de l'économie nationale ne sera efficace que dans le cadre d'une coopération inédite entre l'Etat et les conseils régionaux.

Cette situation historique a déjà des conséquences politiques suite à l'émergence des deux évidences suivantes:

1) Faire sans avoir la bureaucratie de l'Etat sur le dos et sur la nuque c'est possible et c'est même plus efficace.

2) Refaire la souveraineté de la République française sur les quatre sécurités essentielles au pays (santé, alimentation, éducation, sécurité civile et militaire) est une urgence tout comme la reconstitution d'une base industrielle suffisante dans la structure de notre PIB.

Ces deux chantiers prioritaires ne sauraient être pleinement réalisés par les élites politiques et administratives responsables du désastre actuel et sans le concours des initiatives locales et régionales:

Le Covid 19 a donc, bel et bien, tué le jacobinisme bureaucratique autoritaire parisien. Le moment historique et politique est donc venu pour le remplacer par un autre système.

Le philosophe normand Michel Onfray propose, par exemple, d'y réfléchir à partir de l'idée d'un souverainisme français et populaire à reconstruire sur ses réalités locales et régionales: nous y reviendrons ici prochainement à l'occasion du lancement de la revue "Front populaire" qu'il vient de fonder et qui suscite déjà beaucoup d'attente et d'intérêt.

https://frontpopulaire.fr/p/home

Mais, en attendant, on lira aussi cet entretien paru sur le site actu.fr (groupe Publihebdos-Ouest-France) accordé par François Boulo, l'avocat rouennais chef de file des Gilets Jaunes en Normandie:

https://actu.fr/normandie/rouen_76540/interview-francois-boulo-favorable-une-main-tendue-partis-opposes-emmanuel-macron_33734010.html

INTERVIEW. François Boulo favorable à une « main tendue » aux partis opposés à Emmanuel Macron

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La figure des Gilets jaune François Boulo, avocat rouennais, propose de rassembler toutes les oppositions pour contrer ou contraindre Emmanuel Macron et sa politique.

La figure du mouvement des Gilets jaunes, François Boulo, avocat à Rouen (Seine-Maritime) voit dans la crise que nous traversons, avec la pandémie de Covid-19, un achèvement des dénonciations et revendications principales du mouvement des ronds-points. Selon lui, une autre politique doit être menée : plus juste fiscalement et démocratiquement. Pour cela, il envisage un rassemblement avec toutes les forces politiques opposées au gouvernement. Une alliance avec des partis politiques, donc. Le porte-parole des Gilets jaunes de Rouen a formulé cette idée dans le magazine Marianne.

Ce qui semblait inimaginable en 2019 devient une idée portée par la base même du mouvement. Des leçons ont été tirées. « Une main tendue », mais aussi « une menace », prévient François Boulo. Il a soumis son idée sur Facebook (incontournable outil politique des Gilets jaunes). Son idée a réuni 23 000 votants. 87 % d’entre eux adhèrent à l’idée d’un large rassemblement politique.

Lire aussi : GRAND FORMAT. Un an après, « le mouvement des Gilets jaunes n’est pas mort » en Normandie

« Les gens se sont affranchis de l’État »

76actu : Que retenez-vous de la crise que nous vivons ?
François Boulo : Le premier enseignement à tirer, c’est la confirmation de ce que dénoncent les Gilets jaunes depuis le début, à savoir que l’impôt est très injuste en France et est détourné par l’État. Parce que l’impôt supporté par la classe moyenne est dirigé aujourd’hui vers les utra-riches, au détriment des services publics et en particulier des hôpitaux. Nous sommes apparus comme un pays déclassé. C’est une honte pour nous qui pensions disposer d’un des meilleurs systèmes de santé au monde.

De plus, les inégalités de revenus ne sont pas justifiées, par rapport au critère de l’utilité de tel où tel travail à la société. On a bien vu que pendant la crise, tous les métiers méprisés par la classe moyenne supérieure sont essentiels à la vie de la nation.

Donc cette crise agit comme un révélateur…
Oui, c’est un révélateur. On a vu l’incapacité de l’État à gérer cette crise. Finalement, les gens se sont affranchis de l’État, se sont organisés sans le concours de l’État. Sauf qu’on ne pourra pas faire sans lui indéfiniment. Il va falloir que ceux qui exercent le pouvoir – et n’arrivent pas à l’assumer – rendent des comptes.

On a compris que la stratégie d’Emmanuel Macron est l’union nationale. Mais le problème est qu’il parle d’une union derrière lui. Il explique qu’il va prendre des positions de rupture et en fait, ce n’est pas du tout le cas. Ils vont s’appuyer sur tout ce qu’ils ont fait avant. La politique est une question d’idées. Sept, voire huit Français sur dix ne sont pas d’accord avec la politique d’Emmanuel Macron. Il ne fera pas l’union s’il poursuit la même politique, or il va la poursuivre. Rien ne change si ce n’est sa communication.

Vous appelez donc à un large rassemblement des oppositions, allant jusqu’aux partis politiques ?
Aussi puissant qu’a été le mouvement des Gilets jaunes, le constat que je fais est que ce qui a mis en échec le mouvement, c’est l’absence de représentation, de structuration et donc d’appuis politiques. On est dans un situation paradoxale, où 80 % des Français contestent la politique d’Emmanuel Macron, mais en face il n’y a rien, si ce n’est Marine Le Pen. Mais elle aussi est largement rejetée. Nous sommes donc bloqués : 40 à 60 % de la population voudraient autre chose que Macron-Le Pen, mais ne trouvent pas à se fédérer.

« C’est à la fois une main tendue et une menace »

Vous souhaitez retourner à une forme plus politique du mouvement ?
Non, ce n’est pas « retourner ». Le mot d’ordre « a-partisan » venait de l’absence de confiance envers les partis politiques. Ça n’a pas changé. On n’a toujours pas confiance. La démarche que j’ai entreprise et de dire : « On n’a de très bonnes raisons de ne pas vous faire confiance, mais si dans ce moment-là, on n’est pas capable de vous entendre pour sur un programme d’urgence en réponse à la crise, c’est que définitivement nous avions raison de ne pas vous faire confiance. » C’est incroyable qu’en un an et demi, les partis politiques ne se soient pas mis au service du peuple. Donc mettons les à l’épreuve une dernière fois.

C’est une main tendue pour construire une alternative ?
On peut le prendre comme ça. C’est à la fois une main tendue et une menace. C’est maintenant ou jamais.

Concrètement, qu’avez-vous fait pour faire bouger les lignes ?
Ce n’est pas un appel que je lance, je soumets une proposition et j’ai organisé un vote dessus. Un appel de tel ou tel ne fonctionnera pas. Seulement si beaucoup de personnes font vivre cette idée, cela peut mettre une pression suffisante sur les partis politiques. Mon but est de faire connaître cette idée. On touche là une vraie ligne de fracture qui bloque beaucoup de choses.

Si votre idée ne prend pas, vous arrêteriez votre militantisme au sein de ce mouvement diffus ?
Du peu d’expérience, mais toutefois suffisamment, que j’ai pu avoir de la politique sur les ronds-points, j’ai été assez déçu par la déloyauté, les ego, l’opportunisme à tous les échelons, des ronds-points à plus haut, au sein du mouvement et au-delà. Je vois peu de gens vraiment sincères dans la cause qu’ils prétendent défendre. Ça m’écœure, je ne veux pas perdre de temps avec des gens comme ça. Je trace ma route. Le travail à faire est d’éveiller les consciences.

« Dans les mois à venir, il y a un fort risque d’explosion »

Est-ce la dernière opportunité à saisir pour votre mouvement ?
C’est un mouvement d’émancipation qui touche de plus en plus de gens, parce que de plus en plus de gens sont acculés par une politique qui les écrase. Ils n’ont pas le choix, leurs besoins vitaux sont touchés et ils décident de se révolter. L’hypothèse que je formule est de considérer que dans les premières semaines du déconfinement, on ne  va pas assister à une montée des violences. Beaucoup de gens vont essayer d’assurer leur avenir. Beaucoup sont très inquiets économiquement. Ce qui est certain, c’est que dans les mois qui vont venir, la déflagration économique va arriver : il va y avoir des faillites importantes d’entreprises, beaucoup de chômage. Là, il y a un fort risque d’explosion. 

Votre hypothèse nous projette à novembre 2020, deux ans après le début des Gilets jaunes…
Oui, c’est à peu près cela.

Donc le mouvement n’est pas mort ?
Tant qu’il n’y aura pas eu un changement de la politique dans ce pays, ce mouvement sera toujours là. Il est éternel. Le gilet jaune est un symbole, mais ce qui compte dans le mouvement, ce sont tous ces gens qui sont sortis du coma politique et qui ont décidé de se révolter. Ça risque de très mal se passer. Que voulez-vous qu’il se passe d’autre si vous empêchez les gens de pouvoir changer les choses ? Vous les empêchez d’agir en justice et vous les empêcher de pouvoir changer les choses par le vote en contrôlant les médias de masse. Si l’envie de changement ne peut pas s’exprimer avec les intermédiations de la démocratie en principe, alors ça pète. Le rôle que j’essaie d’avoir est celui de la pédagogie. Chaque crise est l’opportunité d’aller chercher de nouvelles personnes, pour leur donner les armes intellectuelles, comprendre le monde et se défendre.