Avec la marée médiatique descendante du Covid 19, on retrouve sur l'estran les dossiers brûlants qui existaient dans le "monde d'avant".

Sur l'Etoile de Normandie, nous suivons de près, comme vous le savez, l'actualité des îles anglo-normandes, îles cousines de la Normandie en raison du particularisme culturel et institutionnel que nous savons et auquel nous tenons tout particulièrement ici...

Alors, quand revient dans l'actualité la très mauvaise querelle des zones de pêche entre les îles anglo-normandes et la Normandie continentale et la Bretagne (bien évidemment) et que cette actualité polémique est, une nouvelle fois, rapportée par le groupe de presse breton Ouest-France (édition quotidienne papier ou site internet actu.fr de la filiale Publihebdos), on est en droit d'être très prudent pour ne pas dire plus car certains, notamment en Bretagne, ont, peut-être, intérêt à ce que les relations entre Normands du continent et Normands des îles ne soient pas harmonieuses!

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Pour lors, ce sont les propos de Don Thompson, le président de l'association professionnelle des pêcheurs de Jersey qui suscite la polémique dans le contexte d'incertitude créé par le Brexit car la zone de pêche allant des côtes françaises aux Casquets n'est plus protégée dans le cadre européen (l'accord Londres/ Bruxelles étant caduc) et seule la partie Sud autour de Jersey et, de facto, co-gérée avec les pêcheurs Normands et Bretons depuis les accords de Granville de l'an 2000 bénéficie d'une protection.

https://www.guide-plaisance-mobile.fr/reglementation-de-la-peche-sur-guernesey-aurigny-jersey-les-ecrehous-plateau-des-mainquiers-sercq

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Le vrai enjeu dont ne parle pas l'article à lire ci-après c'est la nécessité d'étendre le bénéfice des accords de la baie de Granville à toute la zone de pêche située au large des côtes normandes, c'est-à-dire, couvrir par un accord protecteur les zones dépendantes de Guernesey, Sercq et d'Aurigny, les autres îles anglo-normandes dont les institutions sont aussi autonomes que celles de Jersey: l'enjeu est très important car le risque est réel (et il s'est déjà manifesté avec l'arrivée de navires usines pélagiques) que cette zone de pêche qui correspond, en gros, au chenal dit de "la Déroute"  (en souvenir des conséquences de la désastreuse défaite navale de La Hougue de 1692) ne devienne une zone de non droit ou, dumoins, une zone où ne s'appliquerait que la règlementation internationale des pêches, plutôt minimaliste en terme de respect des ressources halieutiques.

Le Brexit a pour conséquence d'installer une incertitude inédite du lien fonctionnel et vital qui relie des îles anglo-normandes autonomes officiellement unies au Royaume-uni que par l'effet d'une union personnelle avec la Reine d'Angleterre, "duc de Normandie" pour les Etats de Jersey, Guernesey, Aurigny et la seigneurie de Sercq.

En conséquence, les îles anglo-normandes doivent faire face à trois réalités nouvelles plus exigentes pour l'avenir et qui ont été brutalement rappelées à l'occasion d'une crise du Covid 19 qui a été gérée  dans l'improvision dans les îles (confinement non coordonné entre Jersey et Guernesey, dépôt de bilan du poule d'entreprises logistiques chargé des lignes d'approvisionnement des îles depuis l'Angleterre...):

1) Diversifier l'économie de Jersey et de Guernesey pour sortir de la mono-industrie financière du paradis fiscal.

2) Développer la coopération et la solidarité dans l'archipel des îles anglo-normandes pour aller vers une unité de décision partagée: il faudra créer une sorte de conseil des îles anglo-normandes pour mieux gérer en commun des intérêts communs.

3) Développer une relation économique et culturelle privilégiée avec le conseil régional de Normandie sachant que la sécurité énergétique des îles est déjà assurée depuis la côte française avec des câbles sous-marins reliés à la centrale nucléaire de Flamanville.

C'est dans ce cadre et seulement dans celui-ci que la question de la pêche trouvera une solution définitive tenant compte des intérêts de tous les acteurs concernés sachant qu'il y a plus d'intérêts communs que divergents entre pêcheurs Anglo-normands, Normands et Bretons à commencer par cette évidence: ils pratiquent tous, plus ou moins, une pêche artisanale respectueuse de la ressource et de l'environnement.

Une fois encore, le conseil régional de Normandie et donc, Hervé Morin, a la responsabilité politique d'être celui qui doit construire une solution en raison du volontarisme du conseil régional de la Normandie réunifiée sur le sujet des îles anglo-normandes.

En attendant, compte tenu de cette problématique, l'attitude de Don Thompson qui peut paraître mesquine sinon agressive à l'encontre des pêcheurs normands est surtout logique si la perspective est celle d'une refonte des accords de Granville pour protéger la totalité des eaux du "golfe normano-breton"...

Il est donc urgent de ne pas laisser pourrir la situation actuelle et de ne pas jeter de l'huile sur le feu: la solution est politique et une partie notable de cette solution se trouve dans le bureau du président de région situé en l'abbaye-aux-Dames de Caen.


 https://actu.fr/normandie/granville_50218/peche-la-bataille-navale-continue-entre-les-pecheurs-normands-et-ceux-de-jersey_34272901.html

Pêche : la bataille navale continue entre les pêcheurs normands et ceux de Jersey

L'association des pêcheurs jersiais provoque le ras-le-bol des pêcheurs normands, agressés par la remise en cause perpétuelle de l'accord de pêche de la baie de Granville.

Cela fait 20 ans que le traité, appelé Accord de la Baie de Granville, régit la cohabitation entre pêcheurs normands, bretons et jersiais dans des zones de pêche situées autour de l’île anglo-normande, mais sur lesquelles les Français ont des droits historiques qu’ils n’entendent pas abandonner.

Jusqu’à présent, l’entente était plutôt cordiale – homard labellisé, cohabitation des différents métiers, facilitation pour la commercialisation de la pêche jersiaise…- et cet accord volontiers cité en exemple.

Lire aussi : Brexit : discussions avec les îles anglo-normandes autour des zones de pêche… et des jeux en ligne !

L’entente cordiale battue en brèche

Est-ce la perspective du Brexit ? Toujours est-il que Don Thompson multiplie depuis quelques mois les attaques en règle. La dernière, dans le Jersey Evening Post, accusait les pêcheurs normands de détruire les zones de reproduction des poissons ainsi que le matériel des Jersiais.

Il a également dénoncé un abus de pêche au thon de la part des mêmes pêcheurs français dans les eaux jersiaises, ou encore le fait que la cohabitation rime plutôt avec concessions de la part des îliens.

« Depuis un an, Don Thompson, le président de l’Association des pêcheurs jersiais, dénonce dans des articles de presse le comportement des pêcheurs français par rapport au traité et à leur activité de pêche dans la baie de Granville. »

Il enchaîne les fausses informations et déclarations calomnieuses à notre encontre. »

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le ton des pêcheurs normands n’est pas très amène et traduit leur agacement.

Lire aussi : Brexit : Guernesey ferme ses zones de pêche aux pêcheurs de Normandie et de Bretagne

Des droits historiques à défendre

« Faux, faux, faux », s’insurge le comité régional des pêches dans un communiqué diffusé vendredi 12 juin 2020, et parle d’accusations « calomnieuses ».

Nos chalutiers sont du même type que l’Altherax, ancien bateau de M. Thompson qui a travaillé pendant des années autour de Jersey en livrant sa pêche à la criée de Granville où il a toujours été accueilli bras ouverts. »

Et le comité régional, sur la forme, de répondre point par point. Sur le fond, il condamne le « combat solitaire et nationaliste » mené par Don Thompson. 

Il remet sans cesse le traité de la baie de Granville en cause, menaçant de le dénoncer. »

Pour les pêcheurs normands, « le traité n’est pas menacé en tant que tel : il fait partie de notre histoire, de notre proximité géographique, de nos droits. Et nous n’abandonnerons jamais nos droits. » Et de prévenir :

Si le traité venait à être dénoncé, nous serions contraints d’intervenir dans tous les domaines pouvant toucher le milieu maritime, qu’ils soient touristiques, économiques ou énergétiques. Nous pouvons assurer qu’alors, l’engagement des pêcheurs français serait total. »

Une main tendue

Pour autant, des propositions pour améliorer le traité ne manquent pas côté normand. Le comité régional est volontaire pour la poursuite de l’évaluation et de la gestion de la ressource, en apportant son expérience sur la coquille Saint-Jacques et le bulot.

Il est aussi favorable à une limitation des licences pour les bateaux qui pêchent réellement, et un système de géolocalisation pour ces mêmes bateaux.

C’est un sujet central de discussion, même s’il reste des incompréhensions sur les petites unités. »


Lire aussi ci-après pour prendre connaissance du point de vue des pêcheurs jersiais (en anglais):

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https://www.bbc.com/news/world-europe-jersey-51503875

https://jerseyeveningpost.com/news/2020/06/16/french-accuse-island-fishing-president-of-fake-news/