... Sur les 100 plus grandes communes de France ayant à organiser un second tour pour les élections municipales ce dimanche 28 juin 2020.

On trouvera ce classement particulièrement édifiant réalisé en croisant les statistiques significatives (la participation, l'évolution de l'abstention depuis le précédent scrutin, le score réalisé au premier tour et le score ramené au nombre d'inscrits) dans le dernier numéro de l'hebdomadaire Marianne (n°1215 du 26 juin au 2 juillet 2020, pp.14/15), tableau de chiffres reproduit intégralement ci-après:

légitimité1

légitimité2

Pour la Normandie, seules les communes du Havre et de Rouen concernées par l'organisation du second tour des municipales figurent dans ce tableau puisque Joël Bruneau a été réélu sur le fil du rasoir dès le premier tour à Caen dans un contexte d'abstention massive: il aurait été intéressant de produire ce même état statistique pour les maires réélus dès le premier tour et il est probable que cette épineuse question de légitimité politique, c'est-à-dire, concrètement, le fait de comparer le résultat des votes exprimés au nombre d'inscrits, serait encore plus douloureusement démontrée...

Bien évidemment, la légitimité des élus en droit n'est pas contestable mais il se serait faire preuve d'hypocrisie ou de naïveté que de croire que des maires politiquement si mal élus auront la pleine capacité d'agir pour mettre en oeuvre un programme objectivement validé seulement par le quart ou le tiers des citoyens-résidents de la commune: la démocratie représentative est donc particulièrement fragilisée et, plus que jamais, un mandat de maire ne saurait être un "chèque en blanc" ou une mise en vacances de la délibération démocratique jusqu'au prochain scrutin municipale pendant six longues années. La boîte à Pandore de la "chienlit" de la contestation permanente, de l'enlisement de l'action publique et des projets est donc largement ouverte si ces maires mal élus en restent à une conception archaïque de l'exercice du pouvoir.

La co-production de l'action publique avec les citoyens directement concernés par l'intérêt général en cours de mandat est la seule solution, à condition de la prendre au sérieux et d'avoir la sagesse politique de savoir résister à la tentation d'instrumentaliser la démocratie délibérative locale par une communication de diversion ou par une propagande politicienne.

image_content_24250242_20181002205458

bm-conference-de-presse-de-nicolas-mayer-rossignol-4_25838861_20190906171319

Revenons, pour finir, à Edouard Philippe au Havre et à Nicolas Mayer-Rossignol à Rouen:

Le bon score d'Edouard Philippe au Havre en terme de légitimité politique peut surprendre alors que l'on pourrait objectivement dénoncer le fait que l'actuel Premier ministre, s'il gagnait, ne pourra pas être concrètement élu maire du Havre après le 28 juin prochain. Les citoyens havrais n'ont donc pas tenu rigueur à leur ancien député-maire devenu le Premier ministre de la France d'avoir fait du plus grand hôtel de ville de France (après celui de Paris) le cabinet d'aisance de Matignon, ou plutôt, une base arrière pour permettre au Premier fusible de la 5ème République de poursuivre sa carrière politique si la foudre jupitérienne devait s'abattre bientôt...

test0538

Quoiqu'il en soit, Edouard Philippe, arrivé en tête lors du premier tour au Havre fait un bon score dans ce baromètre essentiel avec une 8ème place qui démontre que la future majorité municipale havraise (si la liste emmenée par Edouard Philippe est élue dimanche) dispose de la base de légitimité politique suffisante pour agir dans une ville qui a besoin d'une action publique puissante face à des urgences économiques et sociales qui s'annoncent criantes.

En revanche, nous risquons d'être encore plus inquiets que nous le sommes déjà au regard de la situation politique préoccupante de la commune de Rouen et de sa métropole puisque Nicolas Mayer-Rossignol ne fait pas mystère de son souhait d'être, à la fois, élu maire de Rouen et président d'une métropole justifiée par l'existence de la commune centre de Rouen. Le problème c'est qu'au baromètre de la légitimité, notre oiseau n'arrive qu'à la 77ème place!

Alors que la métropole de Rouen est l'une des plus faibles de France tant pour son rayonnement régional et national que pour des raisons structurelles (à la fois la métropole de France où les communes membres sont les plus nombreuses et où le poids relatif de la commune centre est le plus faible), il ne faudrait pas ajouter à ces faiblesses, un manque de légitimité politique pour celui qui sera, de fait, le second grand élu de Normandie après le président de région, en tant que maire et président de la métropole de Rouen.