Billet de Florestan

Nous avions inauguré cette série lamentable sur l'Etoile de Normandie consacré au patrimoine régional en péril avec le domaine de La HORIE à Granville, domaine historique et naturel menacé de bétonnage total avec force images publicitaires flatteuses vantant de futures "terrasses d'Hacqueville" ensoleillées avec parasols, balcons avec fleurs en pots et berlines allemandes derrière la porte basculante du parking en sous-sol, images qui demontrent à l'envi la médiocre imagination de promoteurs immobiliers à ce point sagouins qu'ils ne respectent rien et surtout pas les noms propres des lieux qu'ils vandalisent...

Nous revenons d'autant plus volontiers sur ce dossier car il est probable que sa médiatisation a contribué à l'échec électoral de Dominique Baudry, la maire sortante de Granville qui n'avait semble-t-il toujours pas compris le lien évident qui relie la question écologique à la question patrimoniale mais aussi à la question économique et sociale.

La crise du Covid 19 a montré à tous ceux qui voulaient voir le réel que la mondialisation n'apportait pas que de la richesse économique: elle apporte aussi et surtout beaucoup d'incertitudes et de désordre à commencer par une incertitude entrepreneuriale (dumping fiscal social et écologique pesant sur le coût du travail en France) qui se double, désormais, d'une incertitude sanitaire...

La crise en cours montre aussi à ceux qui ne veulent plus être des aveugles volontaires les solutions possibles: le retour à une certaine souveraineté, le développement des politiques d'intelligence économique qui intègrent les réflexions stratégiques géopolitiques.

Parmi les urgences, il y a celle de cesser immédiatement de massacrer nos ressources propres, à commencer par celles de notre patrimoine naturel et culturel dans des politiques d'aménagement de très court terme et finalement illusoires...

Valoriser, protéger le patrimoine naturel ET culturel: même urgence! Même combat!

Massacrer une place publique historique centrale à Caen en coupant des arbres au profit d'un bétonnage commercial d'ores-et-déjà obsolète dans sa conception ou massacrer le domaine d'un ancien corsaire granvillais du XVIIIe siècle pour en bétonner la vue imprenable sur la baie du Mont-Saint-Michel revient au même: on détruit dans ces deux cas, et de façon irréversible, une ressource patrimoniale locale précieuse alors qu'il faudrait la mettre en valeur en tant que telle afin d'en faire une source d'aménité qui va plus sûrement et plus durablement qualifier la ville que les tronçonneuses et les bétonneuses, qui sont des carabines à un coup.

D'ailleurs, dans ces tristes histoires bétonnées que les élus locaux regrettent bien souvent d'avoir mis en branle lorsqu'ils sont relégués dans l'opposition ou lorsqu'ils arrivent pour la première fois aux affaires, ne dit-on pas toujours, hypocritement, qu'il s'agit d'un "coup parti"?

Le boulet de la préservation du patrimoine tant naturel que culturel a emporté la maire sortante à Granville: la liste d'union avec les écologistes conduite par Gilles Ménard a remporté le second tour des élections municipales sur les rives de la Monaco du Nord. A Caen, le boulet n'est pas passé très loin: Joël Bruneau et la République qui marche à l'ombre de "les Républicains" l'ont emporté de peu lors du premier tour du 15 mars dernier dans un contexte massif d'abstention, abstention qui s'est, d'ailleurs renforcée, lors de ce second tour puisque près de 60% des électeurs inscrits ne sont pas allés voter. Du jamais vu depuis le début de la 5ème République!

Néanmoins, malgré ce contexte difficile, on assiste à une véritable vague verte notamment dans les grandes agglomérations régionales mais aussi, parfois, dans des villes plus petites comme Granville.

La République En Marche, lorsqu'elle ne s'est pas mise à l'abri dans les fourgons de la droite, s'est prise une déculottée électorale totale: Edouard Philippe qui sera probablement élu non-maire du Havre (nous ne sommes plus à un paradoxe près) apparaît comme la seule victoire à mettre au crédit de l'actuelle majorité gouvernementale. Le Premier ministre, Normand prudent, n'a jamais pris sa carte à LREM: ce parti, visiblement déjà obsolescent après seulement quatre ans d'existence, est, d'ores-et-déjà, abandonné par ses électeurs bourgeois aisés et urbains qui, généralement, ne s'abstiennent jamais de voter: il est probable que ce dimanche 28 juin 2020, cet électorat a voté écolo, notamment dans les plus grandes villes.

A Granville, on a donc enfin grand espoir de voir stoppés définitivement certains projets réellement nuisibles pour le patrimoine environnemental et historique local, notamment du côté de La Horie.

A Caen où la coalition LR-LREM s'est entendue pour laisser l'abbaye-aux-Hommes à la garde de Joël Bruneau, il est évident qu'une faute politique grave serait commise si les projets de bétonnage lancés sous la mandature précédente devaient se poursuivre comme si de rien n'était: la légitimité politique de tous les maires et conseils municipaux sortis des urnes à l'occasion de ces élections extraordinaires du printemps et de l'été 2020 est faible, voire très faible au regard du simple ratio entre le score obtenu et le nombre de suffrage exprimé par rapport au total des inscrits sur les listes électorales. On précise bien que tous les élus sont concernés, y compris les écologistes qui semblent être les grands vainqueurs de ce scrutin hors-normes...

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Cela implique de laisser immédiatement au ratelier toute ces vieilles pétoires et ces vieux tromblons qui ne tirent qu'un coup pour éviter les coups partis et surtout les coups qui dérapent devant le tribunal de la vigilance citoyenne avant même qu'ils ne soient tirés au risque d'un enlisement total de l'action publique locale car une illusion tombe chez les élus locaux qui croyaient encore possible de faire ce qu'ils voulaient de leur ville le temps d'un chèque en blanc donné par les électeurs tous les six ans:

La figure du maire tout puissant qui "transforme sa ville" tel un despote plus ou moins bien éclairé est révolue: TANT MIEUX!

Avec la montée en puissance de la préoccupation écologique, les citoyens ont aussi plus que jamais le devoir de s'occuper un peu plus de leurs affaires communes: la délégation passive de cette responsabilité à un élu ou à un professionnel de la politique ne suffit plus.

Retour à la Horie avec cet excellent article paru dans La Manche Libre signé Julien Lacaze, président de l'association "Sites et Monuments" (ex SPPEF):

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