Vous me direz que ce n'est pas la première fois que l'on aura pu observer dans l'histoire de France de semblables aberrations quant à l'usage symbolique de certains lieux et de certains bâtiments, notamment, religieux...

107265309-580055012703983-6376141661879630530-n

Nous connaissons actuellement une vague de désacralisation des églises et autres lieux de culte dont la puissance peut égaler la précédente qui eut lieu, il y a plus de deux siècles, pendant la Révolution qui avait autorisé la profanation d'églises vendues comme "Bien national", au mieux pour être transformées en magasin à poudre, en fabrique de salpêtre, de chapeaux de paille, en écurie à chevaux, en dépôt de vin... Au pire, elles furent transformées en prison ou, tout simplement, rasées pour en récupérer les matériaux.

C'est ainsi qu'après avoir été le temple de la Raison, la cathédrale Notre-Dame a été transformée en dépôt pour tous les marchands de vin de Paris. A Caen, l'église Saint-Jean était devenue une fabrique de salpêtre pour l'armée, l'église Saint-Sauveur, une halle au beurre et l'église Saint-Nicolas, une écurie pour les chevaux de l'armée des côtes de la Manche tandis que le Mont-Saint-Michel devenait le "Mont Libre", c'est-à-dire, une prison...

Orwell n'a rien inventé. Toutes les folies de notre modernité politique se trouvent à l'état expérimental dans notre Révolution française.

En 2020, nous apprenons que, depuis le 3 juillet dernier, l'ancienne chapelle du couvent de la Charité qui est la plus grande église de style Reconstruction bâtie à Caen, par l'ampleur au sol, la hauteur sous voûte (avec tour lanterne sur pendentifs) mais aussi par les vitraux, est devenue non pas une écurie ou une prison mais une... salle de fitness!

Que cela soit en 1793 ou en 2020, "l'argent n'a pas d'idées" comme disait l'autre...

On vit une époque  vulgaire: en voici donc une preuve supplémentaire!

https://actu.fr/normandie/caen_14118/insolite-une-chapelle-transformee-en-salle-de-sport-basic-fit-au-sud-de-caen_34743117.html

charité


 Commentaire de Florestan:

C'est vraiment le "fitenesse" qui se fout de la Charité!

Jusqu'à présent, le compromis faisant consensus était qu'après désaffectation et désacralisation d'un lieu de culte catholique, celui passait d'une activité cultuelle à une activité culturelle.

Un récent colloque organisé au château de Cerisy sur l'avenir des églises normandes avait, pourtant, vivement conseillé cette option pour éviter certaines réutilisations franchement incompatibles avec l'esprit qui continue de hanter les lieux comme dans le cas de l'ex-chapelle de la Charité.

Mais outre la tendance actuelle à confiner dans l'intimité individuelle toute vie spirituelle surtout lorsqu'elle ressort encore de l'héritage chrétien sous prétexte de respecter un principe de laïcité qui ne l'exige pas, on peut aussi s'interroger sur les origines de cette aberration:

Cette ancienne chapelle d'un couvent situé avant 1944 dans le centre-ville de Caen (non loin du quai Vendeuvre) et reconstruit en périphérie de la ville (derrière le quartier de la Guérinière, route de Falaise) se trouve placée au coeur d'une co-propriété privée résidentielle.

Il est probable que les nouveaux propriétaires ont fait savoir qu'ils ne souhaitaient pas le retour d'un usage liturgique catholique dans ces lieux sous prétexte de préserver leur... tranquilité.

On vit, effectivement, l'époque que nous méritons de vivre: il suffit de lire la réaction plutôt consternante des autorités catholiques caennaises à la nouvelle de ce réemploi peu heureux de cette ancienne chapelle...

Enfin, et cela devient une triste habitude, les services de la protection du patrimoine architectural de la DRAC sont aux abonnés absents: l'ABF local qui se vante d'être un admirateur passionné de l'architecture de la Reconstruction ne semble pas troublé ni choqué par le passage de grosses buses d'aération devant de magnifiques vitraux colorés des années 1950...