Dans la presse, à nouveau un écho de l'absence de politique publique nationale maritime: on a eu pendant trois ans, comme Premier ministre, l'ancien député-maire d'une grande ville portuaire et industrielle normande.

Ce nouveau rapport sénatorial plutôt sévère pointant l'absence de vision et un avenir de plus en plus incertain pour les grands ports maritimes français critique, de fait, le bilan d'Edouard Philippe dans ce domaine...

Mise à part la grande opération de mécanon en cours au sujet de la fusion des ports de l'Axe Seine qu'a fait Edouard Philippe pour avancer concrètement nos affaires maritimes?

Poser la question c'est, hélas, y répondre.

Pourtant, des opportunités et des propositions ces trois dernières années n'ont pas manqué! On peut, par exemple, rappeler que le président normand Hervé Morin avait proposé un plan ambitieux pour créer une place régionale portuaire normande à Rouen et Le Havre et un financement de la fameuse "chatière" pour désenclaver la darse de Port 2000 vis-à-vis de la Seine. On peut aussi rappeler les initiatives venant de la société civile avec l'activité du groupe d'experts "Seine Solutions" qui s'est donné pour mission de relever le niveau de l'équipement logitique terrestre (entrepôts) dans l'immédiat hinterland des grands ports normands, notamment, celui du Havre.

Pour mémoire, lire ci-après, tiré des archives de l'Etoile de Normandie, les propositions du président normand pour créer une place maritime régionale:

http://normandie.canalblog.com/archives/2018/09/18/36715023.html

http://normandie.canalblog.com/archives/2017/11/15/35871232.html

(source: ouest France 3 juilet 2020)

sénateursportsfrançais

Voir aussi ces articles dans la presse spécialisée:

 http://www.journalmarinemarchande.eu/actualite/portuaire/un-enieme-rapport-sur-la-competitivite-portuaire

 https://www.lantenne.com/Mission-d-information-senatoriale-La-gouvernance-des-ports-est-a-bout-de-souffle_a52738.html

On apprend, cependant, alors que nous écrivons ces lignes que le ministère de la Mer (en deux mots SVP!) qui faisait naufrage au fond du ministère des transports depuis trente ans vient d'être renfloué par Emmanuel Macron après... le départ d'un ancien député-maire du Havre du gouvernement:

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https://www.francebleu.fr/infos/politique/remaniement-avec-la-creation-d-un-ministere-de-la-mer-emmanuel-macron-confirme-sa-strategie-maritime-1594056651

La mer dispose, à nouveau, d’un ministère chargé de toutes les questions maritimes. Annick Girardin a été nommée lundi ministre de la Mer. Une décision à laquelle on pouvait s’attendre après les récentes déclarations d’Emmanuel Macron sur "l’accélération de la stratégie maritime" de la France.

"Femme de terrain", Annick Girardin quitte le ministère des Outre-mer pour prendre la tête d'un ministère de la Mer.

A 55 ans, Annick Girardin est une élue radicale de gauche de Saint-Pierre-et-Miquelon, archipel d'à peine 6.000 habitants au large du Canada. Lorsqu’elle a été nommée aux Outre-mer, elle aurait bien voulu à l'époque "un grand ministère de la mer et des Outre-mer". Elle obtient enfin son ministère de la Mer mais passe la main sur les Outre-mer. 

"C'est une excellente nouvelle" pour le Président du Cluster Maritime Français (CMF), Frédéric Moncany de Saint-Aignan. Et en plus, Annick Girardin "est une personne qui ne manque pas de dynamisme et une connaisseuse du milieu maritime".

Il faut dire que depuis plusieurs mois, Emmanuel Macron est souvent revenu lors de ses interventions sur l’importance de la mer, et du poids que représente l’économie maritime pour la France. 

Déjà au sommet du G7 à Biarritz en août 2019, le président demande un engagement du transport maritime à réduire la vitesse des porte-conteneurs pour diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre.

Quelques mois plus tard, en décembre 2019, aux Assises de la mer à Montpellier, Emmanuel Macron fait tout un discours d’1h30 sur sa stratégie maritime. "Le XXIe siècle sera maritime" annonce le président. Il défend la place de la France, deuxième puissance maritime mondiale, et plaide pour cette "voie bleue du progrès" qui permettrait de concilier économie et préservation des océans.

Enfin, le 14 juin dernier, lors d'une allocution télévisée, Emmanuel Macron indique que la "première priorité" est de "reconstruire une économie forte, écologique, souveraine et solidaire". Cela passera aussi "par l'accélération de notre stratégie maritime, nous qui sommes la deuxième puissance océanique mondiale". Il dit enfin que la stratégie maritime est un outil de résilience.

15 ministres ou secrétaires d'Etat à la mer depuis 1981

Depuis 2017, en France il n’y avait plus de ministère ou de secrétariat d’état dédié à la mer. Alain Vidalies était le dernier secrétaire d'État à prendre en charge la mer en plus des Transports, et de la Pêche. Depuis 1981, avec le Breton Louis Le Pensec, on comptait 14 ministres ou secrétaires d’Etat à la mer. 

Pour Frédéric Moncany de Saint-Aignan, le Président et le Premier ministre "donnent un affichage très fort" mais ministre de la Mer est "un poste compliqué". Les questions maritimes sont interministérielles. Elles concernent à la fois l'agriculture, les affaires étrangères, la défense. 

C'est la raison pour laquelle "il faudra articuler tout cela avec le secrétariat général à la mer qui est directement rattaché au Premier ministre. Le Secrétariat général de la mer est chargé de la coordination interministérielle des actions de l’État en mer. Le SGMer comme on l’appelle le plus souvent, a été créé en novembre 1995. A la barre depuis 2019, Denis Robin. Le Secrétaire général de la mer "anime et coordonne les travaux d'élaboration de la politique du Gouvernement en matière maritime, propose les décisions qui en découlent et s'assure de la mise en œuvre de la politique arrêtée".

Le SGMer anime et coordonne l’action des préfets maritimes et délégués du Gouvernement outre-mer pour l’action de l’État en mer.

En France, des énergies marines à la reconstruction navale ou la pêche, les secteurs de l'économie de la mer, représentent 350.000 emplois. La France compte 11 millions de kilomètres carrés d’espaces marins. Elle dispose (avec ses territoires outre-mer) du deuxième espace maritime mondial.

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Voir aussi cet article à lire sur le site du Marin:

https://lemarin.ouest-france.fr/secteurs-activites/chantiers-navals/36940-retour-dun-veritable-ministere-pour-la-mer

Le retour d’un véritable ministère pour la mer

Publié le 06/07/2020 21:35 | Mis à jour le 07/07/2020 14:56

Le gouvernement du nouveau Premier ministre Jean Castex, rendu public le lundi 6 juillet, annonce la création d'un véritable ministère de la Mer, attribué à Annick Girardin. Une première, sous cet intitulé, depuis 1988. Le détail exact de son champ de compétence n'était pas encore connu lundi soir, mais la pêche, depuis 2017 au sein du ministère de l'Agriculture et de l'Alimentation, pourrait rejoindre Annick Girardin, selon nos informations.

« Avec fierté, j'ai accepté la mission du président de la République et du Premier ministre d'être ministre de la Mer. Avec plus de 11 millions de km² de domaine maritime en France, plus de 391 000 emplois, 10 % de la biodiversité mondiale, les défis à relever sont immenses », a tweeté Annick Girardin, qui était ministre des Outre-Mer depuis 2017, quelques minutes après l’annonce de sa nouvelle nomination.

Depuis Alain Vidalies, secrétaire d’État chargé des Transports, de la mer et de la pêche d’août 2014 à mai 2017, la mer n’apparaissait plus, nominalement, dans les intitulés des portefeuilles ministériels (en dehors des outre-mer).

Depuis 2017, l'économie maritime était notamment partagée entre le ministère de la Transition écologique et solidaire pour les ports, le transport maritime, la préservation de l'environnement marin et la planification maritime, et celui de l’Agriculture, pour la pêche.

« Annick Girardin est une bonne connaisseuse de l’économie maritime. Elle a eu l’occasion de le montrer et j’ai eu personnellement le plaisir de travailler avec elle fréquemment, a réagi auprès du marin le président du Cluster maritime français (CMF), Frédéric Moncany de Saint-Aignan. Le cluster se félicite que la mer entre au gouvernement par la grande porte avec un ministère dédié. »

Détail des attributions à venir

 Reste à savoir quelle sera l’étendue des attributions de la nouvelle ministre de la Mer. Une attribution qui n’avait plus fait l’objet d’un ministère à proprement parler depuis Jacques Mellick, de juin 1988 à mai 1991. Mais c’est surtout Louis Le Pensec qui reste considéré comme « le » ministre de la mer, de mai 1981 à mars 1983, sous François Mitterrand. 

Depuis lors, la mer a été attribuée à différents secrétariats d’État, et régulièrement associée à d’autres secteurs, comme le transport maritime, le tourisme ou l’équipement. Elle avait même totalement disparu des attributions ministérielles nominales depuis 2017 et l’élection d’Emmanuel Macron.

Au cours de la dernière décennie, Frédéric Cuvillier, de mai 2012 à août 2014, a incarné l’économie maritime de la manière la plus constante, comme ministre délégué aux Transports et à l'Économie maritime (mai à juin 2012) puis ministre délégué aux Transports, à la Mer et à la Pêche (juin 2012 à avril 2014) et enfin secrétaire d'État chargé des transports, de la mer et de la pêche (avril à août 2014).

Par ailleurs, Barbara Pompili succède à Élisabeth Borne au ministère de la Transition écologique. Et Jean-Baptiste Djebbari, jusque-là secrétaire d'État chargé des transports au sein du MTES, devient ministre délégué en charge des transports. La Marine nationale conserve Florence Parly au ministère des Armées. Pour le ministère des Outre-Mer, c’est Sébastien Lecornu qui prend la suite d’Annick Girardin. Nommé secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique en juin 2017, il était devenu ministre chargé des collectivités territoriales en octobre 2018.

Alexandra TURCAT