Nous avons reçu de nos amis du Mouvement Normand le communiqué suivant qui sera suivi par d'autres avec pour objectif d'analyser les conséquences des dernières élections municipales dans les grandes villes normandes, à commencer par Rouen, Le Havre et Caen.

Dans cette première livraison à lire ci-après, on se penche sur le cas du retour de Joaquim Pueyo à Alençon une ville qui reste excentrée à tout point de vue de la centralité de nos affaires normandes: principale ville et ville préfecture du département de l'Orne, le moins peuplé, le plus rural et le plus secret des cinq départements normands, Alençon est, par essence, une ville frontière, une ville porte bâtie sur les rives de la jeune Sarthe sortie des collines du Perche. Une ville bâtie sur la rive normande et la rive mancelle et dont l'agglomération déborde justement sur le département voisin de la Sarthe.

Quand on tient une frontière ou une porte, il faut du caractère: il faut savoir plus que les autres exactement qui on est et où on habite au risque de flotter dans le flou de diverses attractivités ou polarités sous prétexte de ne pas avoir assez de force pour être une destination attractive.

Alençon, porte Sud de la Normandie

Alençon qui paye toujours l'erreur d'avoir refusé au XIXe siècle d'être positionnée directement sur la toile d'araignée ferroviaire du jacobinisme parisien, qui peine à être la "capitale" de l'Orne du fait de sa position excentrée, peine, en conséquence, à se réconcilier avec l'évidence géo-historique qui avait présidé à la création de cette ville au Moyen-âge à savoir qu'Alençon est une étape importante non pas sur un axe Paris-Province (en l'occurrence Paris- Bretagne) mais sur un axe Espagne-Angleterre, autrement dit, l'axe Plantagenêt: une suggestion, faite en passant... L'axe autoroutier A 28/A88 devrait être renommé "autoroute des Plantagenêts" et son péage sensiblement abaissé.

Lire ci-après le communiqué du Mouvement Normand consacré au retour de Joaquim Pueyo à l'hôtel de ville d'Alençon...


 

Qu'attendre du Cerbère normand? 1/6

Communiqué du Mouvement Normand n°272 - 15 juillet 2020

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Dans ce contexte particulier d’urgence sanitaire, les communes ont enfin toutes leurs équipes en place. Au-delà du débat de la cohérence démocratique d'une telle abstention, maintenant que les jeux sont faits, que peuvent espérer les Normands ?

La capitale tricéphale normande souhaitée par le Mouvement Normand prévoyait un pouvoir équilibré et réparti entre Caen, Rouen et Le Havre ; le pouvoir central en a décidé autrement, – pouvait-on en espérer autre chose d’ailleurs ? –. Nous devons pourtant nous satisfaire amplement d’avoir accédé à notre nécessaire et évidente réunification : évidente pour notre histoire régionale, notre culture, mais évidente également pour la France, qui à l’heure des régions-mondes, doit nécessairement redonner de la puissance et de l’autonomie à ses régions : nous y reviendrons dans un prochain communiqué.

Le Mouvement Normand vous propose une analyse à travers une série de communiqués hebdomadaires, le temps de dresser une étude, et les prospectives, des résultats de ces élections municipales en six épisodes : cinq qui s’intéresseront aux capitales normandes, et un dernier en guise de bilan et de perspectives.

Si la prééminence des trois grandes villes normandes est un état de fait, le juste équilibre de notre territoire ne doit pas nous faire oublier Cherbourg et Alençon. La Normandie ne peut se comprendre et s’appréhender qu’au travers d’une vision de ses villes principales, telle une Hanse, une communauté de destin, de nos villes. D’ailleurs, une fois n’est pas coutume, nous commencerons notre analyse par la capitale ornaise.


Alençon fait dans la continuité, c’est le moins que l’on puisse dire, puisque Joaquim Pueyo, 70 ans, vient d’être élu pour son troisième mandat : il ne s’agit pourtant pas pour la ville ornaise d’un long fleuve tranquille puisque le socialiste avait un temps abandonné son fauteuil de maire pour celui de député, et qu’il n’est repassé au second tour des municipales qu’avec une poignée de voies d’avance. La question d’ailleurs est de savoir si le maire laissera son poste pour les bancs de l’assemblée comme il le fit auparavant.

Concernant la place d’Alençon dans la Normandie, il est fort à craindre que ce ne soit pas une préoccupation de Monsieur Pueyo. En effet, ce dernier étant plutôt concentré, comme de nombreux socialistes à l’heure actuelle, à convaincre de sa transformation en chantre de l’écologie ; d’ailleurs de quelle écologie parle-t-on exactement ? Quelque chose a coincé entre idéologie européaniste et reconquête électorale, loin de toute réflexion portant sur une écologie intégrale qui viserait à un développement équilibré et décentralisé, à échelle humaine et intégrant les réalités des territoires.

Et n’oublions pas que le principal fait d’armes du maire socialiste d’Alençon en matière de vision régionale, fut à l’instar d’un Le Vern en son sinistre temps – qui voulait fusionner Haute-Normandie et Picardie – de vouloir rattacher le Maine et la Sarthe à la Normandie ; si cela peut avoir une cohérence géologique, vous en conviendrez qu’il en est autrement d’un point de vue géographique, historique, économique et culturel.

Cela doit nous alerter cependant sur la difficulté de notre partie percheronne et ornaise à se sentir intégrée pleinement dans notre région : n’était-ce pas une maladresse pourtant révélatrice qui était sortie de la bouche de notre président de région, qui fraîchement élu avait évoqué le « trou du cul du monde » pour parler de l'Orne ?

C'est un des défis qu'il doit désormais relever, puisque nous ne pourrons l'attendre du maire d'Alençon. Mais c’est aussi une affirmation de plus de la justesse de l’idée d’une Hanse des villes normandes articulées autour de l’ensemble des ports normands et de la vallée de la Seine qui peut offrir un aménagement intelligent et équilibré de l’hinterland normand et de ses débouchés vers l’hinterland français et européen.