Ce vendredi 31 juillet 2020 nous étions conviés nombreux, élus locaux, habitants, enfants de la commune et sympathisants de la cause de la culture normande à l'inauguration d'un nouveau panneau d'entrée de commune en double affichage français standard et langue normande locale, ici, en l'occurrence le brayon puisque la commune de Bois- Héroult (le bois d'Hérold pour remonter aux origines féodales des lieux) se situe aux confins du Pays de Bray, du Vexin et du pays de Caux (nous ne sommes pas loin de Buchy...): Edouard de Lamaze, maire et châtelain de la commune (avec un superbe château et domaine daté du début du XVIIIe siècle) était la puissance invitante en tant que vice-président au conseil régional en charge de la promotion de la langue normande, langue d'oîl qui est considérée comme étant en danger par l'UNESCO...

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Bois Héroult est aussi la première commune normande de la rive droite de la Seine à afficher ainsi ses couleurs normandes après quelques communes dans le département de l'Eure et surtout dans le département de la Manche (Nord-Cotentin): encouragées par une jurisprudence administrative favorable et poussées par le volontarisme de la région, de plus en plus de communes normandes se sont montrées intéressées par cette opération qui a le mérite de susciter des recherches historiques et une curiosité intellectuelle qui auront parfois cruellement manqué quand il s'était agi de trouver des noms parfois saugrenus aux communes nouvelles fusionnées...

Dans leurs discours respectifs (et courts car l'inauguration champêtre s'est déroulée sous les bourrasques d'un vent de suroît brûlant apportant l'orage...) Edouard de Lamaze et Hervé Morin ont insisté sur l'importance du patrimoine immatériel aux côtés du patrimoine matériel et architectural: à ce titre, le rapprochement a été fait entre le patrimoine de la langue normande (qui peut aider à la compréhension de la langue anglaise) et le droit coutumier normand toujours enseigné à l'université de Caen puisqu'il est toujours en vigueur dans les îles anglo-normandes.

Sur ce dernier point, nous avons suggéré au président de la Normandie de relancer le projet de faire classer le droit normand sur la liste du patrimoine immatériel de l'humanité de l'UNESCO.

Le rappel a été fait de ce qui a été entrepris par la région depuis le début de cette politique entièrement nouvelle en Normandie de défense et de promotion de la langue régionale normande. Deux annonces ont été cependant faites:

1) La création d'un atlas linguistique et numérique des parlers normands.

2) Le lancement d'un cours de langue normande à l'université de Caen afin de former les animateurs d'atelier d'apprentissage de la langue.

En revanche, aucune allusion n'a été faite sur la position plutôt fermée du Rectorat de l'académie de Normandie (Caen) sur le sujet d'intégrer l'enseignement optionnel du normand dans l'emploi du temps officiel des élèves de collège: la question reste donc pendante. Affaire à suivre!

A visiter et à découvrir, le magnifique domaine et château de Bois-Héroult qui fut la propriété de Gabriel De Broglie...

https://histovery.com/nos-realisations/domaine-de-bois-heroult/

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Lire aussi le communiqué suivant du Cercle normand de l'Opinion (5 août 2020):

 

LE MOMENT DES LINGUISTES ET DES HISTORIENS

Dans le contexte du plan régional « Normandie, ailleurs c’est ici » destiné à impulser une dynamique à la filière touristique malmenée par la crise du Covid 19, il n’est pas indifférent de revenir sur la signification et les potentialités suggérées de la cérémonie du 31 juillet marquant l’apposition d’un panneau d’entrée de ville en langue normande à Bois – Héroult (Bô – Erou). Ce fut l’occasion d’une quasi-fête où ne manquaient ni les étals des producteurs locaux, ni la participation des enfants des écoles chantant une ritournelle en parler normand, ni l’intronisation de membres de la Confrérie gastronomique des Chevaliers du fromage de Neufchâtel. Les discours de circonstances des autorités régionales soulignèrent tout l’intérêt identitaire de l’inauguration de ce panneau en normand qui n’est pas là pour reléguer l’appellation moderne en français, mais plutôt montrer la force d’un particularisme linguistique trop longtemps méprisé et qui renforce le sentiment d’appartenance à la communauté régionale normande.

Les contempteurs de l’idée régionale normande, cette fois, ne se sont pas manifestés : peut-être voient-ils maintenant tout l’intérêt de ces manifestations populaires qui peuvent, par exemple réanimer une ruralité dont on redécouvre l’impérieuse nécessité en ces temps de confinement souvent insupportable dans les concentrations urbaines.

A notre avis, il ne s’agit pas d’en rester là et les explications du Professeur Laîné, dialecticien et linguiste, lumineuses et passionnantes, nous incitent à suggérer l’apposition d’une plaque explicative, notamment sur la façade de la mairie d’une commune voulant se référer à son passé, relatant particulièrement les graphies successives du nom de cette commune, le cas échéant, la signification de ce nom et son étymologie. Explications aussi de l’orthographe retenue par les linguistes du nom normand proposé… Pour faire bonne mesure, ce pourrait être aussi l’occasion d’expliquer les armoiries communales quand elles existent (de s’en doter d’ailleurs si elles n’existent pas). Enfin, sans doute ne serait-il pas inutile que, d’après les travaux des historiens et des érudits locaux, les faits saillants de l’histoire du village ou de la petite ville fussent mis en évidence et que l’on trouvât une plaque commémorative rappelant les événements du passé.

 On a beaucoup développé les voies vertes et c’est une bonne chose. Elles permettent une approche apaisée de la nature des parcours traversés : serait-il superfétatoire qu’on y installât, là aussi, des panneaux explicatifs sur la faune, la flore et sur l’origine des villages ainsi desservis ?

 Le tourisme vert peut avoir un grand et juste avenir, l’agrémenter des ressources de la linguistique et de l’histoire, voire de l héraldique, ce qui apporterait un plus apprécié par le plus grand nombre...

"La voie la plus courte pour l’avenir est toujours celle qui passe par l’approfondissement du passé" (Aimé Césaire).

C.N.O – Clères, le 5 août 2020