Billet de Florestan

Les anciens Grecs pensaient que la beauté et la vérité étaient faites pour aller ensemble. Le christianisme n'affirme pas autre chose lorsque beauté et vérité fusionnent dans l'amour...

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 Alors que monte la marée d’une intolérance idéologique aussi militante que nihiliste contre tout symbole, œuvre d'art, lieu ou bâtiment qui oserait imposer encore à tous un message universel ou spirituel, nous avons trouvé, dans un été culturel des festivals sinistré par le Covid-19, un havre de paix où beauté des œuvres et vérité spirituelle surgissent ensemble grâce aux efforts courageux d’une équipe de bénévoles qui a décidé de faire vivre tout de même une 5ème édition du festival « Mission on the Roc » (pourquoi le dire en anglais?) à partir de l’église Notre-Dame du cap Lihou de Granville dont la masse trapue et granitique couronnée de sa flèche à crochets signe l’identité de la cité corsaire normande : un amer remarquable disent encore les marins…

Et face, justement, à cette marée d’amertume, cette haine de soi générale décrétée par une doxa médiatique et politique de plus en plus agressive qui confond l’Histoire avec la poubelle des peuples, qui entretient une chasse aux sorcières quasi permanente ; face à la recrudescence d’un vandalisme sacrilège qui s’en prend tant à nos lieux de culte et nos cimetières qu’aux monuments commémoratifs publics de notre république laïque quand il ne s’agit pas de privatiser toute une cathédrale pour convenances dépressives personnelles (incendie de Nantes), il était urgent de proposer une réponse qui soit à la hauteur de ces terribles enjeux qui font fuir les pleutres et les couards de la moraline institutionnelle et officielle.

En effet, ce festival qui assume sans complexe le lien entre la culture artistique occidentale et la spirituelle chrétienne (catholique en l’occurrence), propose une «épiphanie de beauté » qui saisit les corps et les âmes !

Chaque soir à 21 heures, dans une église illuminée par mille bougies, quelques grands chefs d’oeuvre de notre patrimoine musical sont proposés gratuitement au public libre d’entrer dans une église maintenue ouverte 24 heures sur 24 du 1er au 15 août,  point d’orgue de l’année mariale avec la fête de l’Assomption (qui fut, rappelons-le, l’ancienne fête nationale de la France) : c’est ainsi que nous avons pu entendre une merveilleuse spatialisation d’un motet dédié à la Vierge Marie de Josquin Desprez (XVe siècle) l’un des pères fondateurs de notre tradition musicale par le choeur Egregor Vocal expert du chant « a cappella » ou une superbe interprétation des 5ème et 6ème symphonies de Beethoven par quatre jeunes virtuoses sortis de nos conservatoires supérieurs dans une étonnante transcription proposée par le compositeur Hummel, ami du grand génie musical allemand qui a voulu que son œuvre musicale soit, justement, un manifeste humaniste contre le désespoir et le nihilisme…

Mais ce festival propose aussi une exposition d’art sacré qui nous réconcilie avec l’art contemporain, des conférences pour stimuler la réflexion sur certaines questions actuelles et lancinantes tout en assumant la dimension d’une mission spirituelle avec un cycle de réflexion théologique sur la vie et l’oeuvre du Padre Pio, une adoration des reliques de Sainte Bernadette Soubirous ou, encore, une lecture bénévole intégrale de la Bible sur la durée du festival.

Le public curieux et mélangé de nos vacances semble adhérer à cette proposition originale et courageuse : à la fin du grand concert du soir, sous les voûtes du vénérable sanctuaire qui surmonte la Haute ville de Granville qui s’avance vers la mer tel un grand navire de pierre, le public venu nombreux écouter les beautés musicales du répertoire classique (on rappelle que tout est gratuit et que l’accès est libre), est invité à chanter le… Salve Regina après le bis donné par les artistes et les derniers applaudissements !

La vieille hymne latine s’élève d’abord hésitante des poitrines les plus anciennes, laissant les plus jeunes stupéfaits, le chant, peu à peu, s’affirme et devient réellement communautaire interpellant les touristes qui, se tenant devant les portes portant grandes ouvertes, n’osaient pas entrer : devant les smartphones dressés au dessus des têtes pour capter le souvenir de la féerie lumineuse et d’un chant immémorial, un silence extraordinaire s’impose à toute cette foule rassemblée. Le miracle vient de se produire : les œuvres d’art retrouvant, enfin, leur sens originel imposent leur aura divine.

Pour en savoir plus et découvrir toute la programmation de cette proposition qui est, certainement, la meilleure réponse possible au nihilisme ambiant:

https://www.festival-mission-on-the-roc.com/

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Commentaire de Florestan:

Plus que jamais, la Normandie (toujours la seule région verte sur la carte angoissante du Covid) semble être la région positive où nos corps lassés et nos âmes inquiètes peuvent se ressourcer!