Lettre adressée à Monsieur Hervé Morin, président de la Normandie.

fond d'ecran granville

 

Granville : reconstruire une destination touristique d’intérêt régional et national

 

 Cher monsieur,

 Voici une carte postale en provenance de Granville, mon port d’attache pendant l’été. C’est une merveille pour les yeux, les âmes et les corps qui avaient besoin de se reposer loin de la canicule et de la maladie.

En haut, sur le roc du cap Lihou en l’église Notre-Dame de la Hauteville, un festival a fait de la résistance : une « Mission on the Roc » qui assume totalement la continuité entre le culturel et le cultuel à l’occasion d’une éducation populaire spirituelle autour de quelques chefs-d’oeuvre de la musique classique européenne. Un bel événement associatif qui ne reçoit aucune aide publique.

 En bas sur le port, coquillages et crustacés, huîtres et homards bleus bien de chez nous. Des rues commerçantes, les artistes peintres de la rue des Juifs, les familles rassemblées sur la plage du Plat-Gousset et le paradis au loin : les îles Chausey.

 Mais…

 Pas d’hôtels de plus de deux étoiles. Aucun restaurant vraiment gastronomique. Pas de salle apte à accueillir de grands congrès. Pas d’expositions ou de grands événements (le Covid n’est pas responsable de tout avec l’annulation des «Sorties de bain » en juillet et des « Voiles de travail » à la fin du mois d’août). Saint-Paul, l’autre église symbolique de la ville, est à vendre : elle a failli devenir un centre d’art contemporain privé proposé par un « artiste espagnol » passionné par la maladie d’Alzheimer ! La « silver economy » a ici quelques potentialités mais il ne faudrait pas en abuser !

Le musée d’art et d’histoire qui pourrait nous raconter la cité corsaire normande, l’aventure de la grande pêche ou la Monaco du Nord qui inventa les bains de mer avec Dieppe dès 1829, est fermé : il était même question de mettre en vente l’ancienne caserne Bazeille dans laquelle on pourrait faire l’un des plus beaux musées de Normandie… Mais heureusement sur la falaise d’en face, les parfums de la maison Dior et son jardin font tourner la tête des touristes : magique !

 La ligne sncf qui relie Granville directement à la gare Montparnasse est une vraie ligne de vie : tous les week-ends, les Parisiens sauvent le chiffre-d’affaire des commerçants locaux. Mais ici on continue de craindre que la Sncf ne s’en prenne à cette liaison nationale directe sous prétexte d’un manque de rentabilité et d’attractivité de la destination granvillaise.

 Autre source d’inquiétude locale: le port sous gestion départementale et consulaire. Les professionnels locaux refusent que le port soit, peu à peu, transformé en réserve foncière pour les promoteurs privés. Les projets de modernisation ou d’agrandissement se suivent et tombent à l’eau : dans la dernière mouture il était question de raser la salle du Hérel. Le port de Granville n’est pas seulement qu’une marina : il y a aussi la pêche, le fret et le passage pour Jersey annulé cette année par le conseil départemental craignant une exploitation à perte de la ligne ce qui est le meilleur moyen de la perdre définitivement. Les gens qui, ici, s’intéressent sérieusement aux affaires portuaires granvillaises, souhaitent la régionalisation mais aussi un coup de main de la région pour nous sortir de la brume du Brexit : la guerre des pêches ne doit pas se rallumer entre ceux qui ont intérêt à pêcher ensemble et à valoriser ensemble les produits de qualité d’une pêche artisanale, tant à Jersey, Guernesey que depuis les côtes françaises. Dans l’idéal, les accords de la baie de Granville (2000) devraient être étendus jusqu’aux Casquets afin de protéger les ressources halieutiques de tout le golfe anglo-normand (ou normano-breton).

 Par ailleurs, la surfréquentation touristique de l’archipel de Chausey suscite aussi l’inquiétude des professionnels granvillais de la pêche et de la plaisance.

 Mais ce qui a le plus défrayé la chronique locale estivale c’est le scandale immobilier de La Horie, un magnifique domaine avec sa grande maison d’armateur datée de la fin du XVIIIe siècle, ses dépendances et son parc boisé encore clos de murs, espace naturel classé qui a le malheur d’avoir une vue imprenable sur les beautés de la baie du Mont-Saint-Michel à la sortie de la ville.

Situation hélas trop habituelle : vente au plus offrant par une institution religieuse qui a besoin d’argent. Un gros promoteur sur le coup pour faire le maximum de mètre carrés. Une municipalité qui laisse faire et des associations locales qui montent au créneau et qui réussissent à bloquer cette triste affaire jusqu’aux élections.

 Aiguillonnée par les associations, la nouvelle majorité municipale emmenée par Gilles Ménard a eu le courage d’écrire au ministère de la Culture pour lui demander de placer le domaine de la Horie sous le régime de « l'instance de classement » afin de permettre la révision des PC déjà accordés par la municipalité précédente : on ne vous cachera pas qu’un soutien de la région Normandie sera très apprécié dès lors qu’un projet alternatif pertinent pourra émerger pour sauver et valoriser cet élément signifiant du patrimoine maritime granvillais d’où cette proposition pour finir :

 Alors que le conseil départemental de la Manche cherche (en vain) à créer une offre hôtelière et gastronomique haut de gamme dans le fort de l’île de Tatihou, ne serait-il pas plus pertinent de créer cette offre sur le site de La Horie à Granville où l’on trouve le plus beau plateau de fruits de mer de France, où l’on trouve aussi un lycée hôtelier de bonne réputation ?

L’idée serait d’installer, par exemple, un chef étoilé à La Horie qui pourrait faire écho au Sud du roc de Granville à la maison Dior située au Nord. Et à l’échelle interrégionale plus vaste d’une baie du Mont-Saint-Michel équitablement partagée entre la Normandie et la Bretagne, allant de Granville au Nord à Cancale à l’Ouest, il serait judicieux sinon urgent de mettre à égalité la proposition gastronomique normande avec ce qui est proposé, par exemple, par Monsieur Roellinger du côté de la pointe du… Grouin !

 Avec mes meilleures salutations normandes,

 


 

 

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http://www.sppef.fr/2020/06/27/la-manche-libre-du-27-juin-2020-le-domaine-de-la-horie-est-un-ensemble-patrimonial-en-danger/

https://www.lamanchelibre.fr/actualite-855533-granville-la-horie-on-defigure-le-patrimoine

855533


 

Ne laissons pas le dernier mot à la médiocrité et à la laideur:

Visite du site de Gérard Pigeon, artiste peintre granvillais, passé maître dans l'art de capter les fééries marines et atmosphériques de Granville et de la baie du Mont-Saint-Michel...

https://www.gerardpigeon.fr/marines/

vue-de-la-pointe-du-roc-à-granville-en-2017