Dans son dernier communiqué, le cercle normand de l'opinion tenait à rendre hommage à Antoine Rufenacht qui vient de nous quitter...

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IL A BIEN SERVI LA NORMANDIE

 La disparition d’Antoine Rufenacht va laisser un grand vide en Normandie. C’était certainement l’homme politique le plus important de la Région jusqu’à la retraite de sa vie active en tant que Maire du Havre, député de la Seine-Maritime. Sans doute jouait-il encore un rôle éminent de conseil auprès de ses successeurs, dont l’ancien Premier ministre Edouard Philippe.

Doté d’un grand esprit de synthèse, le verbe précis, il était écouté, mais pas toujours suivi. Avec beaucoup d’élégance, il ravalait ses déceptions, ne se décourageant jamais.

Le Cercle Normand de l’Opinion n’évoquera pas ses options politiques : les brillantes nécrologies parues dans la presse montrent que ses options étaient comprises, même quand elles n’étaient pas approuvées. Il suscitait le respect, même de ses adversaires politiques.

 Ce fut d’abord un Havrais.

Il mit certes du temps pour conquérir l’Hôtel de Ville trop longtemps encalminé par un sectarisme qui finissait par porter préjudice à une cité portuaire ouverte sur le monde. Il s’y reprit à plusieurs fois, jamais découragé, avec flegme et ténacité… qualités très britanniques. Ce côté « so british » caractérisait A. Rufenacht qui ne cultivait pas l’exubérance. Une fois parvenu à la tête de la mairie du Havre, il montra que sa détermination ne relevait pas de l’obsession, mais de l’expression d’une vision pour sa ville ne manquant pas de grandeur. Est-il inconvenant d’affirmer que, sous son impulsion, Le Havre est devenu une ville attractive et l’une des chances de la Normandie ?

La Normandie, justement, M. Rufenacht a été Président de la demi-région Haute-Normandie et a très vite compris le caractère bancal et inachevé d’une structure collective amputée. Dès lors, il fut sincèrement favorable à la réunification de la Normandie et il mobilisa élus et amis pendant un Colloque fameux à Bagnoles-de-l’Orne. C’était sans compter sur le localisme exacerbé des uns, l’égoïsme des autres, la mesquinerie du plus grand nombre : lui qui aurait su dynamiser la Normandie comme, plus tard, il dynamisa Le Havre, se heurta à l’inertie et à la mauvaise volonté des médiocres. La gestion de la ville du Havre lui permit de ravaler sa rancoeur suite à cet échec qui ne lui était pas imputable.

Conscient de l’importance stratégique du fait maritime, il convainquit Nicolas Sarkozy de promouvoir une vraie politique de la mer par le Gouvernement : cela se traduisit par le fameux discours du Havre du Président de la République d’alors, hélas resté lettre morte – ou presque – depuis… Mais Le Havre reste, malgré les atermoiements, l’un des espoirs maritimes français grâce au projet Port 2000 auquel Antoine Rufenacht a apporté tout son appui.

Dernier grand combat et dernière grande mission : le devenir de l’Axe Seine et la lutte pour que la Normandie soit désenclavée au plan ferroviaire. M. Rufenacht fut sensible à la vision Grumbach de l’évolution de la vallée de la Seine. Ce ne fut pas notre cas, mais nous devons reconnaître la cohérence havraise de celui qui fut, pendant trois mandats, Maire du Havre. Au demeurant, il apparut normal qu’Antoine Rufenacht fût chargé de la direction de ce projet Axe Seine. La façon dont il fut remercié par l’équipe Hollande fut, pour le moins, inélégante.

 La Normandie a beaucoup perdu de ne pas avoir donné toutes ses chances à M. Rufenacht pour la diriger.

C.N.O. Le Havre, le 10 septembre 2020