Une petite visite cet été au début du mois d'août dans la campagne du pays de Caux entre Dieppe et Fécamp nous a beaucoup inquiété: les cathédrales végétales des clos-masures plantées de hêtres étaient grises... Ces hautes et majestueuses futaies n'avaient plus leur couleur verte sombre et vernie. Le gris était de rigueur et cela faisait peur à voir.

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On pourrait faire le même constat dans les haies et les bois du Cotentin et de la Hague ou dans des massifs forestiers plus grands: les hêtres normands souffrent beaucoup du manque d'eau et des chaleurs devenues excessives l'été.

C'est bien la preuve que le changement climatique est à l'oeuvre en Normandie et la futaie normande (hêtre) pourrait être l'une des premières victimes...

Reportage dans la forêt d'Andaine avec les observations des agents de l'office national des forêts...

https://www.ouest-france.fr/environnement/ecologie/reportage-en-normandie-le-hetre-commence-a-souffrir-de-la-secheresse-7002895

REPORTAGE. En Normandie, le hêtre commence à souffrir de la sécheresse

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Pour la première fois, les techniciens forestiers de la forêt d’Andaine, dans l’Orne, ont diagnostiqué le niveau de dépérissement des hêtres, victimes du changement climatique. Par une pluvieuse matinée d’automne, une demi-douzaine de techniciens forestiers de la forêt d’Andaine, dans le sud de l’Orne, s’apprêtent à mener une opération inédite de martelage de hêtres.

 

Outillés d’un marteau et d’une bombe de peinture, ils vont parcourir la parcelle 233 pour marquer les hêtres qu’ils jugeront déjà morts, victimes de trois années consécutives de fortes chaleurs et de sécheresses. Ainsi martelés, ces feuillus pourront être abattus d’ici à l’été, et vendus avant de perdre leur valeur marchande.

Une notation du dépérissement

À quelques minutes du départ, Guylène Mathieu, du département de la santé des forêts de l’ONF (Office national des forêts), leur présente le nouveau système de notation Deperis, pour évaluer la santé des hêtres. La note va de « très sain » (A) à « très dépérissant » (F). « On note à partir de deux critères : le manque de ramifications et la mortalité des branches, explique-t-elle. Les arbres notés E et F sont dépérissants. Il faut les marteler, parce qu’ils ne se remettront pas au printemps. »

Les techniciens observent depuis cet été que les hêtres de la forêt d’Andaine sont moins fournis, et que leurs branches dessèchent parfois dès le printemps. Or, le hêtre représente un quart des arbres de cette forêt. « Ce n’est pas un dépérissement massif, mais il commence à y avoir des signes », détaille Guylène Mathieu.

Un arbre qui s’abîme très vite

« Le hêtre est un arbre extrêmement sensible, juge Samuel Autissier, directeur de l’agence territoriale ONF de l’ex-Basse-Normandie. Dès qu’il y a un début de dépérissement, il y a rarement un retour en arrière. C’est un arbre qui s’abîme très vite et peut mourir en deux ou trois ans. »

Déterminer le dépérissement est plus ardu qu’il n’y paraît et les techniciens sont invités à discuter entre eux s’ils ont des doutes. « Peut-être qu’un hêtre qui perd ses feuilles n’est pas dépérissant, mais qu’il a adopté une stratégie pour réagir immédiatement à la sécheresse. Ce sont même ces arbres-là qui sont peut-être plus adaptés qui vont refeuillir au printemps. »

Romuald Heslot, technicien forestier, constate ce dépérissement des hêtres depuis plusieurs années. Alors qu’il réalise une entaille d’une vingtaine de centimètres de long dans un arbre, il explique que « si on lève le nez, on voit que cet arbre n’a plus de feuilles et beaucoup de branches mortes. Comme il est le long d’un chemin très emprunté, pour éviter tout risque de chute de bois, je préfère qu’il soit enlevé. »

Une essence gourmande en eau

Le technicien ornais réalise une deuxième entaille de l’autre côté de l’arbre, et sort sa bombe de laque d’un rose résolument flashy. Il marque l’arbre pour que les bûcherons le voient de loin.

« Le hêtre, qui est une essence gourmande en eau, commence à souffrir, poursuit-il. On a beaucoup d’eau l’hiver et assez peu l’été. Depuis deux ans, j’ai remarqué qu’un petit vent d’est dessèche la végétation et le sol une partie de l’année. C’est inquiétant. Ce qu’il se passe maintenant, on nous l’annonçait pour dans 80 ans ! »

La rapidité des changements climatiques a pris de court une filière qui travaille sur le très long terme. « Nous cultivons pour dans 100, 120 ans, précise Christian Clément responsable de l’unité territoriale du Bocage à l’ONF. Le dépérissement n’est pas quelque chose que l’on maîtrise entièrement, entre l’avancée de la recherche, la gestion et nos contraintes budgétaires, il y a plus de questions que de réponses. »

Une palette de réponses

Plusieurs solutions sont expérimentées : le « desserrement » de la forêt, pour empêcher les hêtres de se concurrencer sur la ressource en eau, la diversification des essences d’arbres, pour avoir une forêt mosaïque, le travail sur la génétique, pour introduire des arbres plus résistants au milieu d’un peuplement qui se régénérerait naturellement… Les expérimentations sont nombreuses.

Bilan de la journée : vingt-sept hêtres martelés. Une bonne nouvelle ? « Nous avons vu des dizaines, si ce n’est une centaine d’arbres fortement défeuillés qui nécessiteront un passage au printemps, explique Romuald Heslot. Je suis quand même inquiet. Je suis sûr que le petit coup de chaud qu’on a eu en septembre a encore remis une couche. »