Billet de Florestan:

La dernière édition de la confidentielle mais très informée "Lettre A" (datée du 6 octobre 2020) nous révèle le secret de Polichinelle:

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Le Havre sera bel et bien le siège du futur port fusionné couvrant tout l'Axe Seine, de l'estuaire normand jusqu'au port fluvial de Gennevilliers. L'ancien Premier ministre ancien-nouveau maire du Havre a donc réussi son lobbying havrais: on se réjouira par principe que le siège du futur grand port d'un Grand Paris connecté à la mer soit au Havre, donc en Normandie (c'est nous qui insistons...)

Mais nous aurions souhaité que ce lobbying fut... normand et porteur d'une vision globale, cohérente et stratégique de la Normandie maritime et logistique pour qu'à Paris, ils nous prennent, enfin! au sérieux...

Par conséquent, certaines initiatives récentes sur ce dossier étaient, de fait, inutiles car la décision, semble-t-il, était déjà prise: par charité, on n'en dira pas davantage!

Maintenant, évoquons plus sérieusement le fond de cette affaire portuaire car la vraie décision qui devrait être prise, de toute urgence, pour que nous ayons en Normandie et sous pilotage des professionnels normands, un outil portuaire et logistique enfin efficace, ne le sera pas.

En effet, toujours selon cet article paru dans la Lettre A, "Les armateurs, les logisticiens et les industriels seront cantonnés dans l'antichambre d'un conseil territorial consultatif".

On nous précise même ceci:

" Le gouvernement évite de faire bouger les lignes sur la gouvernance et rejette le modèle des ports géants du Nord (Anvers, Rotterdam...) à la grande déception des investisseurs. Comme c'est le cas aujourd'hui, les armateurs, les logisticiens et les industriels n'auront pas voix au chapitre dans le conseil de surveillance, au sein duquel l'Etat désignera la majorité des membres. Le monde économique sera représenté indirectement par des personnes qualifiées, qui dans le système actuel, ne sont plus en activité." (sic!)

"Une autre possibilité de faire participer les acteurs économiques passerait par la présence des représentants des CCI, une institution en perte de vitesse". (Les intéressés apprécieront...) "Cette mise à l'écart relative des entreprises risque de susciter un fort mécontement de leur part."

Dans les ministères concernés, on avance la crainte des conflits d'intérêts en raison de la présence d'investisseurs parmi les professionnels portuaires. Il est vrai qu'en matière de conflit d'intérêts sinon d'inefficacité, l'exemple vient de l'Etat lui-même...

Archives de l'Etoile de Normandie:

http://normandie.canalblog.com/archives/2019/07/14/37498512.html

Enfin, l'Etat central aggrave son cas lorsqu'on est contraint de lire aussi ceci:

"Ces atermoiements interviennent après une phase d'errance (sic!) de l'équipe de préfiguration et plusieurs projets retoqués à Matignon. Le partage du dossier entre deux ministères, celui des Transports et celui de la Mer vient encore compliquer la donne depuis juillet..."

Mais surtout ceci:

"L'objectif étant simplement de fusionner en un seul EPIC (Etablissement Public à caractère Industriel et Commercial) les trois" (ports déjà existants)...

On a envie de dire: tout ça pour ça?


 Conclusion de Florestan:

L'Etat central parisien continue de prendre les Normands pour des imbéciles.  Mais il faut dire, à la décharge des haut-fonctionnaires arrogants des cabinets ministériels parisiens que nos grands élus normands ont été, sur ce dossier, de vrais ânes bâtés qui trottent vers la mer avec une jolie carotte fixée à une perche tenue es mains... parisiennes!

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Car de quoi sera concrètement fait ce siège havrais et normand de ce grand machin portuaire fusionné par l'Etat et qui va rester la double chasse gardée des dockers sur les quais et des hauts-fonctionnaires nommés par l'Etat dans les bureaux?

Un siège Potemkine? Un trompe l'oeil ? Une marine peinte par Vernet faute d'en avoir une vraie à l'eau? (Louis XV après le désastreux traité de Paris de 1763.)

Une fois de plus, le jacobinisme parisien prétend administrer le réel tout en le mettant à distance au risque du mépris. Au risque surtout de l'inefficacité quand il refuse de faire entrer les unions maritimes et portuaires et les collectivités territoriales concernées au conseil de surveillance. Ou mieux: en refusant de transférer, à titre de préfiguration expérimentale, la gouvernance de ce port d'intérêt national au conseil régional concerné, celui de Normandie en l'occurrence et qui va devoir financer, en priorité, le développement de cet enjeu national situé au coeur de notre région.

Une fois de plus, la Normandie va financer des projets qui seront conçus et décidés à Paris, ville réputée pour la qualité de son air marin...

La solution d'une subsidiarité portuaire normande pour une souveraineté logistique d'intérêt national n'a donc pas été retenue: a-t-elle seulement été étudiée et présentée par un lobby normand qui, décidément, n'existe pas, sauf ici sur l'Etoile de Normandie?

Alors que le premier port français, est, de fait, un port municipal belge, on craint que le futur grand port de l'Axe Seine dont la date de fusion a été repoussée au delà du 1er janvier 2021, ne soit, au mieux, qu'un grand machin inutile de plus ou, au pire, un nouveau fromage pour faire prospérer quelques caciques de la République...