Billet de Florestan:

Changement à venir à la présidence de l'université de Caen avec le départ de Pierre Denise qui avait le projet, avec son collègue de Rouen de fusionner les deux principales universités normandes en laissant de côté celle du Havre.

Nous sommes ici des partisans historiques de l'unité normande qui s'est enfin concrétisée en 2015 par la fusion des régions de Haute et de Basse Normandie: la méthode fusionnelle a parfaitement fonctionnée pour la région Normandie car il s'agissait de réparer une erreur commise en 1960 par un haut-fonctionnaire, Serge Antoine pour ne pas le nommer qui avait avoué dans un entretien accordé au magazine l'Express en 2004 que s'il devait refaire le découpage régional de la France, il n'aurait fait qu'une seule Normandie.

La fusion ce n'est donc pas la confusion car dans le cadre du périmètre régional normand enfin reconstruit, réunifié, la tentation est de tout fusionner sous prétexte d'être 100% normand, d'être à la bonne échelle: là encore, tout dépend de la pertinence de l'objectif poursuivi et des réalités que l'on souhaite fusionner. Il faut avoir un peu de bon sens et préférer renforcer ce qui concrètement fonctionne plutôt que de faire, à l'échelle normande, des grands mécanos compliqués, lointains et inefficaces que l'on dénonce, par ailleurs, dans les grandes néo-régions issues de la réforme de 2015.

Le cas normand, à ce sujet, est unique car la fusion territoriale normande permet la quasi parfaite adéquation entre région fonctionnelle et région géo-historique: le périmètre normand fait donc l'objet d'un fort consensus qui génère, à nouveau, de l'identité et de la fierté, du dynamisme pour tous les projets normands. A condition, donc, de ne pas confondre fusion normande et confusion de tout ce qui peut se faire en Normandie. Il y a donc un équilibre à trouver pour ne pas tomber de l'autre côté du cheval normand que l'on monte enfin après l'avoir tant méprisé des années durant...

proxy-image

Concrètement, la fusion des universités de Caen et de Rouen était typique de la fausse bonne idée alors qu'il faudrait, au contraire, renforcer ce qui marche plutôt bien, à savoir un authentique fédéralisme universitaire normand qui fut même précurseur d'unité normande avec la création du Pôle Universitaire Normand (PUN) dans les années 1990 et la création d'écoles doctorales communes aux trois universités normandes.

Ce fédéralisme universitaire normand était d'ailleurs à ce point innovant au tournant des années 2000 qu'il servit de modèle aux gouvernements successifs  pour créer ailleurs en France des coopérations entre les établissements d'enseignement supérieurs: on pensera, par exemple, à la création des PRES sous le gouvernement Sarkozy avec cet autre paradoxe normand à savoir que, perturbé par les pressions politiciennes d'Alain Le Vern aux ordres de Laurent Fabius qui souhaitait de faire de Rouen le siège du PRES normand, l'expérience du fédéralisme universitaire normand a fait du sur place pendant de trop longues années.

Depuis, de réforme en réforme, le PRES est devenu la COMUE "Normandie universités" et avec la réunification normande enfin acquise certains ont cru bon qu'une fusion universitaire en bonne et due forme serait plus efficace qu'un approfondisssement et une stabilisation de l'actuel fédéralisme universitaire normand: probablement mal conseillé par un gourou national spécialiste des organisations bien connu dans les milieux dirigeants universitaires, notre président normand a cru, de bonne foi, qu'une fusion universitaire normande, permettrait enfin, par effet d'échelle, d'atteindre à la performance et à la visibilité nationale et internationale de la Normandie universitaire et de la recherche scientifique qui cumule, en même temps, la plus haute excellence mondiale sur quelques têtes d'épingle (l'étude fondamentale des ions et la recherche appliquée afférente à Caen avec le GANIL et l'étude des motorisations du futur avec le pôle du Madrillet à Rouen) et un certain retard du secteur de la science et de la recherche dans l'économie régionale et la société civile normande.

On se réjouira donc que cette lubie d'une fusion universitaire entre Caen et Rouen puisse être enfin abandonnée à la fois pour les raisons rappelées plus haut mais aussi pour une autre, essentielle!

Le fédéralisme universitaire est, actuellement, la seule réalité qui fonctionne correctement dans le réseau métropolitain normand Caen, Rouen, Le Havre: alors qu'il n'y a quasiment aucune relation de travail, aucun projet de développement commun, aucune vision commune partagée entre Messieurs Bruneau (Caen); Philippe (Le Havre) et Mayer-Rossignol (Rouen) que le crétinisme localiste clochemerle affleure à la moindre occasion, il faut se féliciter que les universitaires normands ont développé des partenariats, des coopérations, des enseignements et des projets de recherche commun entre Caen, Rouen et Le Havre: ce fédéralisme normand est fragile il est même précieux, toujours à la merci d'un prurit localiste de clocher!

Dans l'idéal, Messieurs Bruneau, Philippe, Mayer-Rossignol avec Hervé Morin, président de la Normandie auraient déjà dû se réunir et se concerter avec les trois présidents des universités normandes pour réfléchir ensemble aux grands enjeux d'avenir et au soutien, notamment financier et logistique, du fédéralisme universitaire normand...

Il n'est pas interdit d'être naïf sinon de rêver un peu!

(Ouest-France, édition caennaise, 16 octobre 2020)

fusionuniversitaire

Voir la fiche Wikipédia consacré à "Normandie Universités":

https://fr.wikipedia.org/wiki/Normandie_Universit%C3%A9

thumbnail