Billet de Florestan:

Il est beaucoup question de "séparatisme" ces temps-ci et ce pour de justes raisons qui confinent au tragique!

Il est aussi question du couvre-feu, une mesure que l'on croyait définitivement remisée au fin fond de notre brocante historique...

Ces deux réalités font, actuellement, l'objet de débats passionnés sinon polémiques.

Il nous est paru utile de les éclairer à la lumière de notre héritage normand...

1) Sur le séparatisme: comment ne pas oublier que la "Normandie" porte en son nom propre la mémoire du contraire du séparatisme?

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A savoir: l'intégration parfaite, totale et réussie d'une nation étrangère sur notre sol.

Le pays des Hommes du Nord, d'abord circonscrit au "missaticum" de Rouen (Basse-vallée de la Seine) à partir du début du Xème siècle puis étendu pratiquement à la totalité du périmètre de l'ancienne province ecclésiastique de Rouen, héritière directe de l'antique Seconde Lyonnaise du IVe siècle, est devenue l'une des entités politiques les plus puissantes de notre civilisation française occidentale au tournant des XIe et XIIe siècles avant de devenir  l'une des pièces maîtresses du grand patchwork provincial qui fait l'unité et l'identité de la France.

Rollon, ce chef norvégien meneur d'une troupe d'aventuriers et de guerriers danois a parfaitement compris que le maintien d'un séparatisme territorial et culturel viking sur le sol d'une civilisation gallo-romano-franque chrétienne quelque peu affaiblie mais puissante n'était pas viable: il était instruit par l'échec de ses collègues viking de la Loire qui n'ont fait que répandre la terreur depuis Nantes. L'échec du Danelaw sur la côte est de l'Angleterre lui a donné aussi raison et c'est le refus d'un séparatisme norvégien dominateur qui a permis cet unique miracle de l'histoire contrariée de l'Irlande: une unité nationale des roitelets celtes de l'île Verte contre ces intrus "iro-norvégiens" insupportables qui se virent contraints de déguerpir vers notre Cotentin... Avec pour conséquence d'être confrontés directement avec d'autres Vikings, les Danois de Rouen qui avaient fait le choix résolument inverse en se convertissant au catholicisme romain, en se mariant aux princesses de l'aristocratie gallo-franque et en abandonnant la langue de Thor, d'Odin et de tous les autres...

La bataille de Val-es-Dune trancha définitivement la question en 1047 en faveur du jeune duc Guillaume qui installa définitivement l'unité normande dans le catholicisme romain...

La naissance de la Normandie démontre l'évidence: il ne saurait y avoir deux peuples, deux civilisations sur le même territoire. L'intégration et l'assimilation totale de la minorité étrangère aussi influente soit-elle dans la civilisation d'accueil est donc le processus normal. Les Vikings sont devenus des catholiques romains Normands qui deviendront, ensuite, Français. Mais de ce processus d'assimilation il nous reste tous les noms propres et les noms de lieux de ces étrangers qui arrivèrent et s'installèrent ici au point que ce processus d'assimilation et d'intégration réussi d'une minorité étrangère est au coeur de l'identité normande.

D'où cette maxime: c'est la Normandie qui fait le Normand. A condition de le vouloir sinon de le désirer.

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2) Sur le couvre-feu:

Ecoutant, l'autre jour, sur France-info, le sociologue Jean Viard commentant la mesure exceptionnelle d'un couvre-feu étendu pendant quatre semaines et concernant 20 millions de Français, on apprenait que le duc Guillaume de Normandie fut l'une des premières autorités publiques dans notre Histoire à instaurer cette mesure...

Plus de précisions à lire ci-après:

https://actu.fr/normandie/rouen_76540/du-moyen-age-a-la-crise-sanitaire-l-histoire-des-couvre-feux-a-rouen_36804949.html

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Du Moyen Âge à la crise sanitaire : l'histoire des couvre-feux à Rouen

La ville de Rouen s'apprête à vivre au moins quatre semaines sous le coup d'un couvre-feu, à partir de samedi 17 avril 2020. Mais la ville a-t-elle déjà connu pareille mesure ?

Après les annonces d’Emmanuel Macron, mercredi 14 octobre 2020, Rouen sera soumise à un couvre-feu dès samedi. À travers son histoire, la capitale normande a déjà connu ce type de restriction, comme le détaillent Guy Pessiot et Jacques Tanguy, deux spécialistes de la ville.

Une cloche spéciale dans le Gros-Horloge

Certains historiens, comme Georges Dubosc, lient l’origine du couvre-feu à la Normandie. Guillaume-Le-Conquérant l’aurait instauré vers 1061, afin de limiter les incendies — d’où son nom — et de contrôler certains méfaits. Il s’agissait d’éteindre les feux du soir jusqu’au petit matin. Pour d’autres spécialistes, ce procédé aurait existé bien avant et serait une pratique généralisée depuis longtemps dans d’autres régions.

Toujours est-il que le couvre-feu était pratiqué à Rouen à cette époque. « On a des traces de couvre-feux tous les soirs à Rouen durant le Moyen Âge, confirme Jacques Tanguy. Pour une raison de sécurité. » Rouen comprenait de nombreuses rues étroites et tortueuses, sans éclairage public. « Elles étaient fermées, avec de nombreux contrôles », précise Guy Pessiot.

Une cloche installée dans le Gros-Horloge signifiait le début et la fin du couvre-feu quotidiennement : la cache-ribaud. « Dans les actes d’emploi, on disait que les gens étaient employés de la cache-ribaud du matin à la cache-ribaud du soir », raconte Jacques Tanguy.

Un couvre-feu pour les mineurs en 2005

Le couvre-feu a plus tard été lié à la pratique de la guerre, « en 1870, en 1914 et dès 1940 », précise Guy Pessiot. « La Wehrmacht l’a imposé dans la France occupée, de 21 heures à 6 heures du matin d’abord, puis de 22 heures à 6 heures à partir de 1942. »

Après ces heures sombres, Rouen a longtemps été préservée du retour du couvre-feu. En 2005, lors des émeutes qui ont suivi la mort de deux adolescents à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), un couvre-feu avait été décrété dans plusieurs grandes villes, dont Rouen, dans le même temps que l’état d’urgence. Il ne concernait cependant que les mineurs

Il aura fallu l’épidémie de Covid-19 pour imposer une nouvelle fois cette interdiction à l’ensemble des habitants. Il s’agit selon Guy Pessiot, d’une première pour raison sanitaire. « Les épidémies de varioles, de choléra de typhoïde n’avaient pas entraîné de couvre-feu, à ma connaissance », indique-t-il avec prudence, le sujet étant assez mal renseigné.