Lundi 26 octobre 2020 vers 18h00 à Caen, à l'abbaye-aux-dames, siège du conseil régional de Normandie, en présence du président de région Hervé Morin mais aussi de Philippe Duron ancien député -maire de Caen et président de la région de Basse-Normandie, de la famille, des amis et représentants de l'université normande, a eu lieu l'inauguration de l'auditorium "Armand Frémont":

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Une plaque en l'honneur du grand géographe et écrivain normand que l'on peut considérer comme l'un des pères intellectuels de notre unité normande recouvrée a été dévoilée par Madame Frémont, Antoine Frémont (l'un des trois fils d'Armand) et par le président Morin.

La plaque en cuivre, sobrement, indique:

"Armand Frémont, géographe, acteur de la réunification de la Normandie."

Cette plaque sera apposée à l'entrée de l'auditorium jusque là dit "des charpentes" qui se trouve installé sous les combles des anciens bâtiments conventuels du XVIIIe siècle du monastère bénédictin féminin jadis fondé par la duchesse et reine Mathilde de Flandre dont le corps toujours inhumé, à proximité, dans le choeur de l'église abbatiale adjacente, continue de veiller sur notre destinée normande.

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C'est précisément sur ce point que le président Morin a commencé puis conclu son allocution en soulignant que la réunification normande permettait enfin, à nouveau, une communauté de destin au niveau régional, une fierté régionale normande qui s'enchâsse naturellement dans celle que nous devons à la France mais aussi à l'Europe.

Hervé Morin a fait allusion au combat politique pour obtenir la réunification (il en fut) et a précisé que l'hémicycle régional de Rouen portait, désormais, le nom d'Antoine Rufenacht qui fut, lui aussi, un précurseur de l'unité normande dans les années 1970.

Si le président de région, a bien entendu, déploré le déclin normand engendré par la division régionale et qui a aggravé notamment dans les années 1990 la désindustrialisation d'une Normandie qui demeure encore aujourd'hui la première région industrielle française en part de PIB (avec 22%) c'est pour mieux se réjouir du retour à l'unité et mettre en exergue tout ce que cette unité normande retrouvée permettait de faire en terme d'investissements (et ce d'autant plus que la division normande avait provoqué un sous-investissement chronique et un faible endettement...) mais aussi en terme de dynamisme et de fierté régionale retrouvée: "faire enfin comme les Bretons!" a répété Hervé Morin pour provoquer ses invités...

Cependant, avant de saluer une dernière fois la mémoire d'Armand Frémont qui fut l'un des inspirateurs de l'unité normande avec le collectif des quinze géographes universitaires normands, Hervé Morin n'a pas manqué de dire aux amis universitaires d'Armand Frémont présents à cette inauguration qu'il déplorait l'absence d'unité universitaire normande avec pour conséquence, le départ vers des cieux plus attractifs et plus stimulants de quelques 3000 jeunes normands post-bac: "une vraie saignée !" s'est emporté, non sans raison, Hervé Morin même si nous pensons que la solution à cette triste situation qui est un passif de nos années passées dans la division normande et la médiocrité régionale n'est pas dans la fusion des trois universités normandes en une seule mais dans l'amélioration et le renforcement d'un authentique fédéralisme universitaire normand qui est, déjà, concrètement, un espace vécu métropolitain normand partagé entre nos trois principales villes: c'est, d'ailleurs, le seul qui existe actuellement alors que les démons du clochemerle normand rodent plus que jamais!

Mais revenons à Armand Frémont.

Antoine Frémont, a évoqué librement avec une pointe d'humour la mémoire de son père qui n'est surtout pas la mémoire lourde et encombrante de la statue du commandeur: il a évoqué, plutôt un chemin d'éducation à la liberté, à la lucidité et à la sensibilité quant à notre rapport individuel au réel, au monde, au territoire. Une vision qui renvoie, il faut le dire, à une certaine mentalité normande... Même si l'expression n'a été citée par personne tant elle nous semble évidente, il s'agissait, à nouveau, d'évoquer la notion d'espace-vécu qui nous fait tous géographes et acteurs d'une géographie humaine.

Antoine Frémont a souhaité, ensuite, nous montrer une archive télévisée de l'INA:

Armand Frémont a 44 ans. Il enseigne la géographie à l'université de Caen et vient de publier la première grande synthèse géographique contemporaine consacrée à la Normandie: pour ce livre très novateur dans son approche, Armand Frémont fait l'objet d'un reportage de la télévision publique régionale et expose au téléspectateur sa géographie normande du haut des remparts du château de Caen. Nous sommes en 1977: la querelle politique qui faisait rage depuis 1969 sur la question de savoir s'il fallait une ou deux régions normandes était à peine refroidie...

Voici, en quelques mots, la leçon de géographie normande du professeur Frémont:

Il y a aujourd'hui, objectivement, deux Normandie: la Haute et la Basse...

Mais, de toute évidence du point de vue de l'Histoire, il n'y en a qu'une seule: de la Bresle au Couesnon...

Mais, du point de vue de la géographie, il y en aurait plutôt... quatre! La Normandie de la vallée de la Seine. La Haute-Normandie des plateaux ruraux de part et d'autre de la vallée de la Seine. La Normandie des plaines centrales. La Normandie des bocages occidentaux.

Mais si l'on devait considérer plus finement la Normandie des "pays" ou des espaces-vécus, il y en, au moins... trente!

(Cotentin, Avranchin, Bessin, Bocage virois, Domfrontais, Plaine de Caen et de Falaise, Cinglais-Suisse normande, Houlme, Passais, plaine d'Alençon, Hiesmois, Pays-d'Auge, Pays-d'Ouche, Marche, Perche normand, Lieuvin, Roumois, plaine d'Evreux et de Saint-André, Vexin, Pays-de-Caux, Pays-de-Bray, Talou... En aurait-on oublié?)

La Normandie est "sensible" comme le disait Armand Frémont, c'est l'évidence d'une unité mais dans la diversité la plus subtile.

Il y a douze ans de cela, nous avions ouvert notre séminaire de l'université populaire de Caen consacré à la Normandie (à la demande de Michel Onfray) par une conférence qu'Armand Frémont nous avait généreusement offerte sur le thème, déjà, de la nécessité d'unifier la direction régionale de la Normandie pour faire vivre et tenir ensemble toute cette diversité normande afin d'en faire, à nouveau, un grand potentiel d'intérêt national pour la France en évoquant, notamment, la vallée de la Seine en aval de Paris avec la création d'un réseau métropolitain régional avec Rouen, Le Havre et Caen.

C'était en novembre 2008 dans cet auditorium de l'abbaye-aux-dames de Caen qui porte, désormais, son nom.


 

Sur Armand Frémont, encore:

Un projet de film long-métrage est à actuellement à l'étude à partir du très beau livre d'Armand Frémont écrit sur sa famille, sur son père et sur la ville et le port du Havre: un livre qui a passionné le cinéaste américain Roy Lekus.

"Moi, Armand Frémont, enfant du Havre"

https://vimeo.com/313692454

Sur le combat politique pour la réunification de la Normandie, on verra aussi cette archive très édifiante de FR3 (INA) datée du 17 septembre 2000 à propos d'une assemblée générale de l'association pour la réunification de la Normandie tenue à Deauville:

https://www.ina.fr/video/CN00001312763/deauville-journee-de-la-reunification-de-la-normandie-video.html

La vie et l'oeuvre intellectuelle et politique d'Armand Frémont, père intellectuel (avec François Gay) de l'unité contemporaine de la Normandie fera l'objet d'un colloque universitaire qui est programmé pour mars 2021 à l'université de Caen. Nous vous tiendrons informés sur l'Etoile de Normandie.