Billet de Florestan:

Dans le commerce, le moyen le plus facile de faire du pognon consiste à organiser la rencontre entre deux paresses intellectuelles sinon deux médiocrités: celle de l'acheteur et celle du vendeur en pratiquant la politique de la demande consistant à ne proposer que ce que l'acheteur souhaite acheter faute de savoir ou de vouloir une autre chose généralement plus subtile, plus authentique, plus exigeante aussi.

Dans le domaine culturel on voit assez vite les effets désastreux de ce plus petit commun dénominateur et l'effet de boucle qu'il induit: c'est tout l'enjeu, par exemple, du combat mené dès les années 1950 pour une exception culturelle française en matière de cinéma ou de littérature (prix unique du livre) et qu'on aurait aimé voir étendue à la musique et aux disques afin d'éviter un formatage général du goût du "grand public" par une industrie culturelle sous standard Nord-américain qui justifie sa situation dominante en nous expliquant qu'elle ne fait que proposer au public que ce qu'il aime et surtout pas autre chose...

Dans le domaine de l'agro-alimentaire les ravages de cette bonne conscience commerciale sont tout aussi graves quand on voit certains grands groupes industriels (on se gardera bien de les nommer) imposer leur définition de tel ou tel produit ou spécialité gastronomique du terroir sous prétexte de ne proposer aux clients que ce qu'ils ont déjà l'habitude de connaître.

Néanmoins, sur ce dernier aspect qui est le plus évident à comprendre puisqu'il s'agit de l'acte vital de se nourrir, le grand public occidental commence à comprendre que manger trop gras, trop salé et trop sucré, c'est mauvais pour la santé.

On aimerait donc que cette prise de conscience puisse s'étendre aussi au domaine culturel et politique: la question régionale et sa reconnaissance se tiennent, justement, au carrefour du culturel et du politique.

Bien manger, c'est-à-dire, manger sainement et authentiquement en appréciant les produits et leur goût véritable c'est aussi s'approprier le terroir, sinon le territoire et les acteurs de ce territoire qui prennent beaucoup de temps et de peine, avec passion et engagement, à fabriquer ces produits, à défendre les traditions parfois séculaires qui permettent de les faire et à promouvoir une authenticité qui s'adresse moins à notre ventre qu'à notre âme...

La promotion des produits du terroir normand relève de cet ordre: c'est une démarche exigeante tant pour le vendeur que pour l'acheteur car de chaque côté de la transaction commerciale des efforts ont été faits dans l'idée d'un authentique respect réciproque.

Le vendeur a fait des efforts en temps et en travail en proposant un produit authentique par sa qualité (respect d'un cahier des charges contraignant et rigoureux). L'acheteur fait l'effort essentiel d'acheter ce produit de qualité authentique et noble plus cher pour faire réellement plaisir et honorer celles et ceux qu'il aime à l'occasion d'un repas de famille ou entre amoureux. L'idée étant d'acheter moins mais mieux en retrouvant non pas le circuit économique ingrat des individus égoïstes soi-disant rationnels théorisé par le fondateur de l'école économique libéral, l'écossais Adam Smith, mais en réactivant la vraie circulation humaine sinon humaniste non pas entre les individus mais entre les personnes (Aristote et Saint Thomas d'Aquin).

On revient donc à la question éthique fondamentale du respect de soi-même et donc des autres...

Question que l'on se poser pour tout et pour tous pour chaque instant de notre vie quotidienne.

Question qui n'a pas échappé au journaliste de La Manche Libre qui assistait, l'autre soir, à une séance vespérale (toujours un peu longue) du conseil municipal de Cherbourg en Cotentin...

Edifiant!

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A contrario, voir, ci-après, l'exemple d'un territoire qui s'assume complètement et qui le fait savoir...

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