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Voici un "cliquer et collecter" (disons-le en français, par pitié!) utile à l'intérêt général puisqu'il s'agit de contribuer en ligne à l'enquête d'utilité publique ouverte en ce moment et qui sera clôturée dans moins de dix jours au sujet du nouveau plan de prévention multi-risques de la basse vallée de l'Orne (PPRM).

Ce "PPRM" présente un double enjeu d'intérêt général:

1) Pour la Normandie, il s'agit d'une contrainte qui va encadrer le développement de l'agglomération caennaise, une ville établie depuis sa fondation médiévale à l'époque duc Richard II et surtout de Guillaume le Conquérant dans le fond de la vallée humide de l'Orne sur un passage à gué et au contact des influences marines remontant ce petit fleuve qui fera aussi de Caen, une ville portuaire: en conséquence, il y a un risque structurel d'inondation s'il y a convergence entre fortes pluies, coup de vent d'Ouest et grandes marées, ces dernières empêchant la crue de l'Orne de s'évacuer vers la mer. Les inondations de l'Orne autrefois appelées "crétines" ont marqué l'histoire urbaine de Caen. On se souvient notamment de celle de 1926 avec des hautes-eaux qui s'étaient répandues jusqu'au pied du château le tout associé à une épidémie de choléra: en conséquence, un vaste programme d'assainissement et de modernisation urbain avait été planifié par la municipalité caennaise dans les années 1929-1930 et il faut savoir que ce plan servit de base de réflexion à la reconstruction de la ville après les bombardements de 1944: c'est ainsi que le niveau carrossable de l'île Saint-Jean a été relevé en utilisant les gravats issus des ruines de la ville...

Plus proche de nous, dans les années 1990 il y eut, à nouveau, des inondations spectaculaires du centre ville de Caen provoquées par des crues de l'Orne alimentées par un ruissellement plus important dans le bassin versant d'amont, notamment dans le département de l'Orne après des opérations de remembrement du bocage: la suppression des haies a donc eu des conséquences catastrophiques en aval pour les zones de l'agglomération caennaise exposées au risque d'inondation. Une réponse fut trouvée avec des aménagements hydrauliques du cours de l'Orne à la hauteur de la commune de Louvigny (aménagement d'une prairie inondable servant à l'expansion de la crue) et, en aval de Caen, avec l'aménagement du déversoir du Maresquier qui autorise l'évacuation de la crue de l'Orne par le canal de Caen à la mer.

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2) Pour l'urbanisme et les projets des promoteurs immobiliers dans le centre-ville de Caen, le PPRM qui signale une zone inondable couvrant la quasi totalité du centre-ville (notamment l'île Saint-Jean reconstruite dans l'après-guerre) instaure ou devrait instaurer une contrainte importante en terme de prévention et de sécurité contre les inondations et les dégâts des eaux. La principale contrainte réside dans l'interdiction de construire des immeubles dotés de caves trop profondes ou de parkings souterrains sachant qu'il y en a une autre qui, visiblement, semble être quelque peu sous-estimée en raison des enjeux financiers que cela remet en cause, à savoir que la construction d'un parking souterrain met sous pression la circulation naturelle des eaux souterraines dans un sous-sol du centre-ville caennais qui est fait essentiellement de vase plus ou moins liquide avec une nappe phréatique qui est très proche du niveau carrossable, sans parler de la présence de nombreux cours d'eau aujourd'hui souterrains mais autrefois circulant à l'air libre: en effet, "les odons" continuent d'exister sous l'asphalte des rues caennaises.

Pour le dire clairement: toute construction nouvelle de parking souterrain dans le sous-sol du centre-ville de Caen exposé au risque d'inondation risque de mettre en danger l'intégrité du sous-oeuvre des immeubles et bâtiments adjacents par inondation des caves, remontées capillaires de l'humidité dans les étages, fissures et lézardes dans les murs, voire... effondrement comme dans le cas d'une partie de l'hôtel de Banville dans les années 1988 à l'occasion du creusement du parking souterrain du centre commercial Doumer alors que ce bâtiment du XVIIIe siècle, qui abritait alors la DRAC de Basse-Normandie, était officiellement classé Monument Historique.

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Vue récente de l'hôtel de Banville, rue Jean-Eudes à Caen: en haut à gauche, dans le prolongement visuel du toit de l'immeuble historique on aperçoit le bâtiment moderne qui remplace en volume l'aile de cet hôtel classé au titre des MH qui s'est effondrée après la construction du parking souterrain du centre commercial Paul Doumer. A droite de l'image, on aperçoit les frondaisons des tilleuls situés sur la parcelle ou est projeté la construction d'un nouveau parking souterrain en dessous d'un bâtiment s'élevant jusqu'à 18 mètres de haut...

En terme de parking souterrain, le sous-sol du centre-ville caennais classé en zone inondable peut être considéré comme saturé: avec l'actuel parking de la place de la République, celui du centre Paul Doumer, celui de l'hôtel-de-ville, celui du Monoprix et celui de la place de la Résistance, sans compter ceux situés sous l'hôtel du département et sous les résidences de la cité Gardin, il semble difficile d'envisager de creuser et de cuveler un nouveau grand trou dans l'éponge du sous-sol caennais pour y établir un nouveau parking souterrain permettant de garantir l'équilibre financier d'un nouveau centre commercial, cette soi-disant "halle gourmande" plus sûrement condammée par l'actuelle épidémie de covid que par certaines et indispensables mobilisations citoyennes contre un projet aussi vain qu'ubuesque!

Car, autour de la parcelle envisagée par la municipalité pour y autoriser le creusement d'un grand trou par le plus grand promoteur de la place caennaise (Sédelka Europrom) après l'abattage de 49 tilleuls plantés là dans les années 1950 sur l'emplacement de l'hôtel-de-ville de l'avant-guerre, abattage sournoisement justifié par une opération de fouilles archéologiques, on ne trouve que des immeubles inscrits au titre des Monuments Historiques dont certains présentent certaines fragilités structurelles en raison de la circulation des eaux souterraines: nous avons déjà évoqué le cas de l'hôtel de Banville (XVIIIe siècle) mais ce risque des eaux phréatiques mises sous pression par le béton des promoteurs envahissant le sous-sol peut aussi mettre en péril l'intégrité de deux monuments majeurs de notre ville de Caen rescapés de la tragédie de 1944:

La façade de Notre-Dame de la Gloriette (1689) a perdu avec les siècles son aplomb d'origine tandis que l'élévation de la façade de l'hôtel Daumesnil (1657) fait un ventre au niveau de la goutière: cela témoigne d'une instabilité du sous-oeuvre dans un sous-sol qui l'est encore plus sachant que la tour penchée de l'église Saint-Jean en témoigne le plus symboliquement.

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On vous invite donc à partager avec nous ces constats et ces inquiétudes sur le registre dématérialisé de cette enquête d'utilité publique sans se faire d'illusions, il faut bien le dire, de l'influence d'une telle enquête dans le processus de décision qui aboutira au plan de prévention des risques majeurs (PPRM) définitif...

Pour renseigner le registre de l'enquête d'utilité publique, suivre ce lien:

https://www.registre-dematerialise.fr/2086/documents?fbclid=IwAR36SyPKAWNp5fgm2-4-0dfjU8XRBhxmS_exq_q8dmf9eyVxktuWonaSg9E

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https://www.registre-dematerialise.fr/document/registerDocument/get/63386/Plans%20de%20zonage%20r%C3%A9glementaire

La feuille 7 correspond au zonage des risques pour le centre-ville de Caen:

  • La zone rouge est classée "non constructible"
  • Le figuré rayé bleu figure la zone classée en risque d'inondation: la place de la République et la parcelle adjacente prévue pour implanter le futur centre commercial/halle gourmande et parking souterrain associé se trouve en zone inondable...

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Le cartouche de légende:

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