La technocratie jacobine de l'Etat central française refuse de reconnaître que les lignes électriques à haute tension ont des effets négatifs sur la santé des animaux d'élevage en fonction du contexte météorologique et géologique.

Alors que les preuves scientifiques mais aussi les procès d'éleveurs en désarroi se multiplient, les autorités publiques concernées, à savoir EDF et sa filiale spécialisée Réseau Transport Electrique (RTE/ ENEDIS), les préfectures, les ministères concernés (Environnement et Agriculture) mais aussi les chambres d'agriculture, continuent à faire la sourde oreille.

Cette question des courants électriques vagabonds qui se propagent bien au-delà des câbles de la ligne haute tension notamment quand chez nous il fait mucre, ces histoires de  troupeaux de vaches qui se réfugient entre les quatres pattes métalliques des pylônes qui font office de cage de Faraday ou ces témoignages désespérés d'éleveurs constatant le mal être de leurs bêtes, leurs maladies soudaines, leur mort ne sont pas le produit d'une machination complotiste contre l'énergie électro-nucléaire: cette question méprisée a chauffé les esprits pendant le vrai-faux débat public sur le projet de nouvelle ligne THT Cotentin-Maine, puis, ensuite, pendant sa construction houleuse dans les années 2008-2012.

Les propositions ou solutions alternatives faites par les éleveurs et certaines associations pour atténuer cette importance nuisance n'ont pas été prises en compte au nom de l'intérêt national de raccorder au plus vite le futur réacteur nucléaire de l'EPR de Flamanville à la... Bretagne.

En 2020, l'EPR en question n'est toujours pas mis en service et toute cette précipitation à faire cette nouvelle ligne THT balafrant notre bocage normand du Cotentin n'a servi à rien: ce temps pourrait être mis à contribution pour, justement, reprendre enfin sérieusement ce dossier douloureux pour procéder à des réaménagements de la ligne ou des adaptations à la ligne.

Gouverner c'est prévoir: les technocrates qui prétendent nous gouverner oublient de méditer totalement le célèbre adage car la prévention du risque électrique aurait dû être faite avant la construction de la ligne.

L'achat sonnant et trébuchant du silence des éleveurs en souffrance ne saurait faire l'économie d'un véritable souci du bien être des populations d'un Ploukistan normand qui n'a pas l'habitude qu'ils ont, outre-Couesnon, de brûler les préfectures et de barrer les routes à la moindre contrariété...

Archives de l'Etoile de Normandie:

http://normandie.canalblog.com/archives/2017/12/11/35948667.html

http://normandie.canalblog.com/archives/2015/07/17/32373481.html

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Ci-après, on lira l'excellente enquête de Caroline Trouillet du "Poulpe", le média normand et indépendant d'investigation qui a le mérite de remettre sur le devant de la scène médiatique régionale une question que l'on ne doit pas oublier!

Vingt ans après les premiers procès d’éleveurs contre EDF, les courants générés par un ouvrage électrique continuent de causer des troubles dans les troupeaux laitiers. Certaines exploitations sont condamnées à la faillite. Le phénomène est très sensible dans la Manche, où deux lignes à très haute tension serpentent vers la centrale nucléaire de Flamanville. L’association nationale Animaux sous tension a décidé de défendre les éleveurs en justice.

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Par Caroline Trouillet | 18 Nov 2020

Dix hectares de terres couverts par un transformateur électrique et 6 pylônes, soutenant le passage d’une ligne 400 000 volts. Le courant y file jusqu’à la centrale de Flamanville, 120 km plus au nord. Dans la Manche, à Saint-Laurent-de-Terragalte, l’ouvrage occupe un tiers de la ferme du Tertre, où l’on pensait, par mégarde, trouver Serge Provost. Voilà 17 ans que l’éleveur a vendu sa propriété, maudite par 50 années de courants électriques. 

A quelques kilomètres, c’est comme président de l’association nationale Animaux sous tension (Anast) qu’il répond, sans répit, aux sonneries de son téléphone : « La semaine dernière, on m’a appelé pour trois nouveaux cas ». Ces « cas » sont des éleveurs démunis par les incidences d’un ouvrage électrique – lignes à haute, moyenne ou basse tension, transformateurs ou éoliennes – sur la santé de leur troupeau.

Mammites (infection de la mamelle), vaches qui refusent de boire, problèmes de croissance, surmortalité, infertilité… Ce cauchemar, Serge l’a connu, lorsqu’en 1989, le poste de transformation d’EDF s’agrandit de 1 à 10 hectares sur sa ferme, avec la mise en place d’une ligne THT : « De 1990 à 1998, nous avions 300 000 euros de manque à gagner » précise-t-il.

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Il s’associe avec deux éleveurs bretons pour créer, en 1993, l’Anast, et interpelle, aux côtés du président de la Confédération paysanne, François Dufour, le ministre de l’Agriculture, Gilles Le Pinsec. Lequel constitue en 1999 un groupement d’experts pour étudier l’influence des champs électromagnétiques : le groupe permanent de sécurité électrique en milieu agricole (GPSE).

Devenue une association financée par RTE et Enedis, le GPSE a engagé avec les chambres d’agriculture des protocoles pour accompagner, depuis 2014, 28 éleveurs en difficulté, dont 12 en Normandie. L’Anast recense quant à elle une centaine d’éleveurs impactés. Une dizaine dans la Manche, département le plus nucléarisé de France, traversé par deux lignes THT. La première, construite à la fin des années 1980, et la deuxième dite Cotentin-Maine, implantée en 2012, en prévision de la mise en service du nouvel EPR à Flamanville.

Du protocole avec, au procès contre

Treize kilomètres au nord de Saint-Laurent-de-Terragalte, un pylône surplombe, à 300 mètres, la propriété de Dominique Veauprès. Ajouté aux 33 autres qui traversent Isigny-Le-Buat, l’ouvrage apporte, via la taxe sur les pylônes électriques, 142 264 euros à la commune en 2020. Et matérialise, pour Dominique, la ruine de son exploitation.

« Quand j’ai commencé, j’avais 30 ans. J’ai quitté la ferme à 53 ans. Ils m’ont bousillé la partie la plus dynamique de ma vie professionnelle ». « Ils » c’est RTE, installateur de la ligne THT et son pylône qui auraient amené, dès 1991, des perturbations électriques causant des mammites à répétition dans son troupeau.

« Ils m’ont dit qu’il fallait désinfecter les griffes entre chaque vache pendant la traite. Personne ne fait ça. Bon, je l’ai fait pendant 4 mois. Sans aucun résultat » relate l’éleveur en décrivant les expertises vétérinaires et zootechniques qui ont suivi, en 2008, sa signature d’un protocole GPSE, avec RTE et la Chambre d’agriculture.

En 2009, le GPSE finance la mise en équipotentialité de toutes les structures métalliques de son exploitation, afin qu’elles soient reliées entre elles à la terre. « Après l’opération, les vaches sortaient de la stabule en file indienne au ras du poteau, puis en courant. Je les ai filmées. Quelque chose les gênaient très fortement ». Les ennuis continuent, jusqu’à mi-août 2012. Un matin, Dominique Veauprès mesure comme à son habitude le courant sous la ligne : elle est hors tension. 

« On s’est aperçu alors que tout marchait nickel. Une vraie ferme… », explique un éleveur de la même commune. Depuis dix ans, Thierry Charuel produisait un lait impropre à la consommation, avec des décès inexpliqués dans son troupeau. Or, à partir de fin août 2012, les courbes qui indiquent la capacité du lait à transmettre le courant chutent progressivement sur son robot de traite.

Jusqu’en septembre. Le courant revient alors dans la ligne, qui était en maintenance. L’éleveur perd une dizaine de vaches en un mois. Trois ans plus tard, il réclame à RTE un dédommagement d’un million d’euros. Tout en confirmant le lien de causalité entre la proximité de la THT et les dommages, la cour de cassation ne retient que le préjudice sur un an de la qualité du lait : 37 000 €. « Une victoire avec des miettes » regrette Thierry Charuel.

Quant à Dominique Veauprès, il a, en 2014, emprunté à la banque pour déménager sa ferme 8 kilomètres plus loin. « Depuis, je travaille avec un troupeau qui marche. Mais je suis endetté à 90 % ». Un an plus tôt, après avoir sollicité RTE pour co-financer sa délocalisation, l’opérateur lui avait répondu : « Il s’avère qu’il n’existe pas d’éléments objectifs permettant d’associer au fonctionnement de la ligne RTE des effets sur les animaux ».

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Lire la suite de cette enquête de Caroline Trouillet sur le site du Poulpe, média normand d'investigation:

https://www.lepoulpe.info