Nous avons écrit sur ce sujet devenu si convenu, hélas, de la figure imposée de patinage politique artistique après annonce de fermeture d'usine, un billet bien sévère sur l'Etoile de Normandie et nous l'assumons...

Mais nous devons aussi, dans le sens inverse, tenir compte des initiatives quand il y en a même lorsqu'elles sont tardives et qui invitent à ne pas désespérer totalement de la parole publique de nos élus.

Enfin! Il était temps... Mardi 24 novembre 2020, Hervé Morin, le président de la Normandie et Nicolas Mayer-Rossignol, le président de la métropole et maire de Rouen étaient, ensemble, à Bercy dans le bureau du ministre de l'Economie, Bruno Lemaire (ancien député de l'Eure) en compagnie d'Edouard Guinotte, le PDG du groupe qui avait donc face à lui, trois grands élus "normands" accompagnés d'une véritable délégation (Dominque Gambier, le maire concerné par l'usine et Damien Adam, le député LREM de la circonscription) prêts, espérons-le, à défendre l'intérêt général de la première région industrielle de France...

Cependant, pour ce qui est de voir vraiment nos grands élus normands "chasser en meute", on attendra puisque Bertand Bellanger, président du département de la Seine-maritime (le seul président de département de l'actuelle majorité présidentielle) mais aussi conseiller départemental de la commune où se trouve l'usine Vallourec (Déville-les-Rouen), n'était pas avec les autres dans le bureau du Ministre Lemaire puisqu'il n'a pas été... informé de cette initiative parisienne de ses collègues dont il a appris l'existence en lisant, comme nous, la presse.

En conséquence, l'intéressé a fait savoir qu'il écrirait "dès demain" (25 novembre 2020) au Premier ministre Jean Castex qui a pris l'habitude d'être le vaguemestre de la Normandie...

Par ailleurs, Pierre-André Durand, le préfet de la région Normandie, n'a, semble-t-il, pas été consulté avant cette initiative...

Conclusion: il est probable que ce bel et méritoire effort de mobilisation normande n'ait servi... à rien!

Lire le compte-rendu de cette réunion donné par Xavier Oriot (Ouest-France, 25/11/20):

Capture d’écran du 2020-11-25 16-00-41

https://www.ouest-france.fr/normandie/rouen-76000/vallourec-pres-de-rouen-herve-morin-et-nicolas-mayer-rossignol-demandent-un-moratoire-d-un-an-7061331

Vallourec près de Rouen. Hervé Morin et Nicolas Mayer-Rossignol demandent un moratoire d’un an

Après l’annonce de la fermeture par Vallourec de son site de Déville-les-Rouen, Hervé Morin, président de la Région Normandie, et Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen et président de la Métropole Rouen Normandie, ont rencontré ce mardi 24 novembre 2020 Édouard Guinotte, PDG du groupe, avant Bruno Le Maire, ministre de l’Économie.

Les deux élus normands étaient accompagnés de Dominique Gambier, maire de Déville-les-Rouen, et de Damien Adam, député LREM de la première circonscription de Seine-Maritime. Hervé Morin et Nicolas Mayer-Rossignol ont rappelé combien « les annonces du groupe industriel mondial Vallourec frappent un site industriel majeur de la Vallée de la Seine et ne peuvent que susciter colère et consternation, compte tenu de la mobilisation de l’ensemble des acteurs publics qui accompagnent ce site depuis la fermeture du laminoir en 2016 ». Ils ont réaffirmé combien Vallourec Déville-lès-Rouen (194 salariés) était « un fleuron européen du traitement thermique de métaux, encore à l’équilibre en 2019. Le savoir-faire de ses salariés ne saurait être remis en cause ».

« Manque d’ambition et d’anticipation »

Hervé Morin et Nicolas Mayer-Rossignol ont rappelé à Édouard Guinotte, PDG du groupe Vallourec, que « la BPI, et à travers elle l’État, est actionnaire à hauteur de 15 % du groupe » et regretté que « Vallourec n’ait pas entrepris davantage les diversifications nécessaires qui auraient pu permettre au groupe d’entrer plus fortement dans le défi de la transition énergétique et d’anticiper la baisse du prix du pétrole ». Les présidents de la Région et de la Métropole de Rouen estiment que « ce manque d’ambition et d’anticipation est clairement de la responsabilité de l’entreprise, qui doit assumer ses choix de court terme ».

Ils demandent donc à l’entreprise « un moratoire d’un an » – que Vallourec refuse pour l’instant -, « un engagement sur un fonds de revitalisation et d’investissement pour faciliter la reprise et, dans le cas d’un PSE (plan de sauvegarde de l’emploi), un niveau d’indemnisation le plus élevé possible ».

Enjeu d’intérêt national

Auprès de Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, Hervé Morin et Nicolas Mayer-Rossignol en ont appelé à l’État : « L’enjeu est d’intérêt national. Le gouvernement doit nous aider à faire pression sur Vallourec. La Vallée de la Seine représente le quart des établissements et la moitié des emplois salariés du secteur au niveau national. L’État ne peut assister sans réagir à la disparition progressive d’une industrie stratégique qui a marqué durablement le territoire. Il lui appartient de construire avec les collectivités une vision globale de ses mutations et une politique d’accompagnement adaptée des savoir-faire comme des salariés ».


 

Lire le communiqué de presse diffusé ce jour par la métropole de Rouen:

Communiqué de presse

Mardi 24 novembre 2020

Rencontre avec Bruno le Maire et le PDG de Vallourec :

Hervé Morin et Nicolas Mayer-Rossignol

disent « non » à la fermeture du site

À la suite des annonces du Groupe Vallourec mercredi dernier et de leur réunion jeudi midi avec les représentants du personnel de l’entreprise de Déville-lès-Rouen, Hervé Morin, Président de la Région Normandie, et Nicolas Mayer-Rossignol, Maire de Rouen et Président de la Métropole Rouen Normandie, ont rencontré ce matin Edouard Guinotte, PDG du Groupe Vallourec, puis Bruno Le Maire, Ministre de l’Economie, de la Finance et de la Relance. Ils étaient accompagnés lors de ces deux échanges de Dominique Gambier, Maire de Déville-les-Rouen, et de Damien Adam, Député de la 1ère circonscription de Seine Maritime.

Pour Hervé Morin, Président de la Région Normandie et Nicolas Mayer-Rossignol, Président de la Métropole Rouen Normandie : « les annonces du groupe industriel mondial Vallourec frappent un site industriel majeur de la Vallée de la Seine et ne peuvent que susciter colère et consternation, en particulier compte-tenu de la mobilisation de l’ensemble des acteurs publics qui accompagnent ce site depuis 2016, date de la fermeture du laminoir, pour stabiliser sa situation.  Le site de Déville-lès-Rouen (200 salariés) est un fleuron européen du traitement thermique de métaux, il était encore à l’équilibre en 2019 : le savoir-faire de ses salariés ne saurait être remis en cause ». 

Lors des échanges de la matinée, ils ont rappelé que la BPI, et à travers elle l’Etat, est actionnaire à hauteur de 15% du Groupe et regretté que Vallourec n’ait pas entrepris davantage les diversifications nécessaires qui auraient pu permettre au groupe d’entrer plus fortement dans le défi de la transition énergétique et d’anticiper la baisse du prix du pétrole : « ce manque d’ambition et anticipation est clairement de la responsabilité de l’entreprise, qui doit assumer ses choix de court terme ».

Aussi, ils ont demandé à l’entreprise :

·       un moratoire d’un an - ce que pour l’instant le Groupe refuse d’envisager ;

·       un engagement sur un fonds de revitalisation et d'investissement pour faciliter la reprise ;

·       dans le cas d'un PSE, un niveau d'indemnisation le plus élevé possible ;

Hervé Morin et Nicolas Mayer-Rossignol en appellent à l’Etat : « L’enjeu est d’intérêt national. Le Gouvernement doit nous aider à faire pression sur Vallourec. La Vallée de la Seine représente le quart des établissements et la moitié des emplois salariés du secteur au niveau national. L’Etat ne peut assister sans réagir à la disparition progressive d’une industrie stratégique qui a marqué durablement le territoire. Il lui appartient de construire avec les collectivités une vision globale de ses mutations et une politique d’accompagnement adaptée des savoir-faire comme des salariés ».


Commentaire de Florestan:
Gouverner l'industrie c'est, plus que jamais, prévoir!
Depuis sa réunification, la Normandie qui est, de fait, la première région industrielle de France en part de PIB, a mis en oeuvre une politique expérimentale et volontariste d'intelligence économique au service du maintien et du développement d'un tissu industriel régional qui, par sa densité et sa qualité, est un enjeu d'intérêt national.
L'Etat central parisien semble vouloir, lui aussi, comprendre, dumoins dans ses plus récentes postures ministérielles, l'intérêt sinon l'urgence de mettre en oeuvre une politique publique d'intelligence économique pour défendre, enfin, un peu mieux notre industrie nationale.
Mais derrière la parole publique de l'Etat se dresse une complexité technocratique qui n'invite pas à l'action et encore moins à l'efficacité.
C'est la raison pour laquelle, Hervé Morin, le président normand avait proposé d'expérimenter la mise en oeuvre concrète d'un principe de subsidiarité régionale pour qu'une région soit autorisée à prendre en charge le pilotage et le développement d'un enjeu économique et industriel d'intérêt national présent sur son territoire.
Il est peu probable que l'Etat pris par les urgences de la grave crise en cours, soit disposé à tenter une expérience de subsidiarité régionale pourtant réclamée par la Normandie qui a déjà mis en place les outils et les financements nécessaires.
Il est donc indispensable que l'idée de subsidiarité régionale en matière d'intelligence économique soit sérieusement mise au débat public à l'occasion des prochaines échéances électorales (les régionales de juin 2021 et les présidentielles de 2022): l'Etoile de Normandie y veillera!