Valéry Giscard-d'Estaing, 3ème président de la 5ème République de 1974 à 1981, vient de mourir à l'âge qu'il convient pour nous tirer la dernière révérence...

La question s'est donc posée d'emblée pour nous comme pour les journalistes de FR3: quels étaient les liens entre ce président de la République et la Normandie?

France 3 Normandie nous propose de nous rafraîchir la mémoire avec le reportage suivant avec des extraits d'émissions de la télévision de l'époque: on retrouvera, en arrière plan, une Normandie à la fois industrieuse et agricole plutôt prospère, ouverte sur une modernité qui avait mis notre région à la pointe de son temps dans la foulée de sa Reconstruction d'après guerre.

C'est le temps béni du plein emploi industriel chez Moulinex, Renault, la Société Métallurgique de Normandie, la pétrochimie sur le port du Havre... C'est le temps de l'autoroute qui arrive enfin à Deauville, du Ganil à Caen, du turbotrain jusqu'à Cherbourg et du Nucléaire dans le Cotentin.

Mais ce premier apogée de prospérité économique dans la Normandie qui devint giscardienne après avoir été pompidolienne et gaulliste, notamment dans sa partie Ouest, fait oublier le problème essentiel qui ne sera révélé qu'à la suite de la grave crise de désindustrialisation qui va durement frapper la Normandie de 1986 aux années 2000:

La Normandie giscardienne a beau être à fond pour l'automobile, l'agro-productivisme, le turbotrain ou le nucléaire, elle n'aura fait que du sur place quant à préparer son avenir ou maîtriser réellement son destin: on remarquera dans le reportage de FR3 Normandie à lire ci-après sur la Normandie des années Giscard une réalité centrale totalement absente...

Les années 1974-1981 en Normandie sont surtout celles d'un échec politique majeur, à savoir, de faire l'unité normande après l'échec de la réforme régionale de 1972 sur les Etablissements Publics Régionaux, ancêtres des actuels conseils régionaux.

La Normandie giscardienne va donc être divisée durablement au profit de deux barons centristes giscardiens: Michel d'Ornano en "Basse" et Jean Lecanuet en "Haute" (même si pour la "Haute" la situation politique restera toujours plus complexe qu'en "Basse" où l'on vote à droite "depuis Guillaume le Conquérant" selon le mot célèbre du socialiste caennais Louis Mexandeau).

Pour le dire franchement, la Normandie des années Giscard qui confirme une division politique qui aura les effets désastreux que nous savons désormais, ne nous inspire aucune nostalgie ni aucune bienveillance!


 

 https://france3-regions.francetvinfo.fr/normandie/mort-valery-giscard-estaing-grands-moments-normandie-1874264.html

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Normandie, terre giscardienne

Parmi les fidèles de Valery Giscard d'Estaing, il y a le couple d'Ornano, Michel et Anne. Ils font partie des giscardiens de la première heure. Dans Le Monde du 9 mars 1991, après la mort de Michel d'Ornano, cette relation d'amitié profonde est ainsi racontée:  

"L'autre aventure de sa vie fut Giscard. Plus de trente ans d'amitié vraie et sincère. Par tempérament et par fierté, Michel d'Ornano n'aurait jamais su être courtisan. Valéry Giscard d'Estaing eut le bon goût de ne pas le lui demander. Michel d'Ornano était le seul dans son entourage à se permettre de lui dire ses quatre vérités. Il était l'ami. Ce seul titre lui suffisait. Tous deux s'étaient rencontrés, voilà bien longtemps, à l'occasion d'un dîner chez des amis communs. 
Ensemble, ils allaient tout connaître : la grandeur, la décadence et l'espoir à nouveau. La croisade grisante des Républicains indépendants contre le gaullisme. Le sacre de 1974, qui fera de Michel d'Ornano un ministre discret mais toujours dans l'ombre présidentielle. La bataille perdue de Paris en 1977. Par fidélité, le maire de Deauville se retrouve piégé dans un affrontement mortel avec Jacques Chirac. Il lui faudra des années pour s'en remettre. Quatre ans plus tard, Giscard perd son sceptre. Michel d'Ornano sera l'un des rares à demeurer à ses côtés et à continuer de croire à son étoile." 
 

Dans les amitiés giscardiennes en Normandie, il y a ausi le centriste rouennais Jean Lecanuet qui sera garde des Sceaux de Giscard d'Estaing en 1974 et président de l'UDF. 

En 1978, face au RPR de Jacques Chirac, c'est Jean Lecanuet qui a l'idée de la création d'un parti présidentiel pour soutenir Valéry Giscard d'Estaing et renforcer la préparation des élections à venir. C'est ainsi que l'UDF (Union pour la Démocratie Française) est devenu le grand parti de la famille centriste. Jean Lecanuet préside l'UDF pendant 10 ans.

Quelques-unes des venues de VGE en Normandie 

Le 16 décembre 1977, en pleine crise porcine, VGE prononce le discours de Vassy, un petit village dans le Calvados. Une véritable profession de foi dans lequel il affirme que "l'agriculture doit être le pétrole de la France".  " La vocation de l'agriculture française est l'expansion " ajoute-t-il. Avec ce discours, il tente la reconquête du monde agricole alors en pleine crise et dessine les contours d'une agriculture qu'il veut plus moderne que jamais. 

 Les produits de l'agriculture sont notre seule matière première. Ce n'est pas acceptable qu'un pays comme la France dépende encore largement de l'étranger pour son alimentation. L'agriculture doit être notre pétrole.  (Extraits du discours de Vassy)

Le président de la République Valéry Giscard d'Estaing, répondant l'invitation du sénateur-maire Jean Lecanuet, est venu à Rouen (accompagné de 3 ministres) le 27 mai 1979 pour l'inauguration officielle de la place du Vieux-Marché, lieu du supplice de Jeanne d'Arc. Après des années de travaux, la place où se trouvaient les halles du "Rungis rouennais" a été entièrement réaménagée avec une réalisation contemporaine de l'architecte Louis Arretche autour d'une moderne église Sainte-Jeanne d'Arc associant béton, ardoises et vitraux du 16e siècle.  

" LE SIECLE DE CETTE "BONNE PAIX FERME, QUI DURE LONGUEMENT" DONT PARLAIT JEANNE-DE-FRANCE, CETTE JEANNE ETERNELLEMENT PRESENTE, GRACE-A VOUS, ROUENNAISES ET ROUENNAIS, SUR CETTE PLACE DU VIEUX MARCHE  (…) VOICI ENFIN CETTE MAISON DERNIERE OU VOUS OFFREZ A JEANNE, SUR LE LIEU MEME DE SON SUPPLICE, UN TEMPLE POUR SA FOI TRIOMPHANTE, ET UN ABRI PAISIBLE POUR SES CENDRES DISPERSEES…"

Valéry Giscard d'Estaing, à Rouen le 27 mai 1979.

En marge de cette inauguration rouennaise de 1979, le président Giscard d'Estaing avait, à la demande du président du conseil régional, rencontré des "responsables régionaux" pour évoquer la dégradation de la situation économique  de la Haute-Normandie.

L'occasion pour Valéry Giscard d'Estaing d'annoncer que "l'Etat est prêt à aider les efforts d'innovation, d'exportation et de création d'emplois de tous ceux qui voudront saisir ces chances" et d'ajouter que "deux centrales nucléaires doivent être construites en Haute-Normandie. Celle de Paluel, qui comprendra quatre tranches de 1300 Mégawatts et celle de Penly, qui comprendra deux tranches de 1300 MW."

En 1980,  le département de la Manche lui sert de tribune. Il est à Valognes pour remettre le prix Alexis de Tocqueville. L'occasion d'affirmer une fois de plus son attachement au libéralisme et de vanter là encore le  programme électronucléaire de la France. Et cela ne se passe pas très bien comme on peut le voir sur cette vidéo qui date du 5 décembre 1980...

Valery Giscard d'Estaing annonce alors la mise en service des deux tranches de la centrale de Flamanville pour 1986 et l’extension de l’usine de retraitement de la Hague.

C'est aussi en Normandie qu'il rencontre les grands de ce monde. D'abord Jimmy Carter en 1978 alors président des Etats-Unis. Puis Léopold Sendar Senghor , président du Sénégal et homme de lettre l'année suivante.

Il apparait aux côtés d'un autre ancien président Nicolas Sarkozy et de celui en exercice François Hollande, en 2014 à l'occasion du 70ème anniversaire du Débarquement . Ce sera sa dernière visite officielle en Normandie. 
 


 

 Commentaire de Florestan:

"Au revoir!"

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http://www.savoiretculture.com/discours-du-au-revoir-valery-giscard-d-estaing/

"Avant de vous quitter, je vous souhaite bonne chance à chacune et à chacun d’entre vous. Oui, bonne chance du fond du cœur, sans amertume vis à vis des uns et avec une chaude reconnaissance pour les autres. Mes vœux vont aussi à celui que les Français ont choisi pour être le premier d’entre eux. Et dans ces temps difficiles, où le mal rôde et frappe dans le monde, je souhaite que la Providence veille sur la France, pour son bonheur, pour son bien et pour sa grandeur. Au revoir."

 L'Histoire retiendra que le président de la République française qui imposa la réunification de la Normandie à ses barons n'est pas Valéry Giscard d'Estaing mais... François Hollande, en 2014, quelques jours avant de commémorer le 70ème anniversaire du débarquement...

Voir ci-après, l'hommage que rend à "VGE" le centriste Hervé Morin, président de la Normandie:

https://www.francebleu.fr/infos/politique/valery-giscard-d-estaing-un-mentor-l-homme-le-plus-intelligent-que-j-ai-rencontre-declare-herve-1606953613

"Valéry Giscard d'Estaing, un mentor, l'homme le plus intelligent que j'ai rencontré" déclare Hervé Morin

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Et pour finir, un souvenir personnel...

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Votre serviteur devait avoir neuf ans...

Accompagné de mon père, nous nous étions rendus au Haras national du Pin par une belle journée ensoleillée. La foule était nombreuse, des poteaux pavoisaient aux trois couleurs nationales le long de la route départementale gardée par les gendarmes. Nous attendions tous sa venue qui était annoncée.

Nous attendîmes, nous attendîmes... En vain!

Il ne vint jamais.