Dimitri Rogoff, admirable président du comité régional de la pêche normande, par sa lucidité et son sang-froid, tire la sonnette d'alarme:

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Toutes les crises et les urgences convergent avec, comme conséquence unique et directe, la menace de faire disparaître la pêche artisanale qui protège l'environnement et la ressource halieutique et qui fait la promotion et la valorisation de sa débarque:

Que serait la gastronomie normande sans la coquille Saint-Jacques et nos merveilleux poissons plats nageant dans la crème?

Dans le coup de gueule à suivre, il est question de la menace redoutable des navires usines qui rôdent déjà au large de nos côtes et qui n'attendent que la confirmation d'un Brexit "no deal" pour venir piller en toute légalité nos ressources halieutiques patiemment protégées et entretenues par nos "travailleurs de la mer" de la Manche, du Boulonnais à la pointe de la Bretagne, en passant par nos côtes normandes avec le cas particulier, nous insistons, des pêcheurs des îles anglo-normandes qui doivent comprendre qu'ils doivent partager les mêmes craintes et donc les mêmes mobilisations que leurs collègues du continent car il s'agit de défendre aussi le seul modèle de pêche qui permettra à ce noble et ancestral métier de survivre en évitant de vider l'océan de tous ses poissons.

Notons que les pêcheurs anglais qui pensent se tirer d'affaire en récupérant l'intégralité de la jouissance des eaux territoriales britanniques à l'occasion du Brexit, devraient aussi partager cette inquiétude face à l'opportunisme malfaisant des grands armements industriels et face à la perspective de ne plus avoir autant accès aux ports français pour débarquer des poissons que les Anglais n'ont pas l'habitude de consommer faute de savoir les apprécier!

Cette sourde menace qui risque de provoquer de nouvelles batailles navales entre pêcheurs européens dans la Manche s'ajoute à deux autres:

Celle du Covid et du confinement sanitaire qui a détruit la filière des produits frais de la mer écoulée dans les brasseries et les restaurants gastronomiques: c'est environ 30% du chiffre d'affaire de nos pêcheurs qui a, ainsi, disparu...

Celle des parcs éoliens marins qui risquent de créer des zones maritimes interdites à toute navigation réduisant d'autant les zones de pêche et compliquant les routes maritimes avec, pour conséquence, une augmentation de la dépense en carburant pour les bateaux sans parler de certains effets indésirables des éoliennes sur l'environnement halieutique (pollution sonore et électromagnétique, perturbation des courants marins...)

Si les pouvoirs publics, à commencer par les conseils régionaux concernés ne prennent pas davantage conscience de ces urgences, on ne pourra que pleurer non pas au souvenir des "péris en mé"  mais sur le naufrage de l'avenir de la pêche artisanale qui fait partie de l'identité de nos régions maritimes.


 

https://actu.fr/economie/avec-le-brexit-les-pecheurs-normands-craignent-une-concentration-des-geants-des-mers_37996531.html

Avec le Brexit, les pêcheurs normands craignent « une concentration des géants des mers »

Le Brexit aura-t-il pour conséquence la concentration des chalutiers géants au large des côtes normandes ? Le président du comité régional des pêches en Normandie le craint.

La présence de huit chalutiers géants au large de Fécamp (Seine-Maritime) depuis samedi 5 décembre 2020, provoque l’ire des associations Pleine Mer et Sea Sheperd France. Le président du comité régional des pêches, Dimitri Rogoff redoute une concentration de ces géants des mers dans les eaux normandes, avec le Brexit.

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 « La goutte d’eau qui fait déborder la Manche » 

Le phénomène n’est pas nouveau. Dimitri Rogoff se souvient : « Je navigue depuis 1988 et ces gros chalutiers pour la plupart hollandais étaient déjà là. Depuis, ils ont grossi atteignant pour certains un kilomètre de long avec évidemment des capacités de pêche plus importantes. » 

Le pêcheur s’indigne : « Aujourd’hui, on a une pleine conscience des écosystèmes, de la gestion des ressources. On ne peut plus être d’accord avec le modèle économique imposé par ces bateaux-là. Malgré ce qu’ils prétendent, ils pêchent les mêmes espèces que nous notamment du maquereau. Hors, nos flottilles côtières sont spoliées d’une partie de leur quota par ces énormes bateaux. Résultat, c’est le Royaume-Uni aujourd’hui qui nous fournit des quotas et rien ne garantit qu’ils le feront encore après le Brexit. »

Au large de Fécamp, « les armateurs hollandais disent ne pêcher que le hareng », mais comme celui-ci sert de nourriture au bar, « c’est impossible qu’ils n’en captent pas ».

Le défenseur de la flottille normande qui regroupe 600 bateaux soutient : « Ils sont la goutte d’eau qui fait déborder la Manche alors qu’on a aujourd’hui besoin d’une pêche vertueuse. Ils le font en toute légalité. »  

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« Ce ne sont pas des tendres » 

Dimitri Rogoff met en avant plusieurs condamnations passées pour des déclarations erronées. 

Ce ne sont pas des tendres. On sait qu'un bateau lituanien sous capitaux hollandais change de nationalité à chaque fois qu'il se fait serrer. On sait aussi qu'ils pêchent ici pour revendre en Afrique ou dans des zoos européens. C'est bien loin de l'idée de la pêche que nous défendons.

Avancés à plusieurs reprises dans des médias, les arguments défendus par l’armateur hollandais France Pelagique ne tiennent pas selon Dimitri Rogoff : « Ils affirment que nous ne sommes pas en concurrence parce que leurs bateaux pêchent à plus de 37 km. C’est faux, nos hauturiers normands et ceux des Hauts-de-France vont jusque-là. » 

« On va se foutre sur la gueule entre Européens » 

Les pratiques des armateurs hollandais se font « pour le moment partout dans la Manche que ce soit côté français ou anglais ». À l’approche du Brexit, le président du CRP craint « une concentration de ces géants côté français », parce que « les Anglais ne les laisseront plus aller chez eux ».

Pour Dimitri Rogoff, c’est certain, « ce sera explosif, on va se foutre sur la gueule entre européens et ça c’est pas supportable. Un choix politique doit être fait et c’est urgent. Il faut arrêter de favoriser ces systèmes là, la gestion des ressources, mais aussi la défense de l’environnement ne sont pas compatibles avec l’ultra-libéralisme ». 

Dimitri Rogoff en appelle ainsi à la fin « des postures sur ce sujet » et la prise de décision qui ne peut avoir lieu qu’au niveau européen.

Le Brexit aura-t-il pour conséquence la concentration des chalutiers géants au large des côtes normandes ? Le président du comité régional des pêches en Normandie le craint.


 

Commentaire de Florestan:

La région Normandie qui doit aussi prendre en compte le particularisme des îles anglo-normandes doit prendre des intiatives et emmener les régions maritimes françaises au combat: pas sûr que le savoyard Barnier soit bien sensibilisé par ce sujet!

Enfin, il est hors de question que les pêcheurs de la Manche soient les dupes d'un échange de quotas de pêche entre les eaux territoriales britanniques de la Manche et les eaux territoriales françaises du golfe de Gascogne qui ne profiterait qu'aux pêcheurs Bretons et de Vendée.