Heureusement que les parlementaires corses, bretons et alsaciens veillent au grain face à un ministre de l'Education Nationale plus que jamais droit dans ses bottes  jacobines dès qu'il s'agit de l'enseignement des langues régionales françaises...

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https://france3-regions.francetvinfo.fr/corse/enseignement-langues-regionales-senat-retoque-blanquer-1904464.html

Enseignement des langues régionales : le Sénat retoque Blanquer

Le Sénat est pour généralisation de l'"exception corse" à toute la France, comme le demande le projet de loi sur la protection et la promotion des langues régionales. Une mesure contestée par le ministre de l'Education nationale. Le sénateur Paulu Santu Parigi a fustigé "la férule jacobine". 

Publié le 11/12/2020 à 13h25

La proposition de loi du député Paul Molac, du groupe Libertés et territoires, avait été contestée sur plusieurs points par Jean-Michel Blanquer lors de son passage devant l'Assemblée nationale. Elle a été adoptée par le Sénat.

L'"exception corse" généralisée ?

Le ministre de l'Education nationale, qui affirme régulièrement être "en faveur des langues régionales" avait remis en question deux points de la proposition de loi :

  • la généralisation à l'ensemble du pays de l'"exception corse", à savoir l'enseignement de la langue régionale sur le quota des horaires normaux d'une classe. 
  • l'obligation pour une commune qui ne dispose pas d'une école bilingue d'aider financièrement la commune qui reçoit les élèves qui souhaitent en bénéficier. 

Les sénateurs, lors de l'examen de la proposition de loi, le jeudi 10 décembre, ont rétabli les deux mesurées contestées au palais Bourbon.

Paulu Santu Parigi, élu sénateur de Haute-Corse en septembre dernier, a pris la parole à cette occasion, pour vanter cette proposition de loi, "vidée de sa substance par la majorité à l’Assemblée nationale, confortée par un Gouvernement encore hanté par le fantôme de l’idéologie monolinguiste, par un Etat qui ânonne l’importance de soutenir les langues régionales tout en réduisant les moyens en leur faveur."

5 millions de locuteurs

A en croire le ministère de l'Education nationale, à la tête duquel se trouve Jean-Michel Blanquer, il existe en France cinq millions de locuteurs qui parlent alsacien, corse, occitan, basque, créole...

Mais leur pratique va en s'amenuisant dans les rues, et elles nécessitent un enseignement scolaire pour continuer de vivre. Ce que le ministère promet de soutenir, même si la dernière mesure prise par Jean-Michel Blanquer a été de baisser les coefficients des langues régionales lors de la réforme du bac, diminuant d'autant leur attractivité. 

Archives 14 octobre 2019. Le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, en déplacement dans une école à Paris.
Archives 14 octobre 2019. Le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, en déplacement dans une école à Paris. © REGIS DUVIGNAU /MaxPPP

Au micro, Paulu Santu Parigi a interpellé le ministre : "vous ne duperez personne, les déclarations et les vœux pieux ne feront pas revivre nos langues reconnues si tardivement par la République française. L’urgence à agir pour leur enseignement et leur promotion doit répondre au talent que l’on a pris, en France, à les éradiquer."

Le sénateur a conclu, avec une certaine virulence : "sur les bancs de cette Assemblée, c’est notre patrimoine vivant qui s’exprime aujourd’hui, le passé et l’avenir de nos langues que nous ne laisserons pas mourir sous la férule jacobine. "

Reste désormais à attendre de savoir ce qu'il restera du texte, remanié, une fois qu'il sera passé au crible, de nouveau, par les députés, selon le processus habituel d'examen d'une proposition de loi...


 

Lire aussi pour avoir le point de vue de ceux de la langue d'oc:

https://actu.fr/occitanie/montpellier_34172/proposition-de-loi-christian-bilhac-senateur-de-l-herault-les-langues-regionales-alimentent-l-attractivite-culturelle_38055380.html

Proposition de loi. Christian Bilhac, sénateur de l'Hérault : "Les langues régionales alimentent l'attractivité culturelle"

Le sénateur de l'Hérault -groupe du Rassemblement démocratique et social Européen, RDSE-, Christian Bilhac est intervenu en faveur des langues régionales.

Christian Bilhac a défendu les langues régionales dans l'hémicycle
Christian Bilhac du groupe RDSE a défendu les langues régionales dans l’hémicycle (©RDES)

Christian Bilhac, sénateur de l’Hérault du groupe du Rassemblement démocratique et social Européen, le RDSE, est intervenu au Sénat en faveur des langues régionales, lors de l’examen de la proposition de loi sur la protection patrimoniale des langues régionales et leur promotion.

« Un texte nécessaire »

Selon lui, « Ce texte était nécessaire pour pallier aux risques réels d’extinction des langues régionales à l’avenir et il favorise la protection, l’accessibilité et la visibilité des langues régionales dans trois domaines, celui du patrimoine, en faisant de la contribution à la connaissance des langues régionales un motif de classement en tant que trésor national au sens du code du patrimoine; de l’enseignement et de la vie publique autorisant l’affichage de traductions en langue régionale sur les signalétiques publiques ainsi que l’utilisation des signes diacritiques dans les actes d’état civil.

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Cent ans après

« Je me félicite que la République, indivisible, favorise la promotion de la diversité linguistique et la considère comme une richesse, alors qu’au début du XXe siècle, le Français n’était pas la langue usuelle, partout », relève l’ancien maire de Péret. Et de citer cet exemple dans l’hémicycle : « Il y a cent ans, mon grand-père était instituteur en Aveyron et il accueillait des élèves qui ne parlaient pas la langue Française. »

"Parce qu’une langue est morte quand elle n’est plus parlée, il a appelé à promouvoir la transmission des langues régionales, laquelle se fait de moins en moins dans les familles. Il faut agir au niveau de ses transmissions".

Christian Bilhac Sénateur RDSE de l'Hérault

« Langue morte » 

« L’usage des langues régionales alimente l’attractivité culturelle des territoires, répondant à un besoin d’affirmation identitaire, dans un monde très ouvert où la perte des repères ou des racines s’accélère. Mais, parce qu’une langue est morte quand elle n’est plus parlée, il a appelé à promouvoir la transmission des langues régionales, laquelle se fait de moins en moins dans les familles. Il faut agir au niveau de ses transmissions », constate Christian Bilhac.

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Le sénateur de l’Hérault a dressé des pistes, en ce sens, estimant que dans le cadre juridique actuel, on peut en développer l’enseignement, avec le soutien des collectivités locales, mais aussi, du service public audiovisuel ou encore des radios associatives. Il a souhaité le développement des démarches participatives et actions décentralisées, avec l’appui des régions, ainsi que la participation financière des communes à la scolarisation des enfants, tout en prenant garde à ne pas fragiliser le tissu éducatif des petites communes en milieu rural.

 

Extraits de son intervention au Sénat

« Quelle langue parlerions-nous si la monarchie se fût installée à Toulouse ? L’occitan probablement !  Nous connaissons bien les conditions historiques de l’ancrage du français, le rôle des monarques de Louis XI à François 1er et la fameuse ordonnance de Villers-Cotterêts. Puis, les révolutionnaires de 1789 ont convergé vers un même principe : consolider leur pouvoir par l’usage d’une langue unique…en faveur, d’un côté, de l’unité du royaume et, de l’autre, de l’affirmation de la République…Au début du XXe siècle, le Français n’était pas encore la langue usuelle (…)  Il est bien acquis que la République est indivisible, un principe constitutionnel qui n’interdit pas pour autant la coexistence du français avec le parlé de nos territoires. En effet, les langues régionales ne sont plus considérées comme une menace dans notre pays, qui – disons-le – a bien d’autres sujets qui fragilisent sa cohésion (…) Est-il utile de rappeler, ici, au Sénat, maison des collectivités locales, combien la diversité linguistique est une richesse ? Certains orateurs l’ont rappelé : les langues régionales sont avant tout constitutives de notre patrimoine. En 2008, si le législateur a positionné les langues régionales dans notre Constitution, leur inscription au Code du patrimoine marquerait en effet une étape supplémentaire pour leur valorisation et leur conservation », a plaidé Christian Bilhac.

"Un besoin d'affirmation identitaire"

"L’usage d’une langue locale répond aussi à un besoin d’affirmation identitaire, dans un monde très ouvert où la perte des repères ou des racines s’accélère. Là aussi, la proposition de loi apporte une réponse : je pense en particulier à l’article sur la faculté d’utiliser les signes diacritiques dans les actes d’état civil, ainsi que celui visant à conforter la traduction en langue régionale des inscriptions publiques. Mon groupe est plutôt favorable à laisser se développer les démarches participatives, les actions décentralisées, avec l’appui des régions en particulier. Nous pourrions cependant aller plus loin s’agissant de la participation financière des communes à la scolarisation des enfants. Nous devons prendre garde à ne pas fragiliser le tissu éducatif des petites communes en milieu rural".

 


 

Voir le texte du Sénat:

www.senat.fr/les_actus_en_detail/article/-56145111fb.html

Voir aussi:

https://www.lexpress.fr/culture/loi-sur-les-langues-regionales-blanquer-battu-au-senat_2140516.html

https://www.ouest-france.fr/bretagne/langues-regionales-blanquer-accelere-le-declin-de-nos-langues-denoncent-des-associations-7008165

https://www.lessorsavoyard.fr/18508/article/2020-12-13/pays-de-savoie-les-patoisants-militent-pour-inscrire-la-langue-savoyarde-au-bac

Jean-Michel Blanquer était aussi l'invité de la matinale de France Culture ce 14 décembre 2020: le sujet des langues régionales est revenu dans la discussion à la fin de l'entretien (vers 8h28) entre le ministre et Frédéric Senz...

https://www.franceculture.fr/emissions/les-matins

 

Commentaire de Florestan:

N'allez surtout pas croire que le Sénat est devenu soudainement un partisan de la régionalisation... Il y a cinq ans, il s'était fermement opposé à la ratification de la charte européenne des langues régionales:

https://www.francetvinfo.fr/elections/regionales/charte-des-langues-regionales-pourquoi-la-ratification-coince-encore-et-toujours_1147447.html

 

Les langues régionales quand elles sont considérées comme des particularités culturelles locales voire comme un patrimoine immatériel folklorique local et rural intéressent le Sénat. Mais s'il s'agit d'associer les langues régionales à la régionalisation...