L'Etoile de Normandie a repéré ce billet paru en novembre dernier dans le Courrier Cauchois...

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Brexit : vive le passeport bleu et anglo-normand

Le Courrier Cauchois - 13 novembre 2020 - p. 2
Billet, Par Vilère

Avec le Brexit, les Britanniques retrouvent-ils un document d'identité 100 % british ? Pas si sûr ! En témoigne leur passé anglo-normand.

Conséquence du Brexit, les Britanniques ont retrouvé leur passeport bleu. Un détail qui a son importance Outre-Manche et qui suscite des réactions de fierté et de satisfaction.

Bon nombre de sujets de Sa Très Gracieuse Majesté supportaient mal le passeport européen de couleur bordeaux, fût-il frappé des armes séculaires de la couronne britannique, celles arborant par deux fois les trois léopards normands hérités de Guillaume. Sur le nouveau passeport bleu 100 % britannique, le même sceau est représenté entouré de sa fameuse devise : " Honi soit qui mal y pense ".

C'est là que le bât blesse. Nombreux sont nos voisins des îles à se demander pourquoi continuer dorénavant à faire vivre sur leur passeport cette devise en français ! Pourtant elle n'est pas écrite en français mais en langue anglo-normande. Certes, la différence est subtile puisque seul l'ajout d'un "n" au verbe honnir ferait d'elle une phrase française, mais enfin elle témoigne du passé européen, qu'on le veuille ou non, de la Grande-Bretagne. Car non seulement la langue anglo-normande aux consonances très françaises a imprégné la langue anglaise depuis le XIè siècle mais qui plus est, la phrase est née sur le continent européen, à Calais, au XIVè siècle.

Au cours d'un bal, le roi Édouard III d'Angleterre ramassa la jarretière tombée de la cuisse de sa favorite pour la mettre à son propre genou en prononçant la fameuse devise. Dans la foulée fut créé l'ordre de Ia Jarretière, le plus prestigieux de la chevalerie britannique, dont les mots royaux vinrent immédiatement agrémenter les armes de la couronne et donc tous les documents et bâtiments officiels de Grande-Bretagne.

Enfin, un siècle plus tard, le roi Henri V ajouta aux armes de la couronne quatre autres mots en français, " Dieu et mon droit ", qui figurent aussi sur les passeports. Dernière ironie de l'histoire : le nouveau passeport britannique bleu est un produit fabriqué par une entreprise française et non plus par l'imprimeur anglais répondant au nom de " De la rue ". De quoi en perdre son anglais!