La "tapisserie de la Reine Mathilide" a longtemps été, par un abus de langage qui n'en était finalement pas un, le nom par lequel était connu de plus grand nombre le "Telle du Conquest" qui est, assurément, le nom le plus historiquement authentique de cet admirable trésor de notre Normandie médiévale...

Car, depuis ses origines, la célèbre broderie racontant la mémorable conquête de la couronne d'Angleterre par le duc Guillaume de Normandie, fut une affaire de femmes: probablement d'abord celle de brodeuses moniales ou de leurs ouvrières issues d'un monastère du Sud de l'Angleterre pour le compte de l'évêque Odon de Bayeux demi-frère du Conquérant qui vivait fastueusement et que l'on doit considérer comme l'un des grands princes mécènes de l'art occidental...

Mais plus encore aujourd'hui pour la conservation et la restauration de cet insigne ouvrage de l'art humain qui est fait partie du patrimoine mondial de l'Humanité labellisé par l'UNESCO.


 

On lira, ci-après, tirée du site du ministère de la Culture, cette présentation exhaustive fort intéressante du vaste programme de restauration et de rénovation muséographique qui va commencer pour l'avenir de la tapisserie de Bayeux:

https://www.culture.gouv.fr/Regions/Drac-Normandie/Actualites/Tapisserie-de-Bayeux-constat-d-etat-et-perspectives-de-conservation

Tapisserie de Bayeux : constat d'état et perspectives de conservation

Malgré les difficultés liées à la crise sanitaire et les fermetures à la visite des lieux culturels, la conservation et la restauration du patrimoine figurent au cœur des préoccupations de l’État.

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Dossier de presse

 En début d’année 2020, un constat d’état de la Tapisserie de Bayeux (maîtrise d’ouvrage de l’État) a été réalisé par une équipe de huit restauratrices spécialisées dans les textiles anciens, afin de mieux connaître son état de conservation. Cet examen est une base essentielle pour élaborer le protocole de restauration. Il doit également permettre d’étayer les réflexions autour de son futur mode de présentation, dans le respect des dernières préconisations en termes de conservation du textile. Ces différents travaux scientifiques font partie de l’élaboration du projet architectural et muséographique global (maîtrise d’ouvrage de la Ville de Bayeux) envisagé pour accueillir la broderie millénaire dans un nouvel écrin à Bayeux à l’horizon 2026.

 

Tapisserie de Bayeux

Classée Monument Historique depuis 1840 et inscrite depuis 2007 au registre « Mémoire du Monde » de l'UNESCO, la Tapisserie de Bayeux est une œuvre, propriété de l’État, confiée en dépôt à la ville de Bayeux par Bonaparte en 1804. Elle est considérée aujourd'hui comme le plus important monument des arts textiles de la période romane, mais aussi comme un témoignage capital sur la conquête de l'Angleterre par le duc Guillaume de Normandie en 1066 qu'elle relate.

Le constat d’état s’est déroulé durant le mois de janvier 2020, au moment de la fermeture annuelle du musée. L’examen direct de l’œuvre a nécessité sa manipulation afin que l’équipe des restauratrices puisse faire ses observations sans l’interface de la vitrine.

 

Objectif du constat d'état

L’objectif de l’étude préalable était de dresser un constat d’état précis des dégradations ou interventions survenues au cours des siècles pour améliorer la connaissance matérielle de l’œuvre et optimiser ses conditions de conservation.

Chaque altération repérée a été reportée directement sur un outil dédié (SIDS - système d'information documentaire spatialisé), via la saisie sur tablette numérique dont chacune des restauratrices était équipée. Le choix d’avoir privilégié l’usage de l’outil numérique pour réaliser un constat d’état a permis :

  • De mettre en place un vocabulaire métier commun permettant de définir les altérations et uniformiser les saisies.
  • De combiner pour chaque altération observée un diagnostic sur son origine, différents pronostics quant à son évolution selon les futurs modes de présentation envisagés mais aussi des préconisations en cas de restauration.
  • Des remontées statistiques immédiates sur les altérations observées aussi bien au niveau quantitatif que par leur localisation, ont grandement facilité le suivi des opérations de manière précise au jour le jour.

Durant toute la durée de l’opération, l’équipe a été accompagnée par l’Assistant à Maîtrise d’Ouvrage de la DRAC : le pôle conservation, restauration & imagerie scientifique de l’EPCC la Fabrique de patrimoines en Normandie, associé à la restauratrice Patricia Dal-Prà, ainsi que par les ingénieurs de l’Université de Caen Normandie du CERTIC (Centre de Ressources Technologiques pour les TIC) et du Pôle Document Numérique (PDN / MRSH).

Méthodologie du constat d'état

Le constat d’état s’est déroulé durant le mois de janvier 2020, au moment de la fermeture annuelle du musée. L’examen direct de l’œuvre a nécessité sa manipulation afin que l’équipe des restauratrices puisse faire ses observations sans l’interface de la vitrine.

Considérant les délais contraints pour réaliser l’examen de l’œuvre aux dimensions exceptionnelles (près de 70 mètres de long), la DRAC a donc recruté une équipe de huit restauratrices-conservatrices spécialisées en textiles, diplômées du Master de conservation restauration des biens culturels de l’Université Paris I ou de l’Institut National du Patrimoine :

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  • Aude Mansouri (mandataire),
  • Cécile Argenton,
  • Thalia Bajon-Bouzid,
  • Marie-Flore Levoir,
  • Valérie Marcelli,
  • Déborah Panaget,
  • Maëlle Toubert,
  • Agathe Strouk.

Les 68,38 mètres de longueur de la Tapisserie ont fait l’objet d’un examen attentif. Chaque jour, chaque restauratrice étudiait environ 1 mètre de la broderie et de son support en toile de lin pour en analyser les dégradations.

Chaque altération repérée a été reportée directement sur le SIDS, via la saisie sur tablette numérique dont chacune des restauratrices était équipée. Le choix d’avoir privilégié l’usage de l’outil numérique pour réaliser un constat d’état a permis :

  • De mettre en place un vocabulaire métier commun permettant de définir les altérations et uniformiser les saisies.
  • De combiner pour chaque altération observée un diagnostic sur son origine, différents pronostics quant à son évolution selon les futurs modes de présentation envisagés mais aussi des préconisations en cas de restauration.
  • Des remontées statistiques immédiates sur les altérations observées aussi bien au niveau quantitatif que par leur localisation, ont grandement facilité le suivi des opérations de manière précise au jour le jour.

Durant toute la durée de l’opération, l’équipe a été accompagnée par l’Assistant à Maîtrise d’Ouvrage de la DRAC : le pôle conservation, restauration & imagerie scientifique de l’EPCC la Fabrique de patrimoines en Normandie, associé à la restauratrice Patricia Dal-Prà, ainsi que par les ingénieurs de l’Université de Caen Normandie du CERTIC (Centre de Ressources Technologiques pour les TIC) et du Pôle Document Numérique (PDN / MRSH).

 

Une restauration prévue en 2024

Le constat d’état a permis de mieux connaître l’état de conservation de l’œuvre et de déterminer les prochaines opérations nécessaires au maintien de sa bonne conservation.

À l’issue de son étude, l’équipe des restauratrices a notamment relevé :

  • 24204 taches,
  • 16445 plis,
  • 9646 manques dans la toile ou les broderies,
  • 30 déchirures non stabilisées,
  • une fragilisation plus importantes des premiers mètres de l’œuvre.

Certaines altérations sont les témoins de l’Histoire de l’œuvre, elles seront donc conservées à moins qu’elles ne constituent un risque d’aggravation de son état. À titre d’exemple, la présence de trous de clous inhérents à d’anciens accrochages, des réparations de la toile réalisées dans le passé, ou encore des tâches de cire provoquées par l’éclairage à la bougie dans la cathédrale, ont pu être répertoriées.

Dans le cadre du projet de rénovation du musée, le comité scientifique en charge du suivi des opérations de conservation-restauration a estimé qu’une restauration de l’œuvre était nécessaire. Elle devrait être programmée à l’horizon 2024 quand l’établissement muséal actuel devra fermer ses portes au public pour entrer en phase de travaux. Le but de cette opération sera de stabiliser les altérations structurelles telles les déchirures, de procéder à un dépoussiérage précis de l’œuvre et surtout de limiter les tensions pesant aujourd’hui sur la toile de lin médiévale, causées notamment lors de restaurations anciennes.

Afin de résoudre ce dernier problème, plusieurs opérations sont programmées :

  • Le démontage du dosseret permettant aujourd’hui l’exposition de l’œuvre et installé en 1982-1983.
  • La dépose d’une doublure apposée au XVIIIe siècle, d’après les sources.
  • La dépose d’un galon dans la partie inférieure de l’œuvre et installé au XIXe siècle.

Dans le cadre de la rénovation du musée, la DRAC de Normandie est aujourd’hui engagée dans la commande d’une étude afin de déterminer :

  • Les modalités d’extraction de l’œuvre de son lieu actuel et les conditions de sa restauration,
  • Les caractéristiques d’une nouvelle vitrine de présentation pour l’œuvre. Cette nouvelle vitrine devra permettre d’optimiser les conditions de conservation et d’exposition de ce chef d’œuvre du Moyen Age.

L'utilisation du Système d'information documentaire spatialisé (SIDS):

Cette étude inédite dans l’histoire de la Tapisserie de Bayeux a pu être réalisée en un temps record grâce à l’utilisation du Système d’Information Documentaire Spatialisé (SIDS), développé sur-mesure pour la Tapisserie de Bayeux.

Porté par l’État et la Ville de Bayeux, ce SIDS a été conçu par l’Université de Caen-Normandie et le CNRS, notamment le CERTIC (Centre de Ressources Technologiques pour le TIC · DSI · UNICAEN) et le Pôle Document Numérique (PDN · MRSH · CNRS · UNICAEN). Il a consisté préalablement en une campagne de numérisation (janvier 2017), dont les clichés ont été exploités et assemblés sous forme de panorama grâce à l’expertise et aux travaux du laboratoire de recherche en informatique du GREYC (UNICAEN – ENSICAEN – CNRS) en vue du développement d’un outil innovant qui représente le volet numérique du projet de futur musée de la Tapisserie de Bayeux.

Destiné en premier lieu à servir de support au niveau restauration/conservation (constat d’état 2020 et future campagne de restauration · maîtrise d’ouvrage DRAC Normandie), cet outil sera également adapté à l’usage de la communauté scientifique spécialisée, au monde scolaire et enfin au grand public à travers la création d’outils de médiation spécifiques au sein du futur musée (maîtrise d’ouvrage Ville de Bayeux).

Durant le constat d’état, chaque restauratrice était équipée d’une tablette tactile connectée au SIDS et pouvait ainsi saisir ses observations directement sur le logiciel. L’outil leur a permis d’accéder simultanément aux images de l’endroit et du revers, facilitant la compréhension de certaines altérations (par exemple via la présence d’une pièce de tissu visible uniquement sur son revers), ainsi qu’aux images sous différents éclairages et spectres lumineux (UV, IR, fausses-couleurs, lumières rasantes…) toutes issues de la campagne d’imagerie scientifique réalisée en 2017 par la Fabrique de patrimoines en Normandie.

Le SIDS aura ainsi permis à l’équipe de restauratrices de réaliser en une quinzaine de jours un énorme travail avec plus de 6500 fiches d’annotation imagées par plus de 68000 formes géométriques représentant les altérations observées.

Le SIDS a vocation à constituer un fond de référence universel de la broderie millénaire. Il doit permettre une navigation dans les 70 mètres de l’œuvre, sur l’endroit comme sur le revers, avec un repérage précis et commun de zones d’intérêts, relatives à l’état matériel et iconographique de l’œuvre. Un grand nombre d’analyses, d’articles, de clichés photographiques, de bibliographies, et d’autres relevés graphiques y sont également indexés et viennent enrichir la connaissance de l’œuvre.

En attendant la réouverture du musée...

Dans le cadre des travaux engagés pour le développement du SIDS et dans l’attente de la réouverture du futur musée, la Tapisserie de Bayeux est entrée dans une nouvelle ère de médiation grâce à la mise en ligne du panorama numérique de référence de l’œuvre qui permet désormais son exploration dans toute sa longueur aussi facilement que sur une carte géographique.

Cette mise en ligne publique du panorama, construit à partir des clichés de la Fabrique de patrimoines en Normandie (maîtrise d’ouvrage DRAC Normandie) en 2017, et consolidés par les équipes de l’Université de Caen Normandie, de l’Ensicaen et du CNRS, a été proposée par l’ensemble des partenaires du projet au conseil scientifique qui a tout naturellement approuvé cette initiative. Cette décision fait encore plus sens aujourd’hui avec les difficultés d’accès au musée dues à la crise sanitaire.

Fort de son engagement dans la protection et la valorisation de cette œuvre millénaire, la Ville de Bayeux a été très logiquement choisie par l’ensemble des partenaires comme la plus appropriée pour devenir le diffuseur exclusif auprès du grand public de la représentation numérique officielle de la Tapisserie de Bayeux.

Lien vers le panorama numérique de la Tapisserie de Bayeux

Vidéo du déplacement : https://youtu.be/VeFhhDNaejg

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