Attention! Lecture édifiante...

A Granville, la Horie, c'est fini!

Le 7 janvier dernier, l'association Vie et Mémoire du Vieux Granville est allée faire un tour sur le chantier des promoteurs qui massacrent en toute impunité le domaine et le manoir de La Horie, un ensemble daté de la fin du XVIIIe siècle et qui témoignait des grandes heures de l'histoire maritime des armateurs de Granville. Saint-Malo a ses malouinières. Granville peut s'enorgueillir d'avoir quelques granvillières, à savoir, ces manoirs fastueux construits dans l'arrière pays-rural du port par les armateurs ou capitaines au long cours. Le problème c'est que les "granvillières" sont moins connues et donc moins reconnues que les célèbres malouinières et avec le saccage en cours du domaine de La Horie, la municipalité de Granville est en train de perdre, l'un des plus beaux exemples qui restait encore à peu près en l'état.

Après le départ d'une congrégation religieuse enseignante propriétaire des lieux et cherchant à tirer le meilleur prix possible d'un beau terrain bien situé face à la mer sur la falaise à la sortie méridionale de la ville, nous avons eu droit au même manque d'imagination des autorités municipales (la majorité municipale d'avant...) sur fond d'arrangements médiocres entre copains sur le dos du patrimoine granvillais et de l'intérêt général: le site aurait pu, par exemple, abriter un hôtel-restaurant étoilé pour mettre en valeur la destination granvillaise et les produits de la pêche locale et du terroir normand à l'instar de ce qui est fait avec infiniment plus d'intelligence et de savoir-faire sur la côte bretonne que l'on voit en face, à Cancale, avec le célèbre établissement fondé par Olivier Roellinger...

Gilles Ménage, le nouveau maire de Granville élu en 2020, conscient des enjeux a bien tenté d'agir durant l'été dernier en adressant directement au ministère de la Culture une demande de classement d'urgence du site pour faire cesser les travaux de destruction. Cette démarche soutenue par Stéphane Bern n'eut pour seul résultat que de sortir Jean-Paul Ollivier, le directeur régional des affaires culturelles de sa torpeur de pré-retraité pour convoquer une réunion en décembre 2020 de la Commission Régionale du Patrimoine et de l'Architecture de Normandie consacrée au dossier de La Horie. Lors de cette réunion présidée par David Nicolas le maire d'Avranches et à laquelle participaient notamment le DRAC et le besogneux faisant office d'architecte pour le compte de promoteurs vandales, tous les graves manquements de ce désolant dossier ont été relevés et des préconisations fortement adressées : le domaine, ses murs et ses arbres doivent être préservés et les décors intérieurs du manoir de La Horie préservés...

Mais en attendant un hypothétique arrêté préfectoral qui se doit de valider les décisions de la CRPA, les vandales sur place ont accéléré la cadence des destructions...

Témoignage le 7 janvier 2021 sur sa pages FB de l'association locale de défense du patrimoine, "Vie et Mémoire du vieux Granville":

https://www.facebook.com/VMVG.Granville

Sur le chantier honteux de la Horie, ouvert à tous les vents, on peut assister à la suite de la dégradation du domaine. Après la destructions des dépendances, ce sont des boiseries qui sont arrachées des murs et des grands arbres abattus et dessouchés.
Les promoteurs ont-ils peur d'un classement aux Monuments Historiques du domaine pour saccager aussi rapidement et violemment ce beau patrimoine?
Aux dernières nouvelles, il ne resterait plus rien des pièces lambrissées à l'intérieur du manoir: seul ne subsisterait que l'escalier, sa rampe et le dalage du hall d'entrée. Par chance, le magnifique poêle en faïence de Prusse qui ornait le grand salon du bas a pu être sauvé in extremis par les services techniques de la ville de Granville après la visite de deux élus du conseil municipal sur le chantier.

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Les cheminées seraient encore en place... Pour combien de temps encore?

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Pour laisser un message aux vandales, c'est par ici:

ou par ici:
https://www.facebook.com/cabinetfolliot
Face à une situation aussi lamentable, que faire?
Le cas granvillais n'est pas isolé en Normandie dont une partie notable du riche patrimoine architectural est aujourd'hui sérieusement menacé notamment pour ce qui est du patrimoine bâti privé en zone rurale ou du patrimoine religieux...
Face à la déshérence de l'Etat et de son ministère de la Culture, la solution pourrait venir d'une reprise en mains de cette politique publique d'intérêt général par le conseil régional exerçant sa compétence générale pour suppléer la défaillance et la carence de l'Etat central en ce domaine: l'inverse du principe de subsidiarité en quelque sorte!
En Normandie région qui a inventé le tourisme culturel, l'archéologie monumentale médiévale et le souci de la préservation des monuments historiques dès les années 1820-1830 avec Arcisse de Caumont, le basculement vers la région des politiques publiques patrimoniales serait une expérimentation éminemment symbolique, une sorte de revanche d'Arcisse de Caumont contre un centralisme parisien manifestement inefficace!
La réunification de la Normandie et le déploiement de nouvelles politiques publiques régionales ont suscité beaucoup d'espoirs, notamment chez les amoureux du patrimoine normand... En effet, le 20 novembre 2017, lors de son assemblée plénière de Rouen, le conseil régional de Normandie votait la création d'un "comité régional du patrimoine" avec le cahier des charges suivant:
(Extrait du communiqué officiel de la Région Normandie daté du 21/11/2017)
Le Comité régional du patrimoine

Il réunit aux côtés de la Région Normandie, les cinq Départements normands, la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Normandie, la Fabrique de patrimoines en Normandie et la Fondation du patrimoine. Ce comité a pour objectifs :

  • d’animer un réseau de partenaires publics et privés du patrimoine, d’échanger sur les bonnes pratiques et de renforcer la professionnalisation des acteurs

  • de réaliser un diagnostic des forces et faiblesses du patrimoine culturel normand,

  • de définir un plan d’actions partagé.

Le dispositif « Patrimoine en Création(s) »

Destiné aux acteurs culturels et gestionnaires de sites patrimoniaux, ce dispositif a pour objectif de soutenir la mise en œuvre de créations artistiques de qualité, valorisant de manière originale ou innovante le patrimoine normand.

Le dispositif d’aide à la conservation des bateaux du patrimoine

Cette aide régionale participe à la conservation du patrimoine maritime normand de bateaux d’intérêt patrimonial (label BIP), de bateaux inscrits ou classés au titre des monuments historiques, ou d’histoire des techniques ou ethnographique, par le financement de travaux d’envergure. Les coûts éligibles concernent les réparations, la restauration ou la reconstitution par des chantiers écoles, des bateaux afin d’assurer la préservation du patrimoine ainsi que leur sécurité en mer.

La Région s’emploie à faire vivre la culture sur tout son territoire et pour tous. Ses interventions portent sur le spectacle vivant, le cinéma et l'audiovisuel, le livre et la lecture, l'art contemporain, les équipements culturels, les actions culturelles, ainsi que la valorisation de son patrimoine dans toutes ses dimensions.

 TROIS PRIORITÉS POUR LA COLLECTIVITÉ :

  • Accompagner la création, le travail des artistes constituant le terreau de toute politique publique en faveur de la Culture

  • Encourager l’accès du plus grand nombre aux œuvres du répertoire comme aux œuvres les plus contemporaines

  • Favoriser la circulation des œuvres et des publics sur l’ensemble du territoire régional


    Nous sommes en mars 2021 et, quelques cinq années plus tard, force est de constater que le compte n'y est pas! Ce comité régional du patrimoine normand n'a jamais réellement fonctionné si d'aventure il s'est jamais réuni... La faute à qui?

Il est clair que le Ministère de la Culture et son administration déconcentrée en Normandie, la DRAC, en l'occurrence, est totalement défaillant: le retrait de l'Etat est complet tant du côté de l'expertise que du financement des politiques publiques du patrimoine qui sont aujourd'hui aussi délabrées que les sites et monuments qu'elles prétendent protéger.

Avec un corps d'Architectes des Bâtiments de France devenu inopérant par manque de moyens mais aussi par le rabotage du périmètre juridique d'exercice (fin de l'obligation de l'avis conforme), les fonctionnaires désabusés de la DRAC sont devenus, de fait, les greffiers du vandalisme édilitaire ou du vandalisme des propriétaires sans parler de l'action souvent néfaste de promoteurs immobiliers qui détruisent sans vergogne un patrimoine architectural qu'ils méprisent ou méconnaissent (ou les deux à la fois...)

Les porteurs de projet de sauvegarde, de restauration, d'entretien ou de valorisation du patrimoine architectural, artistique, culturel ou naturel de notre région qui est, peut-être, le plus grand musée de France à ciel ouvert, qu'ils soient propriétaires particuliers, collectivités locales, associations ou entreprises sont souvent découragés par la complexité juridique des dossiers, le parcours du combattant devant les ronds-de-cuir de la bureaucratie et la mesquinerie des soutiens en expertise ou en financement que l'on peut encore obtenir d'une DRAC qui ne répond pas lorsqu'on a besoin de ses services en cas d'urgence: le consternant dossier du manoir de La Horie le démontre clairement.

Il y a urgence à sortir de cette situation en changeant d'idée sur le patrimoine car l'exceptionnel patrimoine régional normand par sa qualité, sa densité et sa diversité mérite mieux que son délabrement actuel mais aussi mérite mieux que les politiques publiques tout aussi délabrées qui s'en occupent encore.

Enfin et surtout, il est URGENT de ne plus laisser aux aigrefins d'une promotion immobilière médiocre sans foi ni vergogne, le monopole de décider de l'avenir de nos plus belles friches patrimoniales!

Philippe Augier, le maire de Deauville a été missionné par le Gouvernement pour trouver des solutions pour relancer les politiques patrimoniales en France. Il pose, ci-après, un constat et diagnostic que nous partageons totalement:


 « Il y aura de moins en moins d’argent public pour les vieilles pierres »

Philippe Augier, maire de Deauville

Par Nathalie Jourdan  |  22/11/2019

https://www.latribune.fr/regions/normandie/il-y-aura-de-moins-en-moins-d-argent-public-pour-les-vieilles-pierres-philippe-augier-maire-de-deauville-833672.html

Pour Philippe Augier, maire de Deauville, "il existe des fonds financiers énormes qui cherchent des projets touristiques dans lesquels investir". (Crédits : SIPA)Chargé de piloter la mission « Réinventer le patrimoine » lancée par les ministères de la Culture et de la Cohésion des territoires, le maire de Deauville mise sur les investisseurs privés.

LA TRIBUNE - Quelle est la philosophie de la mission que vous ont confiée les ministres Franck Riester et Jacqueline Gourault ?

PHILIPPE AUGIER - Elle part d'un constat : le patrimoine culturel constitue l'un des principaux atouts touristiques de notre pays. Si la France reste la deuxième destination touristique du monde, c'est à cet héritage bâti exceptionnel que nous le devons.

On aurait tort de mésestimer le poids de cette filière. Avec plus de 40 000 monuments historiques classés ou inscrits, près de 100 000 emplois et des retombées estimées à 15 milliards d'euros, elle a un impact considérable sur le développement et l'attrait de nos territoires.

Le problème est qu'une partie de ce patrimoine reste dormante. Pensez aux sommes qu'il faudrait dépenser pour le préserver ou le remettre en état. Ne nous leurrons pas : il y a et il y aura de moins en moins d'argent public pour rénover les vieilles pierres, s'il ne s'agit que de les rénover. En revanche, je suis convaincu, et les ministres avec moi, qu'il est possible de redonner vie à ces lieux en mobilisant des investissements privés pour peu que l'on sache les attirer avec des projets économiquement viables.



 Le patrimoine c'est notre pétrole national et tout particulièrement en Normandie: mais, hélas, on entend trop souvent le préjugé que le patrimoine est une charge, que ça coûte trop cher et que cela n'intéresse personne si ce n'est quelques vieux schnocks cuistres et procéduriers!

Il est bien dommage d'avoir trop souvent affaire à des crétins à l'esprit borné sur ce sujet d'intérêt national car un investissement dans le tourisme patrimonial rapporte plus de vingt fois la mise de départ, si l'on en croit la gazette des communes:

https://www.lagazettedescommunes.com/204009/linvestissement-dans-le-tourisme-de-patrimoine-rapporte-plus-de-vingt-fois-la-mise/

Les élus locaux normands, sauf heureuse exception, n'ont pas encore bien saisi tout l'intérêt stratégique de conserver le maximum d'authenticité architecturale et patrimoniale dans leurs villes et leurs villages pour l'attractivité touristique:

Ils craignent encore trop souvent, de "mettre la ville sous cloche" en répétant les arguments des promoteurs, des bétonneurs et des médiocres cabinets d'architectes qui travaillent servilement pour les premiers... C'est oublier que les projets d'architecture contemporaine les plus stimulants et les plus intéressants sont ceux qui se réalisent à partir d'une réhabilitation et d'une transformation d'un patrimoine bâti au lieu de se laisser à la facilité de la table rase...

On aurait pu espérer que l'appel à projets "pour réinventer le patrimoine" lancé en 2019 par le gouvernement suite à la mission de Philippe Augier puisse intéresser les collectivités territoriales normandes...

https://www.banquedesterritoires.fr/un-appel-projets-et-des-simplifications-pour-reinventer-le-patrimoine

Mais aucune, à notre connaissance, n'a présenté le moindre projet...

Décevant!

Pourtant, des communes ou des intercommunalités normandes se mobilisent de plus en plus pour valoriser le patrimoine architectural notamment dans les zones rurales: l'église, l'ancien presbytère, le manoir, une ancienne grange, un vieux moulin, une chapelle... Tout ce patrimoine hérité d'une civilisation rurale séculaire disparue constitue souvent la seule richesse artistique et architecturale du territoire. Grâce aux moyens accrus des intercommunalités, de nombreux projets de sauvetage et de restauration sont menés mais les dossiers sont complexes à monter et la DRAC décourage plus qu'elle n'aide ces élus locaux qui voudraient agir pour leur patrimoine en ayant la contrainte d'improviser en faisant feu de tout bois!

Par exemple, à Lieurey dans l'Eure:

https://actu.fr/normandie/lieurey_27367/l-eglise-saint-martin-de-lieurey-se-refait-une-beaute_34297430.html

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Des communes ont aussi eu le courage et la pugnacité de mener des combats d'usure pour obtenir la propriété d'un château et de son domaine soit après une vente ou une succession compliquée pour des grands projets de développement local.

Par exemple, à Martinvast dans le Cotentin avec le château de Beaurepaire:

Le château et son domaine ont été achetés par la commune moyennant un prêt sur 25 ans. C'est un investissement certain mais qui pourrait rapporter gros.

https://actu.fr/normandie/martinvast_50294/rachat-du-chateau-de-martinvast-c-est-l-occasion-d-en-faire-un-lieu-de-vie-important_38989197.html

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"Ce domaine possède un potentiel exceptionnel en matière de créations d'événements. Les études que nous avons menées nous montrent que les revenus qu'il est possible de générer permettront d'autofinancer cette acquisition, voire de dégager des revenus qui permettront de financer d'autres projets. Cette acquisition ne doit pas impacter les finances communales et n'aura donc aucune incidence sur les impôts des Martinvastais."

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Philippe Augier, lui-même, à Deauville montre brillamment l'exemple de ce qu'il convient de faire avec le très beau projet des "Franciscaines" consistant à créer dans un ancien couvent du XIXe siècle, un centre culturel complet doté d'un musée consacré aux artistes qui ont peint notre Normandie: ouverture inaugurale prévue les 23 et 24 mars 2021...
https://www.indeauville.fr/projet-les-franciscaines

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Mais derrière ces initiatives courageuses, intelligentes et brillantes de certains élus locaux, combien de situations de déshérence ou d'urgence patrimoniales en Normandie avec des élus, des propriétaires ou des associations totalement dépassés et qui se laissent tenter par le pire: le désintérêt, l'abandon, le vandalisme, la solution de facilité de la démolition sous les coups de pelle mécanique d'un charognard bétonneur du patrimoine...
Alors que les politiques patrimoniales de l'Etat central via la DRAC tombent en ruines, la conscience de l'intérêt stratégique du patrimoine architectural et culturel pour le développement local s'accroît chez des élus de plus en plus aiguillonnés par les associations de défense du patrimoine et de l'environnement car le patrimoine dans ses diverses composantes profite de la montée en puissance du souci écologique.
Les initiatives se multiplient. Il y a beaucoup de projets et d'idées mais bien peu prospèrent face à la complexité des réalités du patrimoine en péril. Notamment, le patrimoine culturel religieux...
C'est ainsi que le 4 mai 2019,  journal Paris-Normandie alors dirigé par Jean-Louis Louvel avait fait paraître un appel pour la création d'une fondation pour la sauvegarde du patrimoine religieux normand suite à l'incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris.
Cette initiative pourtant prise depuis Rouen "l'Athènes du genre gothique" (Stendhal) ne donna lieu à aucune réalisation...

L’appel de Paris-Normandie au monde économique pour protéger le patrimoine normand

Initiative. Paris-Normandie lance un appel à l’attention des entreprises et des particuliers qui sont sensibilisés par la sauvegarde du patrimoine religieux en Normandie.

   

https://www.paris-normandie.fr/actualites/societe/l-appel-de-paris-normandie-au-monde-economique-pour-proteger-le-patrimoine-normand-NF14991826

Frédérick Cassegrain et Jean-Louis Louvel, respectivement directeur général de Paris-Normandie et propriétaire veulent créer une Fondation pour sauver le patrimoine religieux en Normandie. (crédit photo : Adrien Pulby)

L’incendie qui a ravagé la toiture de la cathédrale Notre-Dame de Paris a provoqué dans les heures qui ont un suivi un vaste mouvement de solidarité.

Les dons ont afflué en nombre. En l’espace de quarante-huit heures, 1 milliard d’euros a été versé par les plus grandes fortunes de France. Les particuliers n’ont pas manqué de verser leur obole sur Internet.

« Comme tous les médias en France, Paris-Normandie a rendu compte de ce terrible incendie qui a frappé l’édifice religieux le plus emblématique du pays, relayent Jean-Louis Louvel et Frédérick Cassegrain, respectivement propriétaire et directeur général de Paris-Normandie. Mais très vite, nous avons pensé au patrimoine normand composé notamment d’édifices religieux. Nous croyons aujourd’hui que les gens ont parfaitement conscience que l’État et les villes ont moins de moyens financiers pour soutenir la préservation de ce patrimoine. Avant de faire des choses loin, commençons à faire des choses près de chez nous. »

Jean-Louis Louvel et Frédérick Cassegrain lancent un appel au monde économique pour s’associer aux projets de restauration des édifices religieux en Normandie.

A leur initiative, ils ont rencontré Mgr Dominique Lebrun. A l’ordre du jour de cette rencontre : le chantier sans fin de la cathédrale Notre-Dame de Rouen« Depuis que je vis à Rouen, cela fait plus de vingt-cinq ans, j’ai toujours vu des échafaudages autour de la cathédrale de Rouen, soulève Jean-Louis Louvel. Mgr Lebrun est très attentif aux travaux qui se succèdent. Il en ressort que si davantage de moyens financiers étaient injectés, la durée des travaux serait réduite. »

« Autre fait marquant, indique Frédérick Cassegrain, le diocèse de Rouen possède des trésors qu’il ne peut malheureusement pas exposer à l’intérieur de la cathédrale de Rouen, car il est indispensable de faire des travaux pour assurer leur totale sécurité. »

« Nous ne doutons pas de l’intérêt des Normands »

Les deux hommes qui ont reçu un blanc-seing de la part de Mgr Lebrun lancent aujourd’hui un appel — aux entreprises comme aux particuliers — pour participer aux travaux de sécurisation et d’embellissement des édifices religieux en Normandie. « La cathédrale de Rouen est le monument le plus connu, mais il existe un grand nombre d’églises dans la région qui méritent d’être restaurées. »

Si la ville aux 100 clochers ne possède plus autant d’édifices religieux comme avant la Révolution de 1789, il reste à Rouen de nombreuses églises qui font partie intégrante du paysage. « À Rouen, comme au Havre, Lisieux ou Eu, les églises participent à l’attractivité du territoire. Ce sont des lieux très prisés des touristes », continuent Jean-Louis Louvel et Frédérick Cassegrain. Il est capital de prendre soin de ces monuments. Nous ne doutons pas de l’intérêt porté par les Normands pour ce patrimoine si caractéristique de notre territoire. »

Si Victor Hugo a rendu célèbre Notre-Dame de Paris, il avait également magnifié Rouen dans Feuilles d’automne en 1831 « Amis ! C’est donc Rouen, la ville aux vieilles rues, aux vieilles tours, débris des races disparues, la ville aux cent clochers carillonnant dans l’air, le Rouen des châteaux, des hôtels, des bastilles, dont le front, hérissé de flèches et d’aiguilles, déchire incessamment les brumes de la mer. » Les cloches continueront de carillonner à Rouen et en Normandie pour des siècles et des siècles si des hommes et des femmes se mobilisent.

Commentaire de Florestan:

Aucune suite donnée à cette initiative en effet. On dira même que la situation rouennaise pour le patrimoine religieux s'est aggravé puisque le nouveau maire de Rouen a fait fermer sine die au public la splendide abbatiale Saint-Ouen pour raisons de sécurité.


Du côté de la Région Normandie, nous avons vu de même que le projet pourtant voté en séance plénière en 2017 de mettre en place un comité régional du patrimoine a fait, de même, long feu...

Par ailleurs, au sein du conseil régional de Normandie, de nombreuses initiatives existent en faveur du patrimoine régional:
Entre autres:
- Le service de l'inventaire régional décentralisé depuis 2004
- La fabrique des patrimoines qui diagnostique, étudie et fait connaître les patrimoines matériels et immatériels normands
- Un service dédié au patrimoine régional avec son directeur
- Le "cluster" Normandie médiévale chargé d'organiser la filière du tourisme médiéval normand
- Une association en charge de la sauvegarde et de l'entretien du patrimoine maritime normand
- Une convention avec l'association "sites et cités remarquables" présidée par Martin Malvy pour aider à la formation continue des élus locaux normands sur le thème du patrimoine
- Une convention avec la Fondation du Patrimoine
- Un dispositif régional "Aide à la préservation et à la restauration des édifices protégés"
Pour en savoir plus sur les politiques publiques patrimoniales mises en oeuvre par le conseil régional de Normandie, on lira la mise au point suivante (11  mars 2021):
https://www.normandie.fr/les-nouvelles-vocations-du-patrimoine-normand
A l'approche des prochaines élections régionales normandes en juin 2021 et de la nécessité de penser à la suite à donner au projet régional normand, le moment est donc venu de faire des propositions importantes pour organiser enfin en Normandie la région la plus historique et la plus patrimoniale de France une politique publique régionale puissante et originale en faveur du patrimoine qui ne soit assujettie ni à la politique culturelle ni à la politique du tourisme:
Le patrimoine doit être enfin considéré comme tel, comme une ressource fondamentale du développement économique régional et en Normandie cette ressource est stratégique.
Il faut donc sortir le patrimoine normand d'une certaine forme de paresse intellectuelle qui le condamne à terme:
Le patrimoine n'est pas qu'un objet inerte du passé que l'on ne conserve qu'au titre d'un intérêt archéologique qui n'est qu'une charge qui coûte cher et qui n'intéresse que des experts et des érudits. Et le patrimoine architectural n'est pas non plus qu'un faire valoir, un fond de tableau ou un décor prestigieux pour donner de l'importance et de la décence à ce qui en manque: ce serait bien triste que le patrimoine ne serve que de coup de com' ou pour donner du sens à des créations conceptuelles qui refusent d'en avoir. Ce mésusage culturel d'anciens lieux cultuels peut tuer définitivement un lieu patrimonial: ce triste sort a failli être celui de l'ancienne église Saint-Paul de Granville... Décidément!

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Le patrimoine doit être vivant, avec un projet d'usage collectif inséré dans la vie locale produisant de la richesse: c'est l'objectif recherché par la plupart des porteurs de projet de sauvegarde et de valorisation du patrimoine normand et ce sont ces porteurs de projets qu'il faut aider.
Les aider à avoir un projet, les aider à le construire avec de l'expertise culturelle, historique, archéologique mais aussi juridique, les aider à le financer.
C'est là le travail précieux que la DRAC ne veut plus faire et c'est la mission d'un comité régional mort-né du patrimoine normand aurait dû mettre en oeuvre depuis cinq ans.
Il est donc urgent d'agir car en conséquence du désengagement financier de l'Etat et donc de la DRAC, le délabrement du patrimoine normand s'accélère notamment le patrimoine bâti privé en zone rurale ou le patrimoine religieux urbain.

Exemple pitoyable avec le manoir augeron à pans de bois des Mathurins à la sortie de Lisieux... L'état de péril imminent de cette merveille du XVIIe siècle a été signalé à la DRAC depuis 2014: en vain!

http://normandie.canalblog.com/archives/2020/04/26/38234851.html

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 C'est pourquoi, nous proposons d'appliquer de toute urgence au patrimoine normand en péril les méthodes de l'intelligence économique territoriale qui fonctionnent parfaitement avec un autre patrimoine normand stratégique parfois mis en péril...

La chapelle en péril qu'elle soit une humble batisse lovée au fond d'un bocage normand ou qu'elle soit une imposante usine au bord de la Seine qui pourrait transformer en carton d'emballage tous les vieux papiers de la région parisienne, doit être sauvée!


https://www.ouest-france.fr/normandie/rouen-76000/normandie-un-appel-au-president-de-la-republique-pour-sauver-le-papetier-chapelle-darblay-7181999

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Normandie. Un appel à Emmanuel Macron pour sauver le papetier Chapelle-Darblay

Soixante maires de grandes villes (Le Havre, Paris, Nantes, Rennes…), qui y expédient leurs vieux papiers et cartons triés, ont signé un appel pour que le chef de l’État intervienne auprès de la Finlande pour la vente du papetier. Le groupe UMP qui le détient refuse de le vendre à un concurrent.

Pour la Chapelle-Darblay, le compte à rebours a commencé. D’ici fin juin, et peut-être dès la fin mars, le finlandais UPM, qui détient l’usine de papier de Grand-Couronne, près de Rouen, en fermera définitivement les portes. Qu’il y ait ou non un repreneur.

Les élus se mobilisent pour garder cette usine qui recycle leurs vieux papiers et cartons triés. Nicolas Mayer-Rossignol, président de la Métropole de Rouen, a rallié une soixantaine de maires de grandes villes, à commencer par l’ancien Premier ministre Édouard Philippe, maire du Havre, Anne Hidalgo, maire de Paris, et les édiles de Nantes, Rennes, Nancy, Villeurbanne ou encore Clermont-Ferrand, villes qui expédiaient leurs vieux papiers à la Chapelle-Darblay.

Papiers et cartons triés de 24 millions de Français

L’usine normande récupérait 350 000 tonnes de journaux, revues, magazines et prospectus, via 350 contrats passés avec les collectivités, représentant une population de 24 millions de personnes. « 24 millions, tempête Nicolas Mayer-Rossignol. Près d’un tiers de la population française. Fermer cette usine à l’heure de la transition écologique est absurde. » Et ces communes, « qui ont incité leur population à trier », rappelle Olivier Paz, président de Normand tri – 400 000 habitants autour de l’agglomération caennaise –, doivent trouver d’autres exutoires dans l’est de la France et en Allemagne « avec un surcoût pour les contribuables ».

Des repreneurs mais UPM ne veut pas leur vendre

Le problème de la Chapelle-Darblay, ce n’est pas un manque de repreneurs. Il y en aurait des dizaines, sollicitées par Business France et intéressés, en tête desquels le cartonnier belge UPK. Mais UPM ne veut pas vendre à un concurrent. Nicolas Mayer-Rossignol et David Cormand, député européen EELV, estiment que l’on doit intervenir « au sommet de l’État, y compris par la voie diplomatique pour que les Finlandais acceptent la cession à un professionnel du secteur ».

Sans quoi, comme cela s’est fait dans l’Eure, les collectivités pourraient racheter l’usine ou exproprier pour la céder.

D’autres débouchés que le papier journal recyclé

L’usine est déjà à l’arrêt depuis un an, ses 260 salariés licenciés. Il ne reste que le cadre Arnaud Dauxerre et le délégué CGT Cyril Briffault qui se battent pour démontrer que l’usine est viable. UPM avance la chute des ventes de journaux papier pour cesser l’activité.

Mais les derniers salariés et les élus sont convaincus que d’autres débouchés existent : le papier d’emballage et le carton, en croissance de 4 % avec l’e-commerce et les livraisons en temps de Covid, la ouate de cellulose, isolant thermique écologique des bâtiments, voire la production d’énergie pour la chaudière biomasse qui chauffe logements et entreprises voisins.

Les machines à l’arrêt peuvent redémarrer ou être reconverties… si UPM ne les a pas emportées pour les installer dans une autre de ses usines. Le Finlandais est en train d’en construire une en Amérique du Sud pour produire un papier à partir d’eucalyptus.

Ce mercredi 10 mars 2021, le conseil économique social et environnemental (Ceser) de Normandie et son président, Jean-Luc Léger, ont pris l’initiative de réunir à Rouen élus des métropoles et intercommunalités. En présence de Pierre Jérémie, conseiller industrie et éco-industries de la ministre Agnès Pannier-Runacher, qui a assuré que « tout était fait pour sauver la Chapelle-Darblay. L’État sera là ».

Commentaire de Florestan:

Un point commun entre Folliot le promoteur qui massacre le domaine et le manoir de La Horie de Granville et le finlandais UPM qui refuse de vendre son usine de la Chapelle Darblay... Ce sont des charognards du patrimoine normand!


Concrètement, nous proposons la création d'une agence régionale du patrimoine normand dont l'agilité, l'expertise et l'efficacité pourrait permettre la réalisation des nombreux projets de sauvegarde et de valorisation du patrimoine normand.

Cette agence régionale pourrait travailler en collaboration avec la DRAC par convention afin que les expertises qui s'y trouvent encore soient utilisées pour l'intérêt général: ça tombe bien! Jean-Paul Ollivier a fini sa sieste en retraite et une nouvelle directrice régionale des affaires culturelles en Normandie, nous venant d'Alsace via le Nord, vient de prendre ses quartiers rue Saint-Ouen à Caen, siège de la DRAC Normandie.

 Son nom?  Frédérique Boura

https://www.lecourriercauchois.fr/actualite-269143-normandie-frederique-boura-nouvelle-directrice-des-affaires-culturelles

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Cette agence spécialisée pourrait fonctionner à l'instar de l'Agence de développement de Normandie qui, depuis six ans d'existence, a montré l'efficacité de ses outils et de ses initiatives pour sécuriser nos entreprises, leurs savoir-faire et les emplois normands selon les méthodes de l'intelligence économique qui préconise d'agir le plus en amont possible des difficultés notamment financières.

Il faut donc faire de même avec le patrimoine normand.

Nous suggérons que cette future agence du patrimoine normand puisse porter le nom d'Arcisse de Caumont.