Patois, dialectes, idiomes, langues régionales, français régional... La France n'est plus en 2021 un pays de la diversité linguistique francophone: aujourd'hui 99% des habitants de la Répulique française comprennent la langue française et 90% la parle et s'il y a diversité linguistique, elle nous vient, désormais de l'étranger: l'anglais (plus que jamais envahissant) et l'arabe (avec une créolisation avec le français en cours dans les quartiers populaires de Paris, Lyon, Marseille ou Toulouse...)

Les racines linguistiques francophones authentiques du français, à savoir les langues régionales d'oïl et d'oc avec leur lexique, une syntaxe parfois particulière et des accents propres, sont en train de mourir:

Le processus historique d'éradication et de standardisation culturel et linguistique mené par le jacobinisme parisien arrive à son terme au moment où l'actuel président de la République se propose de créer une cité internationale de la Francophonie dans l'ancien château royal de Villers-Cotterêts là où en 1539, François 1er signa la fameuse ordonnance obligeant l'administration royale à abandonner le latin pour la langue maternelle comprise par les habitants du pays, tout un symbole.

Cependant, la lettre même de l'ordonnance ne dit pas expressément que cette "langue maternelle" désormais officielle est forcément le patois de Paris. Une marge de liberté était laissée pour les langues régionales francophones du Royaume de France qui n'existera plus lorsque la Révolution française abolira le meilleur de l'Ancien Régime tout en gardant ce qu'il avait de pire (Tocqueville).

C'est la raison pour laquelle, l'Etoile de Normandie a demandé à ce que le patrimoine culturel des langues régionales francophones de France soit présenté et valorisé dans le projet de la future cité internationale de la Francophonie du château de Villers-Cotterêts.


 

En attendant, on écoutera, sur France Culture l'excellente série proposée par Xavier Mauduit, notamment l'émission suivante:

https://www.franceculture.fr/emissions/le-cours-de-lhistoire/la-langue-francaise-une-histoire-politique-34-patois-dialectes-le-francais-sest-il-debarrasse-de-ses

Historiquement, la France est un pays plurilingue. Ce n’est que récemment, depuis la Révolution, que le français a été imposé comme langue unique. Tandis que les langues régionales demeurent bel et bien vivantes, la manière de parler le français a évolué : qu’avons-nous fait de nos accents ?

838_jean_geoffroy_-_en_classe_le_travail_des_petits

En classe, le travail des petits, 1889, Jean Geoffroy (1853-1924). Wikipédia

Nous parlons le français, mais comment le parlons-nous ? Avec ou sans accent ? Et qu’en est-il des patois ?

En 1849, Alfred Duméril propose un « Dictionnaire du patois normand ».

Dans son introduction, il écrit : « La philologie n’est plus cette science de pédant qui disséquait les mots et dissertait sur les particules ; elle retrouve dans les idiomes la généalogie des peuples et projette des clartés nouvelles dans la philosophie de l’histoire. Mieux compris, les prétendus hasards, qui semblaient concourir pêle-mêle à la formation des langues, sont devenus des lois intelligentes et logiques ; les corruptions elles-mêmes sont expliquées et ramenées à des causes nécessaires. »

Heula, s’écrit le locuteur normand, v’la ti pas un bin beau programme, boudiou ! Xavier Mauduit

En 1793, la Terreur déclare une véritable guerre aux idiomes. Ceux-ci sont perçus comme une persistance de l’Ancien Régime et comme le berceau de la contre-révolution. Seul le français, langue universelle des Lumières et des droits de l’homme, devait être utilisé. Il fallait unir la nation derrière une langue unique. L’école apparut alors comme un moyen politique d’unité linguistique. Selon certains, sa démocratisation a entraîné un véritable “génocide culturel” dans les régions françaises. 

Nous vous proposons de retracer les grandes étapes de l’injonction à parler français et de comprendre comment cette langue a été unifiée au point de subir une véritable guerre contre ses accents et ses particularismes régionaux.  

Nous en parlons avec Philippe Blanchet, professeur de sociolinguistique à l’Université Rennes 2, spécialiste de la langue provençale et expert en politique linguistique et éducative. Il est co-directeur des Cahiers Internationaux de Sociolinguistique (L'Harmattan) et de la Revue d’Études d’Oc (Union des Amis de la France Latine). Il est notamment l'auteur de Discriminations : combattre la glottophobie (Lambert Lucas, rééd., 2019), Les mots piégés de la politique (Textuel, 2017), Parlons provençal. Langue et culture (L’Harmattan, 2019) et avec Conan Clerc, de Je n’ai plus osé ouvrir la bouche... Témoignages de glottophobie vécue et moyens de se défendre (Lambert-Lucas, 2018).

Dans cette émission, retrouvez également un reportage consacré aux Archives de la Parole. Derrière ce nom intriguant se trouve une collection d’enregistrements réalisés à la Belle Époque par le linguiste et philologue Ferdinand Brunot. Pour en savoir plus, direction la Bibliothèque Nationale de France où Pascal Cordereix, responsable du département Audiovisuel, nous parle de cette initiative entre un juke-box, un lecteur de scopitone, un studio d’enregistrement complet et une étrange graveuse à contrepoids.

Un reportage de Marion Dupont, réalisé par Milena Aellig

Les enregistrements diffusés dans ce reportage sont extraits des Archives de la Parole. Ils sont consultables en ligne sur le site Gallica, la bibliothèque numérique de Radio France.

Les sons du reportage :

La France est probablement historiquement le pays le plus plurilingue d'Europe. Ce qui s'explique par sa position géographique : tout à l'ouest, au nord et au sud de l'Europe en même temps avec un regroupement de populations historiquement très diverses avec des langues celtiques à l'ouest comme le breton, germanique au nord et à l'est, le basque au sud-ouest et des langues romanes différentes dans les moitiés nord et sud. Il ne faut pas oublier que le royaume de France s'est construit jusqu'à la révolution française comme un assemblage de pays très divers qui ont des statuts, des cultures et des langues très divers, il y a même toute une série de provinces qui sont réputées étrangères. C'est cette mosaïque-là qui constitue la France et qui la constitue toujours parce que certaines de ces langues sont encore utilisées, y compris au quotidien. On estime à environ 10 % la population dans les régions concernées qui parlent une autre langue que le français. Il ne faut pas oublier la France d'outre-mer où les langues dites régionales sont encore aujourd'hui les langues principales de la vie quotidienne. Philippe Blanchet

Sons diffusés :

  • Archive - 1947 - Heure de culture française - Patois et langue française.
  • Lecture par Marion Malenfant d'un extrait du Rapport sur la nécessité et les moyens d'anéantir les patois et d'universaliser l'usage de la langue française, ou Rapport Grégoire (1794) rédigé par Henri Grégoire (surnommé l'abbé Grégoire). 
  • Archive - Dans son spectacle "Chabrol en scène" (1989), l'écrivain Jean-Pierre Chabrol évoque sa grand-mère qui parlait l'occitan. 
  • Archive - 23/11/1950 - Les Tribunes de Paris - Extrait du débat : "Faut-il enseigner les langues régionales ?"