Billet de Florestan:

Communauté urbaine de Caen "La mer" ou de... Caen "l'amère"?

On trouvait déjà ce qualificatif de "la mer" un peu niais mais avec ce nouveau confinement qui ne dit pas son nom, cet épithète malheureux n'aura jamais été aussi mal trouvé avec le périmètre d'un cercle de liberté de 10km autour de son domicile principal égal pour tous sur la table du billard français: du jacobinisme à l'état pur!

C'est ainsi que ceux qui ont la chance d'habiter un peu plus au Nord du territoire de la communauté urbaine de Caen auront la possibilité d'accéder aux plages pour s'aérer les poumons. Chose, en revanche,  impossible pour ceux qui habitent plus au Sud: ils devront se contenter d'une promenade sur un chemin agricole en rase campagne entre deux lotissements, un mât d'éolienne et un pylône EDF!

Anecdote entendue ce matin:

"Mon père est furieux! Il a mis à l'eau ce week-end son canot dans le port de Courseulles et il ne pourra pas en profiter. Il habite à 40 bornes. Par contre les Parisiens vont pouvoir débouler dans leurs résidences secondaires!"

Plus sérieusement, comment justifier le besoin de se rendre à Caen lorsqu'on habite à plus de 10 km avant 19heures ? Compte tenu de l'intensité des échanges entre le centre ou la périphérie caennaise et les territoires adjacents, le motif dit "impérieux" à cocher sur l'attestation va faire l'objet d'intenses interprétations qui ne manqueront pas d'occuper à plein temps le juge des référés du Conseil d'Etat.

Le ressentiment passe aussi par l'espace vécu et, visiblement, tout le monde n'est pas à égalité sous la toise jacobine des 10 km!

Capture

Voir aussi:

https://actu.fr/normandie/vire-normandie_14762/confinement-ou-peut-on-se-rendre-dans-un-rayon-de-10-km-autour-de-vire_40715923.html


Mais, fort heureusement, une attestation en langue normande existe à nouveau comme en 2020: une initiative qui a fait réagir positivement et qui fait causer enfin un peu des Normands et de la Normandie dans les grands médias nationaux...

https://www.lci.fr/regions/video-les-normands-ont-eux-aussi-leur-attestation-en-langue-regionale-2182248.html

INSOLITE – Des attestations dérogatoires en langues régionales sont désormais disponibles. Une initiative qui plaît aux Normands.

"Acertainement dérogatouère pouor se déhalaer". C’est ainsi que vous pouvez lire "attestation dérogatoire de déplacement" en langue normande. Et cette attestation est tout à fait légale, car traduite en français, depuis le 23 mars dernier dans les départements de l’Eure et de la Seine-Maritime. 

"Parce que la situation sanitaire ne doit pas nous faire oublier la culture et l’histoire de notre territoire, Jean-Philippe Joly, de la Fédération des Associations pour la Langue Normande, vient de créer une attestation de déplacement dérogatoire à partir de tous les parlers normands continentaux", peut-on lire sur le site de la région Normandie avant de télécharger le document.

L’initiative avait déjà été appliquée au premier confinement. La nouvelle attestation prend en compte les changements réalisés depuis. Même ceux qui ne parlent pas le normand se réjouissent de la nouvelle, encore faut-il comprendre l’attestation pour pouvoir la remplir. En tout cas, "ça met un peu de soleil dans cette période morose", affirme une normande dans le reportage en tête de cet article.

Une langue en danger selon l’Unesco

L’Unesco répertorie les langues en danger à travers le monde et le normand en fait partie. La région Normandie a mis sur pied un conseil scientifique et culturel des parlers normands depuis 2019. "L’attestation est une façon de promouvoir le normand. C’est une langue qui est quasiment oubliée, il y a des gens qui trouvent ça rigolo mais d’un autre côté, ils sont surpris, d’une part, que ça existe, d’autre part, que ce soit légal et qu’on puisse l’utiliser", affirme Joëlle Leroy, secrétaire de l’association de préservation de la langue normande "la chouque"

Pour certains anciens, c’est une façon de se replonger dans leurs souvenirs d’enfance comme Bernard, 90 ans, qui parle le patois normand depuis le plus jeune âge. "Mon arrière-grand-mère, quand elle trayait sa vache, elle disait 'brande pas', c’est-à-dire ne remue pas", explique-t-il amusé. 

Aujourd’hui, la transmission de ce patois se fait de plus en plus rare, mais certains souhaitent tout de même l’apprendre à la jeune génération comme Christine. "J’essaierai de parler un peu normand à mes petits-enfants la prochaine fois que je les verrai parce que, même s’ils vivent dans d’autres régions de France, il y aura toujours une racine importante", confie-t-elle. 

En Alsace, en Occitanie et en Bretagne aussi, les habitants ont leur attestation traduite en langue régionale, une manière de rendre le papier plus sympathique.


 

Commentaire de Florestan:

Le Normand c'est aussi et surtout la mémoire lexicale et syntaxique du français et de l'anglais moderne: une sorte de latin encore survivant!