Jean-Philippe Joly, le président de la FALE, la fédération régionale des associations culturelles normandes, était interrogé par Murielle Bouchard du site Actu.fr (groupe SIPA Ouest-France) sur la question de l'enseignement de la langue normande à l'école car le contexte législatif pourrait évoluer prochainement...

Les parlers normands font partie de ces langues d'oïl aujourd'hui menacées de totale disparition alors qu'il s'agit des racines linguistiques historiques de la langue française: c'est un patrimoine immatériel qui est encore vivant et qui permet de comprendre d'où vient la langue française mais aussi d'où vient la langue anglaise dans le cas normand...

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https://actu.fr/societe/le-retour-de-l-enseignement-de-la-langue-normande-a-l-ecole-est-il-sur-la-bonne-voie_40730482.html

Le retour de l'enseignement de la langue normande à l’école est-il sur la bonne voie ?

Si la loi relative à la protection patrimoniale des langues régionales est votée, ce sera un pas de plus pour permettre à la langue normande d'être enseignée. Réponse le 8 avril.

Jeudi 8 avril 2021, les députés devront se prononcer sur la proposition de loi relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion. Pour la Fédération des associations pour la Langue normande, c’est un pas de plus vers un de ses objectifs principaux pour sauvegarder le normand : son enseignement à l’école. Mais le chemin sera long, selon le président de la Fale. 

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Un seul collège enseigne le normand

Le saviez-vous ? Il y a encore 30 ans, cinq collèges enseignaient le Normand. Aujourd’hui, il n’en reste plus qu’un à Bricquebec-en-Cotentin (Manche). Pour la Fédération des associations pour la Langue normande (Fale) créée en 2016, il ne fait aucun doute que la sauvegarde de la langue est menacée aujourd’hui. Jean-Philippe Joly, le président soutient : « Elle est de moins en moins parlée, pourtant elle fait partie intégrante de notre histoire, de notre culture. » Depuis la création de la Fale en 2016, le président s’est donné comme lourde tâche de convaincre les politiques du bien fondé de l’enseignement de cette langue normande.  

En Bretagne, la région donne 7 millions d'euros pour l'enseignement du breton chaque année, en Normandie nous sommes en queue de peloton. Même au collège de Bricquebec, l'enseignante qui propose le Normand le fait en dehors des heures de cours... 

Jean-Philippe Joly.

Avant la réunification, selon le président de la Fale, « il était très difficile d’évoquer même le sujet avec les politiques. C’est un sujet délicat. Certains nous prêtaient des intentions identitaires. Nous, notre seul objectif c’est de préserver notre langue et ainsi notre culture », soutient le président de la Fale.

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Préserver le normand sans entrer en guerre contre le français

Depuis la réunification, « c’est beaucoup plus simple déjà d’un point de vue pratique. Nous avons rencontré le président Hervé Morin, nous lui avons montré le nombre d’associations et d’initiatives pour préserver cette langue ». Et le président de la Fale pense avoir réussi à convaincre celui de Région.

En témoigne d’ailleurs le fait qu’Hervé Morin en tant que président des régions de France « a créé un comité d’experts de haut niveau, comme il l’a fait pour le normand. Ceci pour contrer les pourfendeurs habituels de la république linguistique bien pensante ». Pour la Fale, préserver la langue normande n’est pas synonyme d’entrer en guerre contre le Français. 

On sait très bien que les enfants ont une capacité dès le plus jeune âge à apprendre une langue, le normand peut selon nous être ajouté aux autres langues apprises aujourd'hui à l'école dès le CM1-CM2. 

Et dans l’opposition régionale ? « On avance aussi avec eux, il fallait leur montrer qu’il n’y avait pas de mauvaises intentions et la multiplication de nos actions va dans ce sens. » 

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Reste à convaincre les députés ; ils sont nombreux à avoir pris position pour la proposition de loi relative à la protection patrimoniale des langues régionales et à leur promotion qui sera mise au vote jeudi 8 avril. Pour Jean-Philippe Joly : « Si elle passe, ce sera un premier pas vers l’enseignement des langues régionales, c’est certain, mais le chemin restera long. » Il faudra en effet convaincre l’éducation nationale, « et ça sera compliqué, je pense sincèrement que ce sera plus simple dans des écoles privées ». Et puis surtout, il faudra trouver les enseignants. Pour cela, la Fale travaille sur un document type qui pourrait faire la joie des futurs professeurs. Alors à quand la prémyire léçoun ?


 

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Langues régionales : une hypocrisie française
Longtemps, le pouvoir central a joué franc jeu : il voulait "anéantir les patois". Aujourd'hui, tous les gouvernements prétendent vouloir les sauver, mais s'opposent aux mesures qui vont dans ce sens. Dernière illustration avec la proposition de loi Molac, en débat à l'Assemblée ce 8 avril.
Je le jure : ce qui suit n'est pas un gag, mais une histoire aussi véridique que révélatrice. En novembre 2019, la préfète de Corse adresse une lettre d'observation à Gilles Simeoni, le président nationaliste du conseil exécutif de l'île. La missive concerne la création d'une crèche bilingue corse-français (qui a reçu l'aval du gouvernement) et, plus précisément, la volonté des élus de recruter pour cet établissement du "personnel corsophone". Cette mesure "pourrait être considérée comme discriminatoire et représenter une atteinte au principe constitutionnel d'égalité des citoyens", alerte la plus haute fonctionnaire de l'Etat sur l'île. Gilles Simeoni ne cache pas son étonnement. Il lui paraît difficile, explique-t-il, de mettre en place une structure bilingue sans vérifier que le personnel parle à la fois corse et français. Il s'étonne également de n'avoir jamais vu la représentante de l'Etat réagir quand une fiche de poste exige la maîtrise d'une langue étrangère. Recruter un salarié anglophone dans une entreprise ? Pas de problèmes. Recruter un salarié corsophone dans une crèche bilingue ? Menaces pour les valeurs républicaines ! La préfète finira par battre en retraite.
Si cette histoire est révélatrice, c'est qu'elle n'est qu'une illustration parmi d'autres de ce qu'il faut bien appeler la duplicité de l'Etat en matière de langues régionales. Dans les discours, celles-ci sont aujourd'hui systématiquement encensées. "Je suis tout à fait favorable à l'esprit du bilinguisme" a ainsi déclaré Emmanuel Macron en Corse. "Vive les langues régionales, vive le breton !", a de même lancé à Brest le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer. Dans les faits, malheureusement, l'exécutif prend souvent des décisions allant en sens inverse. En voici d'autres exemples :
· Le 8 avril revient à l'Assemblée nationale une proposition de loi du député Paul Molac visant à promouvoir les langues régionales. Lors des lectures précédentes, le gouvernement s'est opposé à ses dispositions les plus significatives. Il en est de même cette fois-ci.
· Dans sa récente réforme du baccalauréat, Jean-Michel Blanquer a rendu moins attractif l'enseignement des langues régionales. Résultat sans surprise : les effectifs sont partout en baisse.
· Cet hiver, le même ministre de l'Education a décidé que, désormais, les trois heures d'enseignement hebdomadaire du breton dans le secondaire soient calculées "par niveau" et non plus "par classe". En clair : pour un collège disposant de trois quatrièmes, les trois heures devaient être réparties entre les trois classes, chaque élève n'ayant plus qu'une heure de breton chaque semaine. Il a fallu une forte mobilisation pour que cette mesure soit annulée.
· En matière de noms de lieux, le ministère de l'Intérieur est intervenu pour que les élus locaux ne soient pas informés des préconisations de la commission nationale de toponymie. Motif ? Celle-ci rappelait que les langues régionales peuvent être utilisées dans certains cas.
· En 2008, Emmanuel Macron s'est opposé à l'idée de rendre le corse "co-officiel" sur l'île de Beauté - la mesure la plus efficace pour assurer sa pérennité - bien que la majorité des électeurs insulaires y soit favorable.
· Depuis plusieurs années, un couple breton se bat pour écrire le prénom de son fils, Fañch, avec un "tilde" sur le n. Depuis plusieurs années, la justice tente de s'y opposer, invoquant une "menace pour l'unité du pays". Depuis plusieurs années, le gouvernement promet de modifier la circulaire afin de permettre l'emploi de ce fameux n tildé. La circulaire n'est toujours pas parue.
· En 1992, un alinéa est ajouté à l'article 2 est ajouté à la Constitution pour s'opposer à l'hégémonie croissante de l'anglais : "La langue de la République est le français". A la demande des parlementaires, le garde des Sceaux précise que, malgré cette modification, "aucune atteinte ne sera portée à la politique et au respect de la diversité de nos cultures régionales ". Peine perdue : le 15 juin 1999, le Conseil constitutionnel s'y réfère pour... s'opposer à la ratification par la France de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires.
Est-il besoin de continuer ? Sans doute pas. Cette énumération non exhaustive suffit à comprendre ce qu'est aujourd'hui la stratégie de l'Etat. Certes, il tolère les langues régionales, leur accorde quelques subventions, crée même ici et là quelques postes d'enseignants, et tout cela va dans le bon sens. Le problème est que ces dispositions sont insuffisantes pour infirmer le sombre pronostic des experts : à législation inchangée, elles auront disparu de métropole d'ici à la fin du siècle.
Nous sommes donc passés d'une volonté d'éradication assumée - en 1831, le préfet des Côtes-d'Armor (Côtes-du-Nord, à l'époque) déclarait qu'il fallait "absolument détruire le langage breton" - à une hypocrisie doucereuse consistant à assurer que l'on souhaite les sauver, tout en faisant en sorte que ce ne soit pas le cas. Est-ce réellement un progrès ?

Le 31 mars 2021, la commission des Affaires culturelles et de l'Éducation de l'Assemblée nationale a retiré un article de la proposition de loi de Paul Molac sur la défense des langues régionales concernant le "forfait scolaire". Ce forfait scolaire est une aide que verse le maire de la commune où est domicilié un enfant au maire de la commune où il est scolarisé. Si ce système a cours pour le public, il n'est pas encore possible pour les écoles privées ou associatives. Combatif, le député du Morbihan espère pouvoir le rétablir lors de l'examen du texte dans l'hémicycle, le 8 avril.

A lire aussi : l'excellente réponse de l'historien Philippe Martel au député insoumis Bastien Lachaud, adversaire de cette proposition de loi.

La commission d'enrichissement de la langue française rappelle que notre langue possède des équivalents à certains anglicismes répandus : "sélectionné" ou "nommé" à la place de "nominé" ; "numérique" au lieu de digital; "classe de maître" à la place de masterclass ou encore "visioconférence" plutôt que "webinaire". D'autres équivalents sont disponibles sur le site Franceterme.
L'une, Julie Neveux, maîtresse de conférences en linguistique, y est plutôt favorable. L'autre, Franck Neveu, professeur de linguistique française, résolument hostile. Tous deux exposent leurs arguments sur l'écriture inclusive dans une controverse intelligente et argumentée.
Des poèmes rédigés en français, en tamoul, en islandais, en bislama (créole du Vanuatu), en chakhar (Mongolie intérieure), en manjak (Guinée-Bissau et Sénégal) ou encore en gaulois... Voici la matière de l'étonnant ouvrage réalisé en 70 langues par Frédéric Dumond qui vient de paraître sous le titre "erre, cosmographies". Une ode à la diversité linguistique.
Le chanteur Marcel Amont se définit comme un "fantaisiste". Il est néanmoins convaincu que la différence entre chanson et poésie est ténue. Si Brassens a fait connaître Francis Jammes, rappelle-t-il, Cocteau a échoué dans ses tentatives chansonnières. Lui publie un tri de ses textes qu'il estime dignes d'être qualifiés de poésies. Il n'a pas toujours tort.
Comme lors des confinements précédents, des associations proposent des attestations dérogatoires de déplacement en langues régionales. Elles sont tout à fait légales.
Les éditions Label In viennent de faire paraître Le dictionnaire étymologique du breton, d'Albert Deshayes, avec indication de la parenté de chaque mot breton avec les langues cornique, galloise, gaélique et gauloise.
Les mêmes éditions proposent également l'Atlas linguistique et ethnographique de la Bretagne romane, de l'Anjou et du Maine, du CNRS, ouvrage également consultable en version gratuite sur le site de l'Académie du gallo.
Enseignement, animation, présence d'intellectuels et d'artistes, rencontres entre élèves et locuteurs naturels ... Découvrez le programme de l'université occitane d'été de Laguépie, en Tarn-et-Garonne, prévue du 12 au 19 juillet prochain.
Le premier traité international rédigé exclusivement en français date de 1714. Par la suite, le français est resté la langue diplomatique en Europe jusqu'à la Conférence de Paris en 1919. Cette émission de France culture explique les raisons de ce choix, et de cet abandon.
 
La présidente de la commission transports et tourisme du Parlement européen, Karima Delli (écologiste), est française. La députée Julie Lechanteux (Rassemblement national) est française. Le français est langue de travail officielle au Parlement européen. Cela n'a pas empêché la première d'intimer l'ordre à la seconde de parler... anglais, ce que cette dernière a poliment, mais fermement refusé. "Je défends les Français, alors je vais parler en français !"
C'est une langue étrange, unique en France et sur le continent européen. On croyait le langage sifflé d'Aas, petit village béarnais, disparu avec ses derniers locuteurs à la fin du XXe siècle. Il revit aujourd'hui grâce à un universitaire, Philippe Biu, et à une poignée de passionnés. En témoigne ce documentaire de Richard Martin- Jordan, justement intitulé "Les nouveaux siffleurs d'Aas". Réalisé avec le soutien de la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF), ce film a notamment obtenu le Prix du Patrimoine Historique à Saint-Pétersbourg.