On aurait envie, une fois de plus, de citer la célèbre maxime connue de tous de Michel Audiard sur les c... mais on se gardera bien de le faire car toutes les émissions qui passent sur l'antenne de France Culture sont frappées du sceau du plus grand sérieux!

Service public de la radio oblige!

C'est ainsi que le dernier numéro de l'émission "le cours de l'Histoire" animée par Xavier Mauduit, émission qui s'interroge sur l'origine des mythes et légendes mais aussi les clichés qui peuvent émailler la fabrique de la mémoire collective en marge du travail sérieux sinon scientifique d'enquête sur le passé réalisé par les historiens, avait pour objet notre vieille querelle entre Normands et Bretons...

Notre correspondant Draner a pu nous procurer le script exhaustif de cette émission diffusée le 5 avril dernier sur l'antenne de France Culture.

Vous verrez que cette émission a donné lieu à une discussion sérieuse et bien documentée sur un sujet qui met notre intelligence à rude épreuve!

Nous vous invitons à le lire ci-après non sans rappeler, bien évidemment, les deux évidences préalables suivantes:

1) Le diocèse d'Avranches sur le territoire duquel se trouve le Mont-Saint-Michel appartient depuis son origine à la province ecclésiastique de Rouen elle-même étant l'héritière directe de la Seconde lyonnaise établie par Dioclétien au IVe siècle à la fin de l'empire romain: la frontière sur le Couesnon existe donc depuis plus de 1500 ans. A ce titre c'est donc l'une des plus anciennes frontières historiques françaises.

2) Nous confirmons bien que le château des ducs de Bretagne n'est pas dans le département de la Manche mais bel et bien dans le département de la Loire-atlantique qui n'est toujours pas rattaché à sa région d'origine: nous invitons donc vivement nos voisins et amis Bretons à se mobiliser de toute urgence sur ce sujet!


 

24879912_1541535392605057_8206182238292698726_o

Bretagne vs Normandie.

À qui appartient le Mont-Saint-Michel ?

À retrouver dans l'émission "Le cours de l'histoire" sur l'antenne de France Culture, présentée par Xavier Mauduit

https://www.franceculture.fr/emissions/le-cours-de-lhistoire/histoire-de-rivalites-regionales-14-bretagne-vs-normandie-a-qui-appartient-le-mont-saint-michel

Qui fait le meilleur cidre et la meilleure andouille ? À qui appartient le Mont-Saint-Michel ? La météo est-elle vraiment plus clémente à l’est du Couesnon ? La rivalité entre la Bretagne et la Normandie est si savamment entretenue par les uns et les autres qu’elle en devient mythique. Les sources historiques elles-mêmes semblent, à première vue, confirmer cet antagonisme séculaire. 

Il convient pourtant d’être prudent, car les chroniqueurs du passé, au service de tel duc normand ou de tel prince breton, avaient tout intérêt à flatter leur seigneur et à diminuer la puissance voisine.

En y regardant de plus près, si Bretons et Normands ont bien des origines différentes - les premiers étant arrivés autour du Ve siècle dans la péninsule armoricaine depuis la Grande-Bretagne, les seconds étant des descendants des Vikings installés en Normandie au Xe siècle -, ils ont un destin commun, car la fusion des deux peuples migrants avec les populations indigènes fut à la fois rapide et complète.

Comment s’est construite la rivalité entre Bretagne et Normandie ? Comment se brouille-t-elle au gré des alliances matrimoniales et militaires ? Surtout, l’histoire de la région pourrait-elle être celle des solidarités quotidiennes, plutôt que des affrontements militaires et politiques ? 

Nous en parlons avec Yves Coativy, professeur d’histoire médiévale à la faculté de Lettres Victor Segalen à Brest (Université de Brest). Il est l’auteur de Aux origines de l’État breton. Servir le duc de Bretagne aux XIIIe–XIVe siècles (PUR, 2019).

Et François Neveux, historien, spécialiste de la Normandie médiévale. Il a participé à l’ouvrage Bretons et Normands au Moyen Âge : malentendus, rivalités, convergences (PUR, 2008).

Sons diffusés :

  • Archive - RTF - 1964 - Légende récitée par des enfant à Carnac. 

  • Extrait du film Le Dernier des Vikings réalisé par Giacomo Gentilomo et Mario Bava, 1961. 

  • Archive - 29/08/1980 - France Culture - Extrait du documentaire "De tout temps - Le Mont Saint-Michel" - Le père prieur Bruno de Sonneville parle de la tradition de l'accueil des hôtes à l'abbaye bénédictine du Mont Saint-Michel. 

  • Lecture par Sandy Boizard d'un texte de Pierre Roxard, 1474.  

  • Archive - 1969 - France Culture - Simone Bertrand, conservatrice du musée de la Tapisserie de la Reine Mathilde à Bayeux

Musique - Manau - La tribu de Dana.

Manau - La tribu de Dana (Clip Officiel remasterisé)

Intervenants

professeur d’histoire médiévale à la faculté de Lettres Victor Segalen (Brest)

historien, spécialiste de la Normandie médiévale

L'équipe

Production

Xavier Mauduit

Production déléguée

Maïwenn Guiziou 

Avec la collaboration de

Odile Joëssel, Marion Dupont, Anne-Toscane Viudes, Juliette Corbel Vivas, Nicolas Berling

Réalisation

Somaya Dabbech, Esther Valencic


 Xavier Mauduit: François Neveux, bonjour, vous êtes professeur émérite de l’Université de Caen et vous nous parlez, d’ailleurs, depuis Caen, vous avez participé à ce colloque dont est issu un ouvrage « Bretons et Normands au Moyen-Âge : rivalités, malentendus, convergences », le mot convergences est essentiel et dans cet ouvrage ce que nous ressentons c’est que l’histoire des régions est souvent faite de monographies, l’histoire de la Bretagne, l’histoire de la Normandie, il faudrait faire en fait une histoire commune de ces deux régions !

François Neveux : oui c’est certain pour la Normandie à la Bretagne il y a une histoire commune, une très longue histoire commune qui occupe une bonne partie du Moyen-Âge, donc on pourrait détailler mais ça commence disons au moins dès le Xème siècle quand les Bretons reçoivent une partie de l’actuelle Normandie c’est-à-dire les diocèses de Coutances et d’Avranches avec un traité en bonne et due forme en 867.

(Commentaire de Florestan: François Neveux oublie de dire l'essentiel d'emblée car c'est tellement évident pour ceux qui sont informés de ce sujet. Les deux diocèses en question font partie de la province ecclésiastique de Rouen qui sera le cadre moral et institutionnel dans lequel le futur duché de Normandie va se développer. Notre historien normand ne manquera pas de le dire au cours de l'émission...)

1280px-Provinceecclesiastiquedenormandie_avant1802

Yves Coativy, bonjour, bonjour, vous êtes professeur d’histoire médiévale à l’Université de Brest, vous êtes l’auteur d’un ouvrage intitulé « Aux origines de l’Etat breton. Servir le Duc de Bretagne aux XIII è - XV ème siècles « , il est question tout de suite de chronologie, effectivement dès que nous parlons des Bretons et des Normands, nous pouvons évoquer cette chronologie : qui a l’ancienneté (Xavier Mauduit) de l’occupation d’un territoire, les Bretons étaient arrivés là avant les Normands.

(Un territoire qui dépend moralement de Rouen répétons-le!)

Oui alors c’est un peu compliqué (Yves Coativy) , les Bretons sont arrivés en effet avant les Normands, ils n’y sont pas restés très longtemps parce que divisés entre eux et assaillis par les Vikings ils ont dû assez vite rendre le Cotentin mais, en effet, ils avaient commencé une petite expansion vers l’Est mais qui les a assez rapidement ramenés vers les frontières de ce que l’on appelle la Bretagne historique même si, et c’est au cœur de la question qui nous occupe, la frontière Est de la Bretagne Couesnon Sélune, etc a peut-être un petit peu fluctué aux époques anciennes mettant le Mont en Bretagne ou en Normandie selon les époques. Mais en effet il y a une petite antériorité des Bretons et qui ne doit quand même pas occulter le reste de la présence normande dans la région.

(Commentaire de Florestan: Yves Coativy est-il vraiment spécialiste de la question ou ment-il par omission? Avranches et Coutances dépendent de la cathédrale métropolitaine de Rouen au point que le clergé de ces deux diocèses sont venus se réfugier à Rouen pour fuir tant les Bretons que les Iro-norvégiens venant de s'installer dans le Nord Cotentin...)

Xavier Mauduit : oui par ce que ; Yves Coativy, il y a vraiment une histoire à raconter sur l’arrivée des Bretons, nous avons toujours ces noms qui apparaissent Bretagne Normandie Normands Bretons il y a des populations qui sont là depuis très longtemps et il y a pour la Bretagne tout le développement d’une mystique qui est liée à l’ancienneté et nous pensons tout de suite aux mégalithes, aux menhirs, aux dolmens !

(Commentaire de Florestan: une mystique qui n'a rien d'historique et qui créé des légendes dangereusement révisionnistes dès lors qu'elles sont mises au service d'idéologies politiques douteuses! Les Celtes et encore moins les Bretons n'ont levé le moindre menhir!)

Tout à fait oui (Yves Coativy) les Bretons s’installent dans l’Ouest de la France entre le IVè et VIIè-VIIIè siècles, la chronologie reste encore à préciser, (sic!)  c’est l’objet de débats sans fin, la présence bretonne est surtout importante à l’Ouest d’une ligne qui va de Saint- Brieuc à Guérande mais à l’Est de cette ligne on trouve des Bretons donc dans ce qui est la Haute Bretagne actuelle, des implantations bretonnes du Haut Moyen-Âge mais aussi dans le Cotentin, du côté de la Seine, etc.

(Commentaire de Florestan: ce point, en revanche, est vrai. Il est confirmé par la toponymie et par l'archéologie en Normandie avec certains noms de village tel que "Bretteville". Mais aussi une exemption de l'ancien diocèse de Dol-de-Bretagne située sur la rive gauche de l'estuaire de la Seine... Eh oui! )

https://fr.wikipedia.org/wiki/Exemption_de_Saint-Samson

Il y a de ça quelques décennies il a été bien bien montré que les Bretons quittaient la Grande Bretagne et cherchaient un endroit sur le continent et puis, petit à petit, la concentration de Bretons s’est faite dans l’Ouest en étant suffisamment nombreux pour qu’ils implantent leur langue. Donc le Breton devient la langue de la région pour plusieurs siècles et puis ailleurs on sent bien que les enclaves bretonnes qui ont pu exister à l’Est de ce qu’on appelle « la ligne Loth », cette ligne de séparation du breton et du français, sont vite noyées dans les autres populations gallo-romaines ou autres.

(Commentaire de Florestan: c'est la raison pour laquelle il faut ne pas oublier cette "Haute-Bretagne" gallèse plus proche de Paris. En conséquence, Rennes n'est pas un toponyme d'origine bretonne: "Roazhon" est un néologisme... breton!)

Toponymes_bretons_map-fr

Xavier Mauduit : oui parce que les Bretons tels que nous l’entendons évoquent la Bretagne mais la Bretagne au sens de l’Antiquité romaine, c’est aujourd’hui l’Angleterre pour simplifier les choses, la Grande-Bretagne en tout cas, il y a déjà dans l’histoire des Bretons ce déplacement de population et puis une culture qui permet une adaptation assez rapide en fait dans la Bretagne, région française.

(Commentaire de Florestan: Monsieur Mauduit! tous les auditeurs de France-Culture sont cultivés! Ils ont tous lu Astérix chez les Bretons...)

81Iwgun0mZL

Yves Coativy : oui là encore c’est l’objet de débats sans fin, mais il est probable que les Bretons venant d'une île de Bretagne romanisée et chrétienne, arrivent en Armorique où ils trouvent sans doute des populations alors en décrue démographique ce qui explique sans doute la facilité de l’installation, une population autochtone sans doute chrétienne, en partie chrétienne ou en tout cas, pas hostiles à l’arrivée de leurs voisins d’outre-Manche puisque devant parler sans doute des langues proches: cela expliquerait que la langue bretonne se fondant peut-être au gaulois que parlaient encore les populations d'accueil, a pu faciliter cette implantation.

Donc ce fut un mouvement de population en tout cas relativement important, la difficulté c’est qu’on est renseigné par une documentation qui pose problème qui sont des vies de Saints qui sont souvent postérieures, qui relèvent de la géographie donc qui donnent un discours tout à fait caractéristique mais difficile à employer quelquefois par l’historien: c’est une période qui reste encore un petit peu difficile à connaître et l’archéologie nous aide peu même si ces dernières années on a eu quand même  un certain nombre de chantiers qui montrent des évolutions entre l’époque romaine et l’époque du Haut Moyen-Âge.

Xavier Mauduit: Oui parce qu’il y a évidemment les sources archéologiques et puis il y a surtout cette interprétation sans cesse des faits historiques ou de ces traces archéologiques, tenez un champ de menhirs juste devant nous !

Son:

« Toutes ces légendes que je vous récite, je les ai apprises par mes vieux parents, mon grand-père, ma grand-mère, mes arrières grands-parents, et maintenant je les apprends aux enfants pour que dans les autres pays de Carnac on n’oublie pas cette légende des menhirs. On dit que ces pierres autrefois étaient un ancien cimetière gaulois à chaque mort qu’il y avait on y mettait une pierre, un riche, une grosse, un pauvre, une petite mais la légende dit aussi que Saint Cornély poursuivi jusqu’au bord de la mer par les soldats païens ne trouvant plus de vaisseau pour s’en fuir se retourna et changea les soldats en pierre « 

(Les légendes récitées à Carnac par des enfants, la RTF en 1964).

(Commentaire de Florestan: qu'il est difficile d'être un historien... breton! Toute la vraie différence entre la Bretagne et la Normandie se trouve là. En Bretagne, des légendes et des bardes. En Normandie, des faits, des archives et des historiens!)

Assurancetourix bd enfants

Xavier Mauduit : oui, Yves Coativy, je vais vous poser une question difficile , à quel moment s’impose une identité bretonne, à quel moment les Bretons vont dire mais nous sommes Bretons?

Yves Coativy, ça dépend, si vous me laissez quatre heures …. ! (NDLR: par pitié!) c’est très difficile à cerner, bon il est clair qu’à la fin du Moyen-Âge les chroniqueurs bretons, donc qui travaillent pour les ducs de la dynastie Montfort, Pierre Le baud , Alain Bouchard, ou Le Chroniqueur anonyme de Saint- Brieuc qui n’est plus anonyme, etc. pour eux clairement il y a un pays breton, une nation bretonne, ils disent: « mon pays est ma nation ».

Si on remonte le temps, Geoffroy de Monmouth qui est un breton armoricain passé par la Normandie pour arriver en Angleterre, lui aussi, donc on est au XIIème siècle, évoque l’histoire des Bretons ou reconstruit une histoire qu’il fait remonter à la ville de Troie (NDLR: on ne prête qu'aux riches!), il fait du breton la langue de Troie etc., donc on peut considérer que cette identité bretonne s’est créée dans la seconde partie du Moyen-Âge, dans tous les cas on en a les traces importantes, mais il est probable qu’auparavant les Bretons arrivés en Armorique avaient conscience de leur situation, de leur statut, de là à dire qu’il y avait une identité bretonne c’est beaucoup dire mais il est clair qu’à la fin du Moyen-Âge il y a une identité bretonne, une conscience, une pensée politique qui va avec mais qui se structure dans la mise en place des états princiers des XIV et XV èmes siècles.

Xavier Mauduit: Et puis, pour les Bretons, nous avons une histoire de migration qui équivaut aussi à une autre histoire, celle des Normands, c’est également une question de migration, François Neveux, sauf que la chronologie n’est pas la même, nous sommes un tout petit peu plus tard !

François Neveux : oui c’est nettement plus tard puisque les invasions scandinaves datent du IX è, essentiellement IXè d’ailleursn et au Xème siècle les choses vont se stabiliser en ce qui concerne le territoire puisqu’un groupe de Vikings, alors appelons-les Vikings ce sont les mêmes choses que les Normands, les Normands ce sont les hommes du Nord bien entendu, mais c’est d’abord des Vikings qui s’installent dans la future Normandie qui n’est pas encore la Normandie bien entendu mais qui existe déjà d’une certaine façon puisque c’est une ancienne province romaine, c’est la province de Deuxième Lyonnaise qui deviendra sur le plan chrétien la province ecclésiastique de Rouen, Rouen est déjà la capitale de ce territoire du point de vue ecclésiastique pendant toute la période mérovingienne et carolingienne et donc les Vikings arrivent sur les côtes en petits groupes dispersés et puis un de ces groupes installé en Haute-Normandie dans la Vallée de la Seine va finalement s’imposer et négocier avec l’Archevêque de Rouen .

Alors on connaît bien tous ces événements par un auteur, Dudon de St Quentin, qui a écrit la 1ère histoire de la Normandie, à la demande du duc, Richard Ier, et il y a d’ailleurs à Caen un excellent spécialiste de cet auteur qui est Pierre Bouet, vous auriez pu l’inviter aussi et qui travaille sur ce personnage depuis des années et qui a écrit récemment un livre sur Rollon, justement le 1er duc de Normandie !

(Commentaire de Florestan: eh oui! Monsieur Mauduit... On cultive l'Histoire et les historiens en Normandie comme on cultive les choux-fleurs en Bretagne!)

81kdH9qRIjL

Dudon de Saint-Quentin, qui propose la première histoire écrite du duché de Normandie moins de 80 ans après sa fondation. Un auteur dont le propos est jugé comme fiable par tous les experts et que l'on trouve sur... Amazon!

https://www.amazon.fr/Moribus-Actis-Primorum-Normanniae-Ducum/dp/5519084998

Alors c’est ce 1er duc qui va négocier avec le Roi de France, ce que l’on va appeller le traité de Saint- Clair-sur-Epte: d’ailleurs l’Epte devenant une nouvelle frontière de ce territoire, il va se faire concéder par le Roi de France ce que l’on appelle la Première Normandie, c’est l’expression de Pierre Baudouin, un autre spécialiste, donc la 1ère Normandie qui correspond en gros à la Haute-Normandie. Donc on est en 911: la Normandie, et c’est très rare en France, est une région qui a une date de fondation précise et à partir de là vous avez aussi la formation d’un Etat normand qui sera beaucoup plus fort que celui qui peut exister dans les autres principautés du royaume à commencer par la Bretagne.

Dès le départ la Normandie est une principauté bien gouvernée et elle va l’être pendant tout le Xème siècle jusqu’au XIème siècle c’est-à-dire Guillaume Le Conquérant mais ça on en parlera sans doute pas car c’est une autre histoire !

81DycFO3DkL

Xavier Mauduit: c’est une autre histoire parce que pour le moment les Vikings sont dans la place

(Commentaire de Florestan: et pourtant...)

son:

« Que nous a dit Harald avant son départ? Vous avez tous entendu : personne ne doit bouger! Quoiqu’il puisse arriver, avant qu’il soit de retour, s’il est vrai que nous avons pour lui la confiance que l’on doit avoir pour un chef, nous devons exécuter fidèlement ses ordres !Le laisser tomber dans un piège comme est tombé mon père, Thorvald, Thorsten, Leif : seriez-vous capables de l’abandonner ? La bravoure des Vikings se serait-elle changée en couardise ? Il ne s’agit pas de couardise, Güntar, si tu veux agir, je suis prêt à te suivre !

Et vous ? Moi aussi, moi aussi, attendez : regardez là-bas vous ne voyez pas comment le ciel s’obscurcit ? Ecoutez, Odin élève la voix , qui oserait défier sa colère ? « 

le_dernier_des_vikings02

Xavier Mauduit : Harald, Thorvald, Thorsten, Leif  et évidemment Güntar... Extrait du film Le Dernier des Vikings réalisé par Giacomo Gentilomo et Mario Bava, 1961, François Neveux quand les Vikings arrivent, bien sûr, il y a déjà des populations sur place, comment se passe justement l’installation des Vikings ?

François Neveux : L’installation des Vikings ce sont des petits groupes de personnes qui ne seront jamais très nombreux. Et ils vont se trouver face à une population qui existe depuis longtemps, d’ailleurs dans les fouilles archéologiques on n’a jamais retrouvé une tombe viking, si vous voulez, ce qui prouve que ces gens là étaient peu nombreux et se sont fondus avec la population locale, on ne trouve que ce que l’on appelle de "petits méditerranéens graciles", c’est ce que disent les archéologues pour désigner les populations qui sont des populations devenues romaines, gauloises d’abord, romaines ensuite et finalement franques, on dit plutôt les Francs au moment où arrivent les Vikings et ils parlent une langue franque qui va donner la langue française bien entendu.

Et la fusion se fait rapidement, ce sont surtout des hommes qui arrivent, donc ils épousent des femmes du cru et c’est le cas d’ailleurs des ducs de Normandie ont épousé des femmes du cru à commencer par Rollon qui a eu plusieurs femmes bien sûr, ce sont des polygames en réalité ces premiers ducs et parmi celles qui comptent, il y a une certaine Poppa qui était la fille du Comte de Bayeux et qui va donner naissance au second duc de Normandie qui s’appelle déjà Guillaume, c’est Guillaume Longue Epée. Guillaume Longue Epée donc qui succède à son père vers 927 et qui sera duc jusqu’en 942 et qui sera d’ailleurs assassiné à l’instigation du Comte de Flandres parce qu’il y a aussi d’autres rivalités à cette époque là.

Xavier Mauduit: eh ! oui bien sûr puisque nous parlons aujourd’hui dans le Cours de l’Histoire sur France Culture des rivalités entre la Bretagne et la Normandie il ne faudrait pas oublier les autres régions. Mais dans cette construction de rivalités, Yves Coativy, l’Etat normand se construit peu à peu, peut-on déjà parler de rivalité avec la Bretagne au moment de la construction d’un Etat normand alors qu’en Bretagne la construction ne se fait pas de la même manière ?

Yves Coativy : non, la construction est plus tardive en Bretagne, la Bretagne se remet mal d’ailleurs du passage des Vikings qui s’installent assez durablement en Basse Loire là où on en a retrouvé des traces archéologiques, je crois que la seule tombe à barque connue en France se situe à l’île de Groix et on a des traces de la présence Viking qui sont venus bousculer les ducs de Bretagne qui étaient, par ailleurs, très divisés entre eux, des rivalités de famille qui les affaiblissaient, et donc le premier contact est assez violent avec les Vikings puis les Normands installés viennent, la Tapisserie de Bayeux le montre très bien, dans l’Est de la Bretagne sans doute pour essayer peut-être de la conquérir, peut-être de la dominer, ils viennent s’emparer de Dol, de Dinard, etc...

tapisserie_bayeux

(Commentaire de Florestan: en 1064, Guillaume de Normandie fait une expédition militaire en Haute-Bretagne. Il assiège la ville de Dinan dans laquelle le duc Conan II de Bretagne s'est enfermé: ce dernier tend les clefs de la ville à un chevalier normand...)

http://bcd.bzh/becedia/fr/la-campagne-bretonne-de-guillaume-le-batard-1064

La très belle représentation de soldats normands essayant de mettre le feu aux mottes féodales de la région montre que les rapports ont été manifestement assez tendus et la Bretagne doit étaler correctement ses attaques puisqu’elle réussit à se maintenir tant bien que mal jusqu’au moment où les Plantagenêts s’installent en Bretagne  Henri II (roi d'Angleterre et duc de Normandie) et  son fils Geoffroy (devenu duc de Bretagne en 1169 après une longue guerre de passification des barons bretons), et à partir de la fin du XIIème et au XIIIème là, on voit se construire un Etat breton qui, en effet auparavant n’avait rien à voir avec la Normandie voisine.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Geoffroy_II_de_Bretagne

Xavier Mauduit : oui parce que les ducs normands deviennent rois d'Angleterre, c’est sûr que la conquête de l’Angleterre par Guillaume Le Conquérant en 1066 est un moment majeur, François Neveux quand les Normands prennent une telle ampleur en allant jusqu’en Angleterre , bien sûr il y a un regard porté sur la Bretagne, comment est-elle considérée alors ?

François Neveux : oui absolument, il y a des liens forts à cette époque- là entre Normands et Bretons puisque, certes, Guillaume fait cette expédition de Bretagne auquel mon collègue a fait allusion en 1064 il y emmène d’ailleurs Harold qui est l’envoyé du Roi d’Angleterre anglo-saxon, ce Roi d’Angleterre Edouard Le Confesseur qui n’a pas de descendant et, par conséquent, Guillaume a été désigné comme son successeur: c’est la raison pour laquelle il va envahir l’Angleterre pour réclamer son trône, trône qui a été pris entre temps par Harold justement. C’est ce que raconte la Tapisserie de Bayeux qui est, à la fois, une œuvre d’art et un document historique de première importance d’autant plus qu’elle a été faite vraiment tout à fait à l’époque dans les années suivant immédiatement la conquête de l’Angleterre.

Mais évidemment cette conquête de l’Angleterre supposait qu’il y ait la paix autour de la Normandie: c’est l'une des raisons de l’expédition en Bretagne car il ne fallait pas que le duc de Bretagne attaque la Normandie pendant la conquête. D’autre part, le roi de France, à ce moment là, était un enfant et le tuteur du Roi de France c’était le Comte de Flandres était aussi le beau-père de Guillaume, le père de la future reine Mathilde personnage, très, très connu.

Donc, la paix étant faite en France, si vous voulez, Guillaume pouvait partir. Et il n’est pas parti seul, il est parti avec beaucoup d’autres français, si je puis dire, des français d’Île-de-France, des Flamands, et des Bretons et ça, c’est un point important:

 La Bretagne étant divisée il y avait beaucoup de Bretons qui étaient plutôt contre le duc de Bretagne et qui se sont alliés à Guillaume et qui ont participé directement à la conquête de l’Angleterre et en particulier des Bretons du Nord, ce que l’on appelait Domnonée, la partie Nord de la Bretagne et donc les fils d’Odon de Penthièvre et en particulier Brien car on est sûr que ce Brien a participé à la bataille d’Hastings et puis également son frère, Alain le Roux qui est devenu l'un des principaux barons anglais avec le fief de Richemond qui va appartenir pendant des siècles aux ducs de Bretagne.

348172924_f37f6c7959

(Commentaire de Florestan: grâce à la Normandie, les ducs bretons possédèrent dès siècles durant, l'imposant château de Richemond dans le Nord du Yorkshire...)

http://ablogjeanfloch.over-blog.com/article-30057179.html

Xavier Mauduit : nous entendons bien dans l’histoire qu’il y a eu des rivalités entre la Normandie et la Bretagne , en réalité des alliances, des moments où les deux populations ont tendance à se déchirer mais au sens où la Bretagne n’est pas une, la Normandie non plus n’est pas une (sic!) et entre ces deux régions se trouvent une abbaye...

mont-saint-michel-jerome-houyvet-470x470

son:

« Il est dit dans la règle de St Benoît, il a toujours était prévu, si vous voulez, un Père hôtelier parce qu’il y avait des hôtes. Nous accueillons donc conformément à la tradition de l’ordre de Saint Benoît nous accueillons des hôtes mais notre abbaye est quand même perchée très haut, fallait donc monter, il y a une phrase d’un abbé commendataire qui ne pouvait pas vivre ici, n’est-ce pas, dans cette abbaye juchée à l’escarpolette, à l’escarpolette n’est-ce pas, que cette abbaye, que la folie de nos Pères a construit en ces lieux ! »

Archive - 29/08/1980 - France Culture - Extrait du documentaire "De tout temps - Le Mont Saint-Michel" - Le père prieur Bruno de Sonneville parle de la tradition de l'accueil des hôtes à l'abbaye bénédictine du Mont Saint-Michel. 

ATTENTION... ATTENTION! IL VA OSER...

Xavier Mauduit : évocation ici de cette abbaye bénédictine et dès lors se pose la question terrible, dans cette baie un rocher, un rocher qui aujourd’hui encore fait discussion, Yves Coativy vous êtes à Brest, professeur à Brest : le Mont St Michel normand ou breton ?

Yves Coativy : ah ! ah !, excellente question, je vous remercie de me l’avoir posée. La difficulté c’est quand, c’est à quelle date, c’est dire qu’il est clairement normand actuellement et bon sincèrement devoir à la reconnaître et j’en fais hommage à François Neveux mais pour la période entre la fondation du Mont et donc au moins 765, on sait que la frontière bretonne se situe plus à l’Est peut-être a-t-il été breton, la question étant de savoir quelle était l’origine des moines, l’origine géographique, ethnique peut-être, des moines qui étaient dedans mais il est clair qu’il est clairement breton pour l’essentiel, (se reprenant...) est clairement (ah ! je me suis trahi, lapsus révélateur) normand pour l’essentiel de son histoire, il y a quand même eu quelques passages où les bretons y sont venus, s’y sont installés, voire l’ont dévasté et donc là de ce côté-là c’est pas le meilleur côté, le meilleur aspect de leur personnalité qu’ils ont montré, au moment de la Guerre de Cent Ans par exemple au moment où ils incendient le mont, mais non le mont est clairement normand.

(Commentaire de Florestan: Bretons pyromanes en 1204. Bretons mythomanes depuis... Sauf Yves Coativy qui a l'élégance et l'honnêteté de dire la vérité!)

François Neveux, professeur émérite à l’Université de Caen, (Xavier Mauduit) même question : le Mont breton ou normand? En fait, le Mont est sous l’influence d’un pouvoir fort et c'est celui des Ducs de Normandie qui s’impose en fait autour du Mont.

(Commentaire de Florestan: on aimerait bien que cela soit à nouveau le cas... Aujourd'hui!)

Oui (François Neveux), alors je vais porter une pierre dans le jardin de mon collègue en disant que le Mont a été effectivement breton pendant un temps, alors un temps un petit peu difficile à déterminer mais en tout cas on connaît au moins un abbé breton qui s’appelait Phinimontius vers 867 et, à cette époque là effectivement comme tout le Cotentin et l’Avranchin étaient bretons, naturellement le Mont était englobé dans le territoire breton mais ça ne va pas durer très longtemps car comme je vous le disais tout à l’heure en 933 le Duc Guillaume Longue Epée a récupéré donc tous ces territoires et donc le Mont est devenu normand dès cette époque là et l’a toujours été depuis.

La frontière? C’est le Couesnon mais le cours du Couesnon a beaucoup varié, vous connaissez le célèbre adage "le Couesnon en sa folie a mis le Mont en Normandie"  puisque le Couesnon varie selon le temps et en réalité le cours actuel du Couesnon , le Couesnon aujourd’hui est canalisé en partie donc il ne varie plus tant que ça mais en réalité au Moyen-Âge il se situait plus à l’Ouest et il se situait sur la frontière actuelle entre le département de la Manche et le département d’Île-et-Vilaine et il était beaucoup plus loin du Mont et par conséquent le Mont était beaucoup plus nettement en Normandie si je puis dire!

FrontiereCouesnon_cle0dbb9a

 

(Commentaire de Florestan: le cours du Couesnon, c'est aussi l'antique frontière entre la Seconde Lyonnaise de Rouen et celle qui dépendait de Tours, c'est-à-dire tout le grand Ouest actuel, y compris la Bretagne... L'église catholique française gardera la mémoire de cette géographie administrative du bas-empire romain jusqu'en 1790 pour le périmètre de ses provinces ecclésiastiques.)

Par la suite, le Mont a été directement influencé par les ducs de Normandie et ce sont les ducs de Normandie qui ont fait venir des moines bénédictins pour fonder l’abbaye bénédictine puisqu’avant 966 c’était une communauté de chanoines et il semblerait que cette communauté n’ait pas bien respecté la vie religieuse: c’était probablement des chanoines mariés ce qui n’est pas très étonnant d’ailleurs à cette époque puisque le mariage des prêtres c’est une invention récente, pour le Moyen-Âge puisque ça ne prend place qu’à partir du XIème siècle: donc ce n’est pas étonnant de trouver des chanoines mariés tout à fait régulièrement à cette époque là mais évidemment ça ne plaisait pas aux moines et aux bénédictins et ils ont dû cohabiter un peu mais ils ont, d’une certaine façon, pris le pouvoir et c’est d’ailleurs les premiers bâtiments qui existent encore aujourd’hui qui ont été construits à cette époque par ces premiers moines bénédictins envoyés par le Duc de Normandie, Richard Ier, et qui venaient des grandes abbayes de la Seine et en particulier de l’Abbaye de Jumièges, et le 1er abbé Ménard en particulier, ça a été un peu discuté ça mais je pense que c’est un fait incontestable !

(Commentaire de Florestan: sur les origines monastiques du Mont-Saint-Michel, on vous propose de relire cette archive de l'Etoile de Normandie...)

http://normandie.canalblog.com/archives/2019/01/06/36995740.html

122407639

A ces hypothèses sur les origines, ajoutons toutes les certitudes normandes concernant le Mont Saint-Michel notamment pour ce qui est de son architecture: la plus grande abbatiale normande dans les années 1060 avec 80 mètres de longueur reposant sur la pointe d'un rocher. La reconstruction du choeur de style flamboyant à la fin du XVe siècle est réalisée par des maçons et maîtres d'oeuvres rouennais sur la base d'un plan inspiré du choeur de la cathédrale d'Evreux... Bref! Notre Mont est bien normand. Voire! il est... Haut-normand!

Mont_St_Michel_Eglise_abbatiale_t

Xavier Mauduit : et, justement, François Neveux ces moines bénédictins ne se posaient pas la question de savoir s’ils étaient bretons ou normands, moines bénédictins ils sont. La question pour les habitants du Mont quand ils sont religieux n’est pas celle d’une appartenance ?

François Neveux : non absolument pas, d’autant plus que ces premiers abbés n’étaient pas normands non plus, ils venaient plutôt de Flandres et c’était des abbés réformateurs on est dans une période de réforme de l’Eglise et la réforme commence par les moines, tout le monde connaît la célèbre Abbaye de Cluny, eh bien en Normandie vous avez aussi une réforme monastique qui est menée par des abbés comme ces premiers abbés du Mont St Michel.

Xavier Mauduit : eh ! bien justement qu’en pense Monsieur le Maire du Mont St Michel

son: (attention, c'est un âne bâté qui s'exprime... Yann Galton)

Ce que l’on appelle la Côte d’Emeraude ça part de St Malo cela va jusqu’à Granville, alors Normands Bretons c’est pareil. Qui vient secourir le Mont St Michel pendant la Guerre de 100 Ans : les Bretons. Qui rattache le Mont- Saint- Michel à son duché c’est le duc de Normandie en 966 lorsqu’il crée l’abbaye du Mont St Michel.

Ça commence à me fatiguer ces gens qui disent n’importe quoi ! Allez on retire le drapeau (Ndlr: breton) on met l’européen, allez hop !

(Commentaire de Florestan: archive de l'Etoile de Normandie...)

http://normandie.canalblog.com/archives/2018/03/10/36216526.html

119390014

Xavier Mauduit : histoires de rivalités régionales allez hop Bretagne face à la Normandie, Normandie face à la Bretagne, à qui appartient le Mont St Michel ? Qui fait la meilleure andouille ? Qui fait le meilleur beurre ? Faut-il du sel, faut-il qu’il soit doux ? Eh ! bien dans Le Cours de l’Histoire partons à la rencontre de ces discussions qui nous animent sans cesse dès qu’il est question de Bretagne et de Normandie !

son:

Ah ! donnez-nous deux calva ! Oh ! la! on va faire le trou normand, le calva dissout les graisses, l’estomac se creuse et il n’y a plus qu’à continuer !

A votre tour les Bretons, montrez-nous comment vous faites! Encore un peu de cidre? Je me demande si c'est bien prudent ! Manger des tripes sans cidre c’est aller à Dieppe sans voir la mer ! Un peu de laitage Bernard c’est bon pour la santé. La tomme de Rhuys, en fait, on la sale au sel de Guérande. Bon, bien merci pour cette belle découverte, je vais goûter quand même!

Le plus affiné, il est plus puissant ! Vraiment il a du goût ça représente bien le camembert de Normandie. Eh, eh ! doucement vous n’irez jamais jusqu’au bout ! C’est notre dessert préféré pour les communions: aux communions c’était la teurgoule qu’on amenait sur les plats, c’était formidable, oui ça c’est clair !

Chez vous la recette est un peu différente. C’est un gâteau qui se fait à la main, exclusivement à la main sur Douarnenez. J’ai dû faire mes premiers kouign amann vers 7 ou 8 ans ;

Beurre doux ou beurre salé ? En Bretagne on consomme du beurre salé. Regardez, goûtez-moi ça ! Bon appétit !

(Commentaire de Florestan: faute de goût on préfère le salé...)

Xavier Mauduit : dans « La Vallée de Dana » évidemment où l’on a croisé aussi Jean Gabin, Louis de Funès, dans « Le tatoué », eh ! oui ce sont aussi des moments qui nous construisent, qui forment notre identité, cette culture bretonne et cette culture normande avec des histoires de beurre, de cidre, d’andouille, de Mont- Saint- Michel, Yves Coativy, justement il y a comme un jeu , presque avec un jeu de construction d’identité avec tous ces éléments sans cesse évoqués au tour de rivalités ou de pseudo-rivalités ?

(Commentaire de Florestan: heureusement que l'identité régionale ne reste pas coincée sur l'estomac! Elle peut, fort heureusement, s'élever plus haut... Vers l'âme par exemple. Cela nous dispensera d'une indigestion de... chauvinisme!)

Yves Coativy : oui ça fait partie de la construction, on le constate clairement aux XIVè et XVèmes siècles, la construction des états princiers se fait autour d’un personnage , d’un pouvoir et contre les autres et ce qui est assez curieux, pour préparer cette émission, j’ai un peu repris les chroniques bretonnes et autant les chroniqueurs bretons sont très hostiles aux Anglais et aux Français auxquels ils reprochent un côté efféminé, les nobles français ne pensant qu’à danser dans une salle jonchée, nous disent les chroniqueurs, autant j’ai essayé de chercher les traces d’une rivalité, d’une animosité contre les Normands et je ne l’ai pas trouvée !

Les Bretons sont très hostiles aux Anglais, spécialement depuis la Guerre de Succession du duché de Bretagne dans les années 1341-1364, très hostiles à la Monarchie française, ça c’est le duc qui essaye de défendre son duché breton contre son puissant voisin mais les Normands n’apparaissent pas, en fait la Normandie apparaît régulièrement mais les Normands eux-mêmes n’apparaissent que très peu et il n’y a aucun aspect négatif et c’est recoupé parce qu’on fait du commerce qui unissait dès le XIIème siècle la Bretagne, la Normandie mais aussi le Poitou, etc.

On sent que les échanges sont très réguliers, que ce sont des populations qui se connaissent, qui se connaissent bien, qui sont en contact et l’animosité n’est pas très forte. Alors on peut imaginer quand même que quand les Bretons sont en opération militaire dans la première moitié du XVème siècle au moment de la reconquête du royaume de France, la présence de soldats bretons n’a pas dû être très appréciée des Normands, ça c’est clair parce que les Bretons participent très nombreux à la reconquête de la Normandie en particulier en 1450 mais, à la limite, ça c’est un phénomène qui est valable aussi bien pour les Bourguignons, pour les Gascons, enfin le militaire en campagne n’est pas très apprécié surtout si il n’est pas du cru mais autrement les relations ont l’air d’être assez bonnes et le furent toujours dans ces années 1420, donc après Azincourt quand la Normandie est dans une situation très difficile: des Normands viennent s’installer dans l’Est de la Bretagne et y restent et y développent en particulier le tissage dans la région, dans le secteur Vitré, Fougères, etc.

Donc la rivalité picrocholine autour du Mont St Michel semble assez récente, en tout cas, au Moyen-Âge quand on la cherche on ne la voit pas ou peu !

(Commentaire de Florestan: pour illustrer le propos très juste d'Yves Coativy, il faut savoir que le grand clocher de l'église Saint-Pierre de Caen chef d'oeuvre élevé au début du XIVe siècle va servir de modèle aux grands clochers bretons qui seront élevés un siècle plus tard ou presque... La parenté entre le modèle normand et l'élève breton, ici le Kresker de Saint-Pol-de-Léon, est évidente!)

010

ob_6dec8a_dsc00401m

Xavier Mauduit : c’est la question des sources, François Neveux, effectivement les sources reflètent toujours une position et critiquer le voisin c’est une posture évidente, c’est en cela aussi que les rivalités, les soit-disant rivalités entre la Bretagne et la Normandie doivent être lues ?

Oui alors justement c’est très intéressant (François Neveux) de parler des sources parce que mon collègue a parlé de sources tardives au Moyen-Âge mais la Normandie étant la puissance dominante pendant une grande partie du Moyen-Âge a des sources beaucoup plus anciennes, si vous voulez, et en particulier des sources du XIème siècle et notamment le biographe, le principal biographe de Guillaume Le Conquérant qui est Guillaume de Poitiers nous raconte en détail l’expédition de Bretagne, c’est l’autre grande source avec la Tapisserie de Bayeux et il fait un portrait des Bretons et qui est un portrait très à charge: il nous dit que les chevaliers bretons sont des quasi sauvages, qu’ils sont polygames, qu’ils ont cinquante enfants chacun, voyez, c’est donc un portrait qui ne correspond pas du tout à la réalité mais qui montre qu’à cette époque là les Normands ont une vision assez négative des Bretons, ça c’est pour cette époque là.

Les choses vont sans doute changer, il faut dire qu’il y a beaucoup de Bretons qui ont émigré en Normandie dès le Moyen-Âge et puis à d’autres époques, aujourd’hui encore nous avons beaucoup de compatriotes, si je puis dire, d’origine bretonne et qui portent des noms bretons, donc les échanges ont été effectivement constants.

laurid-960x640

(Commentaire de Florestan: c'est Bertrand du Guesclin qui galope dans les rues de Caen... Pas Guillaume Le Conquérant. D'ailleurs, on n'est même pas certain que le sculpteur normand Arthur Leduc avait voulu représenter le célèbre connétable breton!)

Pour revenir au Mont- Saint- Michel et à la Guerre de Cent Ans, il y a quand même cet épisode de l’occupation anglaise de la Normandie où le Mont- Saint- Michel est le seul point de résistance et ça explique d’ailleurs le culte qu’avait Jeanne d’Arc pour Saint Michel bien qu’elle ne soit jamais venue au Mont et il y a un personnage emblématique dont on n’a pas encore parlé mais qu’il faut citer c’est Bertrand Du Guesclin puisqu’au XIVème siècle, c’est un peu plus tôt par rapport à Jeanne d’Arc bien sûr, au XIV ème siècle Bertrand Du Guesclin a été déjà le défenseur du Mont- Saint- Michel et Bertrand Du Guesclin est un personnage qui est à la fois Normand et Breton, c’est intéressant, c’est peu connu, on le considère comme un Breton en général c’est vrai, son père était breton mais on oublie que sa mère était normande par conséquent, il est partagé en quelque sorte entre les deux provinces et il faut dire qu’aujourd’hui beaucoup de Bretons n’aiment pas beaucoup Du Guesclin parce qu’ils considèrent qu’il a été traître à la Bretagne, puisqu’il était du côté du roi de France, mais en réalité, c’était un homme qui est toujours resté fidèle à ses alliances, il était fidèle aussi à son duc de Bretagne à une époque où il y avait une guerre civile en Bretagne avec deux ducs concurrents, l’un étant soutenu par le roi de France et l’autre par le roi d’Angleterre, alors, bien entendu, Du Guesclin était dans le camp de celui qui était soutenu par le roi de France évidemment.

Oui parce que le pays, la France, se constitue (Xavier Mauduit), le duché de Bretagne est une entité, la Normandie en est une autre et toujours, cette question de frontière:  en 1474 Pierre Roxard se balade de ce côté-là pour essayer de délimiter la frontière...

Lecture par Sandy Boizard :

Iten recorde d’Elodie Roxard par son serment que depuis le temps environ de 71 ans, soit un peu avant la venue des anglais en Normandie, il estoit demeurant au dit lieu de Pontorson et durent ce temps il a boit une borne de pierre d’environ deux pieds et demi de large et carrée qui estoit armoiriée d’un côté des armes de France de vers la terre de Normandie et du côté de vers Bretagne des armes de Bretagne et disoient on communément que s’estoit la séparation des dites terres de Bretagne et de Normandie, outre dis ce témoin qu’il vit un nommé Rogier également du dit lieu de Pontorson qui se metoit à califourchon sur la dite borne et disoit qu’il estoit Normand d’un côté et Breton de l’autre !

 

(Commentaire de Florestan: sur la rocade de Pontorson... Vers la Normandie)

En 2006... Avec les moyens du bord!

6284520

En 2016... Enfin! Après la réunification de la Normandie. Mais juste après le cours du Couesnon alors qu'il aurait fallu mettre le panneau normand 800 mètres plus avant vers la Bretagne.

111423410_o

Une enquête de terrain pour établir (Xavier Mauduit) l’existence d’une ancienne borne pour matérialiser la frontière entre la Bretagne et la Normandie, nous sommes à la fin du XVème siècle. François Neveux la question même de frontière doit se comprendre avec celle de la construction de l’Etat et de l’Etat au sens large, celui du Royaume de France ou du Duché de Bretagne ?

Oui, absolument (François Neveux) puisque la frontière, d’abord la frontière au Moyen-Âge ce n’est pas forcément une ligne, justement là on parle de borne ce qui est, peut-être, un petit peu prématuré en quelque sorte même si on commence à en poser à cette époque là, la frontière c’est une zone frontalière, une région de marches, d’ailleurs cette frontière est souvent matérialisée par des forêts et c’était le cas entre la Normandie et la Bretagne: il y avait une grande forêt qui permettait de séparer, puisqu’il n’y avait pas vraiment de frontière naturelle, le Couesnon est quand même un petit, un tout petit fleuve, ce n’est pas une grande frontière et donc ces forêts ont joué un rôle historique très important. C’est, par exemple, dans ces forêts que la bande de Du Guesclin se réfugiait quand elle allait attaquer les Anglais, dans sa jeunesse avec ses compagnons en majorité bretons mais il y avait quelques Normands parmi ses compagnons.

Xavier Mauduit: Yves Coativy, au moment d’évoquer la Bretagne nous avons un mot qui couvre l’ensemble d’une entité mais en regardant de manière plus précise il y a plusieurs Bretagne et là aussi cette analyse nous permet de comprendre combien cette notion de rivalité est une notion très complexe et très construite, être breton de Brest n’est pas la même chose qu’être breton juste à côté du Mont- Saint- Michel ?

(Commentaire de Florestan: à côté d'un Mont-Saint-Michel... normand!)

Yves Coativy : On distingue trois Bretagne, on les distingue par la langue en fait, donc on a à l’Ouest de la péninsule les populations qui parlent le breton, avec dans cette zone deux régions le Trégor, le Léon et la Cornouaille, donc le Nord et l’Ouest qui parlent un breton qui est assez proche qui varie un petit peu mais les gens se comprennent et puis la région de Vannes, le vannetais, qui parle un breton assez différent pour des raisons que certains, certaines essaient d’expliquer c’est assez complexe, donc l’Ouest de la péninsule parle le breton, l’Est de la péninsule parle le français , du côté de Rennes, de Nantes clairement on parle le français et entre les deux on a une zone où on parle une langue romane qui est le gallo qui n’est pas un patois ou une espèce de français dégénéré, qui est une évolution de la langue latine, le gallo, et donc on a ces trois ensembles qui se divisent traditionnellement en Haute et Basse Bretagne.

Donc on a regroupé en Haute Bretagne les régions qui parlent le gallo et le français, et la Basse Bretagne qui parle le breton et finalement on retrouve assez facilement, on parle de la rivalité frontalière entre Bretons et Normands qui focalisent sur le Mont- Saint- Michel, sans doute par folklore plus que par autre chose. Mais on retrouve exactement la même chose, la rivalité entre haut et bas Bretons, entre Bretons bretonnants et Rennais. Souvent la frontière, la limite en tout cas de la zone, par exemple du côté de Paimpol, ceux qui parlent breton snobent ceux qui parlent français et réciproquement, la frontière cristallise ces tensions, ces différences et je pense qu’il n’y a pas plus breton qu’un Breton qui est proche du Couesnon et j’imagine qu’il n’y a pas plus normand qu’un Normand qui est proche du Couesnon !

La frontière, la limite est un phénomène assez fort pour développer cette idée d’appartenance, après François Neveux faisait remarquer très, très justement que ces limites sont au Moyen-Âge assez floues , on sait que la Bretagne est séparée du Royaume de France parce que l’on appelle des marches, terres en marche, terres en marge, certaines relevant plutôt de la Bretagne, d’autres plutôt du Royaume de France, certaines étant alternatives, la principale difficulté pour les populations qui les habitent c’est que souvent elles doivent payer deux fois l’impôt puisque des deux côtés les receveurs se chargent de récupérer ce qui revient d’un côté au duc de l’autre côté au Roi de France mais il faut attendre très tard pour avoir une frontière, une limite très nette. Et en effet, cette borne, cette histoire de borne est très intéressante , on en connaît ailleurs entre les terres du duc et les terres du Vicomte de Rouen par exemple mais ça semble quand même assez exceptionnel.

(Commentaire de Florestan: sur l'origine du préfixe Haut ou Bas qui fut attribué dès le Moyen-âge à toutes les grandes provinces en France c'est la plus ou moins grande distance avec Paris qui fait la différence. plus c'est "haut" plus on est dans une province proche de Paris. Plus c'est "bas", plus c'est loin!)

Xavier Mauduit: pour rebondir sur ce que vous venez de dire, Yves Coativy, il n’y a pas plus Breton et pas plus Normand que ceux qui sont hors de la Bretagne et hors de la Normandie mais ce que nous venons d’évoquer pour la Bretagne, la Bretagne qui n’est pas une mais qui est plurielle peut aussi s’appliquer à la Normandie au moment où il est question de la régionalisation :

Archive - 1969 - France Culture - Simone Bertrand, conservatrice du musée de la Tapisserie de la reine Mathilde à Bayeux

Tout d’abord Mlle Bertrand je voudrais vous demander est-ce qu’on peut définir la Normandie, est-ce qu’on peut la diviser entre cette Haute et Basse Normandie d’abord et puis ce Cotentin qui aux dires de certains serait normand sans l’être étant déjà sur le versant breton ?

Eh ! bien, écoutez, vous parlez à une Normande et mon Dieu je vais être certainement un peu chauvine, je vois au moment de la régionalisation ma première attitude a été un grand gémissement entre cette division d’une part en Haute Normandie d’autre par en Basse Normandie et puis je ne vais pas dire me crucifier mais vous me faites souffrir puisque vous venez maintenant me délimiter le Cotentin et d’essayer même de le rattacher à la Bretagne !

Je crois que toutes ces divisions sont pratiquement impossibles ! Voyez-vous, pour moi, la Normandie est un seul corps et vous ne pouvez pas, par exemple, séparer le bras droit du bras gauche ! Je me permets de protester très énergiquement : nous ne sommes qu’une seule Normandie !

(Commentaire de Florestan: magnifique et émouvante profession de foi de Simone Bertrand dans le contexte de la campagne électorale sur le fameux référendum sur la régionalisation du Sénat perdu par le Général de Gaulle. Mais aussi parce que cette campagne allait lancer politiquement la question normande sur la nécessité de réunifier en une seule région la Haute et la Basse Normandie avec une crise qui va culminer de 1972 à 1976...)

Depuis (Xavier Mauduit) depuis la Normandie est réunie, les deux régions sont unies, François Neveux, pareil que pour la Bretagne, en Normandie, en fait des habitants du Bocage Virois, donc à l’Ouest de la Normandie, sont beaucoup plus proches des Bretons que ne peuvent l’être des habitants de la région de Rouen ou même de la Plaine de Caen ?

(Commentaire de Florestan: Malheur à vous Monsieur Mauduit! La Bretagne n'est pas réunifiée comme la Normandie peut l'être avec bonheur depuis 2015...)

François Neveux, oui alors j’ai été très ému d’écouter Simone Bertrand que j’ai très bien connue quand elle était bibliothécaire à Bayeux, j’habite moi-même Bayeux, et donc c’est un très bon souvenir, alors en ce qui concerne, pour répondre à votre question : donc effectivement moi je suis très heureux de la réunification de la Normandie puisqu’historiquement il n’y a toujours eu qu’une seule Normandie, on n’a pas fait de différence mais ceci dit la capitale traditionnelle c’est bien sûr Rouen qui est redevenue officiellement la capitale mais Caen se défend quand même très bien de ce point de vue là, mais c’est une capitale qui n’est pas du tout centrale, par conséquent les régions qui sont situées à l’Ouest, déjà au Moyen-Âge, ont connu une certaine spécificité, d’ailleurs par moment ces régions se sont révoltées contre le duc , notamment en 1047 ça s’est terminé par une bataille gagnée par le jeune Guillaume contre ses seigneurs de l’Ouest justement, la Bataille de Val-ès-Dunes en 1047.

Donc il y a une certaine spécificité, s’il y a une spécificité véritable c’est plutôt géographique puisqu’à l’Ouest de la Normandie nous sommes dans le Massif Armoricain et donc du point de vue géologique et géographique on est assez proche de la Bretagne, donc le reste de la Normandie c’est le Bassin parisien, le Bassin parisien s’arrête vers Bayeux justement, on est tout à fait proche de la frontière et ça se sent bien dans le paysage, le Bessin et le Bocage sont en particulier sont des parties du Massif Armoricain, alors est-ce que ça rejaillit sur le caractère des habitants, je ne sais pas, mais ils n’en sont pas moins Normands bien entendu.

(Commentaire de Florestan: ce n'est ni le granit et encore moins le calcaire qui fait pousser des Normands sur Terre mais un héritage et un patrimoine historique, juridique et culturel dont la puissance et le prestige sont connus et reconnus dans le monde entier!)

Xavier Mauduit : ah ! ils sont pas moins Normands et c’est vrai, ce n’est peut-être pas la même chose de vivre dans le granit ou dans une pierre calcaire avec malgré tout dans cette construction des identités, j’ai l’impression, François Neveux, qu’il y a quelque chose qui nous vient toujours du XIX ème siècle au moment où se construisent les identités nationales il y a ce même mouvement d’identiés régionales avec le camembert, le chouchen, la galette, il y a tout un jeu comme ça , qui, en fait très tardif !

François Neveux : oui alors c’est plus tardif mais il y a quand même des choses anciennes, par exemple, le cidre apparaît en Normandie, c’est d’ailleurs un point commun entre Normandie et Bretagne sans doute, mais en tout cas pour la Normandie on a des textes très clairs, il apparaît en Normandie dès le XII ème siècle , on a un moine de Saint- Benoît- sur- Loire qui vient en Normandie et il demande du vin, on lui sert du cidre, il recrache en disant mais c’est affreux ce breuvage, donc c’est un témoignage intéressant et à partir du XVème siècle eh ! bien le cidre tend à remplacer la cervoise comme boisson populaire dominante, si vous voulez alors que le vin reste la boisson des classes supérieures. Pour le camembert, c’est beaucoup plus tardif, traditionnellement on attribue l’invention du camembert à Marie Harel qui est une femme du début du XIX ème siècle et il n’est pas du tout certain qu’on avait ce fromage au Moyen-Âge !

J'

DSC03022

LA NORMANDIE

(Commentaire de Florestan: Les Normands savouraient dès le XIIe siècle le fromage de Neufchâtel, mais il est vrai que le Bessin est éloigné du Pays-de-Bray...)

Et pareil (Xavier Mauduit), Yves Coativy il y a tout un jeu aussi de réappropriation de choses anciennes en les calant à une identité, en l’occurrence avec vous, bretonne.

Yves Coativy : oui on a eu un grand moment de bonheur lors des fouilles de l’Abbaye de Landévennec, abbaye fondée au très haut Moyen-Âge par Saint Guénolé, les archéologues ont trouvé ce qui ressemblait quand même à une galetière, une crêpière, de l’époque carolingienne. Donc la question a été, est-ce bien une crêpière?  Les archéologues voulaient faire des analyses et les analyses coûtaient horriblement chères. Ils n’arrivaient pas à réunir l’argent pour faire ces analyses et l’abbé de Landévennec, dans sa grande sagesse a passé un ou deux coups de téléphone. L’argent a été rapidement débloqué et on a pu prouver que ce qu’il y avait au fonds de ces tessons de poteries avait bien servi à faire des crêpes à l’époque de Charlemagne. Ce qui est quand même assez intéressant, là au moins archéologiquement on a une trace claire, peut-être qu’ on faisait des crêpes aussi en Normandie à la même époque, mais on a une trace archéologique intéressante surtout attachée à l’abbaye de Landévennec qui est quand même un symbole de la civilisation bretonne! Mais il est certain que oui la crêpe, la galette, le cidre, l’andouille de Guémené, etc. forment des occasions de petits contacts amicaux entre Bretons et Normands mais ça reste tout à fait sympathique !

(Commentaire de Florestan: la différence notable c'est que les productions agroalimentaires normandes sont davantage protégées par des labels de qualité que les productions agroalimentaires bretonnes. Avec 15 AOP/AOC, la Normandie détient même le record national...)

 Xavier Mauduit : vous avez utilisé le mot très juste, ça reste sympathique et c’est vrai que ce sujet de taquinerie m’oblige à citer l’andouille de Vire, là d’où je viens, puisque vous avez cité Guémené je ne peux pas faire autrement ! Merci beaucoup Yves Coativy et je rappelle que vous avez travaillé sur l’origine de l’Etat breton. Servir le duc de Bretagne aux XIIIè-XIVè siècles publié aux Presses Universitaires de Rennes et pour vous, François Neveux, ce colloque auquel vous avez participé Bretons et Normands au Moyen-Âge paru aux Presses Universitaires de Rennes aussi, voilà l’amitié normano-bretonne.

(Commentaire de Florestan: Xavier Mauduit, un journaliste normand qui finit par avouer qu'il est Normand comme le ferait un journaliste... breton. Intéressant!)

Suivi d’un « Cours de l’Histoire » du jeudi 8 Avril 2021 sur les Jacobins, Girondins :

https://www.franceculture.fr/emissions/le-cours-de-lhistoire/histoire-de-rivalites-regionales-44-paris-vs-la-france-jacobins-girondins-aux-origines-dune-defiance