"La conversation de Charles était plate comme un trottoir de rue, et les idées de tout le monde y défilaient dans leur costume ordinaire, sans exciter d’émotion, de rire ou de rêverie."
Gustave Flaubert, Madame Bovary, (chapitre 7).
Depuis l'adoption définitive par le parlement contre l'avis du gouvernement de la loi Molac, finalement modeste dans son objectif de favoriser l'enseignement du patrimoine linguistique particulièrement menacé de nos langues régionales qui portent encore vivantes, en elles, les racines mêmes de la langue française, ce n'est que hourvaris sur le thème rebattu d'une atteinte grave à l'intégrité nationale venant de nos soi-disant élites politico-culturelles médiatiques parisiennes qui n'hésitent pas, par ailleurs, à se vautrer au quotidien dans le globiche mondialisé!
L'UNESCO a d'ailleurs récemment reconnu que le patrimoine immatériel des langues françaises régionales d'oc et d'oïl était menacé de disparition totale!
Non! L'enseignement des langues régionales n'est pas une atteinte à l'intégrité de la langue française... Bien au contraire!
La loi Molac n'est, hélas, qu'une première réponse, réponse encore bien modeste, pour éviter, tout simplement, la disparition totale des dernières racines linguistiques, culturelles, historiques, authentiques de la langue française à un moment où cette dernière subit des atteintes inédites par leur gravité venues d'"élites" qui refusent d'en être (invasion angliciste, déconstruction idéologique, écriture inclusive, baisse du niveau scolaire...)
Comment, en effet, sauver efficacement une culture linguistique qui se croit dominante alors qu'elle se fait détruire dans sa tête (à Paris) tout en renonçant à soigner et nourrir ses racines (en province)?
Alors que se met en place le projet intellectuel et scientifique de la future cité internationale de la francophonie installée dans le château de Villers-Cotterêts, grand projet présidentiel voulu par un Emmanuel Macron qui affirme, par ailleurs, que "la culture française n'existe pas", (cherchez l'erreur...) il nous paraît indispensable, sinon urgent, que les langues régionales françaises d'oc et d'oïl soient reconnues et donc intégrées dans la réflexion définissant ce grand projet.
Pour revenir à la porte entrebaillée de la loi Molac, il faut savoir que faute d'être reconnue par l'Education Nationale comme langue régionale, le Normand comme les autres patrimoines linguistiques des langues d'oïl et d'oc ne pourra pas bénéficier des quelques avancées qu'autorise cette loi:
Hervé Morin le président de la Normandie et Jean-Philippe Joly le président de la FALE, la fédération régionale des associations culturelles normandes ont donc envoyé un courrier commun pour interpeller le président de la République sur ce sujet:
Monsieur le Président de la République,
L’Assemblée Nationale a adopté ce jeudi 8 avril une importante proposition de loi sur l’enseignement des langues régionales.
Ainsi, et ce contre l’avis du ministre de l’Education nationale, les députés ont notamment ouvert la possibilité d’un enseignement immersif en langue régionale dans les écoles publiques et leur enseignement dans le cadre de l’horaire normal des cours.
Néanmoins, pour la Normandie, le compte n’y est pas.
En effet, nous regrettons que la langue normande, issue des langues d’oïl, ne figure toujours pas parmi les langues régionales reconnues par l’Etat dans le code de l’éducation, l’excluant de facto de ces nouvelles dispositions.
Aujourd’hui parlée du Pays de Caux aux îles anglo-normandes par 30000 locuteurs actifs et environ 100000 locuteurs occasionnels de plus, nous tenons à vous rappeler qu’elle est classée par l’UNESCO parmi les langues «sérieusement en danger».
Alors que nous avons initié en 2019 une politique ambitieuse de sauvegarde et de promotion des langues normandes, nous vous demandons que cette anomalie soit rectifiée afin de nous permettre de l’accélérer en permettant son enseignement, dont vous comprendrez l’enjeu absolument majeur.
La Région Normandie serait naturellement prête à expérimenter ces nouvelles dispositions qui nous seraient offertes en lien avec le Rectorat. En effet, selon les dispositions de l’article 104 de la loi du 7 août 2015 portant sur la nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe), il a été consacré la compétence partagée des collectivités territoriales dans la promotion des langues régionales.
Comptant sur votre compréhension, nous vous prions de croire, Monsieur le Président de la République, à l’assurance de notre très haute considération.
Hervé Morin, président de la région Normandie et Jean-Philippe Joly président de la FALE

Par ailleurs, l'Etoile de Normandie vous propose de lire aussi les remarques et réflexions sur ce sujet de Jean-Philippe Joly, le président de la FALE:
Retour des grandes heures des idées reçues vis- à- vis des langues régionales et de leur enseignement sur le thème:
"Ils feraient mieux de savoir le français" remarque revenant souvent sur certains guette mei ( Facebook en Normand) dont j'ai corrigé les fautes ah! ah! 
Que répondre?
1) Parler une langue régionale n'empêche pas d'apprendre le français correctement, bien au contraire! Il est parfois plus facile de voir pourquoi l'on fait des "fautes" de français quand on comprend qu'en fait il s'agit de voir d'où vient le français moderne en observant le vocabulaire et la grammaire  du normand ou d'autres langues régionales.
2) Les élèves en immersion bilingue sont aussi forts que les autres en français (résultats au bac de Bretons ou Basques bilingues) et aussi forts en langues étrangères. Retenons la leçon du linguiste Claude Hagège : "c'est plus facile d'aller d'une langue à l'autre plus tard quand on en sait deux ou plus précocement".
Mais cet éminent linguiste ne conseille pas d'apprendre l'anglais en primaire vu que, d'une part, "nous sommes environnés par l'anglais, de toute façon il y aura un rattrapage" et que d'autre part, "c'est un plus d'avoir appris une autre langue étrangère européenne très tôt, même peu employée, comme le grec, le roumain,...".
Peu enseignés en France, le portugais, l'arabe sont parlés par des millions de personnes (au Brésil pour le portugais et du Maroc à l'Égypte pour l'arabe mais aussi en France par les immigrés les plus âgés: leur culture linguistique n'étant pas reconnue, cela ne facilite pas forcément leur intégration.
3) En apprenant le normand, l'une des bases historiques de l'anglais moderne, l'élève découvre aussi que l'anglais a été directement "latinisé" par la langue normande: le latin est la racine de toutes les langues romanes dont le français mai le normand est issu directement du latin alors que le français s'est transformé (par exemple : le é latin devenu oué puis oua en français; le que ou ca devenu che ou cha).
4) La situation de multilinguisme est très fréquente dans le monde, en Afrique ou dans des pays européens aux langues minoritaires (Pays-Bas, Hongrie, Italie...), il n'y a guère qu'en France que la focalisation sur la langue nationale est si intense, allant jusqu'à la "dénicratie" linguistique qui prend ainsi le risque d'un véritable parricide linguistique!

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