Doit-on évoquer, désormais, une pulsion suicidaire chez les crânes d'oeuf qui conseillent l'actuel gouvernement dans son absence de vision stratégique pour l'avenir de l'industrie française?

L'entreprise ACPP, un fleuron du savoir-normand de l'industrie nucléaire connaît de sérieuses difficultés finanicères. L'entreprise est en redressement judiciaire avec un carnet de commandes plein... Cherchez l'erreur! Des investisseurs chinois sont même venus renifler la belle occasion normande...

ALERTE!

https://actu.fr/normandie/digulleville_50163/dans-la-hague-un-fleuron-industriel-joue-sa-survie_41331156.html

10092-210423204808210-24018263336483639753

Dans la Hague, un fleuron industriel joue sa survie…

Visés par un redressement judiciaire, les salariés de l'entreprise de chaudronnerie ACPP se mobilisent. Pour l'heure, aucune offre de reprise n'a été validée.

L’audience devant le tribunal de commerce a été reportée, « une bonne nouvelle » pour les salariés d’ACPP. (©Jean-Paul BARBIER)

Dans La Hague, l’entreprise ACPP, sous-traitant spécialisé en chaudronnerie nucléaire, est en redressement judiciaire. Vendredi matin, dans une ambiance morose, les délégués du personnel ont analysé les trois offres de reprise proposées. Mais aucune n’est, selon eux, pour le moment recevable. Récit d’une journée capitale.

À lire aussi:

8 h 30

« Non, ça ne va pas ! Comment ça pourrait aller ? » L’ambiance est morose dans l’entreprise ACPP, basée dans La Hague. Ce sous-traitant spécialisé dans la chaudronnerie nucléaire est en effet en procédure de redressement judiciaire depuis février. Jeudi, les offres finales de reprise ont été envoyées. 

« Aucune des trois n'est acceptable tant financièrement que socialement. La dernière attendue, proposée par un investisseur chinois, n'a pas été finalisée. Ils se sont retirés. »

Arnaud Vimond représentant CGT du personnel

Avec l’autre syndicat représenté, la CFDT, la décision est prise : il faut demander le report de la séance au tribunal de commerce de Rouen, programmée initialement mardi.

9 heures

De nombreux salariés sont déjà présents. Les discussions tournent autour des offres. « Je ne comprends pas qu’on soit dans cette situation, quand on voit les félicitations reçues des grands donneurs d’ordre. Ils sont où là ? », s’insurge un salarié. « Si aucune offre de reprise n’est recevable, c’est un huissier qui va venir mettre une chaîne sur la grille de l’entreprise, et c’est fini ! », raconte un autre.

« Pensez à vider vos casiers ce soir », ironise un dernier. La fermeture définitive, les 230 salariés de l’entreprise ne veulent pas y croire. Les piscines d’entreposage de la Hague, c’est eux. Plus récemment, les cuves des dernières centrales nucléaires construites à Flamanville ou en Finlande, c’est encore eux. Dans le monde, peu d’entreprises savent mener à bien ces chantiers complexes. « Il y a une vraie compétence, unique sur le territoire. Il y a du travail et des contrats à venir », assurent d’une même voix tous les salariés.

9 h 55

L’avocate engagée par les représentants du personnel, Maître Élise Brand, arrive. « Je vous félicite, il faut vous battre ! », les encourage-t-elle. La nouvelle tombe, le tribunal de commerce a accepté le report. Les investisseurs gagnent du temps pour mettre sur la table des offres plus acceptables. Les élus ont une semaine pour convaincre et débloquer les points de crispation.

« C’est une bonne nouvelle », se réjouit l’avocate.

10 heures

Les élus de La Hague et du Cotentin sont arrivés. Manuela Mahier, maire de La Hague, Benoit Arrivé, maire de Cherbourg-en-Cotentin et vice-président du Cotentin, ainsi que les maires des communes déléguées de Digulleville, Louis Cranois, et de Jobourg, Simon Cervantes, écoutent attentivement les salariés.

« Évidemment, on reste mobilisés. C'est inconcevable qu'une entreprise avec ce savoir-faire et cet historique puisse fermer. Ce sont des familles qui vivent ici, sur le territoire. Nous alertons, faisons remonter les informations le plus haut possible... Mais nous n'avons pas toutes les cartes en main. C'est l'État et les grands donneurs d'ordre qui ont les atouts dans leur jeu. »

Manuela Mahier  maire de la Hague

10 h 30

Les délégués syndicaux entament une réunion. Ils doivent étudier précisément chaque offre de reprise, déterminer la plus favorable et discuter plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). En parallèle, de plus en plus de soutiens arrivent. La musique résonne, le soleil brille et quelques rires fusent. Après plusieurs semaines de chômage partiel, les salariés d’ACPP sont heureux de se retrouver. « Vous vous rendez compte, ça fait 35 ans que je suis ici. Je suis embauché depuis mes 19 ans ! », explique un salarié.

« Il y a 230 emplois en jeu, il faut qu’on parvienne à mobiliser les commerçants, les habitants de La Hague. Car une fermeture aura un impact pour toute la commune… » Des délégués syndicaux d’Orano sont d’ailleurs présents. Les barbecues commencent à se mettre en route.

« Il y a une embellie économique dans le Cotentin, on recherche partout des tuyauteurs et soudeurs qualifiés, des compétences en chaudronnerie. Elles sont ici, et on voudrait fermer le site ? J'appelle à la mobilisation de l'État et de la ministre du Travail. »

Benoît Arrivé Vice-président de l'Agglo du Cotentin.

Bercy interpellé

Un mail a été adressé au ministère de l'Économie et des Finances, basé à Bercy, par les délégués syndicaux de la CFDT.

« Depuis 1977, date de sa création, ACPP est considérée comme un fleuron dans son secteur, contribuant au développement de l'excellence du nucléaire français. Nous nous interrogeons sur la volonté d'engagement, y compris des donneurs d'ordres, concernant cette filière. Pour notre part, il est inadmissible que l'avenir de ce savoir-faire soit entre les mains d'un tribunal de commerce. Nous trouvons intolérable que notre outil industriel soit mis à mal de cette façon. Nous comptons sur votre diligence pour mener toutes les interventions nécessaires afin de conserver ACPP. »

Un mail qui est pour le moment resté sans réponse.

13 heures

La réunion prend fin. « Nous avons essayé de voir les offres plus intéressantes. Il y en a une qui tient la route, avec des gens ouverts au dialogue social. Quelques points empêchent toutefois de faire monter le prix, nous travaillons à les lever, assure Maître Brand. Ce sont plutôt de bonnes nouvelles. » Dans la foule de salariés, on reste perplexe. « Il y aura quand même de la casse », soupire l’un d’eux. Dans le meilleur des cas, la moitié des salariés pourrait rester. Pour les autres…

« Il va falloir convaincre. Montrer notre savoir-faire, la valeur de notre atelier, détaillent les syndicats. Nous allons lancer les invitations dès la semaine prochaine. Cela commence à bouger, il faut qu'on continue. »

Des salariés de l'entreprise ACPP

Les salariés reprennent courage. « Il faut poursuivre les actions. Qu’est-ce qu’on fait lundi ? », demandent certains. Tous l’assurent, ils n’ont plus rien à perdre. Le combat ne fait que commencer…


 Commentaires de Florestan:

La Chapelle Darblay, Vallourec, Manoir Industries et maintenant ACPP... 

Franchement! ça commence à faire beaucoup pour la Normandie, une région qui fait encore 25% de son PIB dans l'industrie, une industrie normande, qui plus est, qui se situe sur des secteurs d'activités particulièrement sensibles si l'on devait raisonner en terme d'intelligence économique, de stratégie à long terme, de... maîtrise de souveraineté nationale (oh le vilain mot!!!):

L'énergie électro-nucléaire, le nucléaire militaire, l'aéronautique, l'automobile, la pharmacie sont les grands secteurs d'activité qui dominent et structurent l'industrie normande, ce sont tous des secteurs stratégiques essentiels pour l'avenir de la souveraineté française.

Le Conseil régional de Normandie sous la présidence d'Hervé Morin déploie une grande énergie depuis la réunification, il y a six ans, à construire et à mettre en oeuvre une politique d'intelligence économique sur la base territoriale normande: ce laboratoire normand, ayant fait ses preuves, est, dorénavant, déployé dans les autres régions françaises...

Or, ce déploiement par les conseils régionaux de politiques d'intelligence économique mieux adaptées aux réalités d'une véritable guerre économique à poursuivre pour maintenir à niveau notre industrie et, partant, notre capacité à rester maîtres de notre destin national déplaît fortement aux hauts fonctionnaires de la forteresse parisienne de Bercy et ce pour deux raisons:

1) C'est une concurrence institutionnelle et technique de la part des Régions qui remet en cause leur légitimité voire... leur compétence.

2) C'est aussi un choc culturel car les haut-fonctionnaires de Bercy baignent dans la culture financière de la fusion acquisition des entreprises au lieu de considérer l'industrie en tant que telle.

Compte tenu de l'urgence de la situation dans laquelle se trouve l'industrie française, on en viendrait presque à demander l'expérimentation suivante:

Que l'industrie redevienne un ministère à part entière avec une collaboration privilégiée avec le ministère des Armées.

On rappelle qu'avant de présider aux destinées de la Normandie, Hervé Morin fut ministre de la Défense sous le mandat de Sarkozy avec l'obligation difficile et contradictoire d'avoir à appliquer une politique comptable de coupes budgétaires sur notre appareil de défense militaire de notre souveraineté décidée par les crânes d'oeuf de Bercy:

A la tête de la Normandie, Hervé Morin savoure sa revanche politique et idéologique avec la possibilité d'agir enfin à l'opposé de Bercy tout en démontrant l'utilité, l'urgence mais aussi l'efficacité d'une politique publique de défense de l'industrie nationale en Normandie.

Cette question essentielle doit être tranchée en 2020 lors des prochaines élections présidentielles: la faillite de la vision financière des hommes de Bercy est totale. Il est urgent de faire l'inverse et le laboratoire normand permet d'entrevoir ce qu'il conviendrait de faire.


La Chapelle Darblay? Justement, parlons-en:

Capture d’écran du 2021-04-26 23-21-51

 

 

Et quid de l'avenir de l'ancien site Vallourec à Déville-les-Rouen?

Capture d’écran du 2021-04-26 23-26-00

Capture d’écran du 2021-04-26 23-26-31

thumbnail


 Voir aussi cet article publié sur le site de France Bleu Normandie au sujet des projets en lice pour donner un avenir industriel au site de Vallourec de Déville-lès-Rouen: il ne faudrait pas que l'option hydrogène fasse... pschitt! ou un... BOUM! plus retentissant!

https://www.francebleu.fr/infos/economie-social/2-pistes-possibles-pour-la-reindustrialisation-du-site-de-vallourec-a-deville-les-rouen-1619452010

Vallourec a annoncé la fermeture de son usine de Déville-lès-Rouen, spécialisée dans le traitement thermique de tubes en acier,  à l'automne dernier, l'activité a cessé le 25 mars et les 190 salariés doivent recevoir d'ici fin juin leur lettre de licenciement. Dans le cadre du plan de sauvegarde de l'emploi, un comité territorial s'est tenu ce lundi 26 avril réunissant à Rouen autour du préfet de Seine-Maritime, des élus locaux, des dirigeants et des syndicalistes de Vallourec.

L'un des points abordés était notamment la réindustrialisation du site. Deux entreprises se sont positionnées. La première offre émane de Samfi Invest, une société d'investissement basée à Caen qui possède le groupe de transports Malherbe. Elle propose deux types d'activités : le traitement thermique d'obus et la production d'hydrogène. La seconde offre provient d'une entreprise turque, ZN Cinko Rafineri, qui veut transférer sa production de lingots de zinc de l'Angleterre vers la France suite au Brexit. "Ce sont deux projets très différents", explique Philippe Quesnel, porte-parole de l'intersyndicale de Vallourec à Déville-lè-Rouen, "mais dans un cas comme dans l'autre ce sont des projets classés Seveso".

Les syndicats affirment ne pas avoir de préférence quant aux deux offres présentées mais Philippe Quesnel émet tout de même quelques réserves sur le projet Samfi : "Ce sont des gens honorables mais il ne faudrait pas qu'il y ait des personnes un peu moins fiables qui se cachent derrière cette vitrine, de façon à rafler simplement de l'argent - sous prétexte que l'Etat propose des aides dans le secteur de l'hydrogène - et que les projets n'aboutissent pas".

Selon le média normand d'investigation Le Poulpe,  l'entreprise est associée à un homme d'affaires à la réputation controversée, Franck Supplisson. L'homme aurait à son actif plusieurs reprises d'entreprises, qui se seraient soldées par des échecs.  Il est également convoqué prochainement devant la justice pour prise illégale d'intérêt et détournement de fonds publics lorsqu'il était président de l'agglomération de Montargis, dans le Loiret. 

Le projet de réindustrialisation ne verra pas le jour avant 3-4 ans

Hervé Morin, le président de la Région Normandie, qui participait ce lundi au comité territorial, affirme de son côté que Franck Supplisson n'est plus associé depuis ce week-end au projet de Samfi Invest. Il espère que les deux offres en lice seront finalisées à la fin du mois de juin. Quel que soit celui choisi, le projet de réindustrialisation ne verra pas le jour avant 3 ou 4 ans. Une perspective qui ne laisse donc aucun espoir aux employés de Vallourec de retrouver un emploi prochainement sur le site. 

31 salariés ont retrouvé un emploi : "une vingtaine dans la maintenance - un secteur porteur - et une dizaine a été embauchée par BASF", précise Philippe Quesnel. Une quarantaine de salariés part également à la retraite mais, pour les autres, l'avenir s'annonce sombre : "Le Covid risque malheureusement de faire d'énormes dégâts. Que ce soit pour des opérateurs de lignes, des techniciens, du personnel encadrant, il se passe très peu de choses. Ce qui amène forcément les salariés à avoir de grosses craintes pour leur avenir."


Commentaire de Florestan:

Après la mésaventure de Remade, une affaire de téléphones portables recyclés dans le Sud-Manche qui marchait très bien jusqu'à ce que son dirigeant fondateur prenne le melon et détourne cette belle réussite normande au profit d'un projet de haras personnel, on comprend que le président normand soit prudent avec certains hommes d'affaires à la réputation sulfureuse mais entre un projet de reprise normand (Samfi) et un projet de reprise... turc, vu le contexte géopolitique actuel, le choix est vite fait si l'on garde à l'esprit les priorités sinon les évidences d'une politique d'intelligence économique territoriale au service des intérêts de notre pays:

1) Favoriser le développement de la filière de l'hydrogène dans la vallée de la Seine normande pour préparer notre pays à la transition énergétique.

2) Eviter le déploiement sur notre territoire d'intérêts de pays étrangers qui nous sont notoirement inamicaux tant pour des raisons géo-politiques qu'idéologiques...

Le Préfet de région de Normandie devra trancher en dernier ressort avec l'assentiment de l'actuel gouvernement...

https://www.ouest-france.fr/normandie/rouen-76000/usine-vallourec-pres-de-rouen-un-projet-de-reprise-normand-un-autre-turc-d6dcf6c8-a6c1-11eb-b110-81d86e0b9b45

Usine Vallourec près de Rouen. Un projet de reprise normand, un autre turc

Quel plan de réindustrialisation pour l’usine de tubes en acier Vallourec, dont la fermeture est programmée en juin près de Rouen ? Deux groupes, l’un basé à Caen, Samfi Invest, et l’autre en Turquie, ZN Cinko, sont sur les rangs avec des projets bien différents.

D’un côté le groupe Samfi-Invest, une société d’investissement basée à Carpiquet (14) – possédant notamment les Transports Malherbe à Caen -, qui a choisi de se diversifier.

De l’autre, le groupe turc ZN Cinko spécialisé dans les lingots en zinc… Sans la présence, pour l’heure, des dirigeants des deux groupes intéressés par une reprise du site rouennais de Vallourec, qui doit fermer en juin, c’est le cabinet Alixio, chargé de sa réindustrialisation qui a présenté ce lundi 26 avril 2021 les offres des deux candidats, en préfecture de Seine-Maritime à Rouen.

Selon Paul Potvin, secrétaire du CSE, membre de l’intersyndicale Vallourec, « les deux candidats investiraient 120 millions d’euros. Samfi Invest mettrait en place une centrale à hydrogène sur le site, destiné à l’alimentation en énergie des navires, camions, et plus tard des véhicules légers ». Alain Samson, le patron du groupe normand, a sans doute en tête sa flotte de 3 500 camions qui pourrait rouler à l’hydrogène.

Quant au groupe turc ZN Cinko, « il déclinerait à Déville ce qu’il fait déjà en Turquie : la fabrication de lingots en zinc destinés à la production de gouttières, de plaques…, précise Paul Potvin. L’idée, à partir de la Normandie, est d’alimenter l’Europe mais surtout les marchés internationaux ». Dans les deux cas de figure, renchérit le secrétaire du CSE, "150 à 200 emplois seraient concernés mais pas avant trois ans au bas mot. Ce qui veut dire que les salariés actuels de Vallourec sortent des rangs, clairement, et qu’il faut les accompagner vers les meilleures solutions ».

L’enjeu de l’environnement

L’intersyndicale porte plutôt son choix vers l’offre turque, même si elle est étrangère. « C’est la seule, et c’est assez exceptionnel, qui propose de reprendre l’intégralité du site, de l’usine à la voie ferroviaire pour aller jusqu’au port de Rouen, note Paul Potvin. Pour Samfi, c’est moins clair, notamment pour la voie ferroviaire ».

Présent ce lundi en préfecture, le maire de Déville-lès-Rouen, Dominique Gambier, ajoute « qu’il faudra regarder de près l’impact sur l’environnement, entre nécessité d’un stockage d’hydrogène ou non dans le cas de Samfi, classement potentiellement Seveso pour le stockage de minerais avec le groupe turc… » A noter que Vallourec se réserve la possibilité de trouver un autre repreneur pour le site, hors des délais liés à la loi Florange. Une nouvelle réunion se tiendra courant juin en préfecture à Rouen.


Et Manoir Industries?

Retour sur ACPP... Car cette "pépite normande" pour parler comme Hervé Morin fait partie du groupe Manoir Industries qui connaît de graves difficultés financières...

https://www.ouest-france.fr/economie/industries/manche-le-groupe-manoir-industries-sombre-dans-l-indifference-a4eca32e-a74e-11eb-8b3a-563714af0f8f

Capture d’écran du 2021-04-27 23-49-31

Manche. Le groupe Manoir Industries sombre dans l’indifférence

Manoir Industries, c’est plus de 1 100 salariés. Ce groupe de métallurgie, référence en matière de nucléaire, de pétrochimie, d’offshore ou d’aéronautique, pourrait voir disparaître des centaines d’emplois.

En deux jours, les salariés d’ACPP, filiale du groupe Manoir Industries installée à Digulleville (Manche), ont provoqué un gros bazar à l’embauche chez deux de leurs principaux donneurs d’ordres. D’abord, en bloquant les accès d’Orano ; ensuite, en fermant, hier, la principale entrée de Naval Group Cherbourg.

Deux entreprises au sein desquelles ces métallos de pointe avaient leurs habitudes depuis 1977 – ils ont notamment construit les piscines de stockage d’Orano (comme les piscines de la plupart des EPR du monde). Mais aujourd’hui, comme cinq des six branches de la maison mère, placées en redressement judiciaire, ACPP redoute la fermeture.

« Manoir, c’est un Florange, ou un Continental, ou deux Whirlpool, relaie Élise Brand, l’avocate du CSE. Et les dossiers sont dissociés dans différents tribunaux de commerce, c’est une volonté politique de ne pas avoir sur les bras un seul dossier avec autant d’emplois en jeu. » La dilution évite l’effet psychologique de la masse. N’empêche. Pour l’Ouest, une catastrophe s’annonce.

« Le carnet de commandes est plein »

Inscrite au barreau de Caen, la plaideuse est féroce. Une image de bête noire du patronat lui colle à la robe. En Normandie, les affaires Mont Blanc (2007), biscuiterie Jeannette (2013), abattoirs AIM (2015), c’est elle. Et, dans les manifs, elle donne autant de la voix que les salariés qu’elle défend. À Cherbourg, hier, elle a tambouriné à la porte de la sous-préfecture afin d’obtenir audience pour les ACPP, gain de cause au bout des poings.

Elle pointe : « Pour tout le groupe, le savoir-faire est quasi unique en France. Les entreprises ont juste besoin d’être gérées différemment, car, notamment pour ACPP, le carnet de commandes est plein. » Comment expliquer le paradoxe ? « L’actionnaire unique (un fonds d’investissement hongkongais) de Manoir a vidé la trésorerie des entreprises », dénonce Jean-Michel Houllegatte, sénateur PS de Cherbourg. Ajoutons à cela un outil de production vieillissant, la mise en sommeil depuis Fukushima de l’énorme marché des EPR indiens sur lequel comptait ACPP : voilà comment un fleuron peut disparaître.

L’espoir réside aujourd’hui dans la volonté politique de tranquilliser d’éventuels repreneurs, notamment via le plan de relance du gouvernement, qui apporte des aides aux entreprises qui investissent. En visite à Cherbourg, Geoffroy Roux de Bézieux, le patron du Medef, a promis de sensibiliser Bruno Le Maire sur la question. Il y a urgence. Avant la mi-mai, les tribunaux de commerce trancheront.


 

Commentaire de Florestan:

Raison de plus de lancer le projet d'un second EPR normand à Penly pour ne pas perdre définitivement la main sur une technologie de pointe française qui faisait autrefois l'admiration du monde entier.