Billet de Florestan:

Ce 5 mai 2021, il était possible de commémorer le bicentenaire de la mort "d'un grand homme" comme l'a dit Beethoven après avoir biffé de colère jusqu'à en trouer son papier à musique le nom de "Bonaparte" sur la première page du manuscrit autographe de sa symphonie numéro 3 dite "Eroïca"...

Napoléon Bonaparte est l'un des géants de notre histoire française et européenne et c'était "l'Histoire sur un cheval" comme l'a dit, avec admiration, le philosophe allemand Hegel. Une grande histoire avec une grande armée, un fleuve chariant le pire mais aussi le meilleur non pas dans l'ordre du petit, du mesquin ou de l'insignifiant mais dans l'ordre de la grandeur. 

Napoléon c'est, à la fois, la description scientifique et encyclopédique de l'Egypte et l'abominable retraite de Russie. C'est, à la fois, la géniale campagne militaire d'Italie ouvrant à des Italiens enthousiastes la voie aux idées nouvelles ou la libération de la Pologne opprimée et la tragique et épouvantable "petite guerre" d'Espagne ou l'erreur politique du rétablissement de l'esclavage aux Antilles. C'est, à la fois, nos grandes écoles, notre université, nos lycées, nos institutions, l'égale dignité et liberté entre l'homme et la femme dans le code civil, la paix religieuse retrouvée et l'apothéose autoritaire du centralisme parisien commencé par les rois Bourbons et poursuivi par les Jacobins de la Révolution. C'est le franc Germinal, la naissance de l'industrie et de la science modernes et l'absurde blocus continental de l'Europe contre le commerce anglais qui va ruiner nos entrepreneurs et nos ports normands...

Bref! L'Histoire est toujours plus complexe et plus grande que les mémoires parfois concurrentes qui en résultent et dans la grande geste de Napoléon il y a autant à admirer qu'à abhorrer avec, néanmoins, une fascination universelle qui nourrit le mythe depuis la mort du Prométhée corse sur son rocher de Saint-Hélène, à savoir:

l'extraordinaire énergie et intelligence de cet homme, portées par des circonstances non moins extraordinaires au sommet d'un volcan en éruption: la grande nation française forte de quelques 22 millions d'habitants qui va déferler sur l'Europe continentale et au-delà...

Alors oui, aujourd'hui on aura plus que jamais le célèbre mot de Cambronne pour tous ces mesquins qui veulent tout déboulonner ou tout déconstruire pour mettre notre histoire à la poubelle...


 Le hasard fait toujours très bien les choses!

Il y a deux jours, a été retrouvé à Lisieux l'un des cinq aigles impériaux en bois doré qui se trouvaient dans la chapelle ardente dressée aux Invalides à Paris en 1840 sur ordre de Louis-Philippe 1er pour le retour des cendres de Napoléon 1er en France...

https://www.facebook.com/parisnormandie/

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Alors que la France commémore aujourd'hui le bicentenaire de la mort de Napoléon, le sous-préfet de Lisieux vient de retrouver, en Normandie, une sculpture que tout le monde pensait perdue...


 On lira, ci-après une excellente mise au point faite par l'historien Thierry Lentz sur le lien entre Napoléon 1er et la ville de Rouen, histoire de moucher définitivement  le jeune freluquet que vous savez...

https://www.francebleu.fr/infos/culture-loisirs/quand-les-cendres-de-napoleon-remontaient-la-seine-et-traversaient-rouen-1620143554

Il y a 200 ans, le 5 mai 1821, Napoléon Bonaparte décédait à Sainte-Hélène. Rouen et la Normandie se souviennent du retour des cendres, 19 ans plus tard. Le cercueil de l'empereur avait changé de bateau à Val- de- la- Haye près de Rouen, avant de remonter vers Paris.

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Emmanuel Macron commémore ce mercredi le bicentenaire de la mort de Napoléon sur l'île de Sainte-Hélène, le 5 mai 1821. 200 ans après son décès la figure de l'empereur passionne et divise toujours. "Vivant il a manqué le monde, mort, il le possède"  écrivait Chateaubriand. Lors du retour du corps de Napoléon, 19 ans plus tard en 1840, le bateau qui le ramenait a remonté la Seine entouré d'une foule immense. A hauteur de Val de la Haye près de Rouen le cercueil changea de bateau pour rejoindre Paris. En 1844 une colonne a été érigée sur place pour se souvenir de l'événement, avec un aigle aux ailes repliées, symbolisant la fin du vol de l'Aigle.

Ce retour des cendres "a été un très grand événement" racontait sur France Bleu Normandie Thierry Lentz, historien et directeur de la Fondation Napoléon. "Un grand événement d'ailleurs qui a pris un peu tout le monde par surprise, parce que le bateau qui revenait de Sainte-Hélène avait pris beaucoup d'avance. Ce qui fait que pas grand chose n'était prêt au moment où le bateau est arrivé. Mais on a quand même réussi à décorer plusieurs bateaux qui devaient remonter la Seine jusqu'à Paris. Et c'est à Val de la Haye que les cercueils de l'empereur ont été transférés sur un bateau qui avait un nom assez original, la Daurade, et qui a donc ensuite remonté la Seine devant des milliers, probablement même des centaines de milliers de personnes, où les vieux soldats avaient revêtu leur uniforme où les plus jeunes étaient menés par leurs parents et leurs grands-parents. Ca été un très grand événement populaire".

C'est à Val de la Haye que les cercueils de l'empereur ont été transférés. Thierry Lentz

La statue de Napoléon devant l'hôtel de ville de Rouen est actuellement en restauration. A l'automne 2020 le maire de Rouen Nicolas Mayer Rossignol a annoncé son souhait de la déplacer ensuite vers un autre endroit pour mettre à la place une figure féminine comme Gisèle Halimi. Une concertation doit être menée. Thierry Lentz avait réagi:  "Cette statue était là depuis 150 ans  et je pense que les raisons qui avaient été avancées par le maire étaient un peu surprenantes. Je ne sais pas ce qu'a fait Gisèle Halimi pour Rouen, mais je ne pense pas qu'elle ait été très active dans cette ville. Alors que Napoléon a contribué à son développement économique. Il y est venu plusieurs fois. Il a permis la construction de ponts. Il a permis par les commandes publiques de relancer les filatures. Donc on ne peut pas dire qu'il n'avait rien fait pour Rouen".


Dans le gazouilli suivant, la députée du Havre, Agnès Firmin Le Bodo se souvient du célèbre mot du Premier consul Bonaparte sur notre vallée de la Seine alors qu'il inspectait, en novembre 1802, le port du Havre:

Mais comme vous le savez, nous pensons que Bonaparte avait bien tort de confondre un grand port de commerce maritime avec un port militaire sachant que dès qu'il y a des relations tendues avec l'Angleterre c'est le début de sérieux ennuis pour la Normandie et les Normands... L'actualité à Jersey nous le rappelle encore!

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 Retour, enfin, sur une polémique dont notre époque plutôt minable a le triste secret...

https://www.20minutes.fr/nice/2866727-20200921-nice-sort-statue-napoleon-declenche-duel-fleuret-mouchete-entre-christian-estrosi-maire-rouen

Nice : Le sort d'une statue de Napoléon déclenche duel à fleuret moucheté entre Christian Estrosi et le maire de Rouen

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SUR TWITTER En proposant de « récupérer » une statue de bronze de Napoléon, le maire de Nice a provoqué l’ire de son homologue socialiste

  • La statue de l'empereur devant la mairie de Rouen a été déboulonnée... pour partir en restauration.
  • Le maire de Rouen lance une consultation pour envisager d'installer à son emplacement une figure féminine.

En proposant d’offrir l’asile à la statue rouennaise de Napoléon, le maire de Nice a déclenché l’ire de on homologue de Rouen. Un épisode en quatre actes qui a débuté samedi après-midi avec un tweet sur le compte de Christian Estrosi.

« La ville de Nice, membre du réseau Ville Impériale, propose de la récupérer pour son espace public si la consultation en cours à Rouen n’aboutit pas à sa réinstallation dans cette ville », lançait l’élu sur le réseau social.

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Gisèle Halimi à la place de Napoléon-Ier ?

Le maire de Nice réagissait à la consultation, lancée par la mairie de Rouen, sur l’opportunité de réinstaller devant l’hôtel de ville la statue équestre de l’empereur. Une œuvre en bronze de Vital Gabriel Dubray, de 4 t et 5 m de haut, déboulonnée et envoyée en Ile-de-France pour une restauration qui doit durer un an. Le maire socialiste de Rouen avait fait savoir qu’il souhaitait y voir trôner une figure féminine, comme Gisèle Halimi.

Au lendemain du tweet de Christian Estrosi, Nicolas Mayer-Rossignol réplique : « Il n’a jamais été question de se séparer de la statue de Napoléon, nous la restaurons pour plus de 100.000 euros. Plutôt que polémiquer, travaillons à l’égalité F/H [femme/homme] dans l’espace public. A Nice, Rouen et ailleurs, tant reste à faire. »

Troisième acte : le maire de Nice s’autosatisfait

« Rouen incarne plus que d’autres villes la grande histoire de France, histoire que les Niçois ont choisi de rejoindre librement en devenant Français par référendum il y a 160 ans, relance Christian Estrosi. Je suis heureux pour notre grande communauté de destin et pour les Rouennais que mon offre vous permette de confirmer que la statue de Napoléon gardera la place qu’elle mérite. »

Et son homologue normand de rétorquer à nouveau : « Vous me répondez Napoléon et Histoire de Nice il y a 160 ans, quand je vous parle d’égalité femme/homme et d’avenir. Tant pis. Pourtant l’enjeu de la place des femmes dans l’espace public me paraît autrement plus important que ces vaines polémiques que vous tentez d’entretenir. »


 

Revenons, cependant, sur la cérémonie officielle de ce mercredi 5 mai 2021 devant la colonne du Val-de-la-Haye sur le bord de la Seine, en aval de Rouen:

Cette cérémonie placée sous haute surveillance policière était présidée par le préfet de région Pierre-André Durand, en présence d'Hervé Morin, président de la Normandie, de Jérôme Chaïb en charge du Souvenir napoléonien en Seine-maritime et d'un certain nombre d'élus locaux: l'absence du maire et président de la métropole de Rouen, Nicolas Rossignol a été remarquée...

Dépôt d'une gerbe de fleurs au nom du conseil régional de Normandie par Hervé Morin.

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Lettre du discours prononcé par Jérôme Chaïb, dont le texte a été écrit par les services de la préfecture de région: de quoi le préfet ou le gouvernement qu'il représente en Normandie ont-ils peur? Peur des déconstructeurs d'une certaine gauche?

Discours Jérôme Chaïb (1)

Discours Jérôme Chaïb (2)

Lire les analyses proposées par ce communiqué du Cercle Normand de l'Opinion:

 

COMMEMORER, C’EST ASSUMER TOUTE L’HISTOIRE

 

Ce 5 mai 2021, les plus hautes autorités de la Région ont rendu hommage à l’Empereur au pied de la Colonne Napoléon du Val-de-la-Haye, là où fut débarqué le cercueil de l’exilé de Sainte-Hélène pour être transbordé sur un bateau fluvial remontant vers Paris.

Cérémonie sobre et digne qui, bien entendu, a relégué les jérémiades des pourfendeurs de la légende noire de Napoléon Bonaparte au rang de clapotis médiatiques d’une petite caste ignare voulant « déconstruire » notre histoire.

 La figure de Napoléon Bonaparte est telle que nous nous dispenserons d’en énumérer les mérites, les défauts, la gloire, l’héritage, le retentissement. Personnage le plus connu de l’histoire de France, notamment à l’étranger, il est trop grand pour être affecté par des critiques anachroniques qui se permettent de le juger selon les critères de notre époque. Laissons les historiens évaluer sa météorique présence dans l’histoire de la France et de l’Europe et arrêtons-nous (trop brièvement) sur un chapitre de l’histoire normande que nous intitulerons : « Napoléon 1er et la Normandie ».

Contrairement aux monarques qui l’ont précédé sur le trône de France, Bonaparte, le Premier consul, et Napoléon 1er, l’Empereur, est venu plusieurs fois en Normandie.

Et pas en voyages d’agrément !

Rouen, Louviers, Cherbourg, entre autres villes, furent des étapes des visites industrieuses du maître de la France d’alors. Visites de manufactures, entretiens avec les notables, élaboration de projets grandioses, comme à Cherbourg où il donne une impulsion décisive à la réalisation de la rade protégée (commencée, faut-il le rappeler, sous Louis XVI) : Napoléon savait impulser, comme il savait choisir ses préfets, dont certains ont laissé leur nom dans les fastes de nos chefs-lieux de département.

D’autres chefs d’État ont depuis visité la Normandie (nous pensons à Napoléon III, à certains Présidents des IIIe, IVe et Ve Républiques) : ils ont suivi la trace de l’Empereur et, comme lui, se sont intéressés à l’économie de la Normandie, au travail des Normands. En cela, on peut dire que Napoléon 1er fut le premier homme d’État moderne sachant évaluer le labeur des hommes et se soucier de l’aménagement du territoire.

Cette fulgurance dura quinze ans et ce, dans un contexte de guerre généralisée, déclenchée, faut-il le dire, par d’autres.

Et l’on s’étonne que nos ancêtres de décembre 1840 soient venus par centaines de milliers pour voir passer à Rouen, puis tout le long de la Seine normande, le bateau fluvial qui ramenait le cercueil de l’Empereur vers sa dernière demeure, l’Hôtel des Invalides, « au bord de la Seine, au milieu du peuple français qu’il avait tant aimé ».

 

Cercles C.N.O. de Rouen – Rive droite et Rouen - Rive gauche, le 6 mai 2021