Billet de Florestan:

Voici une affaire qui pourrait prêter à sourire mais qu'il faut considérer avec sérieux sinon avec inquiétude...

Des grands gamins jouent avec notre Histoire en faisant de la reconstitution historique une occupation ludique à ce point envahissante qu'ils en viennent à  escalader les murailles vénérables d'un monument historique public de notre patrimoine dans le but d'ôter le drapeau normand qui, d'ordinaire, flotte fièrement à son sommet.

On le sait, la motte du château de Gisors qui garde la frontière normande du bon côté du Vexin, subit régulièrement les assauts plus ou moins délirants des prospecteurs d'un soi-disant trésor des Templiers qui y serait enterré depuis la condamnation du grand maître Jacques de Molay par l'impitoyable Philippe IV le Bel... On connaît la suite de l'histoire qui nous fut autrefois bellement contée à la télévision quand cette dernière était un authentique service public.

Mais pour lors, nous avons affaire du côté de Gisors avec ce que l'Histoire peut inspirer de pire si l'on met à part quelques séries saturées d'anachronisme sur Netflix, à savoir:

Un carnaval pour grands gamins mythomanes fascinés par des légendes et des idéologies douteuses alors que la Normandie est la fille aînée de l'Histoire depuis ses origines, à Saint-Clair-sur-Epte, non loin de Gisors...

Sur l'Etoile de Normandie, nous apprécions à juste titre et à leur juste valeur toutes les initiatives de plus en plus nombreuses, sérieuses et documentées de reconstitutions historiques ou d'archéologie expérimentale qui participent d'un vaste mouvement d'éducation populaire à l'Histoire et à la culture historique qui permet au grand public et aux jeunes générations de se réapproprier un récit historique qui n'est pas ou qui n'est plus enseigné ou transmis dans le cadre scolaire ou académique tel qu'il fonctionne actuellement:

Ce mouvement parti des pays anglo-saxons dans les années 1960 -1970, précédé de quelques premières expériences d'archéologie expérimentale en Allemagne, Danemark ou Angleterre dès les années 1920, ne se développe qu'aujourd'hui en France au prix d'une lutte pour une certaine reconnaissance intellectuelle et scientifique de la part d'autorités académiques françaises plus que méfiantes notamment pour des raisons stupidement idéologiques. En clair: ceux qui s'adonnent à la reconstitution historique sont forcément des abrutis identitaires d'extrême droite.

Il est évident que l'exemple du parc à thèmes historiques du Puy-du-Fou fondé par Philippe de Villiers et qui, aujourd'hui, jouit d'une réputation internationale pour la qualité et la rigueur historique des spectacles présentés, aura pu alimenter un préjugé inutilement négatif à l'encontre de ce qu'il est désormais convenu de nommer "l'histoire publique" (public history) depuis un colloque international réuni sur ce sujet au Mucem de Marseille en octobre 2015...

Bref! l'histoire publique en général et la reconstitution historique en particulier sont des activités sérieuses et utiles à l'éducation de nos concitoyens, tout particulièrement en Normandie qui est La région du patrimoine historique en France.

En conséquence, nous espérons que la gendarmerie de Gisors fera bonne chasse à ces crétins de pseudo-templiers à qui nous demandons la restitution de notre drapeau normand qu'ils se sont autorisés le droit de voler:

Nous avons donc décidé de prendre cette affaire au sérieux car elle touche au symbolique car lorsque le symbolique devient dérisoire c'est le début de la fin.


 

https://actu.fr/normandie/gisors_27284/eure-le-vol-du-drapeau-normand-au-chateau-de-gisors-revendique-par-de-mysterieux-templiers_41859038.html

Eure. Le vol du drapeau normand au château de Gisors revendiqué par de mystérieux « Templiers »

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Les auteurs du 1er vol ne s'étaient pas contentés de repartir avec le drapeau hissé au sommet du donjon. Ils l'avaient remplacé par celui des Templiers et le revendiquent en vidéo.

C’est une affaire qui dévoile par épisodes toute son ampleur.

Alors que Ville de Gisors, dans l’Eure, a récemment dénoncé publiquement le vol répété et mystérieux du drapeau normand qui flotte au sommet de son donjon médiéval, un fait important avait alors été omis.

À l’occasion de l’un des premiers vols constaté début avril 2021, les agents municipaux avaient en effet découvert un autre fanion hissé au sommet du château de Gisors, à la suite d’une intrusion nocturne.

Les auteurs du vol avaient alors remplacé le drapeau normand par celui des Templiers. Au petit matin, un drapeau blanc flanqué d’une croix rouge stylisée était observable de tous.

Pas de publicité

Préférant ne pas faire la publicité de cette opération, la municipalité de Gisors avait choisi de relater uniquement le vol de son drapeau normand.

C’était sans compter sur la publication d’une vidéo sur les réseaux sociaux qui revendique l’action d’un groupe mystérieux se réclamant de l’ordre des Templiers.

On y découvre une opération nocturne se dérouler avec un mot d’ordre : la « reprise de Gisors par l’ordre du Temple ».

L’action semble avoir été bien préparée, puisque l’un des auteurs est aperçu sur une échelle confectionnée à partir de bois et de ficelles, grimpant jusqu’au sommet de l’édifice.

Plusieurs auteurs différents ?

La fin de la vidéo donne plusieurs éléments de réponse, avec ce message :

L'Ordre du temple souhaite racheter pour un euro symbolique ce bien spolié jadis. Nous avons déjà commencé à nous établir en dressant notre étendard à la place de celui de l'usurpateur.

Rappelons qu’historiquement, le château de Gisors appartenait à l’ordre moyenâgeux des Templiers, fondé au temps des croisades et constitué de moines soldats missionnés pour protéger les pèlerins chrétiens qui cheminaient alors vers la terre sainte.

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Les auteurs démentent par ailleurs dans la description de leur vidéo tout acte de vandalisme, constaté à l’occasion d’un vol plus récent :

Nous condamnons tout acte de vandalisme qui aura dégradé nos murs et nos portes, nous sommes passés par delà les murailles à deux reprises sans laisser derrière nous traces de notre passage.

Une précision qui laisserait à penser qu’une ou plusieurs autre(s) équipe(s) aurai (en) t procédé aux vols ultérieurs de drapeaux.

Une conclusion en forme de défi

Les concepteurs de la vidéo concluent celle-ci par une formule qui laisse penser à l’hypothèse d’un canular :

Nous condamnons également le retrait de nos couleurs ; les seules à mériter ce Donjon. Si elles flottent une semaine durant sur notre fief, nous vous restitueront alors les votre à travers une grande chasse au trésor.

La blague ne fait en tout état de cause par rire la municipalité de Gisors, puisque les vols répétés des drapeaux ne sont pas neutres financièrement pour la commune.

Pour l’heure, l’identité des auteurs de ces actions nocturnes reste inconnue et une plainte a été déposée par la Ville auprès de la gendarmerie.

Reste que cette action vient épaissir un peu plus encore le mystère demeurant autour du château de Gisors et de l’histoire des Templiers.

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