A la veille du premier tour des élections régionales normandes, le 20 juin 2021, parlons enfin un peu de culture ou, plus précisément du bilan culturel de la première mandature régionale de la Normandie réunifiée présidée par Hervé MORIN.

Nous avons déjà dit amplement tout le bien que nous pensions du bilan globalement positif du président régional sortant car ce bilan, dans les grandes lignes et sur le sujet essentiel du développement économique, est un bilan authentiquement normand.

Mais, la culture est aussi essentielle que l'économie pour donner du sens et du rayonnement à un territoire, tout particulièrement en Normandie puisque notre région fut dès les années 1830 le laboratoire français de la patrimonialisation et de l'invention du tourisme culturel..

Or, force est de constater que ce bilan culturel de la mandature Morin est quelque peu mitigé et ce pour deux problèmes fondamentaux qu'il serait urgent de solutionner à l'occasion d'une seconde mandature normande après les prochaines élections.

Ces deux loups de six années de flou artistique et culturel en Normandie sont les suivants:

1) Le choix clair et courageux de privilégier la valorisation de la culture régionale (qu'elle soit spécifiquement normande ou celle authentiquement créée et pratiquée par les Normands) par rapport à la culture en région subventionnée suivant les prescriptions nationales du ministère de la Culture n'a pas été fait au risque de ne faire de la Normandie et de son extraordinaire héritage patrimonial, culturel, artistique et historique qu'un prétexte, un fond de décor et au risque de ne faire du conseil régional qu'un robinet à subventions pour des formes et des discours culturels et artistiques parfois teintés d'une idéologie que l'on peut retrouver partout ailleurs en France et à l'international et qui n'a aucun lien avec la Normandie.

2) Le pilotage des politiques culturelles du conseil régional est resté flou car l'élue du conseil régional qui prend la lumière régulièrement sur les sujets culturels normands non sans talent et compétence (le problème n'est pas la) ne peut être celle qui est en charge concrètement de mettre en oeuvre ces politiques culturelles régionales pour des questions institutionnelles de non-cumul des mandats. En clair, Mme Catherine Morin-Desailly est, à la fois, conseillère régionale et sénatrice de la Seine-maritime. Elle fut, jusqu'à une date récente, présidente de la commission de la culture, de l'éducation et de la communication du Sénat ce qui pouvait être utile à nos affaires culturelles normandes mais être représentante de la Nation dans l'une des deux chambres du parlement empêche d'être en charge d'une fonction exécutive dans une collectivité territoriale. C'est la raison pour laquelle on a l'impression qu'il y a deux vice-présidences à la culture au conseil régional de Normandie: l'officielle exercée à présent par Patrick Gomont, le maire de Bayeux et l'officieuse exercée par Madame Morin-Desailly.

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Cette situation générée par une loi anti-cumul plutôt inepte qui déracine la représentation nationale de son terrain n'est pas idéale et elle est une source d'embrouilles alors que nous avons besoin d'affirmer une politique culturelle normande puissante pour enraciner en profondeur le sentiment d'appartenance à la Normandie après plus de cinquante années de division de l'espace vécu normand.

Autre point urgent à éclaircir d'urgence ou, plutôt, à confirmer:

Faire de la politique de sauvegarde, de protection et de valorisation du patrimoine normand une politique spécifique et autonome: le patrimoine normand est le substrat indispensable au déploiement des politiques touristiques et culturelles normandes.

Ainsi, s'il doit y avoir deux vice-présidences au conseil régional en charge de ces sujets, il en faudrait une pour la culture et une autre pour le patrimoine...


 Ci-après, on vous propose de prendre connaissance d'une lettre circulaire officielle envoyée récemment à tous les acteurs de la vie culturelle normande par la présidence sortante du conseil régional de Normandie, lettre signée d'Hervé Morin, de Patrick Gomont et Catherine Morin-Desailly avec nos commentaires critiques:

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 A lire sur le site Relikto, les déclarations des principales têtes de liste aux élections régionales normandes sur la question des politiques culturelles:

Une vision instrumentale domine ainsi que celle du droit à une offre culturelle dont on se garde bien de définir par trop les valeurs, la signification, les éléments faute de vouloir trancher clairement la question fondamentale qui ouvre ce billet en titre: culture régionale ou culture en région?

https://www.relikto.com/sebastien-jumel-nous-voulons-une-region-qui-place-la-culture-et-le-patrimoine-au-coeur-de-la-vie-des-habitants/

https://www.relikto.com/catherine-morin-desailly-les-droits-culturels-doivent-etre-un-reflexe/

Pour Mélanie Boulanger, la Normandie culturelle est "trop marquée par l'Histoire" (sic!)

https://www.relikto.com/melanie-boulanger-il-faut-valoriser-lancien-et-se-projeter-dans-une-culture-du-futur/

https://www.relikto.com/laurent-bonnaterre-je-souhaite-consolider-le-reseau-et-co-construire-avec-les-territoires/


 Culture régionale ou culture en région?

A la lecture de la statistique suivante, le choix semble clair: en terme de financement, la culture en région sur prescription nationale parisienne est territorialement très inégalitaire. L'affirmation de politiques publiques authentiquement régionales s'avère urgente!

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