Billet de Florestan:

Manifestation des pêcheurs de la Manche à Caen (de la gare Sncf à la préfecture en passant par le bassin Saint-Pierre) contre les éoliennes marines, samedi 19 juin 2021 de dix heures à midi. 400 personnes: pêcheurs Picards, Normands et Bretons venus ensemble protester contre l'absurdité des éoliennes et demander un moratoire à la construction imminente de six parcs éoliens marins (Dunkerque, Le Tréport, Fécamp, Courseulles, Barfleur, Saint-Brieuc).

Un slogan aperçu dans la manifestation:

"Quand on aime la Normandie, on ne bétonne pas ses prairies, on ne fore pas la mer pour du vent!"

Reportage.

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Pour l'Etoile de Normandie, j'étais sur place ainsi que dans la manifestation avec un grand drapeau normand sur sa hampe!

Et je vous prie de croire que des drapeaux normands il y en avait aussi et beaucoup car les pêcheurs Normands sont venus du Tréport (bien pavoisés et bien voyants bézots compris...) Ceux de Dieppe aussi. Il y avait aussi ceux de Dives, de Ouistreham, Courseulles, les Portais étaient là aussi nombreux ainsi que ceux de Grandcamp: ils avaient tous au moins un drapeau normand par groupe mais, effectivement, les pêcheurs bretons de la baie de Saint-Brieuc (Saint Cast, Erquy notamment) ont fait masse... Comme d'habitude!

Mais comme les pêcheurs normands étaient venus soutenir leurs collègues bretons de la baie de Saint-Brieuc en mai dernier au démarrage des premiers travaux de forage du parc éolien, il était normal de voir les pêcheurs bretons venir à Caen pour faire de même: avouons tout de même que cette solidarité régionale entre pêcheurs Normands et Bretons est plutôt réjouissante!

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Les bézots du Tréport ont fait grande impression...

Arrivé devant la gare vers 10h00 avec mes léopards flottant au vent, j'ai même servi de guide à un groupe de pêcheurs bretons avec leur gwen ha dû qui étaient perdus: c'était la première fois qu'ils venaient à Caen. Je leur ai dit: "vous allez à la manif? Suivez-moi! Suivez le drapeau normand!"... Alors on s'est mis en marche: un drapeau normand devant et cinq ou six gwen ha du qui suivaient derrière groupés... Les automobilistes nous regardaient, certains klaxonnaient amusés ou surpris de voir la Normandie et la Bretagne processionner ensemble sur le trottoir.

Mes pêcheurs bretons étaient de bonne humeur. "Bienvenue en Normandie! c'est la première fois que vous venez ici?" Nous avons parlé de la dureté du granit qui avait endommagé la foreuse hollandaise d'Iberdrola dans la baie de Saint Brieuc. J'ai évoqué l'impact des futurs parcs éoliens dans la baie de Seine sur la pêche à la coquille. On a réussi à éviter le match sur la coquille Saint Jacques pour savoir laquelle était la plus savoureuse...

"Pour une fois, Normands et Bretons sont ensemble pour lutter contre un ennemi commun, les éoliennes". Bonne humeur en effet et l'inévitable finit, bien entendu, par arriver: "Bon pour le Mont Saint Michel, c'est promis on vous laisse tranquille aujourd'hui." "Vous faites bien! Concentrez donc plutôt vos efforts pour remettre le château des ducs en Bretagne!" Approbation générale...

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Je laisse mon groupe de Bretons faire ce qu'ils savent faire de mieux: rejoindre d'autres Bretons. Sur le parking de la gare Sncf, côté Rives de l'Orne, j'avise un ou deux drapeaux picards avec leurs fleurs de lys qui avait fait croire à un commentateur de BFMTV à l'époque des manifs de Gilets Jaunes, qu'il s'agissait d'un drapeau de l'extrême-droite royaliste... Des pêcheurs venus du Crotoy avec leurs amis normands du Tréport. Beaucoup de journalistes, de caméra, presse régionale et nationale: les journalistes tournent autour de Sébastien Jumel présent en écharpe tricolore et en baskets convers avec d'autres élus de sa sensibilité. "Je suis là avec mes copains pêcheurs de Dieppe pour les défendre." Jumel était entouré de drapeaux normands...

Je cause cinq minutes avec lui pour évoquer le plan Hercule qui menace EDF et la gabégie financière qui est le vrai vent qui fait tourner les éoliennes. Il me dit que ce qui se passe en ce moment est très grave: "ce sera l'un des sujets importants de la prochaine présidentielle". On peut, d'ores-et-déjà, dire que c'est le sujet qui a, enfin, donné de l'énergie à une campagne qui n'en avait pas et qui peut cristaliser le vote pour les régionales en Normandie: le sujet a littéralement explosé à la veille du premier tour...

A quelques mètres derrière Sébastien Jumel et son groupe d'écharpes tricolores, se tenait Michel Onfray en baskets et gabardine noire ouverte qui écoutait une Tréportaise visiblement heureuse de le savoir physiquement présent dans la manifestation: "merci d'être là pour mettre de la visibilité à notre mobilisation." Michel m'a salué et m'a invité à cheminer avec lui. Nous avons passé en revue les urgences politiques du moment. Notamment celle-ci: l'effrayant décalage entre la réalité et l'idéologie. Nous avons évoqué le rapport des forces politiques en Normandie, le bilan d'Hervé Morin, un bilan authentiquement normand, la tentative avortée d'Edouard Philippe de peser sur le débat électoral normand en obligeant Morin à fusionner avec Bonnaterre pour faire du futur président normand un obligé. Onfray: "Morin est malin..." Nous nous sommes aussi inquiétés de l'arrivée en Normandie d'un certain politiquement correct diversitaire made in USA lorsque nous sommes passés devant le site de la future tour "signal" de 90 mètres de haut qui sera construite pour le millénaire de Caen d'ici 2023. Nom de la tour, on vous le rappelle: "Rosa Parks!" Quel lien avec la Normandie?

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La manifestation dans un nuage de fumigènes rouge et bleu s'est ensuite arrêtée, quai Vendeuvre  au bord du bassin Saint-Pierre pour saluer les chalutiers venus s'y amarrer la veille avec un feu d'artifice improvisé. La tréportaise nous a alors retrouvés après que Michel eut été accaparé par des journalistes. Nous poursuivîmes notre marche ensemble: "Le Tréport? C'est l'une des plus belles débarques de France. Il y a des chefs étoilés de Paris qui viennent là chercher leurs poissons. Avec les éoliennes ce sera terminé." Michel écoutait longuement et posait des questions. 

En marche, rue de Bernières, nous croisâmes Dimitri Rogoff, le président du comité régional des pêches de Normandie. Notre discussion aborda alors les deux sujets qui attaquent la barque de nos pêcheurs tant sur tribord que sur bâbord: le Brexit d'un côté et les éoliennes de l'autre.

J'ai dit à M. Rogoff qu'il avait bien du mérite et du courage à toujours essayer de temporiser pour éviter le pire et pour permettre de négocier tout ce qu'il y a à négocier. Il m'avertit qu'il faut faire attention. Les hommes sont inquiets, à bout de nerfs, ils ont investi dans de nouveaux bateaux et que c'est un peu la double peine. J'aborde le sujet du Brexit et de Jersey en regrettant le gâchis actuel alors qu'il y a un même bassin maritime avec une richesse et une qualité halieutique exceptionnelles, celui du golfe normano-breton et un même type de pêche: une pêche artisanale soucieuse de la ressource.

Je regrette la fin des accords de la baie de Granville. Et pour évoquer les îles anglo-normandes, je dis alors ceci: "Les querelles de famille sont les pires. Tout cela c'est une querelle dans une cousinade!". Dimitri Rogoff réagit alors vivement: "Oui tout cela a existé mais cela n'existe plus. En 1839, lors du premier traité de partage des zones de pêche on parlait de la "mer commune". Jusqu'à la Seconde guerre mondiale, les habitants de Jersey et de Guernesey vivaient avec nous, parlaient le français ou le patois normand, prenaient femmes chez nous pour éviter la consanguinité (sic!). Puis avec le traumatisme de l'occupation allemande qui fut très dure, avec les enfants qui sont partis se réfugier en Angleterre, il y a eu une rupture: après la guerre les enfants sont revenus plus Anglais que Normands et se sont lancés dans la finance."

Je rétorque: "Vous brossez un grand tableau mais vous le brossez un peu trop rapidement. C'est vrai qu'il y a eu une forte anglicisation notamment à Jersey mais vous savez qu'à Guernesey le Brexit se passe mieux et, récemment, on a observé dans les îles un regain d'intérêt pour la culture locale normande, on réapprend le jerriais dans les petites écoles, le droit normand est toujours présent notamment à Guernesey et des liens économiques et culturels ont été renoués entre les îles et la Normandie continentale. C'est précieux! il ne faut pas casser ça!"

Rogoff: "Désolé! mais vous êtes trop romantique, ce dont vous parlez n'existe pratiquement plus. Je vous l'accorde, à Guernesey, ça se passe mieux mais c'est aussi parce qu'ils savent que leur électricité vient de Flamanville. Mais à Jersey avec le Brexit certains ont sombré dans un nationalisme au petit pied notamment Don Thompson, le patron du comité des pêche de Jersey qui, d'ailleurs, n'est pas Jersiais mais... Australien! Il faut avouer qu'ils ont peur: nous avons 250 bateaux alors qu'ils n'en ont que 50..."

Je réponds: "Je ne suis pas d'accord avec vous sur tout. Notamment vous caricaturez la situation au sujet des liens culturels et historiques entre les îles et la Normandie. Je vous dis simplement que le Brexit et ses conséquences néfastes sur la pêche risquent de mettre à mal un processus de réveil normand qui était en cours dans les îles et de retrouvailles avec la Normandie continentale. Vous le savez mieux que moi: les accords de la baie de Granville ont été possible y compris un projet d'éco-label pour valoriser ensemble le homard bleu. Je déplore que l'on jette en ce moment par dessus bord tous ces acquis."

Michel Onfray, accaparé par un micro revient en notre compagnie. Nous discutons de son projet de recréer une université populaire du goût et de la culture en Normandie dans son village natal à Chambois dans l'Orne: l'alignement des planètes est parfait. Tous les élus soutiennent le projet, d'Hervé Morin au nouveau maire de la nouvelle commune qui s'appelle d'un nom bizarre: "Gouffern-en-Auge". On dit bien tous les élus: Michel me raconte alors sur un ton amusé comment il a été approché, sans vergogne, par une certaine Nathalie Goulet qui lui a proposé une aide financière. Onfray: "Je n'accepte pas d'argent sale". Goulet: "mais tout argent est sale". Onfray: "alors dans ce cas, on le fera sans argent." On évoque, rapidement, le sort du magnifique donjon de Chambois qu'il faudrait restaurer pour le rendre accessible au public et l'associer d'une façon ou d'une autre au projet de Michel... L'objectif est de faire venir les gens à Chambois, en faire une destination culturelle au coeur de cette Normandie rurale si éloignée du littoral et pourtant si belle.

On évoque enfin un dernier sujet qui tenait à coeur à Michel: la situation tragique dont tout le monde se contrefout dans le Haut- Karabagh arménien. Michel était à l'automne dernier en Arménie et a fait le voyage de Stépanakert ville arménienne terriblement meurtrie par une guerre éclair et sordide menée par l'Azerbaïdjan avec le soutien actif de la Turquie d'Erdogan avec l'emploi, à titre expérimental, de nouvelles armes notamment des sous-munitions "sales" c'est-à-dire infestées de virus pour tuer les gens dix à quinze jours plus tard s'ils avaient eu la grâce de survivre à leurs blessures... Au Moyen-âge, les Turcs balançaient des cadavres de pestiférés derrière les murs pour en finir avec le siège d'une ville. Nous sommes, de nouveau, au Moyen-âge.

Arrivés sur la petite pelouse devant la préfecture, Un journaliste travaillant pour la webTV de la revue "Front Populaire" me propose de prendre la parole: j'explique que les éoliennes sont aussi une atteinte grave à l'intégrité esthétique de la Normandie, cette région qui a inventé en France dès les années 1830 le tourisme culturel et sa contemplation esthétique des paysages , du littoral et des monuments historiques de Bernadin de Saint-Pierre aux peintres Impressionnistes en passant par Arcisse de Caumont. "En Normandie, on a inventé l'enracinement de l'âme humaine sur un territoire." Me voilà définitivement romantique en considérant qu'on ne saurait rendre compte de la totalité d'un enjeu politique en le limitant qu'à ses seuls aspects objectifs, techniques, juridiques ou financiers.

Justement, à la carre de la préfecture devant le cordon carapaçonné des CRS, je rencontrais un architecte de Paris venu avec sa femme: il est l'administrateur de la très suivie page Facebook "Ensemble pour un littoral maritime français sans éoliennes."

https://www.facebook.com/groups/198162760944926/

Notre échange roule sur la prise de conscience à faire monter chez les Français qu'il y a un monumental pacte de corruption institutionnel qui permet de financer à fonds publics perdus et pour un prix garanti du kwh largement supérieur au prix "spot" du marché européen de l'électricité, une filière française de l'éolien qui n'existe pas et qui ne profite qu'à des promoteurs du foncier ou à quelques affairistes opportunistes ou financiers étrangers.

Nous passons en revue tous les aspects du problème éolien, notamment celui de l'intermittence des éoliennes qui oblige de les coupler à une production d'énergie électrique stable, sécurisée et pilotable. En l'état actuel il n'y en a que trois: le charbon, le gaz et le nucléaire. Comme les écolos daubent le nucléaire malgré son bilan carbone plus que flatteur, on fait tourner les éoliennes avec le soutien du gaz (par exemple, ouverture d'une centrale au gaz à Landivisiau en Bretagne) ou du charbon (par exemple, en Allemagne). "Les Verts ne sont pas à une contradiction près: côté face ils détestent Poutine. Côté pile: ils sont bien heureux de profiter du gaz russe pour faire tourner les éoliennes sans avoir recours au nucléaire." Cherchez l'erreur!

Mais dans l'écologie et la défense de l'environnement, il n'y a pas que Les Verts, fort heureusement: les associations "Robin des bois" et, plus récemment, "Sea Shepperd" jusqu'alors assez hostile aux pêcheurs, soutiennent la mobilisation des pêcheurs contre les éoliennes marines.

J'évoque la cristalisation de l'opinion publique sur le sujet des éoliennes: "les gens prennent, en ce moment, conscience que le sujet des éoliennes est passablement plus compliqué et paradoxal que voudrait nous le faire croire le bourrage de crâne médiatique et institutionnel..."

Avant de rentrer chez moi, drapeau normand sur la hampe dans les rues du centre-ville de Caen jusqu'à la station du tramway, je rencontre, pour finir, un petit groupe de pêcheurs de Grandcamp-Maisy qui quittaient la manifestation alors que les présidents des trois comités régionaux des pêches présents étaient reçus par Monsieur le préfet du Calvados... On parle ensemble du dernier projet éolien marin en date affigeant notre littoral normand: un parc éolien au large de Barfleur. Un pêcheur: "C'est complètement con ce projet. C'est même dangereux. On est tout près du rail pour accéder au port du Havre. C'est aussi là qu'on met au mouillage les cargos du rail de la Manche quand il y a une grosse tempête. C'est une zone refuge. N'importe quoi!"

Et de conclure: "la mer est pleine! Ils croient que c'est un espace vide où il n'y a rien et personne. Ils se trompent totalement."

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Voir aussi:

https://www.francebleu.fr/infos/agriculture-peche/des-centaines-de-pecheurs-manifestent-a-caen-1624098864

https://france3-regions.francetvinfo.fr/bretagne/cotes-d-armor/eoliennes-en-mer-les-pecheurs-bretons-et-normands-manifestent-ensemble-a-caen-pour-demander-un-moratoire-2143300.html

Bien entendu, le journaliste breton de Ouest-France n'a voulu voir que ce qu'il voulait voir:

https://www.ouest-france.fr/normandie/caen-14000/normandie-des-centaines-de-pecheurs-dans-les-rues-de-caen-contre-l-implantation-d-eoliennes-en-mer-e10f91f8-d0da-11eb-a168-4ce97855ea12

"Des Bretons dans le défilé

A cette foule calme et déterminée de pêcheurs normands se sont adjoints des pêcheurs bretons, eux aussi concernés par l’implantation de parcs éoliens au large de leurs côtes. Le Gwenn ha du (drapeau caractéristique de la Bretagne à bandes horizontales noires et blanches, parsemé de mouchetures d’hermine) flotte au-dessus des manifestants en compagnie du drapeau normand (aux deux léopards sur fond rouge)."

J'y étais! C'est totalement faux! puisqu'il y avait même une danse conjointe entre drapeaux bretons normands volant bien au-dessus de la tête des manifestants! L'ambiance était bon enfant: il y avait de la fierté régionale dans la foule mais aucun chauvinisme. On était tous là pour s'opposer à un ennemi commun: l'ogre éolien, dernier avatar de la financiarisation de nos biens communs!

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Enfin, on lira avec intérêt, le beau témoignage suivant, celui d'un pêcheur normand de Courseulles-sur-mer:

https://frontpopulaire.fr/o/Content/co553784/on-ne-se-laisse-plus-faire-a-caen-les-pecheurs-partent-en-guerre-contre-l-e

« On ne se laisse plus faire ! » A Caen, les pêcheurs vent debout contre l’éolien marin.

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ENTRETIEN. Pêcheur artisan professionnel à Courseulles-sur-Mer, Philippe Calone est le patron du bateau de pêche « Le Surcouf ». Il manifestera ce samedi à Caen avec d’autres pêcheurs normands contre la construction de parcs éoliens offshore

Front Populaire : La manifestation de ce week-end fait suite aux rassemblements de Saint-Brieuc du 7 et 29 mai. Quel est le sens et l’objectif de cette marche ?

Philippe Calone : Nous demandons un moratoire sur l’implantation d’usines éoliennes offshores du fait que le rapport bénéfice-risque n’est pas connu. Si le moratoire ne nous est pas accordé, nous continuerons à résister à tout prix à l’implantation de ces éoliennes telle qu’elle se fait aujourd’hui. Les travaux ont déjà commencé sans l’accord des pêcheurs artisans qui font des sacrifices et réduisent leurs quotas de pêche chaque année. Il n’y a pas assez d’études écologiques ou économiques pour connaître les effets à long terme de cette construction.

FP : Dans votre communiqué de presse, vous évoquez la « responsabilité de transmettre aux générations futures une planète avec des ressources alimentaires préservées. » Qu’entendez-vous par là ?

PC : Nous parlons d’un projet industriel colossal, descendant à 30 mètres de profondeur. Le peu de retours d’expérience que nous avons laisse présager une diminution de 20 à 40% des ressources de nos mers. Ils vont ravager la zone, comme ils l’ont fait notamment en Angleterre. Entre la pêche artisanale, la pêche industrielle, et maintenant les éoliennes, la côte est surchargée.

FP : La France s’est embarquée dans une campagne pour augmenter radicalement sa production d’électricité renouvelable en mer d’ici 2028. Est-ce une démarche que vous soutenez ?

PC : Nous soutenons le développement des énergies renouvelables, mais nous pensons que, en l’état, nous agissons sans savoir où l’on va. Nous nous demandons quels bénéfices apportera l’exploitation à grande échelle d’éoliennes en France métropolitaine, notamment sur le changement climatique, puisque notre production d’énergie électrique est déjà décarbonée à 97%. De plus, nous n’avons pas encore de connaissances exhaustives et chiffrées des risques environnementaux, sociaux, économiques et culturels.

FP : Les intérêts des pêcheurs artisans normands sont-ils compatibles avec les préoccupations écologiques ?

PC : Non seulement compatibles, mais elles sont aussi et surtout essentielles à la vitalité de notre secteur d’activité.  C’est justement une préoccupation écologique qui nous pousse à manifester samedi, nous avons l’impression de jouer aux apprentis sorciers avec les moulins à vent. Nous cherchons toujours à produire en minimisant notre impact. Et si l’impact d’une action est plus important que le bénéfice, il ne faut pas le faire. Dans le cas des éoliennes offshores, c’est plutôt négatif au niveau de la balance. L’idée de la manifestation de demain, c’est que l’on ait tous notre mot à dire.

FP : Êtes-vous soutenus par les acteurs de la pêche industrielle dans votre opposition aux éoliennes offshores ?

PC : Nous n’attendons aucun soutien de la pêche industrielle, nos relations sont très tendues. Très clairement, nous sommes en guerre contre eux. Ils nous ont volé beaucoup de droits de pêche que nous ne pouvons pas récupérer, ils nous mettent en difficulté, ils pêchent sans contrôle et sans peser. Chaque année, il y a de la surpêche, et c’est à nous de réduire nos quotas.

Maintenant, c’est terminé, on ne se laisse plus faire !