A la Ferté-Macé (Orne), les bonnes soeurs s'en vont... Les gourous arrivent! Ouvrez vos chakras mais surtout votre portefeuille...

Michel Onfray, le philosophe normand que l'on ne présente plus s'inquiète de la disparition de notre civilisation occidentale fondée sur le christianisme avec pour conséquence la nécessité de conduire une vie d'adulte dans une société humaine qui refuse d'assumer quoique ce soit surtout lorsqu'il s'agit de définir un tant soit peu des limites, une identité, un projet, une transcendance, une espérance. Aux jardins d'autrefois bien ordonnés pour le meilleur mais aussi pour le pire, ont succédé des friches nihilistes et des jachères parfois impénétrables où les herbes de l'antique morale judéo-chrétienne sont devenues folles. Ne plus savoir mourir faute de ne plus savoir pour quoi vivre...

Les citoyens sont devenus des mitoyens qui ne se supportent plus guère et la personne humaine et devenue une matière individuelle vivante, une "monade" qui se prépare à fusionner avec tous les artifices de la science pour acquérir un surcroît d'être et de puissance: illusion que tout cela et qui finira en tragédie comme toutes les illusions humaines.

Dans un entretien donné au Figaro en 2015, Michel Houellebecq notre plus grand romancier contemporain et qui a pris ce nom de plume en souvenir d'une enfance normande, nous disait ceci: "J'ai l'impression au contraire qu'au milieu d'un continent qui se suicide, la France est l'un des seuls pays à se battre désespérément pour survivre. (…) Il y a un suicide plus général qui est celui de l'Occident, suicide économique, démographique et surtout spirituel, et si ce discours parle à mon narrateur, c'est parce qu'il évoque la réelle impossibilité de vivre sans Dieu."

https://www.lefigaro.fr/livres/2015/01/06/03005-20150106ARTFIG00138-michel-houellebecq-l-occident-se-suicide.php

Autrefois, il n'y a pas si longtemps, de grands récits religieux, spirituels ou politiques, expliquaient le monde et la réalité pour donner un sens à toute une vie humaine reliée à l'humanité et au monde. Aujourd'hui, il ne s'agit que d'optimiser un développement "personnel" comme on le ferait d'une machine ou d'un moteur pour en améliorer les performances.

Pour reprendre une image célèbre de Geroges Bernanos, dans le combat de la France contre les robots, les robots semblent l'avoir emporté... Définitivement?

Car le christianisme (ici dans sa version catholique romaine) est en phase terminale dans la France profonde: Emmanuel Todd a même parlé, il y a peu, des "cathos zombies". On préfère évoquer ici l'autre grand philosophe normand, Marcel Gauchet, qui dans son essai sur "le désenchantement du monde" (1985) avait diagnostiqué la fin du christianisme au profit d'un individualisme sans foi ni loi puisque le christianisme dans son essence même était la religion qui permettait la sortie de la religion au nom de la liberté de conscience.

Ces cinquante dernières années, on a cru que la substitution du religieux cultuel par l'évenementiel culturel pouvait masquer l'effondrement civilisationnel du fait religieux chrétien. Mais depuis quelques temps, la lucidité de Houellebecq se vérifie: de nombreuses âmes désolées errent à la recherche d'un sens donner à la vie dans le rythme trépidant de nos grandes métropoles modernes qui, désormais, lassent et inquiètent davantage qu'elles n'amusent ou qu'elles n'enivrent pour fuir la réalité, du moins, pour celles et ceux qui ont les moyens financiers et sociaux de jouir de cette illusion de liberté. L'écrivain Philippe Muray nous a, d'ailleurs, proposé la critique féroce de cet "homo festivus" qui fuit toute véritable raison de vivre en se vidant la tête dans l'illusion d'une fête permanente...

https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Muray

Et c'est dans les friches foncières et immobilières de notre Normandie rurale et profonde que certains, certaines, expérimentent, en les bricolant avec des moyens intellectuels et culturels appauvris, les formes sociales qui prétendent prendre la place du christianisme catholique dans un contexte de forte concurrence avec d'autres traditions religieuses et spirituelles tel que l'Islam par exemple... La Nature a horreur du vide!

Après avoir ici rendu compte et critiqué ici d'une expérience plutôt étrange pour ne pas dire davantage d'accueillir des partouzes naturistes pour cadres parisiens surmenés dans un manoir de l'Avranchin pendant le confinement et la crise sanitaire du Covid...

http://normandie.canalblog.com/archives/2020/11/22/38666501.html

Voici qu'un centre de développement personnel et de chamanisme (avec massages, yoga, danse et tutti quanti...) va remplacer un ancien couvent de bonnes soeurs dans de beaux bâtiments du XIXe siècle situés dans le centre de la petite ville de la Ferté-Macé:

https://actu.fr/normandie/la-ferte-mace_61168/a-la-ferte-mace-l-ancien-couvent-va-devenir-centre-de-spiritualite-et-d-art_42716907.html

A La Ferté-Macé, l'ancien « couvent » va devenir Centre de spiritualité et d'art

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Vacant depuis le départ des Sœurs de la Miséricorde en 2017, le bâtiment du 65, rue de la Victoire à La Ferté-Macé (Orne) devrait bientôt revivre grâce à deux thérapeutes.

Construit au milieu du XIXe siècle pour un fabricant de tissu, le bâtiment du 65, rue de la Victoire à La Ferté-Macé (Orne) a accueilli à partir de 1928 la congrégation des Sœurs de la Miséricorde.

Depuis leur départ voilà près de 4 ans, ce patrimoine, qui comprend un bâtiment de 600 m2, une chapelle et 1 500 m2 de terrain, cherchait un repreneur.

« Quand on a visité le site avec l’agence immobilière fin 2020, après avoir vu une petite annonce, on a tout de suite eu le coup de cœur pour ce lieu en plein centre-ville mais protégé. C’était une évidence pour nous », confie Nicolas Mauran, 48 ans, thérapeute énergéticien depuis 16 ans, qui partage sa vie avec Alice de France, 26 ans, thérapeute, conseillère en image par le vêtement (relooking).

Nicolas et Alice, qui se sont rencontrés lors d’une retraite silencieuse, sont installés à La Ferté-Macé depuis 3 ans.

« Habitués à louer des lieux pour y organiser nos propres stages et retraites, nous souhaitions pouvoir développer le nôtre, à notre image et répondant à nos besoins, ceux des clients et d’autres thérapeutes, explique Nicolas.

En nous installant en Normandie, nous cherchions un lieu avec une certaine âme, pas forcément à La Ferté. Nous avons notamment visité une abbaye dans le Cotentin

Nicolas Mauran

Un projet rêvé

Alors qu’il a signé pour l’instant le compromis de vente pour cet ancien « couvent », le couple travaille sur son projet depuis début 2021.

« Le Centre cœur que nous souhaitons créer se veut pleinement dédié au travail intérieur afin de grandir ensemble humainement, artistiquement et spirituellement. Il a vocation à garder sa dimension de cocon, mais aussi à s’ouvrir à celles et ceux qui le souhaitent pour cheminer ensemble à l’unisson, à cœur ouvert ».

Concrètement, on pourra y retrouver les activités suivantes : yoga, chamanisme, massages, lithothérapie, cercles de parole, jeûne, musique, chant, danse, peinture, céramique, mais aussi des conférences, séminaires, concerts, expositions « afin d’ouvrir les portes du centre à un public plus large et probablement plus local ».

« Dans nos rêves, le centre Cœur pourrait ouvrir ses portes pour l’été 2022, estime Nicolas. D’autres thérapeutes viendront proposer des stages et des retraites. Des artistes et art-thérapeutes pourront s’y ressourcer, s’inspirer et profiter de l’atmosphère particulière du lieu, tout en l’enrichissant de leur propre énergie de création ».

Des transformations

Seulement, d’ici là, des travaux de rénovation et de transformation vont être nécessaires.

« Nous n’allons pas opérer de grands changements architecturaux au sein du bâtiment. Il s’agit plutôt d’une protection et d’une restauration du patrimoine actuel, à laquelle viendront s’ajouter quelques besoins propres à notre activité comme l’ajout de plusieurs douches » explique le couple.

Le bâtiment principal comprendra : au rez-de-chaussée, une cuisine équipée avec accès au jardin et une grande cave, deux salles à manger, un salon verrière ; aux 1er et 2e étages, 13 chambres d’une à deux à personnes et un accès au balcon supérieur de la chapelle au 1er étage.

Le changement majeur sera la transformation du grenier actuel de 150 m2 en une immense salle de travail modulable. « Des ouvertures seront créées afin d’apporter plus de lumière et pouvoir profiter de la vue en hauteur sur le lac et la campagne environnante ».

L’autre changement important sera la conservation de l’ancien lavoir qui sera rafraîchi « mais gardera un effet vieilli, dans son jus. Cet espace sera l’atelier d’artistes et dans le grenier du lavoir, nous installerons un dortoir pour un petit groupe de 5 à 8 personnes ».

La chapelle privative de 60 m2 à l’acoustique magnifique sera utilisée pour des séances de chant ou musicales. Dans le jardin, une dépendance sera transformée en salle de shungite.

Financement participatif

En parallèle, des travaux de mises aux normes et d’isolation devront être engagés.

« Ce projet permet de réhabiliter le couvent qui est un bien patrimonial important de cette ville et de le protéger de promoteurs immobiliers prompts à le découper en petits appartements, soulignent Alice et Nicolas. Economiquement, le centre vivra grâce à la location : les thérapeutes et artistes pourront louer le lieu pour le nombre de jours qui leur plaît et accueillir leur groupe de stagiaires, leur résidence d’artistes, pendant la durée de la location. Tout le matériel nécessaire sera mis à disposition : tapis de yoga, sono, zafus, cuisine équipée, internet, vidéo projecteur, atelier d’artiste et son matériel ».

Aussi, aujourd’hui, alors que son projet est bien ficelé, le couple lance une campagne de financement participatif via le site Ulule.

« Avec cette collecte de fonds en ligne, on souhaite augmenter notre mise de départ pour rassurer les banques et obtenir plus facilement un prêt. Elles sont beaucoup plus frileuses depuis le début de la crise du covid-19 pour soutenir les projets autour de l’accueil de public. Une fois la somme réunie, les travaux pourront commencer ». Prudents, Alice et Nicolas se sont fixé plusieurs paliers pour engager ou non les différentes étapes. « On espère pouvoir collecter entre 20 000 et 80 000 €. Bien entendu, les donateurs pourront bénéficier de contreparties quand le centre sera ouvert » note Nicolas Mauran.

Pour participer au projet : https://fr.ulule.com/centre_coeur_ancien_couvent/. Contact : contact@centrecoeur.fr.