L'Etoile de Normandie vous signale la parution dans les pages du Monde (25 juin 2021)  de cette analyse tout à fait pertinente de Patrick Roger  qui s'en prend, non sans raison, à la complexité du mille feuille territorial d'une décentralisation qui reste inachevée hésitant entre régionalisation, déconcentration et recentralisation:

Depuis la Révolution française, la centralisation parisienne qui s'est employée à dominer des localismes sans véritables moyens propres, se montre incapable d'organiser autre chose de plus efficace et,quand vient, enfin, le moment historique lancé par le Général de Gaulle de recréer un échelon intermédiaire entre le local et le national pour retrouver l'énergie positive de la responsabilité et de l'autonomie pour la société civile française, le mouvement de décentralisation est contraint de bricoler une réalité que le jacobinisme avait cru bon d'éradiquer au nom de l'unité nationale: cette réalité c'est la région.

Mais l'idée régionale faute d'être vraiment prise au sérieux a été méprisée ou totalement défigurée lorsque la géographie fonctionnelle et constructiviste des aménageurs s'en est emparée pour découper, décentraliser, superposer, empiler ou fusionner à leur guise territoires et institutions selon des critères souvent politiciens étrangers à l'intérêt général des habitants.

Force est de constater que la loi NOTRe de 2015 qui a tenté de spécialiser les compétences des collectivités territoriales en privilégiant le conseil régional, n'a fait qu'aggraver les choses en raison d'un massacre territorial de nos régions, à la notable et heureuse exception de la Normandie, on ne le dira jamais assez!

Résultat: entre la commune et l'Etat central, entre le maire et le président de la République, la démocratie représentative de la 5ème République, propose quelques 500 000 mandats d'élus pour décider des politiques publiques selon des compétences et des finances dissimulées dans un maquis réglementaire de plus en plus complexe qui fait fuir le plus courageux des citoyens électeurs: faute de savoir clairement qui fait quoi avec quels moyens sur quel territoire, cette complexité génère de la perplexité et de la méfiance donc de l'abstention chez des citoyens électeurs amateurs pour qui la démocratie n'existe qu'un ou deux dimanches tous les cinq ou six ans.

La France héritée de Louis XIV, de Robespierre et de Napoléon, n'est pas la Suisse de Madame de Staël où existe une démocratie participative authentique mettant concrètement en oeuvre les principes de subsidiarité et de souveraineté populaire sur des bases territoriales pertinentes..

Bien entendu, la région et ses réalités sont les premières victimes de cette chienlit institutionnelle, le rédacteur de l'article à lire ci-après, le démontre au point d'admettre du bout des lèvres que seules les régions ayant une "légitimité historique" ou les "régions identitaires" se trouvent relativement épargnées par la méfiance dégoûtée et mélancolique des Français pour les urnes de leur République.

Avec sa réunification réussie, la Normandie qui dispose d'une légitimité historique évidente pour devenir une région identitaire dont on peut être fier doit être l'heureuse exception!

Le Monde, 25 juin 2021

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Cette tribune parue dans Le Monde a provoqué l'envoi par l'Association des régions de France, du communiqué de presse suivant:

https://regions-france.org/actualites/actualites-nationales/fusion-regions-arretons-denigrement/

Fusion des Régions: arrêtons le dénigrement !

La dernière note de l’Institut des Politiques Publiques intitulée : Fusion des régions : quels effets perceptibles par la population ? vient à point nommé déconstruire certaines idées reçues à la peau dure. Elle tord le cou aux trop nombreuses critiques formulées ces derniers temps contre les Régions qui seraient trop éloignées du territoire et vis-à-vis desquelles nos concitoyens n’éprouveraient pas de véritable sentiment d’appartenance.

L’étude démontre pourtant que dans les Régions fusionnées, le sentiment de bien-être de la population a eu tendance à augmenter. Elle vient également démontrer que la fusion des régions a contribué à faire baisser le taux de chômage. Et elle met en lumière les compétences accrues et le dynamisme en matière de développement économique des Régions.

Après la note de l’institut Montaigne: Régions : le renouveau de l’action publique ?[1]“Régions de France se félicite que des études sérieuses et indépendantes démontrent que les régions ont su tirer le meilleur parti d’une réforme au bien-fondé initial très discutable.

Ces études attestent que les Régions, qu’elles résultent ou non d’une fusion, se positionnent aujourd’hui comme des acteurs incontournables de la modernisation de l’action publique au plus près des préoccupations de nos citoyens.

Commentaire de Florestan:

Des doutes sérieux persistent sur la viabilité de le néo-région dite du "Grand Est"...


 S'il y a un territoire et un enjeu qui illustrent jusqu' la caricature cette chienlit institutionnelle et politique évoquée plus haut c'est bien le GRAND PARIS!

Lire la tribune suivante, publiée, elle aussi dans Le Monde avec, parmi les premiers signataires, le nom du géographe Jacques Lévy...

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