Un proverbe normand dit toute la vérité nécessaire: "le mauvais temps c'est le temps qui dure trop longtemps" et ce mauvais temps pluvieux qui dure depuis plus de quinze jours désormais s'ajoute au mauvais temps d'incertitude de la météo du Covid et ses variants annoncés désormais pour chaque lettre de l'alphabet grec: de quoi perdre son latin et sa patience lorsqu'il faut planifier sur plusieurs mois, voire plusieurs années le développement d'une activité économique aussi dépendante des aléas de la météo du ciel comme celle des hommes: le tourisme partage en cela la même part de risques et la même fragilité structurelle que l'agriculture...

Or on sait que l'agriculture et le tourisme sont les deux plus belles mamelles de la vache à lait normande...

Mais la lecture de l'article suivant (Ouest-France) nous apprend qu'en raison de l'année 2020 passée à craindre le Covid dans les confinements, les métiers de service dans le tourisme, l'hôtellerie et la restauration ont perdu leur capacité à recruter des salariés: il faut dire que pendant des années, la question pourtant essentielle d'entretenir le vivier d'une main d'oeuvre bien formée, bien payée et respectée n'a pas été, franchement, la priorité des professionnels du secteur (sauf exceptions vertueuses) qui ont l'habitude d'avoir de conduire leurs affaires la tête dans le guidon.

La triple crise actuelle (météo pourrie, covid et crise du recrutement) est l'occasion de révisions déchirantes et, espérons-le, une opportunité pour les plus intelligents et les plus dynamiques de proposer un service touristique plus innovant et plus qualitatif au moment où la destination normande est de plus en plus découverte et appréciée pour son authenticité en tant qu'alternative aux bronze culs du Sud qui ne font plus autant recette qu'auparavant.

https://www.ouest-france.fr/normandie/deauville-14800/pour-les-hotels-et-les-restaurants-normands-la-situation-est-catastrophique-a4651342-e0cd-11eb-9183-446ef03157c0

Pour les hôtels et les restaurants normands, « la situation est catastrophique »

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Pour Yann France, président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih) dans le Calvados, l’absence de personnel doit inciter l’ensemble des acteurs du tourisme à réagir.

Manque de candidatures dans les centres de formation, coût élevé des logements sur la côte ou reconversions professionnelles après l’arrêt des activités… Le secteur du tourisme est « en danger », selon Yann France, président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih) dans le Calvados et gérant du restaurant La Flambée à Deauville.

Quelle est la situation actuelle des hôteliers et restaurateurs normands ?

C’est très simple : la situation est catastrophique en Normandie. Mais ce n’est pas nouveau. La tendance se confirme année après année. Des restaurants vont être obligés de fermer pendant un ou deux jours, il n’y a pas d’autre choix. On travaille en effectif réduit, on ne peut pas doubler nos équipes. C’est le même constat sur toute la côte, de Cherbourg-en-Cotentin (Manche) à Honfleur (Calvados).

Comment envisagez-vous cette saison estivale ?

Il est déjà trop tard pour certains professionnels, on ne pourra pas trouver une solution de dernière minute. Il n’y a aucune main-d’œuvre disponible. On le voit très bien lorsque l’on organise des sessions de recrutement. On n’intéresse pas grand monde. Il va falloir se remettre en question dès maintenant. Le travail en horaires décalés, souvent tard le soir, ne convient plus aux jeunes générations.

L’avenir du secteur est-il en danger ?

Très clairement, oui. Je suis inquiet. Nos centres d’apprentissage ne reçoivent pas beaucoup de demandes. On pensait que c’était la conséquence des examens décalés, mais pas du tout. On doit améliorer les conditions de travail. C’est devenu préoccupant, il faut repenser nos métiers. Sans ça, l’avenir s’annonce très compliqué.

L’inquiétude est présente dans les hôtels de Granville

Destination prisée des Franciliens et Franciliennes pour les week-ends prolongés ou pour des vacances plus longues, Granville (Manche) n’échappe pas à l’absence de main-d’œuvre qualifiée. L’hôtel Mercure, qui peut compter habituellement sur des équipes au complet et prêt à entamer la saison, s’est retrouvé dans une situation préoccupante. « Le désamour pour nos métiers n’est pas nouveau mais la crise l’a accéléré, admet Marilène Ménard, directrice de l’établissement. Nous avons surtout énormément de mal à retrouver des titulaires, des personnels qualifiés. J’ai le sentiment que les contraintes du travail le soir ou le week-end sont devenues insupportables pour les candidats. Travailler quand les autres se reposent… C’est pourtant le cœur de notre métier et on ne peut pas vraiment changer cela. »

Une situation symptomatique de la reprise des activités dans le secteur touristique. L’absence de perspectives lors des couvre-feux successifs a contraint certains travailleurs et certaines travailleuses à se réorienter. « Mon équipe a été entièrement remaniée, tout le monde s’est réorienté », se désole la directrice.

Dans l’Orne, même constat pour les thermes de Bagnoles

Bagnoles-de-l’Orne est aussi un lieu très fréquenté par les touristes. Son établissement thermal, le B’O Resort, attire une clientèle importante chaque saison. Malgré sa renommée et une reprise « satisfaisante », il n’échappe pas à la pénurie de personnel dans la région. « On demande toujours à nos salariés s’ils souhaitent revenir l’année suivante, explique Bertrand Daban, directeur général. Habituellement, il n’y a aucun problème. Mais cette saison, on doit faire avec de nombreux refus ou désistements. »

Dans les faits, cela se traduit par une quinzaine de postes encore disponibles, en pleine saison estivale. « On a des manques concernant des agents et agentes thermales, et des esthéticiens et esthéticiennes. Pour le moment, on tourne correctement. On fait avec. » La joie d’être de retour au travail, de renouer le contact avec les clients motive les équipes. « Elles ne ressentent pas d’appréhension pour la suite. Pour l’instant, tout va bien. » À la différence de la direction, qui commence à se poser des questions sur les semaines à venir et sur l’impact de ces absences. « Je ne vais pas mentir : c’est présent dans notre esprit, reconnaît le directeur général. Il faut persister dans notre recherche de profils qui pourraient correspondre à ces emplois. »