L'Etoile de Normandie publie volontiers le texte à lire ci-après proposé par Paul Astolfi, notre correspondant rouennais au sujet de l'urgente nécessité d'intérêt général de stopper la destruction des haies du bocage normand:

Le déluge apocalyptique qui vient de s'abattre sur l'Ouest de l'Allemagne nous rappelle l'une des fonctions fondamentales, bienfaisante, des haies du système bocain qui consiste à réguler efficacement le ruissellement des eaux, à permettre son stockage sur place en évitant la fuite d'importants volumes vers tous les points bas avec le risque de ravinement et d'inondations catastrophiques.

En revenant en Normandie, en prenant l'exemple du bassin versant de l'Orne, on sait désormais que ce sont les remembrements massifs et la conversion des prés de pâture en labours à maïs d'ensilage pour la nourriture des vaches laitières en stabulation qui furent responsables de la série d'inondations graves qui affectèrent l'agglomération caennaise dans les années 1990-2000: des travaux hydrauliques importants ont été réalisés pour protéger la ville de Caen des "crétines" de l'Orne dont les excès sont désormais déversés dans les eaux du canal de Caen à la mer mais si l'on a agi sur les conséquences, on n'a peut-être pas assez agi sur les causes à savoir d'en finir avec le remembrement et avec l'arrachage des haies dans les bocages de l'amont.

Archives de l'Etoile de Normandie:

http://normandie.canalblog.com/archives/2020/02/18/38034906.html

126011482

Bref! lutter contre l'arrachage des haies, aider et contribuer à la replantation de linéaires de haies bocagères c'est être authentiquement... écologique!


 

Environnement

Recréons le bocage !

par Paul Astolfi

Jean-François Morton de La Chapelle a été conseiller agricole en Chambre d’agriculture. Dans son ouvrage récent (1) il prend le parti de l’avenir durable des campagnes en dénonçant la rupture de la continuité des haies bocagères, « la présence de haies continues et assez épaisses permet d’augmenter de 15 % à 40 % les rendements agricoles » affirme-t-il et de citer l’exemple de la Bretagne « qui montre que l’arrachage des haies a opéré une baisse de 50 % de la production fourragère et de 35 % de la production laitière ».

Ce que l’on appelle le bocage est un alignement d’arbres, de haies, d’arbres isolés et de petits bois. Il constitue un milieu façonné par l’homme dans sa maîtrise de l’activité agricole et plus souvent de l’élevage en plein air. Élément de délimitation des parcelles agricoles, le bocage interagit avec l’habitat, les fermes et les hameaux. L’empirisme et l’expérience des paysans ont été l’élément de revalorisation des haies bocagères pour en utiliser les vertus indispensables à leur vie.

Le bocage ferme des espaces générateurs de micro climats, opère une légère augmentation de la température au sol, protège les bâtiments et le bétail contre le froid, assure une protection de 30 % à 50 % meilleure contre les vents, favorise un rendement de 6 % à 20 % de plus sur les cultures exposées en plein vent, diminue les bruits jusqu’à 10 décibels, opère une régulation hydraulique en favorisant l’infiltration des eaux, filtre les nitrates et les résidus d’engrais, protège la biodiversité (avifaune, insectes pollinisateurs, petits mammifères…), assure une fonction économique en produisant du bois de chauffage.

L’arbre et les haies dont les atouts sont amplement démontrés sont aussi vécus comme une contrainte. Le remembrement institué par l’État en 1941 qui a généré le regroupement de 15 millions d’hectares entre 1945 et 1993 a considérablement modifié les espaces au détriment des haies, comme des rideaux brise-vent ou des mares. À cela s’ajoute la perte du plus d’un million d’exploitations agricoles entre 1963 et 1993 induisant une mécanisation qui a été un accélérateur de la suppression des haies. Depuis 1950, 70 % des haies ont disparu du bocage. Les actions régulières de replantation se sont avérées insuffisantes. Aujourd’hui, 750 000 km de haies sont toujours menacés alors que chaque année 11 500 km de haies disparaissent du paysage.

Jean de La Chapelle appelle avec force à la replantation des haies et d’affirmer « c’est l’avenir durable de nos campagnes ». Dans le cadre du « plan de relance », 50 millions € ont été budgétés pour un programme « plantons des haies ». L’objectif de ce programme est d’aider les agriculteurs qui souhaitent favoriser la biodiversité autour et à l’intérieur de leurs cultures en reconstituant les haies bocagères qui les entourent et en implantant des alignements d’arbres. Cette mesure a pour ambition de parvenir à la plantation de 7 000 km de haies d’alignement d’arbres parcellaires sur la période 2021-2022. Au-delà de cette période l’ambition est de doubler le linéaire de haies en France à l’horizon 2050. Elle poursuit et renforce les actions menées dans le cadre du plan de développement de l’agroforesterie 2015-2020 actuellement en cours de renouvellement pour la période 2021-2025.

Simplifier les procédures d’aide à la replantation des haies bocagères, lever les contraintes existantes à leur réalisation, impliquer les professionnels de la replantation et du reboisement en finançant des matériels performants, mobiliser les différents acteurs (agriculteurs, éleveurs, herbagers, mais aussi les maires ruraux, les Chambres d’agriculture, les organisations agricoles sans oublier les habitants), y affecter les financements pérennes et suffisants seront les éléments déterminants d’une réussite de replantation des haies qu’il convient d’encourager et de développer à l’instar des conférences, des émissions de radio et des publications incitatives de Jean de La Chapelle.

 

(1) « La planète en surchauffe constante », à commander chez l’auteur – 15 € franco de port – Jean-François Morton de La Chapelle – Le Bourg – 47 330 FERRENSAC – 05.53.70.03.46.

 (Source: revue de presse de l'ACIP n°1874 du 19 juillet 2021)