L'Etoile de Normandie

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16 mars 2011

Vers un fédéralisme normand

Vers un fédéralisme normand :coopérations, réseaux  et solidarités, la Normandie, laboratoire régional pour un nouveau modèle d’aménagement du territoire en France ?

 

« Paris et le désert français »  (Jean-François Gravier, 1947)

« Décoloniser la province »  (Michel Rocard, 1966)

 

Telles ont été les justifications du grand effort historique d’aménagement du territoire et de décentralisation mis en œuvre dans la France de l’Après Guerre et de la Reconstruction, dans le cadre de la planification  de l’Etat central et piloté par la DATAR (Délégation à l’Aménagement du Territoire et à l’Action Régionale).

On ne rappellera pas ici le bilan de cette politique fondamentalement républicaine qui visait à une véritable péréquation des territoires pour un accès général au développement économique, aux services publics sociaux, aux grandes infrastructures de transports, à la formation, à la culture, à la recherche scientifique ou à l’innovation technologique…

On rappellera surtout hélas, que ces deux grandes politiques historiquement liées (aménagement du territoire = décentralisation et vice-versa) sont aujourd’hui en déliquescence suite au désengagement de l’Etat central qui a  largement transféré  ses compétences aux collectivités territoriales au nom de la « décentralisation » sans pour autant  transférer les moyens ou l’autonomie financière nécessaires à ces dernières (externalisation).

Avec la rentabilité, la concurrence, la restructuration voire la privatisation des services comme nouveaux paradigmes des politiques publiques, l’Etat central accélère son désengagement des territoires obligeant les collectivités à prendre de plus en plus de responsabilités  et d’initiatives (contractualisation avec l’Etat ; recours aux fonds européens ; financements croisés entre collectivités ; partenariats public /privé) : la compétitivité a remplacé l’aménagement des territoires et la décentralisation, faute de s’accomplir  enfin en une véritable « régionalisation », aboutit à reproduire les effets négatifs de l’hyper-centralisation parisienne à l’échelle régionale. (micro-centralisation : « Toulouse et le désert de Midi-Pyrénées »).

En effet, la compétitivité actuelle des territoires a pour conséquence paradoxale de mettre en concurrence parfois rude les anciennes « métropoles d’équilibre »  chères à la DATAR  devenues autant de  « petits Paris de province » qui polarisent pour leur seul profit des territoires qui ne sont plus irrigués mais drainés sinon asséchés par un effet de métropolisation : nous assistons au grand retour du modèle « centre dominant / périphéries dominées 

Faute d’un « acte III » de la décentralisation, clairement et rapidement engagé, l’échec actuel de la politique « d’aménagement du territoire » nous obligerait à la gestion d’urgences économiques, sociales  voire politiques graves dans les territoires qui souffrent le plus des excès de la polarisation métropolitaine.

  • Quels sont ces territoires en souffrance ?

1° Les territoires ruraux en marge : à plus de 80km d’une métropole, encore enclavés, avec une faible densité de population, avec des services publics et sociaux en déshérence, une population vieillissante (fuite des jeunes), subissant la crise terminale du monde agricole.

2° Les territoires « péri-urbains » : dans un rayon de 30 à 40 km d’une métropole (aire urbaine), là où réside désormais la majorité de nos concitoyens qui vivent de la métropole (travail ; services éducatifs, commerciaux et loisirs) sans avoir les moyens d’y vivre (prix du mètre carré) avec pour conséquence une forte dépendance à l’automobile (prix des carburants) et un mitage pavillonnaire qui dévore l’espace. 

3° Les territoires des « banlieues sensibles » : dans la périphérie immédiate de la métropole, les quartiers crées dans l’optimisme de la période précédente pour une nouvelle civilisation urbaine (villes nouvelles ; grands ensembles devant assurer confort moderne et mixité sociale) sont devenus depuis plus de 20 ans des « ghettos » abritant les plus précaires ou les populations d’origine étrangère suite au départ des classes moyennes préférant la propriété dans le péri-urbain pavillonnaire que la location dans une tour ou une barre. Ces quartiers déjà au bord de l’explosion sociale fond l’objet principal de la « politique de la ville » ( ex : ANRU)

4° Les territoires des régions situées dans un rayon de 200km autour de la Région Parisienne : c’est le « grand Bassin Parisien », véritable impensé de l’aménagement du territoire en France depuis plus de 40 ans. Ce sont des territoires « interstitiels » subissant, à la fois, les effets de la « macrocéphalie » de la région parisienne et la polarisation exercée par la couronne périphérique des métropoles d’équilibre. Des « métropoles oubliées »  (Yves Guermond) : Rouen, Tours, Reims… Ces territoires pourtant très riches qui ne doivent pour l’instant leur avenir que dans une relation d’étroite dépendance avec la région parisienne (déconcentration) sont fragilisés par la polarisation actuelle : quel avenir possible entre Paris et Lille ; Nantes ; Lyon ; Strasbourg ? Et pour ce qui nous concerne, entre Paris et la Mer ? Si l’on considère qu’une métropole devrait fixer l’avenir d’un territoire régional…

  • Quelles solutions ?

1)     Contrarier la logique « centre dominant/ périphéries dominées » en sortant du modèle de centralisation :contre la vieille culture politique et géographique française de la capitale centrale (jacobinisme) il faut un nouveau volontarisme politique pour imposer la logique de réseaux de villes animés par des pôles de métropoles  mises en réseau pour un maillage de l’avenir plus harmonieux et plus profond sur l’ensemble du territoire. (Irrigation)

 2)      La « coopétition »  est un mot valise dangereux !Rappelons l’évidence : compétition et coopération sont inconciliables. Face aux logiques actuelles de compétition entre des territoires ouverts à toutes les échelles, la seule solution viable est la coopération et la solidarité des collectivités territoriales autour d’un projet d’avenir commun.

3)      Affirmer enfin de vrais territoires régionaux en France enréconciliant la géographie institutionnelle avec les évidences « géo-historiques »  constitutives du pays : en 1790 les députés révolutionnaires ont tenu compte des anciennes provinces ou diocèses pour créer les départements. L’abandon du modèle de centralité métropolitaine (une région = une préfecture= une métropole capitale)  au profit de la réactivation des réseaux de villes ou de métropoles légués par la géo-histoire, permettrait de faire émerger un vrai maillage régional : les « néo-régions » ne seraient plus des machins « logotypés »  mais enfin de vraies régions clairement identifiées par leurs habitants ! (ex : le réseau des villes bretonnes ; le réseau des villes ligériennes…)

4)      Mettre en œuvre une vraie réforme des collectivités territoriales, c’est à dire le contraire de l’actuelle réforme prévue pour 2014 :  un « acte III » de la décentralisation assumant la nécessité d’une vraie régionalisation qui ne doit ni être la « cantonalisation du conseil régional » (Adrien Zeller)  prévu par l’actuelle réforme qui institue un cumul des mandats, dénoncé par ailleurs, entre élus départementaux et élus régionaux (futur « conseiller territorial ») et encore moins la suppression des départements qui ont acquis depuis plus de deux siècles leur légitimité « géo-historique » et qui ont la charge essentielle de la politique sociale de proximité.

Face à l’Etat central et à ses préfets, une vraie régionalisation serait d’admettre l’existence de conseils régionaux enfin maîtres de leurs finances donc de leurs projets avec comme compétence  principale sinon comme enjeu fondamental la relance d’une politique durable et solidaire d’aménagement du territoire.

·        La Normandie, laboratoire régional pour un nouveau modèle d’aménagement du territoire en France ? 

1°  La « géo-histoire » a doté la Normandie, province densément peuplée et riche de son commerce agricole et maritime, d’un remarquable réseau de villes par sa densité, son maillage et par sa répartition équilibrée sur le territoire: cinq grandes agglomérations portuaires et maritimes sur l’estuaire et la baie de la Seine (Rouen ; Caen ; Le Havre ; Cherbourg ; Dieppe) ; deux « capitales » historiques (Caen et Rouen) ; une métropole régionale (Rouen) ; une technopole régionale (Caen) ; un port international (Le Havre) pour animer un  vaste réseau de villes moyennes remontant au Moyen-Age ou à l’Antiquité (villes épiscopales, préfectures et sous-préfectures, villes portuaires secondaires) que relaye à son tour le maillage plus fin des bourgs chef-lieu de canton qui animent les territoires ruraux tous les 10km…

Bref ! s’il y a une région française où le rayonnement d’un « petit Paris de province » est rigoureusement impossible, c’est la Normandie : aura-t-on enfin le courage politique de lire correctement le mode d’emploi que nous impose la géographie et l’histoire ? L’exemple européen nous prouve en outre la plus grande pertinence et la plus grande efficacité des réseaux de villes pour animer et irriguer les territoires (ex : la « Randstadt » néerlandaise) 

La coopération de finances et de projets entre collectivités territoriales : depuis 2005 , la région administrative de Haute-Normandie est  la première en France à expérimenter une contractualisation de finances et de projets entre conseil régional, conseils généraux et grandes agglomérations (accord « 276 ») : cette méthode originale qui permet de financer des politiques publiques ambitieuses au service des populations pourrait être généralisée à l’ensemble des cinq départements et des deux régions de Normandie dans le cadre d’une coopération interrégionale unique en son genre…

L’évidence normande ou l’enjeu national d’organiser l’ouverture de Paris vers la mer : les collectivités territoriales normandes doivent prendre conscience qu’elles ont à mettre en œuvre un projet territorial original qui porte aussi  un enjeu national :

            -organiser la façade maritime, logistique et portuaire de la région parisienne tout en proposant une nouvelle façon de penser (panser ?)des territoires complémentaires et polyvalents avec un objectif de qualité (d’où la nécessité d’utiliser de nouveaux indicateurs économiques). La Normandie, bénéficiant d’une notoriété internationale exceptionnelle, est une mosaïque subtile entre urbanité et ruralité, terre et mer, puissance industrielle ou agricole et qualité paysagère, culturelle et résidentielle connectée à l’une des plus puissantes régions urbaines d’Europe.

Les réseaux normands permettraient l’animation autonome et spécifique d’une façade maritime susceptible d’intéresser la région parisienne à la mer…

4°  Un vrai conseil régional pour une vraie région : la Normandie.

Un conseil régional enfin doté de son autonomie de finances et de projets aurait pour mission d’animer la mise en réseau des collectivités territoriales de la région (ex : conférence des exécutifs régionaux). Car la spécificité d’un conseil régional unique en Normandie serait  moins de concentrer fonctions et pouvoirs au sein d’une « capitale administrative »  que d’animer un fédéralisme normand dont nous voyons déjà les prémices( ex : coopération interrégionale portuaire ; intégration de l’Estuaire…), dans un souci d’équilibre du territoire (ex : antennes du conseil régional dans le réseau des villes normandes)

Inutile de préciser qu’à terme, l’intégration totale de l’évidence normande (fusion régionale ou « réunification ») pour en faire le laboratoire d’un autre possible (coopération= réseaux=solidarités) ne manquerait pas de faire de la question régionale normande, un autre enjeu national : celui de l’achèvement de la décentralisation et de la recomposition régionale en France (ex : « réunification » de la Bretagne ; émergence du « Val de Loire » ; fusion départementale des Savoie ; création d’un département « Pays Basque » ; retour des « Hautes-Alpes » en Rhône-Alpes ; maintien ou non de la Picardie  etc…)

Boîte à Pandore ou approfondissement de la démocratie ?

Ces réflexions[i] sont dédiées à la mémoire de Pierre Mendès-France, résistant, président du conseil sous la 4ème République, maire de Louviers et député de l’Eure, attaché fermement comme on le sait, à l’idée de volontarisme et d’authenticité dans l’engagement en politique et à la mémoire de Gustave Héon, compagnon de résistance du premier, maire de Bernay,  président du conseil général de l’Eure et qui s’était fermement opposé de 1972 à 1981 à la confirmation de la division administrative régionale de la Normandie.

 

Philippe CLERIS,

P/O le collectif « Bienvenue en Normandie »

Caen, le 10 mars 2011



[i]Sources :

Laurent DAVEZIES, La République et ses territoires, la circulation invisible des richesses, Le Seuil « la République des idées » (2008)

Yves GUERMOND, Rouen, la métropole oubliée, L’Harmattan (2008)

Michel ROCARD, Il faut décoloniser la province, discours de Saint-Brieuc (1966), Revue socialiste N°37, 1er trimestre 2010.

François HULBERT, La reconstruction géopolitique du territoire français, L’Harmattan (2010)

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02 janvier 2010

En cadeau pour 2010, les tracts de BEN

Les tracts du Collectif Bienvenue en Normandie peuvent être téléchargés, imprimés et reproduits autant de fois que nécessaire.
Michel H. A. Patin


A_Caen_l'_avenir
Avenir_normand
BAS_ET_HAUT
BN_=_Bas_salaires
CAPITAL
DIVISION_=_DECLIN
Féodalité_contre_progrés
J'irai_revoir_ma_Normandie
LE_GRAND_PARIS
Match_nul
Normandie_à_poil_
NORMANDS_FRAGILES
Ploucs_normands
Ploukistan_nucléaire
PORTE_OCEANE
Réunif_ou_cimetière
ROUEN_disparue
Sabotage
SEVESO_NORMANDS
Sud_Manche
Survivre_à_Lisieux
THT_SANS_TGV
Tout_le_monde_connait

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18 août 2009

Régionales 2010

Pour sortir de la crotte,

Normand je vote!

Pour sortir du Ploukistan,

Je vote normand!

Ni haute, ni basse,

LA NORMANDIE!

Assez des UMP, PCF, PRG, PS et Co.

Assez de THT, EPR, CVso!

Je vote normand!


2010!

l'Odyssée normande.


A vous maintenant de nous faire part de vos idées de slogans pour les futures régionales.

Michel H. A. Patin

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28 mai 2009

Résumé commenté du Rapport EDATER par J-F. Brisset

Le rapport EDATER c'est bon mais c'est long, heureusement J.F. Brisset, que je remercie chaleureusement, nous offre un résumé commenté que vous trouverez ICI.

Michel H. A. Patin

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27 mars 2009

Lettre du Collectif BEN au CNRS normand

Pour prendre connaissance de la correspondance de BEN, cliquer sur le lien.

CNRS

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13 mars 2009

CA SUFFIT (appel du Collectif BEN en vue de la Manif du 14.03.2009)

L'appel du COLLECTIF BEN en amont de la Manifestation du 14 mars 2009 à ROUEN est en ligne ICI sous un format.pdf ou encore LA sous un format.doc


MANIFESTATION pour LA REUNIFICATION DE LA NORMANDIE à ROUEN, devant le CONSEIL REGIONAL, le 14 MARS à 14HOO. VENEZ NOMBREUX POUR DIRE OUI à LA POLITIQUE DE REUNIFICATION et dire NON aux POLITICIENS...

15 février 2009

Question Capitale

Question capitale : villes capitales ou Clochemerle en Normandie ?

La roche sous le sable…

Sous les sables mouvants de la commission Balladur, les agglomérations apparaissent comme le socle solide de nos futures institutions. En Normandie comme ailleurs nul ne sait ce que vont devenir les régions et les départements avec la réforme des collectivités. En revanche, les principaux responsables politiques font le pari des agglomérations comme tremplin de leurs trajectoires à venir…

L’agglo de ROUEN :

Laurent Fabius a décidé d’avancer avec l’agglo d’Elbeuf et les communautés de communes de Seine Austreberthe et du Trait Yainville pour créer à défaut d’une vraie communauté urbaine, une « grande communauté d’agglomération de près de 500 000 habitants », le 1er janvier prochain.

Quand on lui fait remarquer que Pavilly et Barentin restent dans leur coin, il balaie l’argument d’un revers de la main : « ça ne doit pas nous empêcher d’avancer, Caux-Austreberthe nous rejoindra peut-être dans quelques années… »
Pour Fabius, la vraie force d’une agglomération est celle de ses projets, le périmètre est une variable subalterne. Résultat, à côté des grands dossiers de développement et d’aménagement du territoire, (reconquête des quais de la Seine, requalification de la rive gauche, création de la future gare rive gauche St Sever, bouclage du périphérique, développement portuaire et préservation écologique des boucles de la Seine…),  l’agglo doit rassembler les habitants autour de quelques événements visibles et prestigieux pour renforcer leur sentiment d’appartenance (c’est l’effet « Armada »)…
C’est le sens de la création de l’association NORMANDIE IMPRESSIONNISTE présidée par Pierre Bergé, dont l’une des vocations est de faire rayonner l’image de Rouen et de la Normandie en France et dans le monde entier… Les grandes collectivités territoriales de Normandie participent  à cette association : les deux CR, les agglos de Rouen et de Caen … mais pas l’agglo du Havre qui possède pourtant dans son musée Malraux la plus belle collection  de peintres impressionnistes en dehors de Paris… C’est gênant mais les élus d’ici ne sont pas à un clochemerle près…

Néanmoins, l’ambition de Laurent Fabius est bien de faire de Rouen l’une des grandes métropoles du Nord ouest de la France (entre Lille et Nantes à l’ouest de Paris) en mobilisant les ressources de la région et du département. Y a-t-il donc à Rouen un « air de capitale » ? comme l’affirme pour ses vœux 2009, Valérie Fourneyron, la directrice de cabinet de Fabius à Rouen ? Autant les projets de l’agglo semblent avancer autant ceux de la ville de Rouen semblent patiner (Echec de la médiathèque et des Jeux mondiaux de la jeunesse,  report sine die de la reconstruction du palais des Congrès…)  Il y a urgence à avancer car les tentations d’intégrer l’agglo de Rouen dans la banlieue ouest du Grand Paris se font de plus en plus pressantes (projet « Grumbach » présenté le 19 février prochain)

L’agglo de CAEN :

Quand il parle de son agglomération, Philippe Duron reprend la formule d’Edgar Morin : « le tout est quelque chose de plus que la somme des parties ; autrement dit, un tout organisé produit ou favorise l’émergence d’un certain nombre de qualités nouvelles, qui n’étaient pas présentes dans les parties séparées… »

L’ambition de Philippe Duron est de repositionner Caen comme le moteur de sa région (reprendre pied  dans les marges sud et ouest de la Basse Normandie où la concurrence du « grand ouest breton » est sévère : il s’agit de construire un réseau des villes moyennes de Basse Normandie autour de Caen) et comme une métropole dynamique et innovante (Université avec présentation à Caen du nouveau Pôle Régional d’ Enseignement Supérieur « Normandie université » avec Rouen et Le Havre, recherche, innovation et pôle de compétitivité avec par exemple le campus « Efficience » que la crise actuelle risque hélas de fragiliser…)
De la même façon que Laurent Fabius s’appuie sur le CRHN et le screugneugneu  Levern,  Philippe Duron s’appuie sur le CRBN et Laurent Beauvais avec l’ambition d’aller un jour vers plus de coopération et de mutualisation de finances et de projets entre agglos, CR et CG à l’instar du contrat « 276 » qui permet à la Haute Normandie d’affronter correctement ce début de crise : mis à part les quelques syndicats mixtes et conventions entre CRBN, agglo de Caen et les CG 61  et 50,  le clochemerle est tout aussi endémique en Basse Normandie que la méningite en Hautee Normandie : aucune collaboration ou presque entre le CG14, premier budget de Basse Normandie et l’agglo de Caen ou le CRBN…
Néanmoins la collaboration étroite entre agglo de Caen et CRBN porte ses fruits : ainsi, le dynamisme retrouvé du port de Caen-Ouistreham-Cherbourg (« Ports Normands Associés »)
Mais le désenclavement ferroviaire et routier (A88) de Caen n’est toujours pas achevé tandis que le dynamisme du Havre inquiète les élus caennais toutes tendances confondues : face au dynamisme de la toute nouvelle CCI de l’Estuaire et du décollage réelle de l’aéroport Deauville « Normandie », il ne faudrait pas que la CCI de Caen ne soit tentée de jouer une nouvelle partie de clochemerle aérien ! Le leadership politique à Caen est donc une question essentielle… Le dynamisme havrais intéresse et inquiète Philippe Duron : « l’ambition de Rufenacht pour Le Havre est considérable. Il indique un milliard d’euros d’investissement, sa volonté de s’ouvrir aux deux rives de la Seine ; l’agence d’urbanisme du Havre (qui promeut le projet « Grumbach » ndlr…) vient recruter jusqu’aux confins du Pays d’Auge. Nous devons donner des signes pour que le rayonnement de Caen aille au-delà des marais de la Dives… »

Duron veut donc promouvoir  Caen comme « territoire d’équilibre », ni trop grand, ni trop petit, où il fait bon vivre (et aussi en position centrale : idéale pour une capitale « administrative » en cas de réunification ?)

L’agglo du HAVRE :

Nul le conteste, Le Havre est bien devenue la vraie locomotive normande. Antoine Rufenacht croit aussi à la valeur des projets. Depuis 15 ans, il a l’avantage d’être à la fois le patron de l’agglo et celui de la ville centre la plus peuplée de Normandie. Deux priorités : redonner leur fierté aux Havrais en transformant l’image de leur ville (désormais inscrite au patrimoine UNESCO) et faire du Havre la nouvelle porte d’entrée du monde en Europe (Le Havre 2000 « Porte océane », avant port de l’Europe). Aujourd’hui avec ses grands projets urbains et architecturaux (le tramway ; le grand stade, les bains des docks et la tour Nouvel, etc…) Rufenacht veut signer de façon durable et visible, dans les 5 ans à venir, son passage dans l’histoire de la ville. Contrairement à Laurent Fabius, il ne peut pas repousser les frontières de son agglomération alors il travaille à renforcer son influence via le « Grenelle de l’Estuaire » ou la toute nouvelle CCI de l’Estuaire qui s’étend désormais de Fécamp à Deauville jusqu’à Lisieux…
A défaut de faire du Havre la capitale de la Normandie (sauf pour plaisanter… quoique) celui qui n’a jamais vraiment apprécié la partie de clochemerle caenno-rouennaise rêve de faire du Havre « un ailleurs », une sorte de ville hanséatique moderne, tournée vers la mer, un peu « off shore » mais accueillante pour tous les investisseurs industriels, commerçants et portuaires… Il ne faudrait pas cependant que Rufenacht oublie la Normandie après s’être tant battu pour en promouvoir la réunification dans les années 1980- 1990 : la tentation Grumbach (faire du Havre le port maritime de Paris)  risque d’être mortelle !

Alors la capitale normande où est-elle ?

Désormais, toutes les choses importantes pour l’avenir de la Normandie se décident ou peuvent se décider encore à Rouen, Caen ou Le Havre si ce n’est pas plus encore à Paris, Lille, Rennes ou Nantes… Il y a urgence à mettre un pilote dans l’avion métropolitain normand (ce n’est pas les aéroports qui manquent mais les avions… et des avions qui savent vers où décoller !)

Bref, nos trois agglos normandes ne sont pas encore débarrassées  du clochemerle, ce cancer de la Normandie divisée : des remontées de fièvres à Caen et à Rouen sont dernièrement constatées avec la montée en puissance médiatique du débat sur la réunification…

Pour Duron, c’est sûr c’est « Caen en capitales », le 21 janvier dernier celui-ci déclarait : « la question de la réunification des deux Normandie est un sujet porteur d’incertitudes qui nécessiterait encore études, précisions, et recherche de consensus. Le 16 janvier dernier, Laurent Beauvais a réuni la conférence des exécutifs, associant les trois présidents de conseils généraux et les présidents d’agglomération de la région (demi-région bas normande ndlr). Nous avons clairement réaffirmé avec les Conseils généraux notre volonté que Caen devienne la capitale d’une Normandie réunifiée. Mais ce ne sera pas facile car je sais que ma collègue Valérie Fourneyron, maire de Rouen à la même ambition »… Un air de capitale donc…chanson connue !

Au fait, Fabius, il en pense quoi ?

Quant à Laurent Beauvais, auditionné par Edouard Balladur, il s’est prononcé en faveur de la Réunification (Levern fait pendant ce temps là un vrai caca nerveux : tant pis pour lui ! Les autres acteurs du dossier sont acteurs, pas lui !) mais souhaite « un référendum des Normands proposant Caen comme capitale de la Normandie réunifiée » tout en ajoutant qu’il serait « dangereux d’imposer la réunification des deux régions pas la loi » en prétextant qu’on a vu des fusions de communes imposées qui furent finalement rejetées (« La réunification ? Une belle idée que l’on ne doit pas gâcher par une mauvaise méthode » dit en substance Bernard Cazeneuve le maire de Cherbourg-Octeville).

Sauf le cas particulier et caractériel de Levern, tout le monde est favorable à la réunification de la Normandie : c’est un sujet « intéressant » mais naturellement chacun voudrait imposer sa propre cadence et ceux qui ne veulent pas se presser sont plus nombreux que ceux qui veulent courir… Mais la crise économique ne leur laissera certainement pas le temps de choisir la cadence : il faudra courir ! Hervé Morin le ministre qui ne met plus les pieds à la caserne Jeanne d’Arc (Levern s’est enfermé dans l’amphi du CRHN) est le plus impatient et le plus en verve (avec ses amis Tourret et Martin du PRG)… Mais pour quel résultat ? La chose est-elle déjà tranchée à l’Elysée ? Duron perd patience : « une magouille ! Remplacer deux régions de gauche par une grande région de droite ! ». Le calcul politicien semble évident mais son résultat l’est moins… On comprend mieux la prudence sinon le silence de Fabius sur le sujet : un Sarkozy impopulaire qui souhaite réunifier la Normandie au forceps s’il le fallait, pourrait finalement tirer les marrons du feu pour Fabius…

Sujet passionnant et capital : sauf que les Caennais votent pour la réunification avec Caen comme capitale et les Rouennais votent pour la réunification avec Rouen comme capitale et les Havrais regardent la mer en se sentant oubliés sinon amers… On ne s’y prendrait pas mieux pour plomber le dossier, les concurrences clochemerlesques entre les trois grandes agglos normandes sont toujours là aussi stupidement vives !

C’est pourquoi on ne peut que regretter vivement la mise en sommeil de l’association Normandie Métropole créée en 1993 à l’initiative des maires de Caen, du Havre et de Rouen (Girault ; Duroméa et Lecanuet… quand ils se sont aperçus que les trois villes occupaient les trois dernières places d’un classement des villes européennes…) sur une idée d’Armand FREMONT et de Jean LEVESQUE : c’était intelligent de tenter de transformer le clochemerle normand en un vrai espace responsable de discussion et d’élaboration de projets à l’échelle normande… Avant sa mise récente en sommeil, Normandie Métropole,  structure pourtant validée par le gouvernement Raffarin en avril 2006 mais littéralement sabotée par une adepte pathologique et incurable du clochemerle, à savoir Brigitte Lebrethon ancien maire de Caen (au point d’écoeurer complètement Antoine Rufenacht), devait s’occuper de recherche et formation supérieures, de transports,  et de culture…

La culture ? Pour nous guérir du clochemerle ?

Fabius adore la peinture, Duron l’histoire et Rufenacht l’architecture… Ils devraient s’entendre non ? Surtout au moment où la Culture devient l’une des bases de la compétitivité des territoires renforcée en cela par la nouvelle politique de l’Etat en matière culturelle (régionalisation et financement privilégié pour les gros et grands projets fédérateurs qui attirent les publics… au détriment d’une vraie politique républicaine de diffusion de la culture dans les territoires).

Dans ce contexte hyperconcurrentiel et incertain,  pourquoi ne pas étudier dès maintenant la possibilité d’un dossier de candidature des trois agglos normandes au titre de « capitale européenne de la culture » ? (l’Europe autorise les candidatures collectives : le cancer centraliste jacobin n’existe qu’en France, ouf !)

C’est une suggestion que le collectif BEN ne manquera pas de faire à MM Fabius, Duron et Rufenacht, sans oublier M Bergé !

L’année 2011 avec le 1100ème anniversaire de la Normandie devrait contribuer à la réflexion à défaut d’en avoir été le but…

Que de temps perdu à ces parties de Clochemerle !

à partir de la « Chronique de Normandie » N° 125, 02/02/09)

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01 janvier 2009

Tract Mont Saint-Michel

A l’occasion du 13ème centenaire de la fondation du Mont Saint-Michel, le collectif « Bienvenue en Normandie », groupe citoyen et républicain pour la défense et la promotion de l’image de la Normandie, souhaite vous rappeler quelques vérités et quelques réalités…

708 ou 709 ? Raz de marée ou pas ? Archange ou non ? Le Mont était déjà  un ancien lieu de culte. La vérité historique c’est qu’en 966 Richard 1er, duc de Normandie, crée une abbaye bénédictine avec des moines venus de St. Wandrille sur la Seine, près de Rouen. Mais les légendes font plus rêver que la simple vérité historique…
De 966 à 1204 : Le Mont fut un haut lieu spirituel, culturel et politique normand. Les manuscrits conservés au Scriptorial d’Avranches et l’architecture    du Mont en témoignent encore superbement. TEL QU’ON LE VOIT AUJOURD’HUI LE MONT EST UNE CREATION NORMANDE.

De 1204 à nos jours : le Mont fut un haut lieu de l’histoire française quelles que soient les époques et c’est la 3ème République laïque qui acheva en 1897 le monument dans sa forme actuelle, en installant une statue dorée de l’archange Michel. Les Bretons n’ont joué dans l’histoire de ce lieu qu’un rôle mineur sauf pour y avoir mis le feu en 1204 et pour l’avoir défendu avec DU GUESCLIN  contre les Anglais au cours de la guerre de 100 ans… Depuis 1987 et son classement UNESCO, le Mont et sa baie font partie du patrimoine universel de l’Humanité…
« Le Couesnon  dans sa folie… » ne met le Mont en Normandie que dans un dicton breton ! Là encore, on préfère les légendes à la vérité historique. Une simple carte routière vous permettra de vérifier que la « frontière » entre Normandie et Bretagne n’est pas sur le Couesnon mais 4 kilomètres plus à l’ouest…

Nous insistons : le Mont est en Normandie de par son histoire et le Mont et sa Baie ont une valeur universelle qui attire plus de 3 millions de visiteurs par an. Le Mont est aussi un enjeu économique qui attise les convoitises : sur Internet et sur d’autres médias, nos voisins bretons l’ont bien compris et font preuve d’une certaine « agressivité commerciale ».
Comme la Baie du Mont Saint-Michel est à  la fois en Normandie (à l’Est) et en Bretagne (à l’Ouest) et que le Mont est dans sa Baie, le Mont est donc breton…CQFD ! C’est avec ce type de raisonnement que les producteurs de moules de Cancale ont réussi à interdire, par voie judiciaire, aux producteurs de moules et d’huîtres du département de la Manche d’utiliser l’image du Mont St. Michel, sous prétexte qu’on ne trouve des moules ou des huîtres que dans la partie bretonne de la baie : la filière conchylicole de la Manche est déstabilisée car l’image du Mont profite de plus en plus à la Bretagne.
Bientôt, le Mont doit retrouver son caractère maritime et le site sa beauté : d’importants travaux vont se terminer d’ici 2012. Les collectivités territoriales normandes, l’Etat et les fonds européens financent la plus grande part : les Bretons (Conseil Régional et Conseil Général) ne participent que modestement à ce projet ; c’est pourquoi un TGV Paris / Le Mont St. Michel est envisagé via la Bretagne !

A l’occasion de ces festivités financées à 60 % par le Conseil Général de la Manche (Normandie) et à 40 % par le Conseil Général  d’Ile et Vilaine (Bretagne), nous vous rappelons que le Mont St. Michel mérite davantage de respect !
En effet, le Mont St. Michel  c’est la tour Eiffel  du Moyen âge : une vraie tirelire pour les Monuments Historiques qui exploitent l’Abbaye plus qu’ils ne la mettent en valeur ; l’Abbaye est un monument VIDE !

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Ne pas mettre ses oeufs dans le même panier

« Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier »

C’est un proverbe normand que les jeteurs d’huile sur le feu consistant à consumer une vieille pomme de discorde bien normande feraient bien de méditer qu’ils soient élus, journalistes voire militants d’une résolution rapide et efficace de la question régionale normande…

La solution, on le sait c’est un partage négocié entre Caen et Rouen des fonctions de capitale régionale qui doit tenir compte du profil géographique, économique et institutionnel de chacune des deux capitales historiques normandes :

Caen, 200 000 habitants, est, certes, la plus petite et c’est la sœur cadette mais elle en position géographique centrale à l’Est  de la « Basse » Normandie : son profil est administratif et intellectuel (Université, CHU, Ganil)

Rouen, 500 000 habitants (au 1er janvier 2010) est la plus grande et c’est la sœur aînée mais en position géographique excentrée au centre de la « Haute » Normandie mais placée sur l’axe économique majeur de la vallée de Seine : son profil est d’abord économique mais aussi administratif  (industries, port et directions administratives et financières) .

On connaît déjà les bases du « deal » normand certainement déjà esquissé dans les RDV entre Duron et Fabius avec la discrétion qu’exige la protection d’une question qui demeure sensible à cause d’un certain nombre de professionnels d’eux –mêmes faisant tant à gauche qu’à droite assaut de mauvaise foi sur ce sujet (Lebrethon à droite à Caen et plus sérieusement Fourneyron à gauche à Rouen : Le Vern lui s’en fout ! Ce  qu’il espère c’est être président de quelque chose que ce soit à Caen ou à Rouen…)

C’est, en gros : CAEN capitale en tant que siège du Conseil Régional et ROUEN capitale en tant que siège de la Préfecture de Région ( c’est la base du deal que cela soit directement négocié entre les deux villes ou que cela soit mis en œuvre dans une structure « Normandie Métropole » associant Le HAVRE et un réseau des villes normandes de taille moyenne, ce projet est celui des géographes sérieux et honnêtes Jean LEVEQUE , Pascal BULEON ou Armand FREMONT…)

En juin dernier, la fusion des Caisses d’Epargne en Normandie a pourtant démontré qu’il est possible de trouver une répartition équitable des compétences entre Caen et Rouen…

Un réseau normand multipolaire est la seule solution raisonnable du cancer normand à savoir la sempiternelle partie de clochemerle entre Caen et Rouen alors que la première subit la concurrence très active de Rennes et que la seconde doit lutter pour sa survie pour ne pas être qu’une banlieue industrialo-portuaire de l’Ouest parisien … En outre, les années à venir où les questions écologiques vont devenir essentielles, on finira par s’apercevoir que les structures en réseau sont plus performantes que les structures hypercentralisées: difficile de faire preuve d’imagination dans un pays qui se vautre depuis si longtemps dans l’ornière de l’hypercentralisation jacobine !

Pendant que l’on s’étripe entre Caennais et Rouennais le Grand ouest breton ou parisien s’emploient à faire disparaître toute spécificité normande et notre grand copain Kanandaou rigolera bien  de la Normanité qu’on a bien du mal, en effet, à définir (quant à moi, je préfère parler de « Normanditude » à l’instar de la « Négritude » afin de reprendre la main précisément face à toutes les forces qui nous empêchent d’envisager l’avenir de la Normandie en Normandie avec des Normand(e)s qu’ils ou qu’elles soient de cœur, de sang ou de raison…)

Il ne s’agit pas de fuir le débat sur cette question sensible et reconnaissons que l’on n’en débat d’ailleurs que sur l’Etoile de Normandie : sur un point, je partagerai l’avis de Phil 14 . Il nous faut, au minimum de la transparence et de la clarté sur ce sujet et faire preuve de beaucoup d’intelligence sinon d’ouverture d’esprit…

Bref ! face à un noble et beau sujet de politique au nom de l’intérêt général il nous faut faire preuve de vertu et c’est plus facile à dire qu’à faire :

Notre devoir de militants normands est non seulement d’avoir un débat clair entre nous mais que ce débat soit au service de la cause que nous défendons tous ici au-delà de nos appartenances politiques ou idéologiques :

Pour ma part, je crois qu’effectivement la (fausse) question de la capitale régionale est le dernier « bâton merdeux » qu’oseront encore agiter tous nos adversaires déjà vaincus puisque aucun d’entre eux n’osent aujourd’hui avouer clairement qu’ils sont contre la « réunification »

Face à cette réalité d’ordre tactique dans le combat d’idées que nous devons tous mener, notre seul devoir consiste à EXPLIQUER que ce qui est possible l’est effectivement et que les quelques inconvénients de la fusion régionale normande ne sont rien face à l’énorme passif de la division … Nous devons donc ensemble ici et ailleurs bien identifier  ces inconvénients et ces difficultés pour à la fois dire qu’il y a des solutions et… dénoncer la mauvaise foi de ceux qui disent qu’il n’y en aurait pas !

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06 octobre 2008

Bienvenue chez les Normands

Bienvenue chez les Normands
"L'identité normande est une construction"

Propos recueillis par, Jacques Trentesaux, publié le 06/10/2008 18:34 – (Source : l’Express.fr ; mis à jour le 13/10/2008)
Historien du sensible - c'est-à-dire des représentations - François Guillet (1) a consacré sa thèse de doctorat aux stéréotypes qui ont donné naissance à l'image de la Normandie. Pour L'Express, il explique comment ils ont été créés, au cours du XIXe siècle, par des érudits locaux, mais aussi parisiens et même britanniques.

François GUILLET

"Naissance de la Normandie. Genèse et épanouissement d'une image régionale 1750-1880" première édition: Caen, Annales de Normandie 2000 591 p. ( avec une préface d'Alain CORBIN, le grand historien anthropologue né dans l'Orne...). Une édition plus grand public est sortie à l'automne 2008

Lorsqu'on évoque la Normandie, des images de vaches paissant paisiblement dans des prairies bien vertes, de camemberts moelleux ou de maisons à colombage viennent immédiatement à l'esprit. Sont-elles conformes à la Normandie?
Ces représentations résultent en grande partie d'une invention. Historiquement, la réalité n'est pas celle-là. Le couchage en herbe n'a commencé à se développer qu'à partir du XVIIIe siècle, mais surtout au XIXe. La grande aventure du camembert ne démarre vraiment qu'avec l'invention de la fameuse boîte ronde en peuplier et l'arrivée du chemin de fer, qui permet d'acheminer ce produit jusqu'à la capitale dans un temps bref à une époque où les méthodes de conservation sont rudimentaires. Avant de se spécialiser dans l'élevage et les produits laitiers afin de fournir le marché parisien, la Normandie était pour la plus grande part une terre de cultures céréalières.

Quels autres éléments identitaires relèvent d'une construction pure et simple?
Il y en a énormément. On peut parler des ethnotypes. Par exemple, l'image du Normand procédurier ou hésitant, qui ne répond jamais franchement à une question. Elle provient très probablement du fait que la province a disposé d'un régime juridique particulier jusqu'à la Révolution. Elle était régie par la coutume de Normandie, un droit privé régi par le parlement de Rouen. Or, celle-ci apparaissait comme particulièrement compliquée aux yeux des étrangers, ce qui occasionnait toutes sortes de procès. Il s'agit là vraiment d'une construction, car je ne vois pas de raisons objectives pouvant expliquer cette réputation. Elle est comparable à celle du Breton qui serait têtu, du Gascon fantasque, du Provençal joyeux...

Des historiens ont affirmé que la Normandie était "l'archétype du décalage entre réalité et représentation". Qu'en pensez-vous?
Ce n'est pas faux. Dans la première moitié du XIXe siècle, une image romantique, archéologique, tournée vers le passé est mise en avant. Elle laisse largement de côté la réalité sociale, la vie des paysans, des pêcheurs du littoral... Certes, quelques travaux portent sur les modes de vie, les superstitions et les croyances des habitants du Bocage, cette vaste région vallonnée située à cheval sur les départements du Calvados, de l'Orne et de la Manche. On s'intéresse à cette population parce qu'elle a été rebelle sous la Révolution et on alimente à cette occasion l'image du paysan arriéré.
C'est aussi à cette époque que des stéréotypes physiques, qui perdurent encore aujourd'hui, voient le jour.
En effet. Les habitants du Bocage -les Bocains- sont décrits comme de petite taille, peu laborieux... Les Cauchoises, en revanche, sont réputées grandes et bien faites. On dit aussi des pêcheurs dieppois qu'ils disposent d'une grande longévité grâce aux embruns... Toutes ces images sont forgées d'après une théorie médicale -le néohippocratisme- qui rapporte les maladies à la force et à l'orientation des vents mais aussi à la nature des sols. L'habitant est analysé comme une sorte de prolongation naturelle de sa terre.

Les grandes dates de la Normandie :
911. Le chef viking Rollon obtient un territoire en échange de sa conversion. C'est l'embryon du futur duché de Normandie, qui sera créé en 933 après l'annexion du Cotentin et de l'Avranchin.
1066. Victoire de Hastings. Guillaume le Conquérant devient roi d'Angleterre.
1204. Philippe Auguste rattache la Normandie au royaume de France (laissant de côté les îles Anglo-Normandes).
1337-1453. Guerre de Cent Ans et bûcher de Jeanne d'Arc, à Rouen, en 1431.
1432. Création de l'université de Caen.
1791. Invention du camembert par Marie Harel.
1843. Ouverture de la ligne de chemin de fer Paris-Rouen-Le Havre.
6 juin 1944. Débarquement allié.
1956. Division administrative de la Normandie en deux régions.
1995. Inauguration du pont de Normandie.

Qui participe à la construction de cette identité normande?
A la différence de la Bretagne, l'image de la Normandie n'a pas été façonnée uniquement par des étrangers. Les érudits normands ont joué un grand rôle par l'intermédiaire des sociétés savantes dont la tradition et la force -sans équivalent en France- remontent au XVIIe siècle. Les élites s'y réunissent pour parler de poésie, d'histoire, de botanique... Elles publient des bulletins dans lesquels on évoque l'amélioration des méthodes agricoles, la classification des végétaux ou, sous l'impulsion d'Arcisse de Caumont, la conservation des monuments.

Ces notables veulent-ils affirmer une culture régionale par opposition au centralisme parisien?
Oui, très clairement. L'un de leurs objectifs est d'explorer l'identité normande et de créer une "petite patrie" par la mise en valeur des particularismes locaux. C'est ainsi qu'ils établissent une carte géologique de la Normandie, élaborent un glossaire du parler normand ou inventorient les vestiges médiévaux. Ils seront à l'origine de la terminologie roman/gothique reprise ensuite par les universitaires. Il y a quelque chose d'assez réactionnaire dans cette manifestation d'indépendance à l'égard de Paris. Beaucoup d'érudits normands sont, il est vrai, des nostalgiques de l'Ancien Régime.
L'un d'eux, Eugène Gigault de La Bedollière, affirme avec force: "La Normandie n'est ni une province ni un assemblage de départements. C'est une nation."
Les érudits normands se pensent en effet comme une nation, avec son histoire, ses institutions. Derrière cette citation affleure aussi la tentation politique de l'autogouvernement des notables sur "leur" territoire, sans que cela entre d'ailleurs en conflit avec l'identité nationale. A travers la Normandie, on célèbre aussi la France.
L'identité normande se construit aussi de l'extérieur, par le regard que portent notamment les cousins anglais...
A partir du XVIIIe siècle, des membres de la société des Antiquaires de Londres sillonnent la Normandie, cette "province d'outre-mer", en raison de l'intérêt qu'ils portent à l'architecture gothique, dont les origines sont normandes. C'est le grand mouvement du Gothic Revival. On réinvente un Moyen Age mythique. On vénère le pittoresque.
Un mouvement renforcé par les élites parisiennes, qui, elles aussi, se mettent à parcourir la Normandie de long en large...
Tout à fait. Il faut mentionner une date importante. En 1820 paraît le premier tome des Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France, coécrit par Charles Nodier et Justin Taylor. Il s'agit d'une célébration par excellence de la Normandie romantique, ornée de lithographies magnifiques. Les ruines de Jumièges y font l'objet d'un véritable culte. D'autres tomes suivront jusqu'en 1878. Leur retentissement sera grand dans l'Europe entière. N'oublions pas que la France est alors perçue comme le centre du monde.

Les artistes affluent-ils à la suite de cette parution?
Oui. C'est le cas de nombreux dessinateurs de vue et d'écrivains, même si leur rôle sera beaucoup plus important dans la deuxième partie du xixe siècle. Victor Hugo, par exemple, s'inspire très fortement de la cathédrale de Rouen pour rédiger son roman Notre-Dame de Paris. Il connaît bien le travail des érudits normands, qui l'influence beaucoup. Tous contribuent à faire de la Normandie une province bucolique et idyllique.
Les différences sont nombreuses d'une partie de la Normandie à une autre. Qu'elles soient géologiques, économiques, culturelles... La région est composée d'une mosaïque de terroirs (les pays d'Auge, de Caux, de Bray, le Perche, le Cotentin...).

Quels sont les ferments de l'unité normande?
C'est surtout l'histoire qui constitue le "socle" de l'identité et de la conscience normande. Avec, bien sûr, en 911, la victoire du chef viking Rollon et la création du duché de Normandie qui suivit. Le duché sera ensuite incarné par Guillaume le Conquérant, la grande figure normande. L'illustre personnage bénéficie lui aussi d'une construction historique qui favorisera son entrée dans la galerie des héros de la France. Au tout début du XVIIIe siècle, la tapisserie de Bayeux -qui vante sa conquête de l'Angleterre- est remise au goût du jour par le moine Bernard de Montfaucon. En 1803, elle sera exposée en grande pompe au musée Napoléon (l'actuel musée du Louvre). L'empereur des Français s'apprête à conquérir l'Angleterre et il en fait un formidable instrument de propagande. En 1851, une statue en l'honneur de Guillaume le Conquérant est érigée à Falaise, sa ville natale, devant une foule considérable. Une souscription populaire a été lancée pour l'occasion, à laquelle le futur Napoléon III participe lui-même. Le député de Lisieux François Guizot prononce un grand discours. L'événement jouit d'un retentissement certain.

Quelle est l'importance réelle des Vikings dans l'histoire régionale, ces fameux "Nordmen" qui donnent leur nom à la Normandie?
Elle est largement surestimée. Dans les années 1880, un mythe viking est forgé qui ne cessera de prendre de l'ampleur. Des gens tout à fait sérieux comme André Siegfried, l'un des fondateurs de la sociologie politique, reprennent ce thème. Dans son Tableau politique de la France de l'Ouest (1913), il va jusqu'à expliquer les options politiques de la Normandie par ses origines vikings. Il s'appuie sur la théorie des climats développée par Montesquieu, selon laquelle les fibres du corps sont resserrées lorsqu'on vit dans le froid... ce qui donne des gens particulièrement énergiques. Or, après la guerre de 1870, la France éprouve le besoin de se sentir forte, c'est-à-dire capable de prendre sa revanche! Durant cette période, les ancêtres vikings sont célébrés par des historiens et poètes normands. En 1911, une grande manifestation est organisée à Rouen pour le millénaire du duché de Normandie. Le président de la République figure dans le comité de commémoration tout comme les sociétés d'originaires -c'est-à-dire les Normands de Paris- très puissantes en raison du fort exode rural. On y associe même de vrais Vikings, en invitant des Norvégiens, des Danois et même des associations de Scandinaves d'Amérique!
Cette construction identitaire occulte complètement l'histoire industrielle régionale. Or la Normandie, c'est aussi l'odyssée du textile, les activités portuaires, la chimie... et tout cela n'est que rarement évoqué.
Effectivement. Il existe un contraste entre une région à repères forts (les falaises d'Etretat, le Mont-Saint-Michel, les grandes abbayes de Caen, la cathédrale de Rouen, les plages de Trouville et ensuite du Débarquement, les stations balnéaires...) et la réalité d'une région qui a connu une industrialisation précoce. La population du Havre, par exemple, passe de 20 000 à 130 000 habitants au cours du XIXe siècle, à mesure que la ville se transforme en un grand port cosmopolite. Il est vrai aussi que la Normandie ne figure plus aujourd'hui parmi les régions les plus dynamiques. Au XIXe siècle, elle a sans doute été une des provinces les plus riches de France. C'est très loin d'être le cas aujourd'hui, notamment en Basse-Normandie, qui souffre démographiquement.

Les Normands semblent nourrir un complexe à l'égard des Bretons. Comment l'expliquez-vous?
C'est très récent. Jusque dans les années 1960-1970, le "lion normand"- un guépard, en fait- dominait "l'hermine bretonne"; les Normands se considéraient comme bien supérieurs aux Bretons. La Bretagne a longtemps été vue comme une région archaïque et pauvre, dont une partie de la population ne parlait même pas le français... A ses côtés, la Normandie apparaissait prospère, moderne, ouverte... Le retournement s'explique sans doute par le lourd tribut payé par la Normandie à la crise économique. Et puis, culturellement, les Bretons se sont appuyés sur leurs particularismes linguistiques. Ils se sont forgé une identité celtique qui leur a permis de mieux s'en sortir, même s'il s'agit en grande partie d'un fantasme. Aujourd'hui, le tourisme est bien plus développé en Bretagne qu'en Normandie, alors que cette dernière accueillait toute l'aristocratie européenne au XIXe siècle...

(1) Il vient également de publier La Mort en face. Histoire du duel de la Révolution à nos jours (Aubier, avril 2008).

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